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Au-delà même des Ailleurs
essai [ ]
Apologie des écorchés et des écorces écorcées

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par [Reumond ]

2016-02-27  |     | 



















À mon épouse Éliane, qui, à travers son amour de la nature et sa recherche picturale, sa vie intérieure et sa quête de vérité , s’évertue à suggérer l’intérieur des choses comme l’au-delà des écorces.





Avant-propos

À travers cette tentative d’essai, je vous invite à un voyage à travers quelques strates de la réalité. Car les questions qui nous traversent l'esprit et le corps sont aussi nombreuses que les réalités qui nous éprennent.

Par exemple, où vont les morts quand ils nous quittent ? Et de quelle « Part à dire » veulent-ils nous causer de leurs "Ailleurs", un monde plus symbolique que réel, plus intérieur qu’extérieur, plus imaginé qu’il n’est imaginaire ?

Mais quand est-il vraiment de la réalité par rapport au Réel, et que reste-t-il des évidences quand on a tout évidé ?

Ou encore, quelle mémoire d’eux-mêmes gardent les bois des meubles anciens quand ils ne sont plus vraiment des arbres ?

Et que reste-t-il comme souvenirs de la matière dans les chairs platinisées du professeur von Hagens ?


les métaphores sont des méta - forets, et comme des forêts de symboles

Comme les symboles peuvent être plus réels que la réalité même, en nous permettant d’accéder justement à plus de réalité, ou en nous facilitant l’expression du Réel (c'est-à-dire de la réalité de nos réalités), de la même manière, avec une matière métaphorique assez proche de la matière symbolique, les métaphores sont des méta - forets, des instruments artistiques ou des outils poétiques, sémantiques et linguistiques qui nous permettent de « percer » le brouillard de l’inconnaissance et d’évider ainsi les trop grandes évidences, en quelque sorte, les métaphores permettent de forer ou de creuser le mystère des choses.

Ainsi, le poète s’il veut dire sa quête doit « faire son trou » à coup de méta - forets créant une ouverture dans la réalité, un passage parfois étroit, au creusoir du Réel, comme Flaubert avait son gueuloir pour crier l’imposture des choses à la force des mots.

L’évidement des évidences, l’écorchement des cadavres ou l’écorcement des arbres, c’est là justement l’éprouvé, avec sa preuve par l’épreuve, à l’image de la trop fameuse épreuve du « gueuloir » de Gustave, comme l’appelait ses intimes.

Il en est de même de l’épreuve du Labyrinthe pour Ariane et pour Thésée, de l’épreuve de la baleine pour Jonas, ou de celle de la caverne pour Platon. Les forets forent, les chemins de traverse traversent, les vrilles courent la matière, les trépans creusent l’os, la lame aiguisée du bistouri incise à travers les chairs…

Même les monstrations du docteur Spitzner illustrées par le peintre surréaliste Paul Delvaux, ou les démonstrations plastinées de l'anatomiste Gunther von Hagens inspectées par des milliers de visiteurs plus ou moins troublés, nous collent aux sens comme des méduses. Les âmes les plus sensibles qui décrochent au coin d’une cimaise ne peuvent supporter cette réalité-là.

L’odeur de formol ignore tout à fait la structure même de l’âme.

La dissection, cette sorte de rituel pour carabin, ce rite initiatique pour étudiant en médecine, peut nous permettre de comprendre en partie le concept d’évidement des évidences et d’évitement des réalités erronées.

C’est sûr, les écorcées de la forêt comme les écorchés des salles d’anatomie en savent plus sur la réalité des choses que tous les bûcherons et professeurs d’académie, mais il nous faut quand même en dire plus et avancer plus encore dans notre « déconstruction de la réalité » !

Comme en peinture ou comme dans un processus d’écriture, la dissection est un travail personnel éprouvant, une expérience individuelle tout à la fois artistique, psychologique, émotionnelle et même charnelle. Je n’étais pas Léonard de Vinci et encore moins André Vésale, mais en salle de dissection, j’ai moi-même dans les années 1960, fréquenté une année de cours de dessin de dissection et d’anatomie, cours organisé dans le cadre d’une collaboration entre l’hôpital de la Salpetrière et les Beaux-arts de Paris.

D’emblée, le corps d’ébène d’un étudiant en médecine décédé d’une leucémie nous fut présenté, ouvert comme un traité d’anatomie aux grandes feuilles jaunes retournées sur le noir. Si jeune, si grand, qu’il nous semblait plus vivant que mort ; comme s’il était plongé dans une forme de léthargie profonde dont Morphée seul avait le secret et la clé.

Nous avons aussi dessiné plusieurs organes issus de plusieurs corps disséminés. Et toujours très digne, comme allongée nue sur le zing d’un café, il y eut aussi ce corps desséché d’une vieille dame avec un foie comme une carte de géographie nécrosée, cartographie défaite d’un lointain pays imaginaire où les alcooliques peuvent vivre en toute félicité. Mais tout ça, malgré les belles métaphores, ce ne sont que des apparences toutes crues sous les néons blancs des mornes morgues.

(...)

Derrière les apparences, même déboutonnée, les chairs vives ou mortes cachent leur essence aux yeux des profanes comme au regard des profanateurs. Le jeune homme de couleur s’offrant à nos regards comme un modèle pour les artistes que nous n’étions pas, et comme un simple écorché offert aux mains gauches des candidats à la médecine.

Les corps ainsi disloqués, même ouverts au courant d’air, ne divulguent rien de leurs belles ou tristes histoires intimes, rien de leurs amours et de leurs pensées profondes, rien de ses peurs qui traversent la peau et de ses désirs qui remplissent les âmes, rien de ses expériences multiples qu’une vie rend possibles, et de ses croyances qui nous courbent ou nous redressent devant des dieux multiples …

Nous étions là devant une écorce qui ne livrait d’elle-même en toute vérité, qu’une belle et triste apparence à l’odeur de formol.

Même quand l’anatomiste ou le médecin légiste croient connaître et reconnaître tous les méandres de l’écorché, une écorce cache encore l’essentiel. En notre XXI siècle, même le cerveau et le reste du corps humain n’ont pas encore dévoilé au grand public tous leurs mystères ; même disloqués, ils contiennent encore nombre de secrets que le cursus médical intégrera au fil des temps à venir, mais ils ne livreront jamais aux gants plastifiés l’essence même de la vie.

Pour conjuguer l’art de l’observation et la dextérité de la main, le travail de dissection tout comme celui du dessin anatomique ne laissent guère de place pour le dialogue et les émotions, la chair parle d’elle-même.
Chaque nerf étant un chemin, chaque repli étant comme une page tournée dont seuls les cadavres connaissent les arcanes, il faut donc apprendre à dépasser le corps et les réponses anatomiques, Le Réel n’ayant ni pathologie ni physiologie, il est comme une mer sans fond dans son éternelle infinitude.

(...)

Alors que mes camarades de jeu s’initiaient à la mécanique, inventant des arches de ponts, des véhicules et des grues, montant des tours aussi hautes qu’eux-mêmes, je pensais déjà à « déconstruire », non pas pour détruire ou pour casser quoi que ce soit, bien au contraire, j’étais un vrai doux, Doudou me nommait-on dans la famille, mais pour « analyser » c’est-à-dire examiner les gens, les choses et les événements « en profondeur ». Mon plus grand plaisir était de cet ordre-là, approfondir le mystère des choses.

Je me souviens d’ailleurs que tout petit vers l’âge de cinq ou six ans je modelais des corps en terre glaise, comme ci je façonnais moi-même la vie, pour avoir le plaisir d’ouvrir par la suite mes créations comme on ouvre un livre ; imaginant y trouver le mystère de la vie.

L’évidence déjà me paraissait suspecte, les certitudes (celles de mes enseignants, curés, parents, voisins, connaissance et condisciples) me semblaient discutables et surtout approximatives. Les mots eux-mêmes me paraissaient équivoques et imprécis. Les réalités autour de moi toutes relatives, les sentiments et les émotions souvent mensongers ou hypocrites. Ce que l’on me demandait de faire ou d’apprendre « par cœur » manquait justement de cœur, au point où la communale ressemblait plus pour moi à une bête séance de gavage, où les instituteurs et plus tard les professeurs pratiquaient tout un seul bourrage de crâne, alors que seul le contenu du crâne me passionnait !

Préoccupés par leur jeu de construction Meccano, à base d'éléments métalliques qui donnaient comme de la consistance à leurs croyances, mes cousins et amis s’amusaient de leurs lames perforées et de leurs cornières ; se réjouissant de monter des roues sur des axes, jouissant presque de la texture de leurs engrenages en laiton, montant et remontant inexorablement au moyen des mêmes vis et écrous des passerelles ne menant nulle part ; assemblant la semblance ou la ressemblance rien que pour faire œuvre de « construction ».

Quant à moi, pauvre « déconstructeur » préadolescent, à la fin de ces années 50, j’aimais plus que tout « démonter » entre autres, les TSF de l’époque et les vieux tourne-disques usagés. L’électroménager de ces années-là m’a ouvert aux voies impénétrables du Réel. On pourrait même dire que cette démarche semi-ludique est à la base de mon processus de « déconstruction » de la réalité et de mon intérêt précoce pour les sciences et en particulier pour la biologie.

Mais comme la mécanique d’horlogerie avec ses engrenages montés sur rubis ne montre absolument rien du mystère de la pensée et de la conscience de l’homme, absolument rien des absolus et des croyances des dieux, et pratiquement rien des énigmes du temps et des dimensions de l’espace, il me fallut un jour abandonner les sciences dites « exactes » pour prendre des chemins plus poétiques et davantage métaphysiques ou même « pataphysiques » comme le nu de Marcel Duchamp descend son escalier en vrille pour pénétrer les profondeurs du cubisme.

Subséquemment, c’est ainsi qu’un beau matin de mai, alors que le soleil se jouait de mon éblouissement, au-delà des jeux de mots et des effets de style, j’ai rempli mon sac ad hoc de métaphores, et mes objets valises de concepts, puis, j’ai monté en chignole mon bic à quatre couleurs, pour écrire mon chemin et usiner la réalité.

(...)

De la sorte, en curieux invétéré et en primate vertébré, j’ai percé de petits trous de serrure dans les zones tangibles où régnait l’incertitude, afin de percevoir derrière les écorces « l’au-delà même des ailleurs ».

C’est de la sorte que j’ai réalisé que la réalité était une vulgaire contrefaçon, une piètre imitation du réel, une singerie pour un homo sapiens qui n’était pas encore vraiment « Humain ».

Toute pensée, si raisonnée soit-elle travestie inexorablement le Réel.

C’est cette réalité-là que le quotidien de masse mime, en empruntant au réel, à la manière d’un faussaire, les images fétiches, les totems et croyances du moment.

La logique de la réalité ne tient pas compte de la logique du Réel, elle se satisfait de peu comme elle peut nous satisfaire d’un rien.

La libre pensée n’existe pas, elle est un mirage, une pure vue de l’esprit ; les réalités que nous voyons, les réalités qui sont nôtres reflètent toujours nos états d’âme, d’esprit et de conscience, il n’existe pas de réalité neutre à l’auberge du monde.

Les sentiments, les opinions ou les connaissances, qu’elles soient des plus communes ou scientifiquement pensées, seules modèlent notre manière de percevoir et de nous représenter la réalité, mais le Réel sans cesse nous dépasse par les angles morts de cette même réalité.

N’en déplaise aux croyants pratiquants qui ne croient et ne pratiquent que ce qu’ils voient ou entendent, je ne puis me satisfaire de cette réalité-là, comme je ne peux me satisfaire de ces croyances et de ces pratiques.

(...)

Alors, comme on fore le béton des pensées pour en extraire le jus, je traverse la surface des écorces de X, et je pénètre ses ailleurs.

Si je parle de X ou du X, la question à poser est de quel X je parle, car tout X, toute réalité est toujours une analogie d’autre chose et la caricature du Réel. Puisqu’il faut forer, tâter et le constater, les réalités se présentent très souvent comme ces trompe-l’œil, ces peintures et enduits que mon grand père Goulet réalisait avec amour et soins dans les châteaux et les chapelles de Normandie : faux marbres, faux bois …

Les réalités ordinaires, les vérités faciles nous éprennent et parviennent même à nous envoûter ; il nous est donc malaisé de nous déposséder de cette habitude que nous avons prise de nous fier à elles. Il est laborieux de prendre du recul quant aux apparences ; parce que « les apparences » courantes courent le monde comme un seul et même enchantement facile.

Alors, comment pourrions-nous aller au-delà des apparences du sourire d’un enfant ou d’un coucher de soleil, d’un attentat dans la rue, de la maladie d’un proche, d’un beau panorama ou d’une aurore boréale ? Même en sachant que toute cause contient ses grâces, que toute lourdeur connaît son apesanteur, que toutes les larmes du monde sont essuyées par le rire et la douceur du zéphyr quand se dresse au zénith le soleil de Provence.

Tels les chiens de Pavlov, l’homo sapiens est bel et bien conditionné ou programmé pour répondre aux apparences ou aux réalités primales, pour s’enthousiasmer ou réagir bêtement face à la réalité, même si cette dernière est illusoire ou artificielle.

Tout comme il s’embrase au jeu de l’amour, comme il coure vers un bonheur facile, quand il brasse les billets ou coure à quelque victoire… c’est beaucoup trop lui demander que de passer outre d’une belle symphonie, d’un tableau de Van Gog ou d’un bien-être primal. Face aux apparences, la haine comme l’amour, l’indifférence comme la répulsion sont les uns comme les autres des réponses « programmées » à nos besoins d’homo sapiens.

Captifs que nous sommes des apparences comme de nos émotions et de nos sentiments, l’enchantement de la réalité faisant son travail de séduction, dans un balancement entre la répulsion et l’attrait, les réalités les plus banales nous bercent. Et c’est « en réalité » ce que la création et la nature demandent, c’est ce en quoi les sens aspirent, ce que la chair désire, ce que l’esprit attend, et ce que le plus grand nombre d’entre nous prend pour réel et vrai, pour normal, juste et bon.

(…)

En caressant mon chat Aristote, je pensais au philosophe grec qui dans sa Poétique évoque les métaphores comme des procédés majeurs du verbe poétique, en mettant l’accent sur cette notion « de transport » auquel renvoie l’étymologie du substantif « métaphore ».

« La métaphore » dit-il « consiste à transporter le sens d'un mot différent soit du genre à l'espèce, soit de l'espèce au genre, soit de l'espèce à l'espèce, soit par analogie »

La figure de la réalité est un masque qui nous cache son visage, c’est le visage apparent, le portrait connu et commun des choses.

Dans ce processus d’humanisation dans lequel nous sommes tous engagés, l’homo sapiens sera un jour prochain de plus en plus à même de faire cette distinction fondamentale entre ses perceptions et représentation, c’est-à-dire « sa propre réalité » et cet inaccessible Réel à l’image de cet astre lumineux chanté par Jacques Brel.

(...)

Mais arrêtons de philosopher ! Je dépose mon vilebrequin pour aller boire une tasse de café bien noir, sans sucre, avec un zeste de lait.

Dans l’Univers, toute réalité renvoie à une autre, tout fait nous porte à croire à autre chose ; dans le Cosmos le Logos lui-même est un véhicule de transport ; toute apparence doit y servir de transfert pour tendre à plus de réalité, pas ici maintenant, mais "ailleurs" ; que les écorces éclatent, que les gangues livrent leurs contenus, que les apparences suent pour donner leur jus et exprimer leur dedans.

Que le suc ou la sève des choses transparaisse, que l’odeur de renfermé disparaisse, laissant passer le vent par les trous vrillés. Que les béances soient, que les causes apparaissent au grand jour dans toute leur transparence. En cette opération de l’esprit, toute apparence évidée doit subir une véritable alchimie, toute réalité doit être transmutée jusqu’au fond, sa substance la plus subtile, la plus cachée devant être raffinée ; en étant forée et méta phorée, transposée à l’infini, portée comme ailleurs, transmutée ou tranfigurée, j’irais même jusqu’à dire « transsubstantiée » jusqu’à la moelle des principes.

(…)

L’univers phénoménal laisse peu de place au discernement, il saute aux yeux, racle la peau, siffle ou chante dans l’oreille… et ces illusions de vérité, ces illusions de réalité ont le pouvoir d’engendrer des guerres et des dieux, de créer des monstres et de perpétuer des illusions bien au-delà des frontières, comme germent les rumeurs sur le Grand Green mondialisé.

Les réalités perçues peuvent être considérées comme en partie irréelles, puisque sous le voile de notre ignorance, derrière les nuages de notre inconnaissance, Le Réel quant à lui transcende la somme de toutes nos petites réalités. Pourtant, comme devant le veau d’or, en orgies des sens invraisemblables, le monde se plie devant cette réalité-là : l'Apparence dans toute sa splendeur !

La nature illusoire des choses n’est qu’un immense « cortex » qu’il nous faut écorcer ou décortiquer, illusion d’une nature qu’il nous faut dénaturer d’une certaine manière pour mieux la préserver des regards possessifs.

Pierre après pierre, c’est ici que commence « la déconstruction », une déconstruction proche des écorchages ou des écroûtages ; une déconstruction qui scarifie la surface des choses et évide les premières évidences. Par couches successives, de systèmes en sous-systèmes, d'ensembles en éléments, comme on vide une coquille, comme on l'enlève des choses l'enduit qui les couvre; le voile qui les cache, jusqu'à percevoir un peu du filon de la réalité, un soupçon de ce gisement précieux que l'on nomme le Réel; par feuille, par mots, par lame, par bande ou plaque, en tranche que tombent les pelures et les pellicules, comme on lève le mince filet des méninges, pour entrevoir les circonvolutions cérébrales qui cachent elle-mêmes nos souvenirs les plus secrets.

Comme on émotte et ameublie une terre à la houe pour en découvrir la véritable texture. Grattant laborieusement et avec délicatesse la gangue des objets et le revêtement des choses en analyste ou en paléontologiste à l’œuvre, dépiautant les couches jusqu’à l’os, désossant jusqu’aux moelles, lacérant la chose à penser ou à causer à coups de mots ou de couleurs. Déchirant la texture apparente jusqu’à la trame des choses ; comme on ouvre l’objet contemplé à l’objectif du photographe, pour traverser les épaisseurs successives à coups de crayons ou de pinceaux, dépouillant ainsi l’apparence de ses oripeaux dérisoires, en descendant de plus en plus en profondeur dans l’ultime intériorité de la réalité… en quelques maux : en mettant à mal pour un bien la réalité des choses.

« Un trésor est caché dedans »

Dit le père à ses enfants ; vous avez dansé tout l’été, et bien, il vous faut bêcher et rebêcher, biner et abîmer maintenant !

Une vérité plus profonde est cachée derrière.

La réalité, c’est commun et banal, comme les conflits mondiaux, les escroqueries en politique. C’est un fait, les réalités cachent une arnaque à démasquer, les apparences nous grugent et nous entubent !

Et penser juste, c’est justement sortir de ce fantasme, quitter ces illusions qui nous talonnent de trop près, abandonner les sentiers trop fréquentés de « l’imaginé » (de l’imaginaire de masse) ou du « tout cru » (des croyances toutes faites) pour tendre à plus de Réel.

Penser plus ajusté au Réel, c’est étriller les informations plurielles et les événements jusqu’à l’écorce première, la plus primale. Car sous ces couches corticales il y a des sous-couches superposées en pelure d’oignon ; dans et sous l’enveloppe, il y a des lettres à décoder, comme la croûte d’une toile de Maître peut cacher de plus anciennes peintures.

Avec nos cuirasses caractérielles, nos armures idéologiques et nos coffres pleins de croyances ; avec nos écrins d’identités erronées et toutes ces couches de pensées, de graisses ou de muscle que nous protègent du monde, avec « les écorces » nous ne faisons qu’un !

L’écorce sous toutes ses formes, au sens propre et figuré, est omni présente dans nos vies, à même la peau, comme sous nos problèmes de santé, sous nos cicatrices, ont peut discerner sans peine des maux à dire (un mal à dire) et des histoires intimes à partager fraternellement. Mais il faut encore et encore écorcer l'évidence, et l'évidement, ce n'est pas évident !
La vraie réalité est comme un déploiement de réalités multiples qu’il nous faut excaver plus encore, des évidences qu’il nous faut vider et évider sans fin du dedans au-dedans. Il existe (exister) effectivement de pures illusions quant aux choses et aux causes, comme il y a (être) sous l’écorce des choses une pure intériorité à tout, à la nature, aux mondes, aux dieux et aux hommes !
(...)

Depuis la nuit des temps, les réalités se complaisent des apparences, elles se nourrissent même de la matérialité des choses comme de la substance de nos sens. Pour être approuvées, elles se jettent comme de la poudre aux yeux, pour appâter nos regards et captiver nos oreilles, elles nous épater par leur réalité !

Dehors, dans le monde extérieur et sur le Green, l’appel des appeaux est plus fort que toutes nos précautions existentielles. Ils sifflent et nous arrivons, car les réalités sont des êtres brillant comme des anges de lumière et pourtant, c’est aussi la beauté du diable qui brille en elles et s’y cache pour nous leurrer, car elles ne sont que des apparences éhontées !
C’est ainsi que dans le miroitement des eaux Narcisses lui-même s’est perdu en s’y noyant. Il en est ainsi des réalités que nous lisons à notre manière, car dans ce qui scintille en elles, quelque chose nous renvoie une bonne image de nous-mêmes. Mais l’étincelle nous flambent, la réalité première nous emflamme, l’éclat apparent nous éblouie comme dans un contre-jour.

Les réalités sont ainsi faites, qu’elles brillent comme des paillettes sur la veste d’une star ; car les réalités paradent comme des stars, s’exhibe comme des idoles, c’est sûr, sous les projecteurs elles appâtent en épatant la galerie, elles se déploient des supports médiatiques et des tapis rouges, elles font sensation, clinquantes comme des capteurs solaires.
Oui, croyez-moi, les réalités nous illusionnent avec leurs semblances toutes relatives ! Elles font leur effet et fondent nos certitudes, comme la Maya bouddhiste se fait « illusion » elles nous attirent par leurs étalages multiformes.

Plus elles sont dures et nettes, vives et crues, plus ces réalités nous assujettissent à leurs aspects « manifestes », et plus les certitudes qu’elles engendrent nous prennent à la tête, comme les otages de vérités toutes faites.

Les réalités de masse, c’est la flagrance même et la force des banalités collectives, des croyances habituelles et des clichés qu’y nous asservissent au monde. C’est pareillement que les convictions se font convaincantes et que les réalités dites médiatiques ou augmentées nous transforment en observateurs niais et impuissants.

Enfant, j’aimais déjà les cachettes invisibles et les passages secrets qui menaient à une autre réalité que la réalité première. C’est viscéral chez moi, il faut que je fasse des liens en creusant des carrières dans les apparences pour en extraire la substance, que j’y trouve ou pas des analogies qui sont comme des échelles de corde pour descendre plus en profondeur, au plus abyssal des cavernes platoniciennes, là où la matière donne rendez-vous à l’esprit des choses et où toute chose rencontre la substance même du substantif « matière ».

Malgré nos œuvres remarquables, mon vétérinaire de famille me le confirme, nous sommes bien des primates d’une espèce particulièrement invasive et opportuniste, d’une nuisibilité propositionnelle à notre intelligence. Mais en tant que créature participant de l’Évolution naturelle, et en raison de multiples contraintes biologiques et physiques, nous n’avons pas cette capacité de concevoir le Réel en tant que tel !

Comme l’écorce morte des corps autopsiés ne dit rien des pensées qui ont traversé ces chairs décomposées, le Réel garde pour lui ses organes à l’abri de nos manipulations et tergiversations. Il se fait aussi occulte qu’un Dieu, aussi absent qu’un Homme réel.

Tout ça pour dire en long et en large qu’il y a des réalités clandestines derrière les évidences comme des passagers blottis au fond d’un véhiculent qui nous mènerait en des « Ailleurs » rimbaldiens. Parole de Renard, il y a des réalités qui sont de réelles présences, si furtives, tellement souterraines sous leurs écorces continues qu’elles sont seulement visibles pour le cœur. C’est dans ces intériorités-là que l’esprit agit en secret, dans le secret des lieux, en catimini, à l’insu de ces sens si trompeurs. Je le redis, les sens et les apparences sont aussi des guets-apens et des embuscades pour la raison, il faut être à l’écoute des mystères qui habitent les arbres et les forêts, les mers et les montagnes, pour comprendre cela.

Même la mécanique quantique n’exprime rien de l’intériorité des trous noirs.

Enfant, on commence par jouer à cache-cache, puis quelques années plus tard on joue au docteur, et ainsi, de découvertes en découvertes on se découvre soi-même pour aller découvrir le monde. C’est là, le début d’une grande aventure de la vie ; puis vient un jour où, après avoir vécu une grande partie de sa vie à chercher, après avoir étudié, vécu moult expériences et mille rencontres, c'est une quête plus puissante que toutes les autres qui s’impose à nous, celle d’une vérité tout autre, d’une vérité tout entière tournée vers le Réel, la vérité de la vérité d’une réalité de la réalité.

Sur la paillasse de carreaux blancs de mon labo et dans le silence de mon oratoire, au cours de mon existence, j’ai analysé toutes les humeurs de l’homme et toutes les splendeurs des dieux, mais que reste-t-il de l’homme quand on a tout décomposé en albumine et autre cholestérol ? Que reste-t-il des dieux quand on les a définis, personnifiés et classés dans des tiroirs à dogmes, et que reste-t-il des “portes secrètes” une fois qu’elles sont découvertes ?

Comme dans la métamorphose de Kafka, toute chose contient sa carapace, ses apparences, comme un grand corps mort sous son voile de peau, une dépouille dépouillée carapace de ses cuirasses de muscles et de graisses, une chair dans sa cotte de côtes.

Tel un arbre sous son écorce grise, une belle enveloppe externe qui éclipse la vraie beauté intérieure, ou l’arbre, tellement vert que l’on pourrait le prendre pour l’Arbre, alors qu’il cache toute la forêt. Un bois de bouleaux qui lui-même occulte un beau paysage comme la brume épaisse cache la cascade qui descend de la montagne.

Ainsi même, les pires réalités sociales, les combats les plus ardus et les plus incontestables, jusqu’aux carnages les plus sanglants, tout « ça » cache derrière un rideau d’évidences et de pudeur une vérité plus entière.

Les réalités et les vérités manifestes, manifestent surtout « leurs propres réalités », mais nullement les réalités qu’elles couvrent de leurs écorces, et toutes les vérités qu’elles contiennent derrière nos représentations et nos croyances.

Les réalités, c’est Monsieur Loyal à l’ouvrage.

Car au cirque des réalités, l’apparence porte le vêtement rouge de Monsieur Loyal, il est l’illusionniste, le maître de je et de jeu, et c’est là l’enjeu des apparences comme la fonction même des écorces : prétendre au non-changement, et protéger de toute modification. Mais l’écorce, ce n’est que du liège ou de la paille !

Derrière la substance ligneuse des choses, derrière les apparences crues, à l’extérieur même du liber, il existe une circulation de sève. Derrière les apparences, outre – écorce comme on dit au-delà, il y a un espace d’autonomie et une zone d’incertitude où voyager en toute liberté.

Nos propres pensées et croyances sont des enveloppes coriaces comme celles de certaines choses plus tangibles ou plus matérielles.

À décortiquer les mots on se trouve face au vide, à disséquer la réalité ont déplie le Réel. La réalité trop « apparente » c’est l’appât dans tous ses apparats et la normalité donnée au monde en appât.

Et Monsieur Loyal est là pour nous soustraire à quelques vérités autres, pour dérober l’au-delà comme un prestidigitateur adroit soustrait à notre regard le lapin blanc d’Alice.

L’apparente réalité, c’est Monsieur Loyal lui-même, son Éminence Monsieur Evidence avec ses leurres à toute heure, ses attrapes et ses trappes, ses mirages et ses miracles…

Oui, Monsieur Loyal est un croyant fidèle, un partisan d’une pensée prêt-à-porter ou d’un préfabriqué prêt à penser ; loyal au système ordinaire, aux institutions ordinaires, au pouvoir et savoir ordinaire, par devoir ordinaire !

Oui, « leurre est grave » me disait encore ce matin un merle hypnotisé par l’épouvantable épouvantail des réalités. « Leurre est grave » comme pensaient les statues de sel sous le regard de Méduse, et d’intrépides marins ensorcelés par le chant des Sirènes ; la réalité c’est un piège à penser comme il existe des pièges à souris !

Sur le Grand Green, Monsieur Loyal est donc le maître des réalités faciles ; il est Seigneur des grandes pistes collectives ; le chef incontesté et incontestable de l’orchestre des médias, l’artificier qui nous jette aux yeux ses réalités à lui comme de nouvelles étoiles.
Méfiez-vous, Monsieur Loyal ne l’est que de nom, au contraire c’est le pire des renégats, il est déloyal et gère les mensonges comme un maître régisseur gère la scène derrière ses boutons et ses curseurs.

Loyal connaît son numéro par cœur, comme ceux du Loto ou de l’euro million, de réalité en réalité, de l’Eurovision à la Mondialisation il mène le manège ! Il est même le chef des clowns et le responsable des clones et autres valets fidèles qui servent le système.

Loyal, c’est le politicien corrompu, le présentateur et l’amuseur public, l’abuseur notoire, le journaliste abusé, le pilote de dromes inconscient, le banquier voleur … Mais sous son déguisement d’évidences, il y a des ombres derrière la lumière et des lueurs dans la pénombre !

Toutes les écorces abritent forcément quelque chose de précieux, elles enserrent un cœur du bois qui lui-même dérobe à notre expertise un cœur de cœur plus tendre, et pour pénétrer la substance la plus discrète, la plus intime de la chose, il nous faut couche après couche évider l’évidence des écorces du monde.

Toute surface apparente à son contenu et son double, tout contenant à sa contenance qui recèle quelque vérité des plus recherchée.

L’apparence n’a pas de réserve, je dirais même qu’elle à guère de morale ! elle se sert grossièrement de nous, nous abuse comme un faux en écriture ou comme un chèque en blanc, mais comme le vert du dollar, le blanc lui-même n’est pas la couleur, ils nous trompent l’un et l’autre honteusement sur le contenu réel, ne laissant apparaître du prisme que le plus strict nécessaire.

Comme l’imagination, cette folle du logis, ou la comédie, cette folle des loges, la réalité nous entourloupe, elle se donne en spectacle, se joue de la scène avec ses beaux décors et ses artifices, ses masques, ses stratagèmes et ses effets spécieux.

La réalité est une ensorceleuse, la Reine du Sabbat, une vraie macrale comme on dit chez nous en Wallonie - Une « enmacrâleuse » ou « enmacrâmeuse » de la pire espèce ( la macrâle en Wallon Liégeois, désignant une sorcière, d’où les tchesses (chasses) aux macrâles dans le folklore Wallon).

(…)

Extraits de Au-delà même des Ailleurs - Pour une apologie des écorchés et des écorces écorcées - essai.

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