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19e numéro de Continuum, la revue des écrivains israéliens de langue française
presse [ ]
Continuum est la revue des écrivains israéliens de langue française. Le 19e numéro de la revue vient de sortir.

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par [marlena ]

2022-01-13  |     | 



ÉDITORIAL

Le récit bref, cette forme d’écriture difficile, voire épineuse, concise dans son mouvement interne qui peut être elliptique jusqu’à l’insondable, dense jusqu’au lapidaire interpelle toujours les écrivains, les lecteurs et les critiques littéraires. Nous nous sommes proposé d’en offrir une image aussi complexe que diversifiée dans le présent numéro de Continuum.

En préambule – des questions générales telles : de quoi avons-nous besoin pour écrire ? Comment, où, quand écrire ? Écriture du matin ou écriture de la nuit ? Bruit de fond ou silence ? Debout, assis ? Papier ou clavier ? Sous l’empire de l’urgence ou de la vacuité ? C’est Marcel Cohen qui ouvre devant nous les ateliers d’écriture dont certains impensables, où chaque écrivain accueille l’écrit à sa manière. Pour revenir au récit bref, Cicéron est invoqué par Marcel Cohen avec sa longue lettre, où il demande que son destinataire veuille bien l’excuser : il n’a pas eu le temps de faire plus court.

Avec Esther Orner le lecteur se retrouve dans l’intermittence de l’écrit, du temps réel ou imaginaire ; trois textes – extraits d’un inédit – créent un arpège de questions qui restent ouvertes puisque l’auteur le répète : « l’histoire ne le dit pas ». Ce leitmotiv est tout ensemble le suspens de ces trois récits et leur ressort métaphysique.

Nous retrouvons cette manière subtile, ce jeu entre divers paliers du temps du récit dans les textes de trois autres auteurs publiés ici, où les fils du temps entrelacé oscillent entre mise en lumière et taches d’ombre.

Le récit de Roselyne Déry se constitue de sauts dans le temps, de liens et hiatus, de rencontres et ruptures des fils narratifs. Il y a la mémoire à porter avec ses lourdes symétries, mais à « l’imminence du Recommencement », on apprend à « suivre son destin avec sérénité ». Et l’harmonie narrative nous en convainc.

Agnès Bensimon avec son écriture grave et dépouillée nous rend témoins de la souffrance muette d’un enfant dont la violence aboutit au geste meurtrier « du petit mort toujours trop vivant ». Car un mort peut rester tellement vivant qu’il risque d’imposer une autre mort.

Dans un premier temps du récit de Colette Leinman, une petite fille tâche de continuer à rire, à danser et ressembler aux autres petites filles. Elle fredonne dans sa tête pour se donner l’illusion que tout va bien. » À l’autre bout du temps du récit, une autre petite fille – la narratrice – essaie de comprendre. La mère et la fille se regardent à travers les fils du temps entrelacés. Serait-ce plutôt en miroir déformant ?

C’est toujours le regard d’un enfant que le lecteur accompagne dans le récit de Rachel Samoul révèle à travers les yeux d’une enfant la vie des parents, de la maison entière, toute la vie autour d’elle, aboutissant petit à petit à un jeu dangereux qui la hantait déjà depuis longtemps.

Des sentiments secrets se laissent découvrir au plus profond de la plupart des textes : entre les deux femmes du récit de Gilberte Finkel se nouent des relations souterraines, se tissent lentement et fleurissent.

Chez Gérard Benhamou on peut mesurer les dimensions de la tendresse et de la douleur devant la présence-absence d’un être cher. Pour Ami Bouganim le souvenir de la mère revit dans son « livre des dictées » retrouvé où le timbre de sa voix est enfermé.

Le malheur des migrants est saisi par Alain Berenboom dans le regard de la fugitive qui, ayant quitté son pays, était arrivée jusqu’au bord du « Centre du monde », cette rivière qui sépare le « pays » de « l’autre pays ». On ne cesse de se demander : « est-ce une coulée noire mystérieuse ou une rivière innocente ? »

L’esprit mordant de Yehuda Moraly avec beaucoup de clins d’œil ironiques et de surprises fantasques contraste avec l’ironie bien dissimulée, les jeux de mots discrets et l’humour vivace de Rose-Marie François. Richard Rossin choisit lui aussi un monde fantasque des contes-fables à résonance ludique, sertis de jeux homonymiques, d’assonances et d’allitérations, de répétitions cocasses à base de paronymes.

Francine Cicurel scrute sa protagoniste et son désespoir et la signification d’être au présent, mais vivre dans un autre monde, enlisées tragiquement dans un autre temps dont les repères sont bien ancrés dans sa mémoire ; le présent est là et l’entoure, mais elle n’y est pas ; la solitude des survivants de la Shoah et toute la problématique de cette catastrophe nous amènent au second dossier de ce numéro de Continuum : l’hommage à l’œuvre d’Henri Raczymow.

C’est une œuvre qui nous incite à nous interroger autrement sur la problématique de la mémoire, de la postmémoire, de l’oubli, de la souffrance, de la réparation ; plusieurs auteurs qui connaissent bien l’ensemble de son œuvre en analysent ici certains aspects.

Entre le désignable et l’indésignable, Marianne Hirsch aborde la postmémoire de la Shoah, la mémoire trouée des enfants de survivants, dans toute sa lourde complexité : exploration d’un passé inconnu, des « ombres des ombres », impossibilité de comprendre.

Fransiska Louwagie considère que l’écriture d’Henri Raczymow constitue un « engagement désengagé, qui se charge d’inscrire et de nommer les disparus, tout en se gardant de combler les trous. », puisque le tikoun – la réparation – est impossible.

Mais l’engagement désengagé n’est pas le seul paradoxe de l’œuvre d’Henri Raczymow. Un second – enquêter sans enquêter – est signalé par Maxime Decout. Son analyse est surtout un questionnement sur la possibilité d’investiguer, en tant qu’écrivains, le sort des disparus : enquêter semble voué à l’échec devant l’effacement des traces de la Shoah, car « c’est assurément en enquêtant sans enquêter, en soulignant les échecs, les impasses et les limites de toute investigation, qu’Henri Raczymow parvient non à combler la disparition mais à la faire apparaître. » L’écriture est en effet une affirmation du manque, du rien, mais aussi de la vie.

Anny Dayan Rosenman constate qu’au sein de la souffrance héritée, l’écriture peut « séparer les morts des vivants », les « désenclaver ». C’est la signification d’Un cri sans voix dans le parcours littéraire d’Henri Raczymow, livre qui sépare les deux versants de l’œuvre d’Henri Raczymow. À partir de cette étape de l’œuvre, les vivants arrêteront de « servir de cache aux morts. » Le travail de condensation et de déplacement débouche-t-il sur une écriture libératrice ?

Écrire à la place d’un autre, vivre à la place d’un autre rappelle l’image de l’écrivain-nécrophage dont Gisela Bergonzoni déchiffre les signes. La matière première étant la mort, un autre auteur, une autre œuvre, que les mots de l’écriture volent et s’approprient, la culpabilité d’usurper la place des morts en s’attribuant leurs traumatismes.

Pour Alan Astro, le yiddish dans l’œuvre d’Henri R est une langue trouée, semblable à la mémoire trouée. Henri Raczymow s’amuse à yiddishiser des mots français en y ajoutant le suffixe yiddish -ké, ainsi qu’à traduire des noms yiddish en français. « Le yiddish est surtout présent dans les noms et les prénoms, conclut Alan Astro. Ceci reflète une aspiration explicite d’Henri Raczymow : “re-nommer les gens – vaincre l’anonymat. »

Enfin, un troisième paradoxe analysé par l’un des auteurs publiés ici – Olivier Le Trocquer – est la place de l’archive dans l’œuvre d’Henri Raczymow. L’œuvre de celui-ci n’appartient pas à la littérature documentaire, elle va bien au-delà d’une littérature de témoignage, Raczymow ayant exprimé sa réticence vis-à-vis des archives qui ne sauraient éclaircir «comment c’était». Des couches de traces émergent cependant de la lecture des sources concernant la Shoah, concernant l’histoire collective ou individuelle, ou bien «l’archive» proustienne ou «l’archive» flaubertienne ; ce qui compte dans l’écriture c’est ‘l’archive à venir, médiation entre le lecteur futur possible, et l’œuvre elle-même».

En guise de conclusion, Henri Raczymow, dans le texte inédit offert à notre revue, rappelle quelques-uns des repères de son parcours littéraire qui avaient contribué à « renouer avec une part de moi qui, pour des raisons familiales et historiques, avait disparu dans les poubelles de l’Histoire et avec laquelle j’étais en passe de renouer peu à peu, dans le balbutiement, quasi le bégaiement. »

CONTINUUM
Revue des écrivains israéliens d’expression française

COMITÉ DE RÉDACTION
Marlena Braester
Esther Orner

COMITÉ CONSULTATIF
Agnès Bensimon, Colette Leinman, Nimrod, Rachel Samoul

N° 19 – 2021

Revue publiée avec le soutien de la FONDATION MATANEL

De l’Ambassade de France en Israël
Institut Français d’Israël
Programme Eliezer Ben Yehuda




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