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de la buse à l\'abeille
prose [ ]

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par [erableamots ]

2005-08-05  |     | 



DE LA BUSE À L'ABEILLE


Le temps qui nous feuillette n'est pas le même temps qu'on lit. L'espace qui nous fuit n'est pas le même qu'on poursuit. Le vent qui nous soulève est le même qui nous berce. Les coutures de la pluie reprisent le jardin. Les fleurs se redressent dans le bruit de l'orage et tendent leurs pétales à la langue des éclairs. La bouche qui profère ne retient pas ses larmes. Le ciel vole avec les oiseaux. Les graines se rompent. Les racines creusent la terre pour voir la lumière. Les branches s'étirent et pompent le soleil. Les fleurs se fanent pour enfanter les fruits.

Il y a des pages qu'on n'ose pas tourner, des coins de vies qu'on ne veut pas croiser, des coins de rue qu'on préfère éviter. Le cinéma des yeux ne s'arrête jamais. Dans une forêt d'eau le parapluie des arbres protègent les insectes. Les heures raccourcissent les jambes quand les chemins s'allongent. L'horloge et l'infini ne se parlent jamais.

Dans le cargo du lit je fais des rêves de contrebande. Je remue des étoiles dans la boue du sommeil. J'allume tous les feux d'une même allumette. Sur le négatif du soleil l'ombre des fleurs se colore. Ceux qui rient à la mort d'un arbre préparent à l'enfance une école de haches et mettent des barbelés autour des marelles. Quand les pierres s'endorment, le vent veille et les oiseaux ne dorment que d'une aile. Les arêtes des secondes griffent l'éternité.

Rien ne commence ni ne finit. Il n'y a pas d'ombre sans lumière. La terre se nourrit des arbres qui pourrissent et les herbes qui brûlent font place aux mirabelles, aux mirtilles, aux canneberges. Le bouleau fait du nô sous sous masque d'écorce. Tout est vert en forêt, la lumière et le vent, l'invisible et le rêve. Seuls les cris des oiseaux y forment un arc-en-chant dans le bruit des feuillages.

Une gorgée de vie s'appuie sur chaque pétale. Chaque goutte de rosée, chaque bourgeon, chaque pas sont un oui, une âme qui consent. Tous les lointains se croisent dans le proche. Tous les coeurs se touchent quelque part entre nous. Tout commence toujours. Le fleuve défait son lit. La terre refait ses sources. Le ciel a la forme d'une aile de la buse à l'abeille. Le jardinier écrit appuyé sur sa bêche. L'algue rose des mots divise mes deux lèvres. Écrire fait appel aux anges. Fasciné, j'entrevois l'invisible.

J'écris avec la main des mots sur une poitrine syllabique, des jambes de mots qui enjambent les rues, des pieds de mots qui se déchaussent, des épaules de mots qui donnent l'accolade, des mots nus, des mots nous, des mots en bras de chemise qui soulèvent des pierres, des chevals de mots dans une Troye déserte, des morceaux de mots en forme de puzzle, des mots qui poussent le long de l'autoroute pour en faire un jardin. Il y a un os dans l'eau. Le chien boit. La caravane aboie. Les pages broient du noir.

Les branches du regard se réfléchissent dans l'eau comme des arbres pensifs. Nous ne savons jamais où les routes conduisent. Le vent reflue sur des pentes sans fin. Le volant du temps tourne seul entre nos mains. Il faut poser des mots sur le frein du silence. Quand les images sont vraies des greffons d'essentiel parsèment la parole de pièces à conviction, des pépites d'absolu, de miettes infinies.

Quand les arbres se couchent sous le vent des rapines, quand on met à genoux le rêve des enfants, il importe de rester debout. Quand le monde s'habille de paraître, j'écris pour être nu. Au plus proche du germe je renoue connaissance avec la terre et les étoiles. Je mesure en mots la distance parcourue, de la saveur du temps à celle de l'espace. Je veux mettre en images l'ampleur de ce qui reste. Même si le rêve se heurte au vacarme des hommes, il ne faut pas perdre l'espoir. Le lichen s'agrippe envers et contre tout. Je ne sais plus ce que je sais. Je ne sais plus ce que je dis. Je lèche le soleil sur la peau du désir, le sel sur le sable, les miettes sur la table, le miel sur le pain.

Un même langage unit la pierre à feu et le galet adouci par la mer, la montagne et le fleuve, la brindille et l'oiseau. Une sève cosmique élève les forêts et fait craquer les meubles. Le coeur des roses cache les rides du jardinier. Dans les bruits sans mémoire, seuls les mots se souviennent. Bûcheron de mes pas dans la forêt des routes, je suis comme ces arbres qui voyagent par le chant des oiseaux.

Sur le mazout des plages, des baleines viennent mourir des blessures de la mer. Les tourterelles ont peur dans la maison des feuilles. Les oeufs des vers à soie détestent les drapeaux. Dans son sommeil de pierre, la montagne remue, sa robe vole au vent. L'arbre et l'homme sont mêlés l'un à l'autre, la sève avec le sang, la pierre et le pollen, les racines au soleil, les vagues de la mer aux îles de lavande. Lorsque la terre enfile son châle de lin bleu, les odeurs font la belle. Les fées sous les fougères dansent le menuet. Les atomes sont des doigts qui retiennent le monde.

Le monde est à l'envers. Il faut chercher son pain dans la gueule du lion. On habille les enfants pour partir à la guerre. Les barreaux des échelles nous servent de prison. Quatre-vingt pour cent des gens ne savent ni lire ni écrire mais la musique nous unit. J'accroche encore des feuilles aux arbres de papier. J'attends le vent des yeux sur le vert des mots. Si j'étais une porte, je serais la clef. Si j'étais un mot, je serais le verbe aimer. Je conjuguerais la vie avec le bonheur et le ciel au présent.

Je frappe sur les portes avec le poing des mots. Je cherche le bonheur étouffé sous les choses, l'espoir sous les roses, la route sous les pas. Je n'ai que des phrases à offrir, mes vieux rêves d'enfant, un violon de papier, une bêche à l'épaule, les vaisseaux du cosmos traversant la Grande Ourse. Je marche encore debout parmi les ruines fumantes, les réclames fumeuses, avec mes pommes fameuses et mon panier percé. Je pousse une brouette sur le fil d'horizon.

5 août 2005



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