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La terre dans mes bras
prose [ ]

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par [erableamots ]

2005-05-17  |     | 



LA TERRE DANS MES BRAS




Quand une montagne accouche d’un caillou, le temps est sage-femme. J’écris avec des mains d’accoucheur. Le marchand de sable attire les fourmis du sommeil. Les rêves sont creusés de tunnels. Les morts y croisent les vivants, les feuilles redeviennent racines et le chant des oiseaux se confond à leurs œufs. Le soleil y perce des fenêtres ouvertes sur la vie. Je transporte mes phrases sur le dos, mot à mot, pour en faire des dunes sémantiques que, trop souvent, le pas des soldats piétine jusqu’au sang. J’écris avec des brindilles, des grains de sable, de petits rêves d’insecte. Je fais des trous dans les œillères où filtre l’infini. Il y a mille chemins de l’instinct à l’instant. Me voilà le nez dans l’herbe à brouter l’encre noire. Je tiens la terre dans mes bras.

Un enfant, celui que nous étions, celui que nous serons, nous tire par la main sur le bord de l’abîme, au milieu du jardin, à la croisée des routes qui nous tendent leurs bras. Je n’ai jamais cessé d’attendre le miracle. Il vient chaque matin lorsque j’ouvre les yeux. Je n’ai jamais su trier les souvenirs, ni passés ni présents. Aujourd’hui j’ai vu des achigans dans l’eau exactement comme je les voyais enfant. J’ai suivi des fourmis pas à pas jusqu’au bout de la page. J’ai rencontré celui que j’étais. On a parlé comme de vieux amis. On croit qu’on ne peut plus changer mais l’enfant resté dans l’ombre nous tire par la manche et nous ouvre la route. Il faut juste dire oui.

Tout ce qui est en nous est comme un aimant qui attire les mots, les souvenirs, les vieux airs de musique, les désirs. C’est comme une prière trop longtemps refoulée qui met le feu aux joues et vient nous consoler. Ce que j’ai mal vécu, je m’y appuie pour vivre et devenir meilleur. On ne voit pas vieillir ceux qui vivent avec nous. On voit le temps passer sur le visage de ceux qu’on ne voit pas souvent. Le hasard est toujours la pièce manquante du puzzle. Je ne sais pas ce qu’est la vie mais qu’importe. Le pinceau de l’artiste a du mal à dessiner les larmes, ces gouttes d’invisible qui échappent aux images. Les mots arrivent mal à dépeindre la légèreté de l’âme mais parfois, en secouant les pages, il en tombe des larmes. Abandonné par son enfance, on n’arrive plus à marcher. On cherche des alliés dans les caves et les ronces.

D’un seul coup de crayon, je caresse les collines. Je colle mes yeux sur les étoiles. J’allume un feu en me frottant les doigts. Je n’avance pas les pieds sur terre mais les bras dans l’azur. J’ai retrouvé l’enfance de l’art, le foin d’odeur, la vache enragée, la vache qui rit. Je loge dans l’oiseau, le ventre de la pierre, les bras des arbres, l’eau fraîche dans les mains, la grange de l’avoine, le rêve des fourmis, la mie de pain, les pignons de pin et le cœur des amis. L’homme chante pour oublier sa peur. Il affronte la mort en lui tournant le dos. Sur la page noircie je fais partie des mots partis à ma recherche. On passe toujours à travers l’autre. On part toujours à travers soi.

Le cœur qui bat, c’est un peu notre mer intérieure qui voudrait se répandre. Elle laisse échapper des vagues de tendresse, des algues d’accolade, des goémots. Les mains sont des bateaux qui veulent prendre le large. Les arbres sont les vagues verticales d’une île. L’espoir, on n’y croit jamais tout à fait. On le protège avec des mots, des caresses, des gris-gris. Les choses que je regarde voient-elles ce que je vois ou mon œil étonné ? Quand je pleure, c’est pour apprendre la rosée. Quand j’écris, c’est pour plier le silence dans la poche du temps. Quand j’aime, c’est pour apprendre à vivre. Il faut moins qu’un brin d’herbe pour soutenir le monde.

J’ai parfois l’impression que ma vie ne tient qu’à des mots comme ces vieux murs que des couches de papier peint gardent debout. Je tapisse chaque matin un lever de soleil sur ces murs de silence. Il finit par ouvrir le sourire des nuages. Je dénoue sans relâche la pelote d’Ariane, au fil du courant, sur le fil du couteau, sur le fil du temps, de la plante des mots jusqu’à leur feuillaison. On doit sans cesse laisser des phrases sur la vitre séparant le rêve du réel. Trop d’oiseaux s’y fracassent les ailes. Des lettres en dentelle cicatrisent l’abîme. Dans le ventre des mots le fœtus du rêve déploie ses petits bras de sens. Il ouvre ses menottes aux têtards imprévus, aux étoiles utérines, aux atomes du cœur.

Les jours partent à la pêche à la ligne d’horizon. Le rapala du cœur laisse briller ses veines pour attirer le sang. Quelques vers s’agitent à l’hameçon des mots. J’ai appris l’alphabet pour survivre aux images et répondre au silence. Je n’écris plus de mots qui crachent au visage. Je les laisse mûrir dans le ventre des femmes. Je plante des pépins dans la pomme d’un poème. Je sculpte la musique pour les mains des aveugles. Je dessine les phrases pour l’oreille des sourds.

Dans le silence vivent les bruits. La musique est en eux quand ils s’en donnent la peine. Même la nuit des étincelles de lumière s’allument sous les paupières. Elles font voir le monde avec les yeux de la beauté. Quand les arbres se penchent, j’entends le bruit des feuilles. Chaque goutte de pluie sert d’escabeau vers le ciel. Quand la lumière est là on mange le soleil. On avale la chaleur. Elle n’use pas les choses comme l’eau ou le vent mais rajeunit les feuilles, les rochers, les rivières. Elle ne fait pas de bruit mais chante dans le corps. On danse avec elle même dans les trous de l’ombre. La lumière est comme l’air qui soutient les planètes.

Pour ne pas laisser de vide je resserre les particules de l’air. Nous sommes comme de l’eau dans l’eau, toujours au point d’ébullition. Nous volons comme la mer pour embrasser le ciel. Nous sommes dans l’espace, les ailes des oiseaux, les écailles des poissons, les feuilles des érables, les planches des étables, les dos des doryphores, la bave des cocons, les moineaux qui sautillent, les cercles de l’aubier agrandissant le tronc, la mémoire des mollusques, la chimie des amibes et le sucre des fleurs. C’est en lumière que je voudrais écrire, en flagelles de mots dérivant sur la page, le sperme des étoiles à l’intérieur de l’encre. Les mots s’animent quelque fois et deviennent vivants. Ils marchent, ils dansent, posent leur tête sur la page et mènent boire les yeux jusqu’à l’eau des images.

À chaque nano-seconde tout est neuf, tout renaît : tout ce qu’on voit, tout ce qu’on touche, tout ce qu’on sent, tout ce qu’on est. Les limites de la matière sont infinies. Le monde est une magie sans mage, de la blancheur des pages à la force des images. Les petites pattes de mouche s’emmêlent aux plus grandes racines. L’écorce de la terre frissonne comme la peau des hommes. Quand un oiseau s’envole nous partons avec lui. Quand un caillou s’enrhume, l’herbe tousse avec lui. Le premier œuf rejoint la première coquille. Le sable se souvient de la fraîcheur de l’eau. Quand l’œil doit s’arrêter, l’infini continue à l’intérieur de nous.

Les phrases n’ont pas de fin. On ne touche pas le cercle sans se mettre dedans. L’eau sur l’iris des yeux fait des vagues d’images et l’air dans les oreilles se module en musique. Les racines des arbres sont les reins du soleil, les feuilles ses poumons. Les moindres petits pas sont les pieds de la route. Chaque coup de cœur ne marque pas le temps mais un bout d’infini. Il ne suffit pas de ne pas être aveugle pour voir. Ce qu’on voit n’est jamais qu’une ébauche. Il ne suffit pas d’exister pour être complet. Il ne suffit pas de penser pour écrire. Il faut plutôt sentir, être la bête que l’on nomme, la pierre que l’on touche, le temps qu’on dilapide, les boutons de la fleur qui ne s’ouvre jamais et la graine qui germe en embrassant la terre. La lumière est partout, la lumière des poissons dans les ténèbres des abysses, celle des vers de terre dans le noir du terreau, celle de l’ombre dans la nuit, la lumière de la sève dans le creux des racines. L’enfant réchauffe le vieillard qui ne demande qu’à brûler.

12 mai 2005




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