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Ma rencontre avec Vigée , ‘ce plus que frère’ - témoignage
communautés [ écrivains israéliens d`expression francaise ]
Ruth Hadjaj-Reichelberg, Continuum No 2

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
par [marlena ]

2007-06-02  |     | 



« La vie et la mort, je les mets devant toi,
la bénédiction et la malédiction.
Tu choisiras la vie afin que tu vives longtemps,
toi et ta descendance ! »( Deutéronome, 30,19)

Evoquer la figure de Claude Vigée, c’est pour moi, évoquer la figure du Poète de la Vie. De celui qui toute sa vie aura été à l’écoute du Vivant, de celui qui, a su permettre dans son oeuvre et dans sa biographie personnelle, le « passage du Vivant ».
A l’heure où sur cette planète-terre, la vie est menacée, tellement dépréciée, fragilisée et d’autant plus précieuse, je voudrais témoigner de ce que fut pour moi, ma rencontre avec ce plus que frère qui, depuis quarante-deux ans, m’accompagne dans mon aventure israélienne.
En effet, quand en août 1962, un an après lui, j’arrivai à mon tour à Jérusalem, j’allai trouver là un grand frère. Bien sûr, je venais de répondre à cet appel que je croyais unique mais que beaucoup de jeunes Juifs de ma génération, avait perçu. Mais c’est auprès de lui, Claude Vigée, que j’appris à vivre mon retour comme une jubilation personnelle, à le célébrer comme une fête, même aux heures les plus sombres, à le considérer comme une victoire dans ma propre bataille avec l’Ange. Sous sa conduite, je commençais à comprendre que parfois la nuit se renverse en jour. Plus tard, j’allais prendre connaissance de ce profond midrache (trad. Fr) qui nous enseigne que la nuit n’est jamais aussi noire, ni les ténèbres aussi épaisses qu’avant l’aube, juste avant le surgissement de la lumière, qu’on ne croyait plus possible.:
« Car toute notre joie est fille de la nuit »
La réflexion et le travail poétique de Claude Vigée m’ont portée longtemps et accompagnée dans ma propre démarche, alors incertaine et encore timorée. Au moment où je laissais résonner à l’écoute de mon âme la voix du psalmiste:
« Quand le Seigneur ramena nos captifs, nos bouches s’emplirent de rires et nos lèvres de chants », j’étais loin d’appréhender l’ampleur de ce mouvement de Techouva (trad. Fr) qui m’interpellait et qui interpellait tout un peuple.
J’étais alors animée par la passion de Jérusalem qui remplissait, tout entière, mon coeur, par ailleurs éminemment blessé. Cette intense passion de Jérusalem, Claude Vigée la décrit merveilleusement:
« A mes yeux, Jérusalem n’est pas seulement une ville de pierre, de lumière, de matière faite pour la jouissance des yeux. C’est avant tout, ô combien! une cite des hommes. En arrivant en Israël, le poète des sens que je suis a cru d’abord ne jamais pouvoir dire autre chose de cette ville que la splendeur presque inhumaine de la pierre et du feu. Ce sont ses éléments fondamentaux. Mais j’ai vite compris qu’il y avait aussi là-dedans un peuple extraordinaire ».
Tout au long des années et de leur moisson de joies et de deuils, l’étude et l’expérience du vécu devaient renforcer cette révélation première. Sur le plan personnel, mon alya en Israël avait été précédée de deuils douloureux: d’abord la perte de mon père, ensuite l’arrachement à ma terre de naissance, l’Algérie. L’ivresse de l’eau mêlée au soleil, l’éternité de délices et le paradis de l’enfance, plus jamais je ne les retrouverais. Cette extase première d’une enfance baignée dans l’opulence et la générosité extrêmes de la nature algérienne, tout cela était fini à jamais, tandis que la brute bataille d’hommes, la cruauté et la déraison allaient laisser en moi des séquelles indélébiles. Mes certitudes venaient d’être ensevelies. J’étais désormais le tombeau et la matrice de cette source première de mon enfance. Plus jamais je ne pourrais m’y ressourcer. Il me fallait apprendre à faire le deuil de mon enfance, pour pouvoir renaître à Jérusalem. J’apprenais auprès de Claude Vigée que chaque Juif est porteur de son propre exil et de celui de la nation entière ; ce que je considérais comme un parcours unique était l’expérience de toute une génération, voire de toutes les générations et n’en restait pas moins unique.
Ma génération portait sur ses épaules un très lourd fardeau: elle avait affronté « le sublime » au sens kantien du terme, dans l’horreur, et chacun d’entre nous, d’une manière ou d’une autre, était le rescapé de cette histoire. Il nous appartenait de dégager notre vie de l’enlisement de l’histoire et des habitudes de la souffrance, il nous fallait « éclairer le sens de notre vie » renouer avec la mémoire de ce futur qui seule, selon l’enseignement de Rabbi Nahman Braslav, nous permettrait de nous réinscrire dans l’histoire des Toladoth, des Engendrements.
Il nous fallait apprendre à saisir l’occasion offerte à chacun d’entre nous de décrypter les signes placés sur son chemin, pour créer, au plus intime de nous-mêmes, notre propre destinée, la différence entre le destin et la destinée, entre le « subir » et « l’assumer » étant si minime. Cette ouverture, cette percée dans le néant, Claude Vigée l’a réalisée dans sa propre vie et dans son propre parcours avec une fidélité jamais démentie.
Quand dans ses cours de Poésie, Claude retraçait les grands mouvements de la vie de Baudelaire, oscillant entre la cristallisation ou l’évaporation de sa Volonté, ses paroles avaient une résonance immédiate dans ma propre psyché. C’était une invite pour moi à faire émerger ma propre vie des méandres du Tohu, toujours si prompt à nous dissoudre. J’apprenais, au quotidien, dans la lumière cristalline et parfois douloureuse de Jérusalem, dans la chaleur de ses pierres irisées, à reconstituer le puzzle de ma propre vie et à m’ouvrir à la Présence.
J’étais alors entre deux chocs. Je venais de subir le choc de l’exode algérien qui m’avait rendue presque aphasique, en désubstantialisant ma propre langue, et je m’apprêtais au choc, salutaire celui-là, de la rencontre avec nos textes fondateurs, que je n’allais cesser d’interroger et qui devaient tisser la trame de toute ma vie à venir et renouveler le sens de mes engagements.
Mais c’est à Claude Vigée, que je dois d’avoir appris à me réconcilier avec ma propre parole. Grâce à lui, à son humour d’une lucidité mordante et désabusée, mais aussi grâce à son obédience profonde à la vie, signe le plus sûr de sa judéité, je comprenais qu’il me fallait intégrer dans ma propre vie, le danger, la menace, voire la perte: « Dans la perte, là seulement nous serons chez nous » sans renoncer à l’extase de la vie.
J’apprenais à reconstruire mon origine à partir de ma finalité, mon « reshit » (début) à partir de mon « tahlit » (but). Je réapprenais le sens et la chair des mots, leur sensualité et leur musicalité. Je réapprenais la sérénité, qui émane du défi de Jacob, figure prédominante de la poésie vigéenne:
« Le Défi de Jacob
-son unique destin-
soit la parole:
enfin humaine ».
Mais je lui dois aussi d’avoir compris, au plus fort de l’ivresse et de l’enthousiasme, que le retour n’est pas la fin de l’exil, il n’est pas son inversion, que « brève est la patrie » et que « toute langue est étrangère »
J’avais à intégrer dans mon propre édifice que le retour signifiait aussi l’acceptation d’être exilée chez soi:
« Etre juif est une deuxième raison d’être poète
Jacob et poésie ont le même destin
Etre juif ou poète, c’est tout un »
L’étude, la joie de l’étude, l’émerveillement de la découverte de l’originel ne m’ont pas fait oublier que c’est à un Lévi, un chantre,- car Claude Vigée est un Lévi – à la justesse de sa voix sans fausse note que je dois d’avoir appris à écouter la voix:
« Et la voix que dit-elle? Elle ne dit pas pourquoi
Mais simplement la Joie, crystal doré dans l’air
Lorsque s’ouvre au grand jour le noyau de la pierre. »
Merci Claude d’avoir ménagé ma propre rencontre avec le « aleph, muet et caché, cette lettre écrite qui porte en elle-même la semence occultée de l’existence future » L’exil naissait de l’oubli, apprenons-nous du Ba’al Chem Tov, et c’est « dans la mémoire que se cache le secret de la rédemption ». Maintenant que la parole est peut-être possible, « la rosée, dit le prophète Isaie est une rosée de lumières. »



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