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les épingles à printemps
prose [ ]

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par [erableamots ]

2007-03-15  |     | 



Ce matin des nuées de corneilles laissent le ciel plus bleu. Le balai de leurs ailes époussète le vent. Les herbes en latence attendaient cet appel et la neige fond plus vite. Il n’y a plus de tuque sur les poteaux de clôture et la tôle des toits se remet à briller. Dans les planches du cœur, le craquement des clous se transforme en chaleur. Les mots reprennent pied sur le plancher des vaches. On oublie jusqu’au froid au terme de l’hiver. Les papiers gras sont revenus, les limaces, les vieux os. L’arrière-cour a l’air d’un ossuaire. Mon loup ne hurle plus. Il a la bouche pleine. Il suffit de parler à voix haute pour que vole un oiseau. La terre mêle à ses larmes le rire des rigoles, les pelles oubliées, les ressorts des pendules parmi les pots cassés. C’est le rire à la bouche que je parle de boue. Le visage de l’air a le sourire aux lèvres.

J’ai ressorti mes épingles à printemps pour accrocher mes mots, mes chemises, mes rêves. La corde à linge tangue sous le poids des couleurs. J’ai ressorti le trou du clou, le ciel de l’étoile, les fleurs du ciment, les causes de l’effet, les chats de la maison. Les grandes carcasses d’arbres retrouvent leurs habits. Des billes viennent rouler dans les yeux des enfants. Les routes sont si belles qu’on veut être des roues. Un peu de tout s’éveille, depuis le bois jusqu’au fer-blanc, depuis le fil jusqu’à l’aiguille. La soucoupe du sol reçoit la tasse du soleil. Les dents de la scie sourient dans le coffre à outils. Une main dépasse du manche des marteaux. Les boutons de ma veste attendent les abeilles et les colibris verts.

Nous sentons dans l’air frais la faim des écureuils, la soif des chevreuils, le réveil des ours. J’ai retrouvé mes pas tout au bout de la galerie. Les pieds des feuilles sur l’épaule des arbres font monter l’espérance. On peut se tenir debout sans caler dans la neige. Le ciel peut sortir par les trous de fourmis. La Grande Ourse rumine les pelouses du ciel. La roue à aube tourne dans le cœur du poète avec l’idée de l’eau qui remplira le verre, le pain qui lève dans un moulin à vent, l’aiguille de pin qui recoud sa verdure. J’entends le noyau dans l’horloge faire sonner les fruits. Les cailloux trop timides retrouvent leurs couleurs et parlent aux montagnes. Les fenêtres ouvrent leurs yeux sur un livre nouveau. Chaque page sent l’été et l’encre des insectes.

À l’école des pas, les cailloux font les cancres. Les graines sous la terre font du bruit pour sortir. Les fleurs se hissent sur les épaules des racines. Mes jambes marchent comme deux chiens dans l’herbe folle. Mon pied droit gambade en retrait du pied gauche et mes deux mains repeignent la crinière des arbres. La chaleur donne à manger au pain. Ma voix donne à chanter aux mots, le vent sa vitesse à la route, la pierre sa patience au lichen. La vie donne sa chair au poids des choses. Maintenant que les oiseaux reviennent, que l’eau du lac se remet à nager, on dirait que le sang coule plus vite. Sous la neige et la glace, on dirait qu’il manquait tout un côté du monde. Ça fait du bien de le voir à nouveau. Des kilos de cerises quittent la tête pour les branches et l’idée des abeilles rattrape son pollen. L’eau de l’été retrouve sur la table le verre qu’elle aimait.

En trébuchant sur une virgule glacée, j’ai retrouvé dans l’herbe une phrase perdue. Quand la neige est fondue, la tête peut entendre ce que disent les pieds. La peau des mains caresse des odeurs nouvelles. Sur le vitrail de l’air un peu de verre croise le soleil comme un regard de fleur, un peu de vent s’ébroue comme les larmes d’un pinceau. C’est en vain qu’on essaie de contenir la pluie, de retenir le jour en se fermant les yeux. Dans le chant d’un oiseau est un plus vaste chant. Tout ce qui chante est le chant d’autre chose. Tout ce qui vit est une symphonie plus vaste que l’orchestre. Même l’enfer des hommes porte un ciel en gésine. Il a fallu du feu, du froid, du temps pour que germe la pierre, des milliards d’années pour goûter le baiser.

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