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un radeau dans le désert
prose [ ]

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par [erableamots ]

2005-04-10  |     | 



UN RADEAU DANS LE DÉSERT




Les arbres qui poussent dans un champ de mines prennent la forme d’un cercueil. Leurs branches sont des béquilles. L’ombre les recouvre d’un suaire de poussière. Avec des planches de salut, je construis par espoir des radeaux dans le désert et des chambres d’amis dans la maison du monde. Je hisse les planchers sur une échelle d’horizon. La face invisible des mots se dessine un visage. Je tricote une route où l’hiver en sandales vient réchauffer ses pieds. Le matin vient semer la fleur du soleil parmi la cendre des néons, la rosée sur la pierre. J’entrevois la lumière sur les chemins de l’ombre. Le cri des hommes est une flèche errante. Nous ne savons jamais ce que nous écrivons.

Je laisse des pages blanches pour accueillir la mort. Les cailloux tendent l’oreille dans un nid de la terre. Ils repoussent plus durs après chaque récolte. Ils sortent de la nuit pour boire le soleil. Dégrafant son corsage d’herbe verte, la terre vient offrir son beau ventre de femme. Sa peau tressaille sous la caresse des racines. La route se dresse sur ses pas sans savoir où aller. Les mots sont des bulles de feu qui traversent la mer. Les choses s’éveillent le matin pour accueillir nos regards. Les oiseaux nous attendent avant de s’envoler. La rosée savonne l’épiderme des plantes. Les mots résument l’horizon sans briser l’infini.

La terre nous observe à travers les ruisseaux. Les arbres nous font signe avec un bras levé d’où tombent quelques feuilles. Quand je garde le lit la route se couche contre moi. Elle court dans la nuit quand je voyage en rêve. Le sable du désert veut traverser le monde pour regarder la neige. L’odeur des lilas se cherche une compagne. Le pollen sourit au beau milieu des guêpes. Des millions de brins d’herbe font l’amour sans honte. J’entends sonner le cœur par le trou des serrures. À la tombée du jour l’oiseau replie ses feuilles et redevient bourgeon. Sur la plage en émoi des vagues font le mur pour applaudir le vent. La pluie bourdonne sur le toit avec ses pattes mouillées. Je ne possède rien, je prends les choses par la main pour traverser la vie. Au départ des amis, la table abandonne ses verres à la soif des chaises. Des miettes de mots oubliées sur la page cherchent le pain du ciel.

Un coup de genou du vent laisse un trou dans un arbre où l’oiseau cherche un nid. Le printemps fait mousser le champagne du ciel. Le bouchon saute et le soleil laisse déborder sa joie sur les ruisseaux de verre. Les orages assis dans les fauteuils des nuages tricotent leurs éclairs. Les arbres bombent leur poitrine sous la caresse du vent. Les taupes qui dormaient réveillent les racines. Les herbes se soulèvent sous les dessous des femmes. Les insectes fredonnent dans les tresses du blé. Les arbres les plus vieux ont des rires d’enfant. Les feuilles traversent en bateau le grand lac du vent. J’ai enveloppé ma voix dans le parfum d’une femme, dans la pulpe d’un fruit, dans la chair d’un poisson, dans les yeux d’un enfant.

Une goutte d’eau sur mon front cherche-t-elle à m’aimer. On regarde le monde avec des yeux trop durs. Une fleur n’attend pas qu’on la nomme pour donner son parfum. Les oignons me font rire où je devrais pleurer. J’élève des poules d’eau qui pondent des cailloux. Sur la plage endormie sont-ce les bras du sable qui caressent la mer ou les coquilles vides qui cherchent une étreinte ? Sous la laine du silence mes mots ont le cou nu. Leur tête qui dépasse veut toucher l’horizon. Les herbes vont en bande saluer le soleil et la route qui boite tire ses bas troués sur les mollets de l’aube. J’ai trop d’images en tête et des yeux tout autour. Mes paupières trop lourdes ont la forme d’un ventre. Des bulles de lumière s’élèvent dans la nuit. Le monde est le même que les gestes qu’on pose.

Tout peut surgir d’une page, d’une phrase ou d’un mot, un squelette habillé de musique, un fantôme en amour avec un vieux cheval, une poignée d’étoiles dans un carré de ciel, une fleur, un insecte ou l’œil d’un oiseau dans un éclat de verre. Je ne demande rien qu’un sac un peu moins lourd, une pente moins raide, une soupente, une soupe, un cœur plus léger pour battre la chamade. Nous sommes en avril et le portail de l’hiver se déboîte ouvrant comme une brèche dans le temps. Tous les côtés du monde communiquent entre eux. Je porte dans la voix le premier cri des bêtes, le premier rêve des étoiles, un peu d’herbe, des fleurs, des gnomes, des gnomons et des minous de poussière. Pendant qu’on vit coûte que coûte je grignote quelques mots pour endormir ma dent creuse. Je colmate les trous d’une mémoire bancroche. Ma voix de graviers bleus me sert de chemin. Toutes les fenêtres ouvertes me servent d’écritoire. Le plus vieux paysage est neuf chaque jour. Il suffit d’un pinceau, d’un crayon, d’un clavier, d’une soie japonaise où sourit la légende pour que l’objet le plus banal réfléchisse le cœur.

La nuit nous tire par les cheveux du rêve. Tout me sert pour écrire, l’œil à facettes d’un papillon, une rivière paresseuse, le juron d’un chiendent sur l’asphalte mouillé, un coup de couteau sur la porte du silence, chaque barreau sur l’échelle de Richter, toutes les voix du monde dans un seul cri d’enfant. Mon cœur en bivouac fait des signaux de fumée des Inuits aux Chiappas. Leurs flèches empennées de légende me transpercent l’écorce et recueillent ma sève. J’entends leur chant rouge sur les tambours de paix. Une piste à chevreuil tourne en rond dans mes pas. Je grave sur la page le totem d’un loup. De miette en miette je reconstruis le pain. De miel en miel je butine la ruche. De fleur en fleur je refais le jardin. De pierre en pierre je remonte à la source. De pas en pas je refais l’espérance. De mot en mot je retraduis la vie et la mémoire usée à force d’oublier.

De la main d’un enfant agitant son hochet au poing du prisonnier fermé sur une lime j’ouvre le cœur aux graines essentielles. Je laisse des pétales jaillir des trous de bombe. Certaines fleurs fragiles ont le cœur d’un chêne mais se piquent aux épines. Mes yeux dévorent tout pour nourrir une image et marquer d’une pierre blanche le silence de la nuit. Quand un homme se lève en criant : « Paix sur terre ! Pain gratuit ! » les marchands de malheur crient : « Au fou ! » La grande main du temps fait craquer ses jointures comme la mer au loin laisse chanter ses vagues. Il y a tant de choses à aimer, du goût des œufs chinois aux fleurs de rhétorique, des insectes de nuit aux caresses du jour. Je veux semer des fleurs sur une île aux trésors, troquer le coffre des pirates pour un cahier d’enfant, remplacer les drapeaux par des câlins de couleurs, réveiller de mes pas le sable des marées. Mon vent du Nord charrie des coquillages d’air. Écoutez-les chanter la sève des érables.

9 avril 2005

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