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Coquillages sur le sable brûlant
scénario [ ]

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par [Lucãcel ]

2011-02-23  |     | 





Coquillages sur le sable brûlant


version française : Letiţia Ilea

Personnages :

Gina

Lisette

Tamara

Jojo

Le Joueur

Premier acte

Première scène

Gina et Lisette dans la salle à manger de l’appartement de Gina. N’importe quel jour de la semaine, le matin pas trop tôt.

Gina : (elle baille en simulant, c’est un tic qui la trahit à chaque fois qu’elle débite des mensonges). Absolument pas ! On ne s’est plus parlé depuis ce moment-là… depuis ce jour (Lisette se fait les ongles, souriant ironiquement). Pas du tout, mais pas du tout.
Lisette : Pas du tout… je le crois.
Gina (en s’arrangeant les cheveux, elle simule de tousser, c’est un autre tic qui la trahit lorsqu’elle débite des mensonges. Elle usera des deux tics très souvent). Ils étaient ici, et lui, il ne pouvait plus nier, chevauchant Tamara, la jument de Tamara, pétrifiée, les yeux rivés sur moi, elle hennissait précipitée. – Ce n’est pas ce qui semble être. Je les ai giflés, jetant par la fenêtre sa lingerie intime et ses pantalons à lui, et ses sandales à elle, celles qu’on lui avait choisies toutes les trois la semaine passée.
Lisette : Petites canailles. Qu’est-ce qu’elle a dit, elle ?
Gina (lui donnant une claque sur les genoux). Tu m’interromps, Tamara m’est, m’a été proche.
Lisette : Les sandales ?
Gina : Parties. Je n’ai pas regretté, pas même son porte-monnaie… vide.
Lisette : Puisque tu parles de ça, ce mercredi, chez River, après trois cafés amers…
Gina : Tu as demandé un qui soit doux. – C’est une bête, chère Gina, il m’a pris par surprise. Il m’a traitée de pute.
Lisette : Je venais de mettre mes lunettes de soleil lorsqu’un mec entre dans le café.
Gina : Avec une grosse poche ? (Lisette la regarde étonnée). À cause de son porte-monnaie plein, évidemment, pas à cause de…
Lisette : Il s’est assis à ma droite. Je le regardais timidement du coin de l’œil. Un mec aux as en chair et os, la cinquantaine passée… la fille du bar, une blonde, rondelette, attentive, étudiante, évidemment… elle savait un tas de détails sur lui, qu’il aurait changé de voiture, récemment divorcé.
Gina : Tu parles d’une catégorie de cochons avec lesquels j’ai eu moi aussi à faire souvent.
Lisette : On s’est regardé longtemps avec insistance, ensuite la fille m’a apporté un autre café double, amer ; je l’ai refusé, évidemment. Tu sais qu’après le quatrième je perds les pédales. Mais la fille me fait un signe discret que c’était lui, le mec aux as la cinquantaine passée, qui me l’avait envoyé. Je le bois pour lui faire plaisir, convaincue de ce que j’allais acquérir une certaine vulnérabilité.
Gina : Inconsciente, c’est de cette main que je t’ai découpé l’étude du groupe de savants américains de la revue « Sur tout ».
Lisette : Allemands, groupe d’Allemands.
Gina : Allemands d’Amérique.
Lisette : Mais non, de Stuttgart. Lorsque j’ai levé les yeux de la tasse, devant moi il y avait une merde la cinquantaine passée dans un costume trois boutons, luisant. J’ai dégueulé sur lui de la tête aux pieds.
Gina : Sans aucune raison ? Je ne l’ai pas aimé, maintenant d’autant moins.
Lisette : Ton Jules est bon et il travaille… Comment sans aucune raison ? T’aurais dû le voir, luisant, couvert de buée. Une merde aux yeux, la cinquantaine passée, c’est ce que je voyais, moi, après quatre cafés.
Gina : Je ne parle pas de mon Jules, mais de mon Jojo.
Lisette (hypocrite) : Jojo dans ta maison avec notre meilleure amie ?
Gina : Je lui ai donné une clé après que Jules a commencé à battre le quart avec ses délégations. Je ne croyais pas que le salaud chevauche mon amie dans ma maison sur le tapis de ma mère. La ville est pleine d’hôtels.
Lisette : En crise, les économies…
Gina : Tu es sotte ?
Lisette : Ce mec aux as, dès qu’il est entré il m’a regardé dans les yeux, j’aurais pu feindre de le boire et me le verser dans le sein.
Gina : J’avais oublié… Hier, vers cette heure-ci, le téléphone sonne.
Lisette : Je ne risquais rien, il s’était refroidi… Elle a du toupet, Tamara.
Gina : Ce n’est pas elle, mais Jojo qui m’a appelée.
Lisette : Après tout ce qui s’est passé, Jojo t’a appelée.
Gina : Oui, Jojo… Il a appelé.
Lisette : Et elle ?
Gina : Longtemps après son coup de fil, la pute m’a fait une autre scène.
Lisette : Tu dis qu’elle t’a fait une scène et que lui il t’a appelée, hier vers cette heure-ci.
Gina : C’est ce que j’essaie de te dire.
Lisette : Les malotrus… J’ai essayé de l’essuyer avec une serviette humide, mais le mec aux as est sorti en coup de vent. Je l’ai attendu toute la journée pour des explications, pour m’excuser, mais il n’est plus revenu, ni jeudi, ni vendredi, ni aujourd’hui, avant d’arriver chez toi, j’avais bu un petit, amer, c’est pour ça que je t’ai refusé en arrivant. Maintenant ça irait (elle lui tend une tasse), verse-le avec du rhum.
Gina : Il haletait en soupirant, il pleurait en me débitant des jurements, mais je n’ai poussé aucun son, pas même allô.
Lisette : Trop fort, trop fort… le pauvre.
Gina : Tu ne fais pas attention, comprends, je lui avais pas même confirmé que c’était moi à l’autre bout du fil. Mon cher Jules, de toute façon il n’aurait pas compris grand-chose. (elle sommeille).
Lisette : Mais ça ne se fait pas. (fatiguée, elle s’endort sur la chaise)
Gina (parlant dans son sommeil) : J’ai éclaté : Salaud, injuste, profiteur, je te donne la clé et toi…
Lisette (parle dans son sommeil) : La merde était luisante et embuée.
Gina (endormie) : À l’autre bout un halètement de cochon.
Lisette (endormie) : Ton Jules… cochon ?

II-ème Scène

L’appartement de Gina, dans la salle à manger Jojo chevauche énergiquement Tamara. Il a les yeux rivés sur la pendule à coucou, qui chante deux fois.

Jojo : Tamara, Tamara !
Tamara : Cuis-moi, Jojo, bête insatiable !
Jojo : Chérie, il n’y a que toi qui me satisfais amplement.
Tamara : Dépêche-toi, car mon Bijou sort du boulot et il est très suspicieux si la soupe n’est pas chaude. (elle rit)
Jojo (riant) : Ne t’en fais pas, je la lui garde chaude. Qui se tape tout le travail ici depuis qu’il est parti ? Dépêche-toi toi aussi ! Gina est au marché à cette heure-ci, on a encore trente minutes.
Tamara : Petit piston, tu m’as promis de ne plus revoir la pute.
Jojo (la caressant) : Il faut que je la voie encore, ce petit nid est sûr, tu le sais bien, chez moi c’est pas possible. (il rit) Ma femme est à la tête du comité de l’immeuble, dès que j’y entre les retraités me tombent dessus de derrière les portes. Pour toute information, ils reçoivent une bouteille de vodka.
Tamara : Sois plus impliqué, dans quinze minutes ma sirène sonne et je n’ai pas eu le temps de bouffer.
Jojo : Sois patiente, lorsqu’on échappera à la crise, je vais t’emmener dans des chambres d’hôtel. Je vais t’ensevelir dans la soie parmi de petits coussins, avec le petit déjeuner au lit et du champagne.
Tamara : Tu ne m’humilieras plus dans cette maison, ni dans ta grenouille de bagnole blanche ?
Jojo : Laisse-la tranquille, laisse tranquille ma grenouille.
Gina entre chargée de sacs.
Gina : Oh là là … (elle s’évanouit, pause, Jojo et Tamara la soulèvent en la mettant au lit. Jojo feint d’entrer dans la maison et de les y avoir découvertes)
Jojo (à Gina) : Ce que je me suis effrayé, je venais d’entrer, et toi tu faisais une de tes crises mystérieuses. (à Tamara) Dis quelque chose, toi tu étais ici avant que j’apparaisse.
Tamara (malveillante, à Gina) : Tes jambes sont parties vers la droite, elles s’étaient amollies, tu étais tombée dans les pommes et tu as poussé un cri.
Jojo : On a eu peur.
Tamara (serrant la tête de Gina contre sa poitrine) : Quel aspect tu avais entre les carottes et les choux.
Jojo (à Tamara) : Tu reprends des couleurs.
Gina : Amis… chère amie, viens que je t’embrasse (à l’oreille de Tamara). Pute.
Tamara (massant les tempes de Gina, lui souffle à l’oreille). Salope.

III-ème Scène

Gina dans le lit de sa salle à manger, ensommeillée.

Gina : Jules ! (elle cherche quelque chose sous le drap). Réveille-toi, j’ai eu un cauchemar avec toi, Tamara et Lisette. Nous étions à la Méditerranée sur le sable brûlant, étendus tous les quatre aux nudistes. Nous, les filles, on bronzait entre les cuisses et au-dessous des seins, et toi tu paressais couché dans mon sac en cuir. Quoique je médise, presque tout le temps, mes pensées se sont égarées pour quelques instants sur l’étendue banale de la Méditerranée, il ne ventait pas, il n’y avait pas de vagues, il me semble que je me suis même assoupie un peu. Un moche de chez nous, cher Jules, a arraché mon sac de sous ma tête et tu aurais été sans doute perdu, si le sauveteur grec à la patte géante ne lui avait pas donné un croc-en-jambe renversant son visage disgracieux dans le sable brûlant. Jules, mon trésor, je me suis réveillée en nage et les larmes aux yeux. Mon amour, ce n’est qu’avec toi que je peux être sincère, ce n’est que toi qui ne me fais pas souffrir. Quand je pense que je t’ai acheté au coin de la rue avec seulement 59 lei. (elle sort de sous le drap un vibrateur qu’elle pose sur l’oreiller). Hé, toi, tes piles marchent toujours ?

IV-ème Scène

Gina, Tamara et Lisette dans la salle à manger de l’appartement de Gina, elles boivent du café, vêtues sommairement.
Tamara (à Gina) : Jules est de nouveau parti ?
Gina : Il s’en est allé la nuit passée, le pauvre.
Tamara : Quand est-ce que tu nous le présentes à nous aussi, chérie ? Il porte toujours aussi beau ?
Lisette : Ennui et café, café et ennui.
Gina : Les hommes, les hommes, aucun n’est suffisamment bon, je vais te le présenter, un jour.
Tamara : Mon Bijou ne m’a plus envoyé aucun cent depuis deux ans.
Gina : Mon premier mari…
Lisette : Il t’a écrit après cinq ans qu’il était marié et qu’il menait une vie raisonnable, attendant avec impatience que ses enfants aillent en classe.
Gina (à Lisette, en l’embrassant) : Des pervers, il vaut mieux que tu n’aies pas eu affaire à aucun…Dans les photos, les petits étaient mignons, mais ne lui ressemblaient pas du tout.
Lisette : Une fois…. l’un m’est entré un peu dans la chatte. Saisie de nausée, je lui ai crié : Sors-en immédiatement, s’il te plaît. C’était l’année où j’ai écrit la poésie « L’obscurité glaciale est mon père », la première année de fac.
Gina : Ne mélange pas les choses, c’est vraiment une bonne poésie.
Tamara : Tu ne savais pas ce que tu perdais.
Gina : Qu’est-ce qu’elle perdait ?
Tamara : Elle perdait vraiment.
Gina : Quoi, impertinente ?
Tamara (à Lisette) : Tu l’as entendue ? Elle m’a traitée d’impertinente. Et pourquoi je le serais, moi, et pas toi ?
Gina : Pour ça. (à Lisette) Tu le sais, n’est-ce pas ?
Lisette : Moi ? Je suis confuse presque tout le temps. (à Gina) Je suis tombée amoureuse de toi. (à Tamara) Puis de toi, et toutes les deux vous m’avez fait souffrir avec vos saletés racontées et racontées de nouveau.
Gina : Les siennes dans ma maison.
Tamara : Les tiennes dans ta maison, fiche-moi la paix. Les tics te trahissent à chaque fois que tu débites des mensonges.
Gina : Hypocrite !
Lisette : Lorsqu’il m’est arrivé l’histoire avec le mec aux as dans le café, je pensais à vous. Ici, sur le tapis, échauffées toutes les trois. Bijou venait de partir pour l’Espagne et Jules était dans une de ses interminables délégations.
Gina (embrassant Lisette) : Mon ancien, il m’a envoyé plusieurs photos avec ses petits, ils sont très mignons, ils ne lui ressemblent pas du tout, blonds avec une petite gueule, probablement ils ressemblent parfaitement à leur mère. Il ne m’a envoyé aucune photo avec elle, mais ils ne lui ressemblent pas à lui. (à Tamara). Dans l’état où elle est, on devait depuis longtemps l’emmener à un psychologue.
Tamara : Dans l’état où tu es, raseuse. Jojo est le meilleur dans la branche, tous les hommes sont des cochons, mais ceux aux grosses poches sont plus faciles à supporter. Il y en a très peu, tels Jojo, qui, quelque disgracieusement qu’ils grognent….ne puent pas, je dirais même qu’ils sentent bon.
Gina (à Tamara) Infâme, mon Jojo. (à Lisette) Elle parle de mon Jojo (elle l’embrasse).
Tamara (à Lisette) : Je te le dis, quoiqu’il y en a peu, quand tu trouves un, tu le saisis par la gueule (elle baille, fatiguée).
Gina : N’importe lequel, mais pas le mien. Depuis tant d’années je le lave avec ma main, et ce qui lui sent bien à elle c’est le savon maison fait des restes du cochon élevé écologiquement par ma mère à la campagne.
Lisette (en sommeil). Un beau mec était entré dans le café/ La cinquantaine passée/ Et quelle odeur il avait/ Le savon avec lequel sa femme l’avait lavé/ Était fait maison/ Ce que ça lui allait.
Tamara (en sommeil). Que tu le tiennes par la gueule.
Gina (en sommeil) : Toi, tiens le tien, moi je vais tenir mon Jojo
Lisette (en sommeil) : Gros menteur, ce que ça lui allait.

V-ème Scène

Jojo se rase devant le miroir de la salle à manger de Gina.

Jojo : Merde (il se coupe, il cherche dans la poche de son pantalon une serviette et il trouve le billet de Tamara, il le lit). Petit piston, je ne supporte plus, elle ou moi. Ah ! (il parle à un personnage imaginaire). Docteur, tandis que tu me consultais, je sentais ton ton changer – Qu’est-ce que nous avons ici … Qu’est-ce que nous avons ? Je me suis mordu les lèvres prêt à te répondre. Quoi, savant ? Un grand gouffre. Les ténèbres où tu t’es enfoncé d’innombrables fois, le trou noir de ton cerveau pervers. Mais tu es devenu brusquement extrêmement familier, chaleureux, en me soufflant – Ce n’est pas bien, mon voisin. Tu n’as rien senti jusque maintenant ? Je tremblais suffoqué d’émotion, j’étais venu pour un contrôle de routine chez le seul docteur avec lequel j’aie eu une relation pendant la trentaine d’années passées depuis ma naissance dans ce quartier pauvre. Puis vous m’avez dit rarement et très clairement dans la nuque. – Jojo, ce kyste est un cancer (il se regarde longuement dans le miroir). Le plus grand Don Juan de ce quartier pauvre, mais plein de dames, tire à sa fin, sans descendants, ni maison, ni femme, rien, zéro. Petit piston charmant, tu es plein de vie, vingt années encore me suffiraient pour rendre visite à tous les numéros, dans le quartier il y a quatre mille appartements, trois mille cinq cent femmes seules, diverses raisons, j’ai déjà rendu visite à la moitié. Mais qu’est-ce que je suis ? Qui peut m’aider ? Personne ne lève le doigt pour un pauvre amoureux d’un quartier pauvre de l’est, ni l’obscur, ni le lumineux (on frappe à la porte) Gina ? Tu n’as pas la clé ? Entre, c’est ouvert.
Le joueur entre.
Le joueur : Je suis venu… C’est permis ?
Jojo (désorienté) Monsieur Jules ?
Le joueur : Le joueur de votre quartier.
Jojo : Le joueur ? Moi, c’est Jojo.
Le joueur : Je peux t’aider.
Jojo : Tu es aux écoutes. Va-t’en, j’ai du travail.
Le joueur (sort de sa serviette une affiche de campagne) : Je la colle au mur, puis on parle.
Jojo : C’est quel genre de farce ?
Le joueur (collant l’affiche) : Elle est droite ?
Jojo : Un peu plus haut du côté gauche.
Le joueur : Est-ce que j’ai bonne mine ?
Jojo : Oh, oui !
Le joueur : Je t’en ai collé une sans cravate, le slogan te va « Je t’aide, mais toi ? » Je pose ma candidature.
Jojo : Vous posez votre candidature?
Le joueur : Cette année, ici, chez vous. Une seule fois dans un endroit, je réalise des rêves, j’empêche des troubles, je guéris des tumeurs, après quoi je reprends dès le début n’importe où ailleurs.
Jojo : Wow, des tumeurs aussi ?
Le joueur : Surtout.
Jojo : Surtout comme ça au hasard.
Le joueur : Ne te plaignais-tu pas que dans ce quartier aucun ne vient pour un minable Don Juan ?
Jojo : Et le prix ?
Le joueur : Comme je l’ai appris, tu as un grand succès dans les rangs de l’électorat majoritaire féminin, l’autre sexe manque pour des raisons multiples conformément aux listes.
Jojo : C’est rien du tout, l’idée est que tu me fasses échapper.
Le joueur : Alors à genoux, jure-moi confiance sur ton petit piston. Que tu sens bon, c’est quoi ? Tu sens bon ! Moi aussi j’utilise du savon maison, mais le tien cache totalement l’autre odeur, donne-moi-en un morceau à moi aussi.
Jojo : C’est efficient surtout aux aisselles. Je jure. Jure toi aussi sur ton mandat qu je vais échapper.
Le joueur : Je le jure (Gina entre)
Gina (elle fait une scène) Pédale perverse (elle s’évanouit).
Le joueur sort, Gina reprend ses esprits.
Gina : Jojo, tu m’as promis de ne plus faire ça, décolle-la avant que je mette feu à la salle à manger.
Jojo : Monsieur est le nouveau candidat, il reste là où il est.
Gina : Candidat, mon amour, c’est comme ça que tu l’appelles ?
Jojo : Candidat, et je nous allons le soutenir tous les deux.
Gina : Moi, pourquoi le faire ?
Jojo : Pour ça (il se retourne, s’indiquant le dos).
Gina crie, s’évanouit, Tamara entre.
Tamara (à Jojo) : Qu’est-ce qu’il lui prend de nouveau, chéri ?
Jojo hausse les épaules, ennuyé, il continue de se raser.
Gina (reprenant ses esprits, à Tamara) Tu l’as vu ?
Tamara : Qui ? (à Jojo) Elle pique de nouveau ses crises ?
Gina (l’imitant) : Elle pique de nouveau ses crises… Quelle scène horrible.
Tamara (à Jojo) : Petit piston, ça me tape sur les nerfs.
Gina : Petit piston ? À qui dis-tu petit piston ? Mon Jojo était à genoux, et ce déplumé costaud se reniflait les aisselles, des perversions, pervers incompréhensible.
Tamara (à Jojo) : Il t’en a donné une à toi aussi ? La mienne est en T-shirt. (à Gina) Monsieur est joueur.
Gina : Jojo, crois-tu que je vais avaler cela aussi ?
Tamara (à part) : Tu vas l’avaler sans doute.
Gina (à Jojo) : Dis quelque chose !
Tamara : Dis-lui, petit piston, qu’est-ce que je t’ai demandé dans le billet ?
Gina : Tu lui as demandé ? Dans le billet… quoi ?
VI-ème scène

Tamara et Lisette dans la salle à manger, regardant l’affiche électorale du joueur.
Lisette : Ce beau monsieur la cinquantaine passée…
Tamara : Le joueur ! C’est le candidat de notre quartier.
Lisette : Je ne sais pas comment il a trouvé mon adresse ; il m’a envoyé un chocolat et trois œillets. Crois-tu qu’il m’aime ?
Tamara : Il t’aime sans doute, les fleurs étaient rouges ?
Lisette : Rouge vif, naturelles.
Tamara : Ce que c’est galant.
Lisette : Mais moi, si je devais être sincère, de tous les hommes, il n’y a que Jojo que je choisirais.
Tamara : Pauvre malheureuse !
Lisette : Ce n’est qu’une façon de parler, seulement si ça devrait arriver.
Tamara (respire allégée) : Mais ça n’arrivera pas.
Lisette : Non. Pas question. C’est vous que j’aime, vous, les filles. Si je devais le faire avec ce beau monsieur la cinquantaine passée, pour vous, les filles… j’y consentirais.
Tamara : Tu te sacrifierais ?
Lisette : Affirmativement.
Tamara : Cette histoire avec Jojo semble sérieuse. Notre voisin, le docteur Marron…
Lisette : Il dit partout dans le quartier qu’on ne peut plus rien faire, seul un miracle…
Tamara : Tu y crois ?
Lisette : Aux miracles ?
Tamara : Oui, aux miracles.
Lisette : Je ne sais pas.
Tamara : Dit tout simplement ce qui te passe par la tête.
Lisette : Je n’en ai vécu aucun, mais j’ai entendu que ce serait…
Tamara : Possible ?
Lisette : Oui, que ça arriverait dans certains endroits, comme ça, sans aucun signe préalable.
Tamara : Et tu crois qu’un vrai miracle arrivera dans ce quartier de merde ?
Lisette : Je voudrais croire que c’est possible, Jojo le mérite bien.
Tamara : Il le mérite pleinement, ça ne fait aucun doute. Je te le demande encore une fois, crois-tu qu’un vrai miracle arrivera dans ce quartier pauvre et plein de putes comme nous ?
Lisette : Je suis confuse, je pensais presque tout le temps à toi ou à Gina, maintenant je pense beaucoup plus souvent à Jojo, oui, je voudrais que le seul miracle de la dernière centaine d’années arrive ici, pour lui.
Tamara (l’embrasse) : Malheureuse, tu es bien, toi, parmi nous, tu as encore quelque chose de bon en toi.
Lisette : Je suis confuse.
Tamara : Confuse mon cul, amoureuse, c’est ça, amoureuse.

II-ème acte
Première Scène

Lisette dans la salle à manger de Gina ; elle écrit, recroquevillée sur le lit.

Lisette : L’enfance : l’obscurité glaciale est… mon père tu étais la plus part du temps ivre, ma mère pleurait souvent jusque tard dans la nuit, je dormais profondément, faisant des cauchemars. L’adolescence : tu étais la plus part du temps ivre, ma mère pleurait souvent jusque tard dans la nuit, je dormais profondément, faisant des cauchemars. Dans le quartier tous les espaces verts étaient imbus d’urine mêlée à la bière, tu jurais en te grattant le dos avec un couteau, ton maillot blanc était taché de légumes cuits. Ma mère en avait fait trente-deux pots et un infarctus le même jour. Toi tu avais bu trente-deux bières dans le minable bistrot en tôle au coin de l’immeuble, à ce temps-là et maintenant encore beaucoup d’immeubles avaient collé contre eux un petit cube, gris métallique aux rayons en planche moisie d’où les quelques bouteilles vides aux étiquettes ayant leur prix inscrit en grosses lettres au marqueur noir parlent de mes nuits de l’enfance et de l’adolescence. Ma mère reposait oublié depuis un an déjà sous les pruniers ratatinés de la colline, il était trois heures de la nuit lorsqu’ils m’avaient appelée pour me dire qu’il était tout gelé près de sa chère évasion métallique. Je suis restée dans l’obscurité glaciale, désorientée, à moitié dévêtue. – C’est ton père ? m’a demandée le beau policier. C’est mon père, j’ai répondu au beau policier. Puis on est monté pour prendre un café le temps de se réchauffer et d’oublier. Le policier, garçon du quartier, bon garçon, m’a parlé des nuits de son enfance, de son adolescences aux espaces verts et aux troncs d’arbres sur lesquels il avait horreur de grimper, puis il m’est un peu dans la chatte, mais si peu et si lentement que je m’en suis trouvée mal, très mal.

II-ème Scène

Gina et Jojo nettoient, réaménageant la salle à manger.

Gina : Toi et tes pensées noires, de toute façon tu n’arriverais plus, ni chez toi, ni chez moi. Maintenant on t’emmène emballé directement dans la grande chapelle du cimetière. Si tu ne veux pas donner un coup de main, reste dans ton fauteuil et avales des bières et lis le journal. Puis ton ami va venir.
Jojo : Mon sauveur.
Gina : Je suis fatiguée d’espérer le bonheur pendant toutes ces années, exceptant la courte période où tu n’as été qu’à moi… j’ai quitté mon travail pour toi, Jojo.
Jojo : Non, tu ne l’as pas quitté pour moi.
Gina : Mais pour qui, mon amour ?
Gina : Tu jouais à la détective.
Gina : Et je me suis trompée ? Dis-le moi ! Je me suis trompée ? Depuis combien de temps je ferme les yeux à ta débauche avec Tamara.
Jojo : Tamara-ci, Tamara-là. C’est ton amie, aussi seule et malheureuse que toi.
Gina : Tu as une réponse à tout, et la femme, la chéfesse de l’association de locataires, l’amie des retraités au sens civique, pourquoi et d’où l’as-tu sortie ?
Jojo : C’est bon pour le CV, dans ma branche il est plus facile quand on est marié.
Gina : Tu as un métier ?
Jojo : La plus noble, le sauveteur des cœurs écrasés, le refuge des non satisfaites, le délivreur de tensions, en un mot l’amant idéal. Dis-moi quand est-ce que je t’ai chicané avec Jules ?
Gina : Ne t’en prends pas à Jules, il est plus homme que toi, seules ces délégations répétées ont détruit notre relation.
Jojo : S’il est plus homme que moi alors je te laisse et que tu me fiches la paix toi aussi avec ton vote.
Gina : Dieu m’en garde, je disais comme ça pour te fâcher, sans toi, Jojo, la vie est pure torture. Viens chez maman pour qu’elle te masse la petite jambe.
Jojo : La petite jambe et le petit dos. Il est affaissé ? Dis-moi, ce docteur Marron dit qu’il n’est plus comme il était.
Gina : Jojo, Jojo ! Tu ne t’assagiras que sous la terre. Tu restes dans ton fauteuil en paressant mais sache que si ça adviendra, Dieu m’en garde, que tu restes étendu sur la table sale avec la ouate du nez pleine de… poussière.

III-ème Scène

Dans la salle à manger de Gina, Tamara parle au téléphone avec Gina.

Tamara : Gina, écoute-moi toi aussi, chérie…ne raccroche pas…pute. Qu’est-ce que ça te fait que je suis une salope ? Tu as été près de moi à chaque fois que j’avais envie de me cogner la tête contre les murs et les veines contre un couteau. Malheureuse avant de naître, à ma malheureuse mère. Mutilée lorsque les sages femmes qui n’ont pas su m’arrêter m’ont effrayé l’âme. Pourrais-tu comprendre dans quelle mesure ? On m’a haï parce que j’étais venue, on m’a donné à d’autres qui m’ont donné à d’autres, qui m’ont donné « aux miens ». De bonnes personnes, ils n’ont jamais compris que je n’en avais pas assez de tristesse. Je t’ai aimée, va te faire foutre, salope, et je ne fais que jouer avec ton brave étalon. C’est un sot comme tous les salauds qui m’ont chevauchée avant que je puisse porter une selle. Qu’est-ce que ça te fait que je suis une salope ? J’ai toujours commencé à aimer après être violée. Je ne suis pas dépendante de sa mauvaise odeur que tu caches sous le savon écologique faite par ta mère de ses doux cochons. C’est de toi que je suis dépendante, Gina, une dépendance triste, tu ne dis plus rien, et qu’est-ce que tu pourrais dire au fond, toi, une pauvre petite pute ? Allô, allô, allô. Elle a raccroché. (elle sort le vibrateur du coffre aux draps du lit). Jules chéri, il n’y a que toi qui nous comprends, et lorsque je pense que tu es resté inobservé tant de mois dans le magasin au coin de la rue, il n’y a que toi qui ne nous fais pas souffrir, Jules. Elle t’a laissé de nouveau sans piles.

IV-ème Scène

La salle à manger de Gina, la table mise, quelques paquets aux aliments emballés, il y en a qui sont même dans du papier journal. Gina, Tamara, Lisette, Jojo, puis le Joueur.

Jojo : Chers amis, je vous remercie.
Gina : S’il venait.
Tamara : Il vient, il vient sans doute. Il vient. (à Lisette). Tu as bon goût, en matière d’hommes, tu es indiscutablement mature.
Jojo (à Lisette) : Une telle beauté gaspillée.
Gina : Et ta tumeur, comment est-ce que le médecin l’a découverte, notre bon voisin Marron ?
Jojo (à Lisette) : L’amour vient avec le temps, la beauté s’en va. (à Gina) Et Jules ? Toujours parti, toujours parti ?
Tamara : Gina dit que le pauvre s’en est allé de nouveau, il y a au moins quelqu’un qui travaille… Quel visage il a, ce Jules ?
Gina : Peut-être il ne vient pas.
Jojo : Il vient, il vient sans doute, avez-vous pensé quoi lui demander ?
Gina : Jules est un homme bon, plus fidèle et plus compréhensif que n’importe quel autre homme, c’est tout ce que j’ai à vous dire sur lui.
Lisette : Qu’il m’épouse. C’est trop ?
Tamara : Qu’il t’épouse et que nous allions tous bien. (à Jojo). Je veux l’exclusivité de… ton petit piston.
Le Joueur entre.
Le Joueur : Mes chers électeurs. (baisant la main de Lisette). Ma chère élue.
Gina (à Tamara). Qu’il est galant. Maintenant je le vois moi aussi mieux. Il est beau.
Tamara : Cette oie a commencé à battre des ailes.
Jojo : Je leur ai présenté l’arrangement, mais chacun en partie aurait encore de petites demandes, des désirs innocents.
Le Joueur : Pourquoi petites ? Je peux n’importe quoi.
Jojo : On ne voudrait pas vous charger trop.
Le joueur : Osez avec beaucoup de courage, d’une certaine manière on sera même parents.
Lisette : Je boirais un grand café, amer !
Tamara (à Lisette) : Abstiens-toi, chéri, du moins jusqu’à ce qu’il parte. (au Joueur) Est-ce que vous voyagez beaucoup ?
Le joueur : Chaque jour quelque part, presque tout le temps en raison de mon travail.
Gina : Et votre profession, c’est quoi ?
Le joueur : Depuis le début du début on m’a nommé joueur.
Gina : La raison de votre travail doit être toujours très importante.
Tamara : Laisse-le s’asseoir, chérie, l’homme a fait du chemin, il doit avoir faim.
Jojo (au Joueur) : Mon voisin, le docteur Marron…
Gina (au Joueur) Celui qui l’a découverte.
Jojo : Il disait que personne ne peut plus rien faire.
Tamara : Sauf un miracle.
Jojo : C’est ce qu’il dit : Tu n’y échapperas que par miracle, voisin.
Le joueur : De sorte que t’es adressé à moi, le spécialiste numéro un en miracles. Mangez vous aussi. (à Lisette) Verse-moi un peu de rhum. Allez, du courage.
Gina : Une villa au bord de la Méditerranée, cheffesse quelque part avec beaucoup d’argent.
Le joueur : Je croyais que personne ne briserait la glace. C’est trop peu, demandez quelque chose de plus complexe.
Gina : Deux piles de un virgule cinq volts à l’autonomie illimitée.
Tamara : Ces petits piles, petites.
Gina : Jules a une petite torche électrique qu’il utilise souvent à son travail.
Jojo : On vous prie de faire des demandes plus sérieuses.
Tamara : Sandales aux cristaux, cheffesse aux eaux, des écharpes colorées, un tapis et une salle à manger plus grande, et le petit piston de Jojo très fort.
Le joueur : Que des riens. Jadis dans les quartiers il y en avait qui demandaient la vie éternelle, pouvez-vous le croire ?
Tamara : Etrange désir.
Gina : Est-ce qu’il y en a eu beaucoup qui vous demandé des piles d’un virgule cinq ?
Le joueur : Vous êtes la première de tous les quartiers, nous parlons évidemment de ce qu’il y avait autrefois. La majorité désirait… la vie éternelle.
Lisette : Là, dans le café.
Tamara : Tais-toi, chérie, je vais lui raconter. Vous l’avez émue, je n’en suis pas étonnée, vous avez pleinement les moyens.
Gina (à Tamara) : Quels moyens ?
Tamara : Vous êtes un galant, sincèrement.
Gina : Et toi une flagorneuse sentimentale.
Tamara : J’aurais très envie de voyager dans le temps.
Le joueur : Dans le futur, dans le passé avec hébergement, croisières, hôtels avec le nombre d’étoiles que vous désirez, ce n’est que des riens pour moi.
Ils ont commencé à boire assez bien, lentement ils s’enivreront.
Lisette : Que je puisse aimer ?
Tamara (à part, à Lisette) : Tais-toi, ne dis plus rien. (au Joueur). Les jeunes gens, la jeunesse, la confusion et la politesse
Le Joueur : Quoi ?
Tamara, Non, rien… L’aviation, la transpiration, ça donne la sensation et te fait aimer. (à Lisette). Qu’il est bon d’aimer !
Le joueur : Revenons à nos problèmes (Il sort un tas de bulletins et un tableau). Ecrivez lisiblement votre nom, la série et le code numérique le plus des fois possible. Signez. (En leur montrant les bulletins de vote). Ceux-ci, je vais les tamponner moi-même. Mes chers électeurs, encore une fois, soyez certains, votre effort sera récompensé. Vous, courageux, dites tout ce que vous désirez. Je vous remercie, avec respect et dignité, vous le méritez bien.

Ils s’endorment tous, la tête sur la table. Le joueur lève lentement les yeux et, se convainquant de ce que les autres dorment, sort à pas de loup.
V-ème Scène

Dans la salle à manger de Gina. Gina, Tamara, Lisette et Jojo dorment la tête sur la table.

Gina (se réveillant) : De bonnes crèmes, des massages… Monsieur le Joueur !
Tamara et Lisette se réveillent, Jojo non.
Tamara : Tu m’as réveillée, je faisais de très beaux rêves.
Gina (à Lisette) : Regarde s’il n’est pas tombé dans la salle de bains.
Lisette : La salle de bains est vide et il a emporté tout le savon.
Gina : Qu’il joue de malheur, Jojo va se fâcher.
Tamara : Est-ce que vous sentez quelque changement ? Quand est-ce que ça commence à s’accomplir ? Non, il est parti… Monsieur le Joueur.
Lisette : Le Joueur n’a pas fixé de terme précis. (à Jojo). Lève-toi, paresseux, il semble que ton sauveur a mis les voiles.
Tamara : Qu’est-ce que tu dis ? Où ça ? Il a encore besoin de nous.
Gina : Besoin ? Pourquoi ?
Lisette (à Jojo, lu mettant la main sur la nuque). Réveille-toi, dormeur, ton sauveur s’est évaporé. (Cri). Que Dieu m’en garde, il est froid comme mon père dans cette nuit glaciale.
Gina : Au milieu de l’été ?
Tamara (cri) : Petit piston !
Gina : Mon Jojo !
Par mégarde Gina appuie du coude sur la télécommande de la télé, à l’écran une interview avec le Joueur qui vient de gagner les élections du quartier.
Le Joueur : Vous pourriez dire de moi : - Comme il est arrivé loin, je l’ai connu, il ne valait pas lourd, on l’a aidé tout le temps, il a presque tout le temps léché le dos de quelqu’un, tout comme ses parents ont léché, pour être par la suite léchés. Une longue et véritable dynastie de lécheurs, mais vous vous trompez. Depuis que j’étais petit, le Lumineux m’a destiné le doute, la lumière mêlée à l’obscurité. Le coucher et l’aube des cuisses stériles de la mort m’ont nourri de froid et d’inutilité. (Il rit) Je peux soutenir n’importe quoi. Depuis que j’étais petit, je n’ai compté pour personne, aucun de vous ne m’a aidé. Ni meilleur, ni pire, seulement comme le Lumineux l’a désiré et presque toujours j’ai été en dessus. (Il rit). J’affirme ce que je veux. Vous êtes un ramassis de paresseux, de débauchés, désireux gourmands de tout ce qui existe. Je veux et je peux mais pour qui. Il en a un de ma taille ?! Lorsque le Lumineux m’a nommé pour la première fois le Joueur d’un quartier, il y en avait beaucoup qui désiraient… la vie éternelle. Le jeu avait un enjeu. Je n’avais pas le temps de m’assoupir, que je prenais de nouveau mes ailes au dos volant vers quelque recoin d’une ruelle mal aérée où je ratais rarement ma mission avec quelque petite vieille femme entêtée. Beaucoup de fois je me suis endormi en vol fatigué. Grondé, pénalisé par le Lumineux, il fallait courir et c’était moi qui payais les pots cassés. (Il rit). Depuis que j’étais petit, ça a été fichtrement dur pour moi, je suis arrivé ici par mes propres moyens, il y en a peut-être des mécontents qui me considèrent non reconnaissant, insuffisamment impliqué, irresponsable. Des sottises, mes chers citoyens. Amis, je suis le Joueur de ce quartier, dites-moi avec courage tout ce que vous désirez. Demandez-moi des choses sérieuses, ne venez pas avec des riens, demande-le-moi, je peux toujours ! Dites avec moi : Nous voulons la prospérité éternelle… la prospérité (le programme s’interrompt, silence prolongé).
Gina (embrassant Tamara) : Dans quel monde nous vivons !
Tamara : Les mensonges me suffoquent, sortons !
Gina : Serre-moi fort, Jojo !
Tamara : Nous l’avons perdu.
Gina : Si facilement, je suffoque.
Tamara : On va au marché, je vais transporter moi aussi les sacs.
Gina : Au diable l’hypocrisie, je ne veux rien d’autre. Prends-moi dans tes bras. On file doucement hors de ce quartier minable, sans que le Joueur nous voie.
Tamara : Je choisis les choux, les carottes, marchandant avec les paysannes… je vais transporter tout ce qui est lourd. Tu te sépares de Jules.
Gina : Tu veux toi aussi une vie tranquille ? (elle sort la tête par la fenêtre criant vers la rue). Joueur, que tu te la fourres au cul ta prospérité éternelle, nous, nous nous avons l’une l’autre !
Tamara : Nous deux nous avons… on va tenir une arme dans la maison. Toi, Joueur, il serait bon que tu en tiennes compte. Il serait bon.
Gina (à Lisette). Moi et elle, nous sortons.
Tamara (à Lisette) Tu comprends pourquoi ?

VI-ème Scène
Jojo est mort dans un chariot à roulettes poussé par Lisette sur le bord de la mer.
Lisette : Je te mets un petit édredon, il fait bon, mais tu pourrais prendre froid au dos à cause de ce petit vent froid. Jojo, quel silence ! Vous, les hommes, vous êtes des anges, comme ça, lorsque vous êtes silencieux. (elle lui met à l’oreille un coquillage immense). Tu entends, mon beau ? Qu’est-ce que tu entends ? Tu n’entends rien ? Ce coquillage merveilleux, silencieux quelques moments avant, étendu dans le sable brûlant, il avait besoin d’une oreille… attentive, qui ne se hâte pas. Il n’est pas mort, n’est-ce pas ? (Elle le lui presse sur l’oreille). Dis avec moi : - Il n’est pas mort… on y entend la mer, le vent et surtout les pas, tous les pas depuis le début du sable jusqu’à sa fin. Dis avec moi : Toi qui me tiens le coquillage à l’oreille et j’entends la mer, le vent, les pas éparpillés entre les grains de sable. Toi…veux-tu être… ?
Fin.


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