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Poezii Românesti - Romanian Poetry

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Le roumain dans la Romania. Questions concernant la terminologie religieuse héritée du latin
essai [ ]

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par [Danaia ]

2014-10-25  |     | 



Key-words: religious word, narrow diffusion, significant structure, meaning structure, linguistic continuity, linguistic separation.

1. Préliminaires

Notre étude propose une approche comparative dans le domaine des langues romanes, appliquée à un corpus qui comprend 13 termes (à savoir, basilica, calendae, christianus, creatio, Dominedeus, draco, paenitere (poenitere), pausum, peruigilare, rogare, rogationem, rosalia et templa) – inventaire établi à partir du roumain et des problèmes que les mots en question constituent pour son lexique. Il s’ensuit que, dans le contexte néo-latin, cette catégorie est susceptible d’être élargie en incorporant aussi la catégorie des termes religieux conservés dans certaines régions de la Romania, excepté, entre autres idiomes, le roumain. D’autre part, il est nécessaire aussi de prendre en compte les critères qui ont servi à délimiter quelques sous-classes étymologiques-lexicales (telles la catégorie des termes pan-romans, celle des termes à diffusion large/restreinte dans la Romania ou celle des termes conservés uniquement dans une certaine langue romane) et qui ne sont pas absolus, mais dépendants d’une base de données disponible à un moment donné et qui relève d’un certain domaine de recherche scientifique (particulièrement, de nature linguistique). Il en résulte que de nouvelles recherches offriraient la chance de fournir à tout moment de nouveaux moyens de distribution des lexèmes dans une catégorie ou une autre.
La catégorie étymologique que nous nous sommes proposé de traiter dirige sans doute l’investigation vers l’identification des termes religieux qui se trouvent dans la plupart des autres idiomes néo-latins, reliés à un contenu religieux identique. Ce type de recherche nous conduit, maintes fois, à l’origine, dans le champ particulier de la langue-source, le latin, et, implicitement, à la possibilité d’identifier plusieurs « structures latines ». Cet aspect d’un latin « stratifié » sera rapporté lui-même à la réalité extralinguistique sui-generis spécifique pour telle ou telle aire de la Romania. Dans ce contexte, relativement au roumain, il y a deux aspects plus importants dont la signification est relevée y compris par la présente étude : ce sont des aspects qui visent la spécificité de la langue roumaine : 1. la catégorie « pan-roman sauf roumain » et 2. la catégorie des termes conservés uniquement en roumain. Il s’agit plus exactement de deux classes étymologiques vis-à-vis desquelles les spécialistes s’accordent à reconnaître la nécessité d’une approche extralinguistique, à savoir d’une recherche qui prenne en considération tant les conditions culturelles et historiques que le contexte socioéconomique spécifique.
La catégorie « pan-roman sauf roumain » représente une classe qui contribue à la définition négative du roumain dans l’ensemble de la Romania, l’investigation consacrée à une pareille classe étymologique illustrant implicitement des traits spécifiques propres à cet idiome de la romanité orientale. Il paraît que l’inventaire des mots pan-romans absents du roumain est nettement supérieur (200 lexèmes environ) à l’inventaire des mots pan-romans absents de n’importe quel autre idiome roman de l’aire occidentale (cf. TILR 1969 : 122-123) : au moins à première vue, cet aspect défend les théories qui ont placé le roumain à l’extérieur de l’aire de la Romania Continua . Insistant sur l’idée que la terminologie chrétienne roumaine présente un caractère profondément rural, Puºcariu (1976 : 361) souligne le fait que le roumain a conservé des termes chrétiens latins essentiels, tels que Dumnezeu (domine deus), bisericã (basilica), Paºti (Paschae), etc., mais qu’il n’en possède pas d’autres, à savoir des mots (gréco-)latins très bien représentés dans les langues romanes occidentales . L’auteur cité explique cet aspect par ce que les Roumains n’ont connu ni une organisation ecclésiastique citadine, ni une vie monacale supérieure pendant les premiers siècles du Moyen Âge, mais uniquement l’existence des curés de campagne.
Dans une recherche antérieure (voir Teleoacã 2005 : 184 sqq.), lorsque nous avons essayé de répondre à la question ‘Comment le roumain exprime-t-il toute une série de notions religieuses qui dans les autres/d’autres idiomes romans sont désignées par le biais des mots latins (qu’il s’agisse de termes occidentaux pan-romans ou de termes avec une aire de diffusion large/restreinte dans la Romania Occidentale, de mots hérités ou de formes demi- savantes)?’, nous avons identifié plusieurs situations où le roumain fait appel à : a) des dérivés de mêmes termes latins (cf. *uirgula / uirgo) ; b) d’autres termes également hérités (cf. basilica / ecclesia, creationem / natale, credentia / fides) ; c) des néologismes (latino-)romans (cf. abate < it. abate, à la différence des autres langues romanes, où le lat. abbas est hérité) ; d) des termes ayant un étymon différent du latin (le plus souvent, du slave ecclésiastique) : pomanã < sl. pomĕnŭ / lat. eleemosyna, blagoslovi < sl. blagosloviti / lat. benedicere ; diacon < sl. dijakonŭ / lat. diaconus ; episcop < sl. jepiskop / lat. episcopus ; evanghelie < sl. evengelije / lat. euangelium, monah < sl. monahŭ / lat. monachus et a. Les dernières sous-classes délimitées incluent des lexèmes (particulièrement ceux qui sont d’origine slavonne, à savoir des termes auxquels correspondent le plus souvent des mots latins avec une aire d’expansion considérable dans la Romania Occidentale, qu’il s’agisse de termes hérités ou de termes demi-savants) qui, par leur sémantique, renvoient à une certaine organisation et à une hiérarchie ecclésiastiques. À proprement parler, le roumain n’a pas hérité du latin les termes qui portent sur la pratique du service divin ou sur le déroulement de la vie monastique, ces absences se justifiant dans le contexte d’une population dépourvue d’une organisation ecclésiastique supérieure à une époque à laquelle les relations avec la romanité occidentale s’étaient affaiblies (Sala 2006 : 41). De tels champs conceptuels allaient se constituer à une époque ultérieure, à la suite de l’influence slavonne, le slavon étant la langue de culture qui joua dans l’Orient le même rôle que le latin savant eut dans l’aire occidentale de la romanité . Vis-à-vis de ce sujet, Puºcariu (ibid.) identifie pour le roumain un parallélisme parfait entre l’absence d’une terminologie latine citadine et celle d’une terminologie chrétienne qui prouve un stade supérieur d’organisation ecclésiastique.
Tout en considérant de telles réalités, les chercheurs modernes ont insisté sur l’idée du développement, dans l’aire orientale de la romanité, du soi-disant « christianisme populaire » ou « païen » : une structure d’état moins organisée, les fréquentes dominations des peuples barbares, l’absence d’une vie urbaine et l’impossibilité d’entretenir des contacts plus étroits avec les centres chrétiens traditionnels, tout cela constitua le cadre idéal dans lequel la nouvelle religion fut adoptée plus libéralement, à savoir par la voie populaire (cf. Zugravu 1997 : 31 sqq.). Ce sont des faits extralinguistiques qu’on ne saurait concevoir au-delà de leurs conséquences au niveau de la langue, particulièrement au niveau du roumain. À partir des mêmes prémices, il convient de traiter également la catégorie des mots (religieux) conservés uniquement en roumain, une classe signalée par Puºcariu 1921 et qui a été discutée ultérieurement par des linguistes comme A. Rosetti 1986, I. Fischer 1985, Victoria Popovici 1988, Juan Pensado 1990 ou Aurora Peþan 2002. Il est important de noter que, tout au long du temps, l’inventaire des mots considérés comme s’être conservés en roumain uniquement a diminué progressivement, grâce aux résultats des études dédiées à l’investigation des aires culturelles archaïques et dialectales. Ce type de recherche a exclu de la classe étymologique en question, entre autres, des mots tels : creatio, christianus, peruigilare, paenitere ou Rosalia, des lexèmes traités dans la présente étude comme appartenant à la catégorie des mots avec une aire restreinte de diffusion dans la Romania. Les prémices mentionnées ci-dessus se vérifient, dans toute une série de situations, voire pour ce qui est de la catégorie étymologique qui constitue l’objet de la présente étude.
2. Continuité vs discontinuité formelle et sémantico-stylistique dans la Romania
La ‘continuité’, telle que nous l’envisageons dans cette étude, a un double sens : l’un par rapport à la langue source et l’autre par rapport à la fragmentation du domaine néo-latin. Bien qu’il y ait des études de spécialité qui, dans une perspective diatopique, situent le roumain au-delà du continuum de la romanité , point de vue qui se justifie premièrement par la prise en compte du facteur géographique (le roumain vu comme « un îlot roman au milieu d’une mer de populations slavophones »), toutefois l’isolement géographique n’a pas toujours représenté un obstacle à la voie de l’assimilation, ni à celle de la continuité des particularités linguistiques communes au roumain et à d’autres idiomes qui appartiennent au domaine néo-latin. Autrement dit, on ne pourrait pas ignorer les situations dans lesquelles le roumain, malgré sa discontinuité diatopique, offre des preuves de la continuité linguistique, par toute une série de faits linguistiques circonscrits aux différents compartiments de la langue ; c’est justement grâce à ce dernier aspect qu’on ne pourra pas qualifier le roumain de manière catégorique comme “inagrupable” (cf. Alonso 1934) . Ces observations semblent défendre l’idée de la nécessité de reformuler le concept de la ‘Romania Continua’, un aspect remarqué d’ailleurs dans la bibliographie de spécialité. Dans ce sens, par exemple, Christian Schmitt (1974 : 33) souligne que la théorie d’Amado Alonso s’appuie plutôt sur des critères sociolinguistiques que linguistiques. À son tour, Maria Iliescu apporte des arguments en faveur de l’idée que le roumain appartient à la Romania continua, même si, tout comme le français, il présente toute une série de traits que l’auteur cité nomme « des faits d’idiosyncrasie ». Dans ce contexte, il est important de noter que le roumain ne se différencie pas des autres langues romanes, ni du point de vue généalogique, ni sous l’aspect typologique.
En revenant au corpus soumis à l’investigation, qui fait l’objet de notre étude, il faut dire que la question fondamentale qui se pose est celle du degré de continuité ou de l’unité sémantique (conceptuelle) à l’intérieur de la classe délimitée, mise à part l’unité formelle des idiomes qui ont hérité ces termes du latin. Si l’on a vraiment affaire à une concordance sémantique (partielle ou absolue), cela impliquerait un second problème : quelle est la position qu’occupent ces mots dans le système de chacune des langues prises en discussion (ou bien un mot fondamental pour couvrir un certain concept religieux ou bien un mot périphérique, un mot appartenant à la langue standard ou un mot archaïque/dialectal, etc.) ? À la lumière de ces remarques, il nous est permis d’affirmer que l’utilité d’une pareille démarche consiste à ouvrir une perspective pour définir l’unité par opposition à la discontinuité dans la Romania au niveau des formes aussi bien qu’au celui des concepts (sens). Dans cette perspective, l’objectif de notre étude peut se définir comme une tentative d’identifier les réorganisations spécifiques du signifié et du signifiant qui semblent s’être produites dans le processus de constitution et d’évolution des idiomes néo-latins.
Notre inventaire, plus généreux, inclut également des termes sujets à des disputes concernant le degré de diffusion dans la Romania ou/et leur étymologie. Dans notre démarche, nous avons choisi de traiter également des termes à étymologie controversée, tout en partant des prémices que l’analyse comparative dans le contexte roman est susceptible de fournir, au moins dans certains cas, des arguments en faveur de l’étymon latin. L’aspect mentionné se soutient particulièrement pour ce qui est des termes tels que : calenda, creatio ou Rosalia, des mots conservés (avec des acceptions similaires, voire identiques) aussi bien dans d’autres aires de la romanité, excepté le roumain. L’approche relationnelle des termes, par des paires dichotomiques, à l’intérieur desquelles, par exemple, le mot populaire s’oppose au terme officiel (voir Creatio vs Natalis ou Rosalia vs Pentecoste) fournit un auxiliaire supplémentaire à notre recherche étymologique. Ainsi le latin creatio (un terme conservé, selon toute probabilité, également en sarde et en espagnol) est-il intégrable dans une catégorie plus large, à savoir celle des termes latins païens/laïques assimilés au nouveau vocabulaire chrétien, tout comme basilica, Dominedeus, draco ou Rosalia. Les aspects que nous venons de mentionner constituent des preuves de l’importance du critère étymologique dans l’analyse d’un certain corpus : c’est pourquoi nous nous en servirons pour organiser notre matériau lexical dans deux sections distinctes. Avant de passer à la présentation proprement dite du matériau lexical, une dernière remarque s’impose : dans notre étude, il y a des situations où des termes circonscrits à la même famille lexicale et étymologique figurent dans des sections distinctes, ceci étant dû justement au statut étymologique particulier de ces termes-là. Ainsi le verbe rogare est-il traité dans la section 2.2., compte tenu de ce que « ses reflets », dans le domaine de la Romania Occidentale, furent considérés soit comme des termes savants, soit comme des mots hérités, à la différence du nom correspondant, rogatio, traité constamment, dans les sources investiguées, comme un mot hérité par toute une série de langues et de dialectes néo-latins.

2.1. Mots latins généralement admis comme étymons directs des diverses formes romanes

2.1.1. BASILICA. À l’origine, un emprunt au gr. « qui appartient au roi »), « édifice publique », acquit une signification religieuse à partir du IVe siècle, lorsqu’il arriva à désigner « l’édifice destiné au culte chrétien » (ERN.-MEILLET 1959). Ce mot s’est conservé en tant que terme fondamental pour « église » dans tous les dialectes de la langue roumaine, mais il a été enregistré aussi dans d’autres régions de la latinité, surtout au niveau archaïque ou dialectal de telle ou telle langue et présentant certaines restrictions sémantiques : dalm. basalka ; v. vénit. baselega ; v. log. vethiliga ; engad. baselgia ; v. fr. basoche « basilique de St. Martin à Tours », fr. moyen et fr. mod. basoche « ensemble de clercs dépendant des cours de justice, constitués en communauté avec juridiction et privilèges”; prov. mod. basocho (voir Mihãescu 1993 : 297; FEW (I) 1948). À la différence de basilica, le latin ecclesia a connu de tout temps une distribution presque générale dans la Romania (voir REW 972 ; Tagliavini 1963). La victoire du lat. ecclesia sur basilica, dans la plus grande partie de la Romania, a été expliquée par le fait que ce dernier aurait été toujours perçu comme un dérivé du gr. basileus, étant décodé par conséquent comme un terme laïque, ayant l’acception « habitation de l’empereur de Byzance » (voir Skok 1930 : 190).
2.1.2. DOMINEDEUS. Pour ce qui est du roumain, le terme fondamental qui couvre le concept « divinité chrétienne suprême » est Dumnezeu, à son origine une formule païenne d’invocation (lat. Dominedeus) , conservée également au sud du Danube (DDA 1974 ; P. Papahagi 1902 : 212 ; Caragiu-Marioþeanu 1995 : 57 sq.). Cette structure fut enregistrée aussi dans d’autres régions de la Romania : it. Domineddio, v. fr. Damedieu (Demedieu, Domnedeu, Damerdieu) et v. prov. Domnedeu (Dombredeu, Domideu) (FEW III 1949 ; TILR 1969 : 170 sq.). Les lexèmes cités n’occupent cependant pas (et ils ne l’ont jamais) la position privilégiée du roumain Dumnezeu . Le premier mot du syntagme de vocatif qu’on vient de décrire, Domn (descendant du lat. dominus), fonctionne en roumain en relation presque synonymique avec le syntagme qui le contient. Il est conservé également dans d’autres aires néo-latines, mais exclusivement avec une acception laïque , la sphère religieuse étant réservée aux descendants du lat. deus, terme fondamental qui désigne « la divinité chrétienne suprême ». À l’époque archaïque du roumain, cette valeur était remplie (cf., par exemple, ªãineanu 1999 : 88) aussi par l’autre composant du syntagme latin originaire, (d)zeu, (d)zãu (< deus), qui, dans la langue standard d’aujourd’hui, n’a que le sens « dieu païen » – à part la variante phonétique zãu, grammaticalisée en tant qu’interjection : « tu dis ! » .
2.1.3. DRACO. La justesse de compter draco (un emprunt latinisé au gr. dracon, cf. ERN.-MEILLET 1959) parmi les termes à distribution limitée au sud-est de l’Europe (cf. Vãtãºescu 1997 : 454) est confirmée par sa diffusion limitée dans l’espace néo-latin : roum. drac, fr. dial. drac et it. dragone (REW 2759). Mais il faut noter que ce n’est qu’en roumain que draco constitue le mot essentiel pour « diable » . Cette signification chrétienne est commune à tous les dialectes roumains et mentionnée aussi pour des variantes archaïques et dialectales du français (fr. drac « diable, lutin », cf. FEW III 1949 ) et pour l’albanais (voir Vãtãºescu 1997 : 454). Certaines études de spécialité attribuent une acception identique également au provençal dragão (voir Pârvan 1911 : 116 ; Ivãnescu 1980 : 169 ; Tomescu 1997 : 77 sqq.), qui est vraisemblablement rapporté au lat. draco en tant que terme demi-savant (cf. REW 2759). Le même statut paraît commun à toutes les autres formes de la Romania, c’est-à-dire : fr. dragon, cat. tragó, esp. dragón (tous ceux-ci à signification laïque). Au champ religieux appartiennent, en revanche, les descendants du lat. diabolus, élément chrétien tardif dans les langues romanes occidentales et qui est en roumain un emprunt au grec par intermédiaire slave. Les données ci-dessus conduisirent Ivãnescu (1980 : 90 sq., 169) à considérer l’absence du lat. diabolus, aussi bien que l’absence du sens « dragon » pour draco, comme spécifiques au roumain. Cette remarque exige des corrections. Tout d’abord, il est évident que le roumain possède aussi le mot chrétien diable (à l’origine, un emprunt grec), bien qu’appartenant à une autre couche étymologique que celle des mots hérités du latin. D’autre part, il faut observer que la signification païenne du lat. draco existe dialectalement en roumain, détail qui met en évidence un continuum de la romanité. Mais cette acception est restreinte, illustrée par des dénominations (archaïques et) populaires, comme les syntagmes : dracul din vale « le diable de la vallée », dracul în baltã « le diable dans la flaque », muºcatul dracului/muºcat de drac « mordu par le diable », etc., où le sens de drac doit être très probablement rapporté au sémantisme originaire (païen) de draco (voir aussi Teleoacã 2000 : 210). Une dernière question qui retiendra notre attention, vis-à-vis de la paire draco – diabolus, concerne une éventuelle explication de leur distribution spécifique dans le cadre néo-latin. Relativement au roumain, nous formulons notre théorie de la façon suivante : une réalité autochtone spécifique (le culte d’Asclépios dans la région de l’Illyricum latin, les analogies qui ont pu être établies entre le serpent d’Asclépios, le dragon/le monstre thrace et la divinité chrétienne qui allait naître) et également le caractère populaire du christianisme dans l’aire carpato-danubienne-pontique, voilà les deux éléments essentiels qu’on ne pourra pas ignorer dans le contexte d’une telle discussion.
2.1.4. PAUSUM. Ce dérivé postverbal du lat. pausare (cf. ERN.-MEILLET 1959) s’est conservé en roumain (à l’époque archaïque et avec des survivances régionales) et, très probablement, dans les langues provençale (páus « silence, accalmie, paix »), espagnole (poso « sédiment » ) et portugaise (ponso « lieu d’ancrage ») (REW 6308 ; FEW VIII 1955) . Pour ce qui est du roumain paus (rég., paust, paos, apaos), les sources lexicographiques consignent principalement deux acceptions : « repas funéraire » et « vin mêlé de l’eau bénite avec lequel le prêtre asperge le mort » (DLR 1972), d’où l’expression a-i face paosul cuiva « accomplir le rituel d’aspergement du mort » (ibid.), en conformité avec la définition présentée ci-dessus. C’est cette dernière acception qui renvoie à la coutume préchrétienne, à savoir la tradition d’asperger le mort avant l’enterrement (voir Popinceanu 1964 : 33). Les dictionnaires roumains enregistrent également la signification laïque (archaïque et régionale) « repos ».
2.1.5. PERUIGILARE. Quant à la diffusion des deux formes, uigilare et peruigilare, dans le territoire de langue latine, on a remarqué une fréquence supérieure de la première (voir, par exemple, Popescu 1943 : 209 et s.). Les occurrences modestes de la forme dérivée dans les textes latins justifient en quelque sorte la faible représentation de ce type lexical dans l’aire néo-latine, à savoir en roumain (droum. priveghea, aroum. privegl'u) et, probablement, dans le vieux provençal (pervelhar « passer la soirée en veillant », FEW 1960). La même acception (tant religieuse que laïque) est lexicalisée, dans les autres langues romanes, par les descendants du lat. uigilare (voir FEW, ibid. ; REW 9326). D’ailleurs, ce verbe primaire s’est également transmis en roumain, mais il y est réservé essentiellement à la sphère profane de significations, bien qu’à une époque archaïque, veghea et priveghea étaient utilisés en tant que synonymes (laïques aussi bien que religieux). La coutume de veiller représente, selon toute probabilité, une pratique préchrétienne, particulièrement thraco-dace. Cette théorie s’appuie sur toute une série de similitudes identifiées par les spécialistes entre les traditions roumaines de la nuit de la veille, d’une part, et certains rituels des Daces, d’autre part : selon les dires d’Hérodote, les Daces pleuraient le nouveau-né, mais ils plaisantaient et ils s’amusaient à l’occasion de la mort de quelqu’un (Giurescu 1938 : 115) . D’ailleurs, la sémantique du roumain priveghea, telle qu’elle est consignée dans les dictionnaires roumains, trahit la « dualité » référentielle du verbe en question : « (dans les pratiques religieuses) passer la nuit en prières et en méditations » (DLR 1972) ; (pop.) « veiller au chevet d’un mort en conformité avec certaines coutumes religieuses » ; (arch. et pop., intr.) « ne pas dormir, veiller », (rég., Transylvanie) « perdre ses nuits, faire la noce, faire la ribote » (cf. ibid.). Il paraît que cette ambivalence sémantique (chrétienne et laïque, païenne) ne caractérise pas les descendants occidentaux de uigilare.
2.1.6. ROGATIONEM. Excepté le roumain (droum. rugãciune, aroum. rugãèiune « prière » et mégl. rugãciuni), le lat. rogatio, (cls.) « question, demande », (chrét.) « demande, prière » (ERN.-MEILLET 1959), se conserve dans les langues (/dialectes) suivantes : v. fr. rovaison « fête des Rogations », ro(u)visons « temps de rogations » ; fr. moyen rogasion « demande qu’on adresse à une personne », rogation « prière », rogacions « offrandes » ; fr. moyen et fr. mod. rogations « litanies, prières publiques accompagnées de processions, que l’église fait pour obtenir de bonnes récoltes, pendant les trois jours précédant la fête de l’Ascension » ; fr. dial. (S-V) ruzõ, rüzõ, reveizõ ; champ. rãvuezõ ; prov. roazõ « semaine de prière » ; port. rogações « les trois jours qui précèdent la fête de l’Ascension » (voir REW 7362 ; FEW 1962). Mais il faut noter que, dans la Romania Occidentale, ce ne fut pas le latin rogatio qui fournit le terme principal à lexicaliser le concept en question, mais le latin *precaria, mot que l’on trouve dans l’aire gallo-romane aussi bien que dans les idiomes ibéro-romans (voir, à cet égard, fr. prière, prov. preguiera [> it. preghiera], cat. pregaria [> esp. plegaria], portug. pregarias, REW 6734). L’espagnol fait appel également à un descendant du lat. prìces « prières » (voir esp. preces, terme utilisé depuis toujours avec une signification religieuse, cf. COROMINAS III 1954), tandis que le lat. oratio est valorisé en tant que mot savant par toute une série de langues romanes, y compris le roumain (voir DRAE 1970, COROMINAS 1954 III, CORTELLAZO-ZOLLI 4 (O-R)), DLR 1969, Niculescu 1999 : 250).
2.1.7. TEMPLA. Le lat. templum, terme de la langue augurale, désignait « l’espace carré délimité par l’augure sur le ciel, mais aussi sur la terre, espace à l’intérieur duquel il cueillait et il interprétait les prévisions », d’où, p. ext. sém., « ciel » et « espace consacré aux dieux ; temple » (ERN.-MEILLET 1959). C’est cette dernière acception qui se retrouve dans l’aire de la latinité, une assertion valable exclusivement pour les formes savantes de l’Occident roman et de la Romania Orientale : les descendants directs du lat. templa ont été soit consignés uniquement avec une acception laïque (voir regg. teimpya, log. trempa, luc. tempia, fr. temp(l)e « navette du métier à tisser » ou tempre « le placage du boucher », cf. REW 8630 ; TILR 1969 : 170), soit sémantiquement restreints (sur le terrain religieux) par comparaison à la sémantique du terme latin. Pour cette dernière situation, il est illustratif le cas du roumain, car templa a été (ré)intégré dans le champ religieux, en vertu de son acception spécifiquement chrétienne, à savoir : « iconostase » (DLR 1982), une signification qui relève d’une réalité extralinguistique spécifique au milieu confessionnel orthodoxe. Le même concept (qui renvoie au référent typique à l’espace orthodoxe) est lexicalisé dans le domaine néo-latin occidental par le biais d’un terme grec byzantin (voir fr. iconostase ou esp. iconostasio), terme emprunté aussi bien par le roumain, où il est entré (du grec moyen) par filière slave ecclésiastique (cf. CDER 4265). Afin de désigner l’autel, de même que pour renvoyer à une réalité propre à l’espace catholique, les langues occidentales font appel à re(tro)tabulum, un mot pénétré dans ces idiomes en tant qu’emprunt tardif (médiéval) au bas latin (voir, par exemple, l’esp. retablo « obra de arquitectura, hecha de piedra, madera u otra materia, que compone la decoración de un altar », apud DRAEonline , ou le fr. retable « partie postérieure et décorée d’un autel, qui surmonte verticalement la table », apud Nouveau Robert 2007). Pour ce qui est du roumain, le nom tâmplã fut enregistré, au niveau régional, avec une acception laïque, à savoir « poutre au-dessus du porche d’une maison, qui soutient la toiture » (DLR 1982).
2.2. Mots latins sujets à des disputes linguistiques vis-à-vis de leur continuité (directe) dans l’espace néo-latin
Nous y distinguons deux situations particulières (voir aussi supra, 2., nos remarques) : a) des termes latins dont la continuité directe dans la Romania (plus exactement, dans certaines aires romanes) a été contestée. Il s’agit, d’une part, des termes tels que calenda, christianus, Rosalia, et a., mots entrés en roumain, dans l’opinion de certains linguistes, par filière slave ; d’autre part, ce sont des termes qui illustrent la dichotomie ‘mot hérité vs emprunt culte’ (voir, par exemple, le cas du latin rogare ou de paenitere dans la Romania Occidentale) ; b) des termes latins qui furent admis dans le contexte des discussions étymologiques consacrées à quelques formes romanes, à côté d’autres solutions (dans notre corpus, voir le cas du lat. creatio(nem), sur le territoire de la langue roumaine).

2.2.1. CALENDA. Le lat. calenda « premier jour de chaque mois », aussi bien que le dérivé kalator « domestique chargé du rituel d’appellation » appartenaient à la famille du verbe calare « appeler, crier », verbe à partir duquel s’est refait un doublet calere (ERN.-MEILLET 1959). Ce nom est traité par Vãtãºescu (1997 : 7, 474) dans la catégorie des termes à diffusion restreinte dans l’ensemble de la Romania, plus exactement dans la classe des termes spécifiques à l’aire sud-est européenne. Exception faite du roumain (droum. colindã/*cãrindã, corindã « chanson religieuse »), le lat. calendae se conserva (cf. REW 1508), avec des acceptions particulières (« jour de fête », « Noël », « Nouvelle Année »), dans toute une série de dialectes italiens (piém. mod. kalent, abruzz. kalenne, sic. kalenni…) , en sarde (engad. chalanda), en provençal (calendas), en rhéto-roman (kalenne « arbre de mai ») et dans le français dialectal (tsalãd « fête de Noël » ). Bien que les descendants occidentaux du lat. calendae ne désignent pas proprement dit « le cantique religieux », néanmoins, certaines « nuances sémantiques » enregistrées dans ce domaine linguistique n’excluent pas la possibilité que cette acception se soit développée à l’époque du latin tardif. À l’appui de cette hypothèse viennent quelques unités phraséologiques, consignées, entre autres, par Rosetti (1920 : 16) : prov. faire calendo « célébrer la veille de Noël par une collation », aubado de calendo « concerts nocturnes que des troupes de musiciens donnaient autrefois, dans les rues de Marseille, pendant les quatre semaines qui précèdent le Noël », etc. . Malgré cela, les langues néo-latines occidentales choisirent une autre manière de lexicaliser le concept « chanson religieuse », comme le prouvent les termes et les syntagmes que nous énumérons (apud Rosetti, ibid.) par la suite : fr. cantiques, noëls ou chants de quête ; it. cantico di Natale ; esp. villancico de Noche Buena ou portug. Vilhancico.
Pour ce qui est du roumain, ce sont trois les formes qui firent l’objet de discussions parmi les spécialistes : *cãrindã, corindã et colindã, toutes celles-ci ayant la signification « chanson de Noël ». En fait, c’est la variante *cãrindã qui doit continuer le lat. calenda, tandis que colindã représente, dans l’opinion de la majorité des linguistes, un emprunt au sl. kolêda. Le droum. rég. corindã serait, selon toute probabilité, le résultat d’une contamination entre les deux premières (voir DA ; Ivãnescu 1980 : 170 ; Vãtãºescu 1997 : 474), une variante archaïque et dialectale, attestée spécialement dans des régions conservatrices, telles que la Transylvanie de Nord et le Maramures, où l’influence slavonne se manifesta moins fortement (Rosetti 1920 : 18). Il est intéressant de noter le fait que, à la différence de leur doublet étymologique, *cãrindã et corindã s’utilisent uniquement avec l’acception « chanson religieuse récitée à l’occasion du Noël » (Rosetti 1920 : 18). En échange, le terme slave est consigné dans les sources lexicographiques roumaines avec beaucoup d’autres significations, outre l’acception commune aux formes mentionnées ci-dessus, à savoir : « gimblette ou craquelin rond qu’on offre aux chanteurs de noëls », « bâton des chanteurs de noëls », (p. ext. sém.) « aller et retour » (DA 1940). Il est important de préciser que les observations que nous venons de formuler se vérifient premièrement pour ce qui est du roumain nord-danubien. Chez les Roumains de Macédoine, par exemple, colindã désigne uniquement la coutume d’aller chanter des noëls ; la notion « cantique religieux » est exprimée de manière analytique : cântiþi din anlu nou ou cântiþi de aγiu Vasil' (T. Papahagi 1932 : 709). Les acceptions « gimblette… » et « houlette… » furent signalées pour la forme régressive colind(u) (DDA 1974). Le dialecte mégléno-roumain relève d’une convergence plus profonde avec le daco-roumain, dans le sens que le terme colidã y fut consigné avec une double sémantique : « cantique de Noël », de même que « bâton des chanteurs de noëls » (P. Papahagi 1902 : 203 ou Rosetti 1920).
Colindã réussit à s’imposer dans le roumain littéraire, niveau auquel il développa une riche palette sémantique, grâce à sa diffusion remarquable par le biais du slave ecclésiastique : le mot emprunté au slave substitua le terme latin, en fait, une substitution tout à fait naturelle dans le roumain et qui relève de sa signification dans la perspective des « faits culturels ». Quoique la grande majorité des spécialistes aient expliqué le roum. colindã en tant qu’emprunt au slave, il y a des voix qui soutinrent la provenance directe de ce terme du latin. Ainsi Popinceanu (1964 : 35 sq.) invoqua-t-il, à cet égard, la présence de colindã au sud du Danube , chez les Roumains de Macédoine. L’auteur cité distribue le terme colindã dans la même classe à laquelle appartiendraient également d’autres lexèmes, tels que Rusalii « Pentecôte », troian « troyen, de Troie » ou popã « prêtre », qu’il considère comme « des mots savants (livresques) ». Selon Popinceanu, des termes comme kolêda, oltar, poganin ou rusalija auraient été empruntés par le slave de sud plutôt au « roumain primitif » et non pas au latin, prenant en considération l’époque de christianisation des Slaves. À notre avis, une telle théorie n’est pas… nécessaire : l’attestation d’une forme corindã dans le daco-roumain (archaïque et régional) représente la preuve incontestable de la conservation du lat. calenda en roumain. D’autre part, la démarche de Popinceanu contient elle-même quelques inadvertances : comment concilier, par exemple, l’idée de la provenance directe d’un terme du latin avec celle qui proclame le caractère savant du même terme ?
2.2.2. CHRISTIANUS. Le lat. christianus (3), un adjectif latinisé dérivé de Christus (gr.), fut fréquemment attesté chez les écrivains chrétiens tels Auxentium de Durostorum, Niceta de Remesiana et Iordanes (ERN.-MEILLET 1959). Le terme se serait conservé uniquement en roumain et en dalmate, tandis que les autres idiomes néo-latins auraient le lat. christianus en tant que mot savant . Mais il y a des études qui n’excluent pas la possibilité que le mot en question se soit transmis aussi bien dans d’autres aires de la romanité, plus exactement en français, en espagnol et en rhéto-roman . Relativement au roumain, il est à noter que même la continuité directe du lat. christianus dans cette aire de la romanité orientale (droum. creºtin, aroum. et mégl. criºtin, iroum. cr¹æån) pose des problèmes phonétiques qui visent la conservation de la consonne [t]. Trois explications furent avancées à ce propos : a) la pénétration plus tardive de ce terme en roumain (voir, par exemple, Densusianu (II) 1901-1938); b) la mise en relation de christianus avec sa base dérivative (Christus) et c) la pénétration de ce terme par l’intermédiaire du slave (voir, par exemple, Niculescu 1999 : 249). Selon toute probabilité, c’est la seconde hypothèse qui semble illustrer la vraie raison de la conservation de [t], et c’est à cette théorie que la grande majorité des linguistes s’est ralliée .
2.2.3. CREATIO. Afin de désigner « la fête de la Naissance de Jésus Christ », le roumain a opté pour un terme (Crãciun) dont l’origine continue d’être l’objet des débats linguistiques, tandis que les langues occidentales ont sélectionné le plus souvent le lat. Natalis ou le lat. Natiuitas . Ce sont trois les théories étymologiques qui furent proposées tout au long du temps pour le roum. Crãciun « fête de Noël » : la thèse slave, la théorie substratiste et l’hypothèse de l’origine latine. Par la suite nous nous proposons de discuter uniquement l’étymon latin creatio. Bien que creatio(nem) soit l’unique forme lexicale qui réunisse la majorité des adhésions des spécialistes , les opposants et même les partisans de cette théorie ont remarqué toute une série d’inadvertances phonétiques ou/et sémantiques (conceptuelles, doctrinaires), qui placent sous le signe de l’incertitude la justesse de cette thèse étymologique. Dans cet ordre d’idée, certains linguistes roumains (voir, par exemple, Rosetti 1968 : 299), tout en invoquant les difficultés d’ordre phonétique, ont considéré que le lat. creatio a pénétré en roumain par filière slave. En même temps, les efforts des spécialistes furent dirigés dans le sens d’identifier quelques raisons de nature formelle et sémantique, qui puissent soutenir l’idée de l’adaptation directe du latin creatio dans le roumain. Ainsi, pour ce qui est de l’aspect phonétique, l’explication avancée par Graur (1963 : 78 sq.) nous semble être la plus convaincante : la syllabe initiale crã- (/cre-) est justifiée en vertu de la dureté de [r], en accord avec le [n] final, tandis que la finale du mot en question s’explique par ce que le lat. creatio(nem), contrairement à d’autres noms féminins latins (voir, par exemple, rogatione), perdit la voyelle [e], à la suite de l’obnubilation de la relation avec le verbe primaire dont ce nom est dérivé (tout cela se passa dans les conditions où, au cours de l’évolution du latin vers le roumain, ce ne furent que les dérivés analysables qui s’intégrèrent en adoptant le genre féminin).
Relativement au niveau sémantico-conceptuel, les chercheurs ont souvent remarqué la charge aryenne du lat. creatio, un mot incorporant la négation du dogme chrétien de l’incarnation (natus et non creatus). En outre, l’on a théorisé sur le risque d’admettre cet étymon, compte tenu de l’impossibilité de justifier la personnification aussi bien que le nom de personne Crãciun (voir Ionescu 1971 : 826). La question de la diffusion, dans l’espace daco-romain, des éléments de doctrine aryenne reste une question toujours ouverte. Abordant cet aspect, Zugravu (1997 : 302) considère que le phénomène se serait produit plus tard, par l’influence des peuples germaniques aryens, qui contrôlèrent, une certaine période, le territoire daco-romain. L’auteur souscrit (ibid., 424) à la thèse selon laquelle la formule de croyance aryenne des Gépides aurait influencé le christianisme roman, auquel elle fournit l’idée de creatio de Jésus (dies creationis Christi), qui, de cette façon, se substitua à celle de Natalis Christi. Dans notre opinion, la validation d’une telle théorie ne représente jamais un obstacle à l’admission du lat. creatio en tant qu’étymon du roum. Crãciun : comme nous avons eu l’occasion de constater dans des recherches antérieures (voir Teleoacã 2005 : 142 sqq. ; 159 sqq. ; 166 sqq.), aussi bien que dans la présente étude , le vocabulaire religieux du roumain offre l’exemple d’un inventaire riche de termes conservant dans leur sémantique des réminiscences païennes (voir, par exemple, les mots qui évoquent des fêtes préchrétiennes). L’appartenance stylistique de Crãciun, en fait un mot du champ lexical populaire, soutient en dernière instance la théorie présentée ci-dessus . D’ailleurs, la coloration sémantique aryenne est reconnue aussi bien dans les travaux des linguistes ou/et des historiens que dans des études théologiques. Par exemple, Bãlaºa (1973 : 126 sqq.) considère que le roum. Crãciun (< lat. creatio) se serait conservé dès l’époque aryenne. Pour ce qui est du roumain archaïque, l’auteur cité dissocie, à juste titre, entre Crãciun en tant que mot populaire et Nãscutul, le terme canonique, attesté dans plusieurs textes du XVIIe siècle. Mais il faut remarquer à la fois qu’à l’époque actuelle le mot Crãciun gagne du terrain même dans le cadre officiel ecclésiastique ; dans ce sens, il est significatif le fait que ce terme apparaisse fréquemment dans les homélies et dans les pastorales de l’Église Orthodoxe. C’est une réalité qui semble prouver le statut de terme religieux fondamental que détient Crãciun chez les Roumains, qui valorisent prioritairement le nom en question afin de désigner la fête du Noël. La riche représentation de ce terme dans la phraséologie de même que sa sémantique complexe (voir DA) ont pu constituer « des points de repère » dans sa légitimation également au niveau canonique. Dans notre opinion, c’est un autre argument que le roumain a représenté le centre de diffusion de Crãciun vers les langues voisines.
Les chercheurs qui ont rejeté la théorie aryenne ont pris en considération le sens « enfant » de creatio, une acception consignée aussi dans d’autres idiomes néo-latins où le terme latin s’est conservé, à savoir le sarde kriaθòne « piccolo piombo » et le vieil espagnol criazón « id. » (Peþan 2002 : 216) . Dans cette perspective, l’acception primaire « l’enfant Jésus » pourrait justifier l’utilisation de ce terme en tant que nom de personne et appellatif. Dans ce contexte, il convient toutefois de noter que seulement le roumain développa la signification « Noël ». Comme nous l’avons déjà remarqué supra, les idiomes de l’Occident utilisent principalement les descendants des termes latins Natalis et Natiuitas. Une autre manière de renvoyer à cette fête religieuse consiste à associer le terme générique pascha/pascua « fête » avec les descendants du lat. Natalis/Natiuitas ; voir, à cet égard, it. Pasqua di Natale, esp. Pascuas de Navidad ou srd. Paska di Natali (Tagliavini 1963 : 179-187 ; Alinei 1995 : 41 sq.). L’espagnol utilise aussi le reflet du lat. *nascimentu (voir esp. nacimiento, apud Alinei 1995) ou le syntagme Pascua de nochebuena, que l’on retrouve également dans le sarde (voir srd. Pasqua di buona notte, apud Id., ibid.).
2.2.4. PAENITERE (POENITERE). Outre le roumain (v. roum. a pãnãta, roum. rég. a sã pãnãta), le lat. paenitere « se repentir » (ERN.-MEILLET 1959) s’est conservé dans l’aire gallo-romane (v. fr. pentir « se repentir » ; v. prov. et prov. mod. pentir, penedir, pendir ; mars. pentir ; alais. penti « faire repentir, punir »), en catalan (v. cat. penedir et cat. mod. penedirse) et en italien (pentirsi) (FEW 1958 ; CORTELAZZO-ZOLLI, 4 (O-R).) . Il y a deux choses plus importantes qu’il faut observer à ce sujet : a. dans l’ensemble néo-latin, les descendants du verbe paenitere appartiennent au registre archaïque ou/et régional des langues romanes ; b. le concept « se repentir » est lexicalisé, dans l’aspect moderne des langues romanes occidentales, soit par les successeurs du dérivé préfixal repoenitere (it. repentirsi ; fr. et prov. se repentir, d’où l’esp. repentirse ; portug. arrependerse, REW 7224 ; Mihãescu 1993 : 53) , soit – c’est le cas du roumain – par des emprunts d’origine balkanique (slave) : roum. a se (po)cãi. À l’époque archaïque, le roumain pãnãta s’utilisait exclusivement sous sa forme active (a pãnãta « souffrir, pâtir, endurer ») et appliqué souvent aux évocations de la passion du Sauveur : Unul ieste Hristos, cel ce pãrãtã derept noi (le Psautier de Coresi, 336/2, apud DLR 1972) « Car il y a un seul Christ, celui qui souffrit pour nous ». Ces emplois dans les textes religieux reflètent une évolution sémantique que le mot latin doit avoir parcouru à partir du sens qu’il avait en latin jusqu’à celui du roumain .
2.2.5. ROGARE. Orare, precari et rogare représentent les trois unités lexicales verbales auxquelles faisait appel le latin chrétien afin de lexicaliser le concept « prier Dieu ». Quoique le premier des verbes cités se soit conservé dans tout le territoire roman (cf. REW 6081) , ce ne fut pas lui qui fit carrière dans les langues romanes occidentales, mais son synonyme *precare , un verbe qui connut une grande diffusion dans l’espace néo-latin, où il s’imposa avec une sémantique religieuse (voir it. pregare, frioul. preá, fr. pr(e)ier, prov., cat. et v. esp. pregar , cf. REW 6734). Attesté épigraphiquement avec une double acception, religieuse et laïque (cf. Mihãescu 1960 : 225), le lat. rogare se serait conservé (cf. REW 7361) uniquement en roumain : droum. ruga, aroum. rog « prier », « prier Dieu », mégl. ruga et iroum. rugå. Cependant, d’autres sources (voir, par exemple, FEW 1962) n’excluent pas la possibilité que le latin rogare se soit également conservé dans le domaine gallique de nord, plus exactement dans l’ancien et moyen français (cf. rover « demander, s’adresser à qqn. avec une prière » ou roveir por Dieu, construction attestée à la fin du XIVe siècle), et dans l’italien dialectal (voir aussi CORTELAZZO-ZOLLI, 4 (O-R)).
Niculescu (1999 : 250) explique les options lexicales particulières des langues romanes tout en considérant la mise pragmatique de la prière, plus exactement la tendance à exprimer de la manière la plus précise possible la capacité illocutionnaire (religieuse) de la prière. C’est ainsi que l’auteur cité justifie, par exemple, la sélection de *precare ou de rogare au détriment du lat. orare. En ce qui concerne la perte du lat. orare « prier » dans le territoire roumain situé au nord du Danube, les spécialistes ont invoqué le phénomène de l’homonymie. À cet égard, Densusianu 1926, par exemple, théorisa le problème de la collision homonymique entre a urî « haïr » et a ura « prier ». Niculescu (1999 : 252) inclut dans la discussion un troisième verbe, à savoir rogare, une unité lexicale attestée depuis toujours avec une fréquence supérieure et douée, en vertu de cette qualité, d’une vitalité supérieure. Parler de l’évolution sémantique (dans le champ religieux) de rogare, sur le terrain de la langue roumaine , représente, dans notre opinion, une question en quelque sorte impropre, vu que ce verbe connaissait dès l’époque latine toutes les deux acceptions, laïque aussi bien que religieuse (voir supra) ; compte tenu de cette réalité, il serait plus naturel de considérer l’acception religieuse du terme en question comme étant l’expression d’un phénomène de continuité linguistique, à savoir de fidélité envers les structures de la langue-mère, et non comme un développement tardif indépendant.
2.2.6. ROSALIA. La dénomination Rosalia « fête des roses » ne connut pas une diffusion générale à Rome, région dans laquelle furent également consignés d’autres appellatifs tels que : dies rosae, dies rosationis, rosaria ou rusae (Pârvan 1911 : 112). Tous ces termes/syntagmes renvoyaient à une fête dédiée à la mémoire des ancêtres rappelés à Dieu prématurément, une occasion avec laquelle leurs tombeaux étaient ornés de couronnes et de bouquets de roses (Evseev 1997 : 403 sq.). Il s’agirait, au moins dans l’opinion de quelques spécialistes (voir, par exemple, Tagliavini 1963), d’une fête orientale dédiée au culte de Mani, contexte dans lequel la descente du Saint Esprit était représentée par une rose qu’on laissait tomber de la voûte de l’église (Miklosich 1864, apud Babeu 1997 : 45). La plupart des spécialistes admettent une origine italo-thrace de la fête en question (voir, par exemple, Tagliavini 1963 : 248-249, Ivãnescu 1980 : 170 ou Zugravu 1997 : 191), mais il y en a quelques-uns qui soutiennent le syncrétisme entre la fête romane et celle judaïque (voir Popinceanu 1964 : 75). Excepté le roumain (v. droum., rég. Rusaie, Rusãi ), le lat. Rosalia s’est conservé en wallon, spécialement dans le syntagme rosailhe mois « mois de juin ou de juillet » (REW 7376) ; le terme utilisé tout seul actualise la même signification que le mot roumain correspondant, à savoir « fête de la Pentecôte » (FEW 1962). Cependant, il y a des sources qui admettent la conservation du terme en question dans une aire plus vaste ; par exemple, Goicu (1999 : 80) inclut dans cette aire le ladin occidental de même que le vieil espagnol et le vieux catalan. Que cette dernière assertion puisse ou non être validée, il est sûr que, dans la romanité occidentale, ce ne fut pas le lat. Rosalia qui s’imposa afin de désigner cette fête religieuse, mais les représentants d’un autre terme latin, à savoir le lat. Pentecoste (gr.) terme attesté chez Tertullien et conservé dans l’it. Pentecoste, le fr. Pentecôte ou l’esp. Pentecostés (apud Tagliavini 1963 : 249 sqq.).
En outre, il faut dire que l’Église romane de langue latine utilisait aussi un autre terme, considéré par Tagliavini 1963 comme un calque sur la dénomination grecque de la fête, c’est-à-dire Quinquagesima. Le terme en question fut conservé en wallon et dans une certaine aire du ladin occidental. Des reflets du latin Quinquagesima furent attestés également à une époque archaïque dans l’aire ibéro-romane, plus exactement en espagnol (cinquesma) et en catalan (cincogesma). Le terme latin (à valeur générique) pascha/pascua est aussi sélectionné pour désigner la fête de la Pentecôte, dans certains syntagmes : it. Pasqua delle rose, Pasqua di ciuri, v. srd. Pasca de maio et srd. mod. Pasca de su spiritu santu (Jud 1934 : 43 sq.). Toutefois, pour ce qui est du roumain, une remarque s’impose : dans le vocabulaire religieux moderne, ce ne fut pas la forme Rusãi qui triompha, mais Rusalii, une variante pour laquelle la majorité des chercheurs admirent la filière slave. La théorie se justifie si l’on prend en compte l’aspect phonétique ou/et la diffusion géographique de ce terme chez les Slaves. Les dénominations que nous énumérons ci-dessous parurent pour contrecarrer la fête païenne évoquée par Rusalii : Duminica Mare « [Le] Grand Dimanche», Duminica Cincizecimii « [Le] Dimanche de la Pentecôte », Duminica Teiului « [Le] Dimanche du Tilleul » ou Pogorârea Duhului Sfânt « La Descente du Saint Esprit ». Ce fut ce dernier syntagme qui s’imposa, par l’actualisation d’un « détail » biblique, en tant que dénomination officielle (canonique) de cette fête chez les Roumains. Il est significatif le fait que Rusalii ait cessé d’être utilisé en Transylvanie et en Moldavie, régions où la fête en question est désignée actuellement par Duminica Mare (Popinceanu 1964 : 75). C’est une situation tout à fait différente par rapport à celle consignée pour Crãciun, terme populaire qui a acquis une certaine légitimation y compris au niveau canonique (voir supra, 2.2.3.).
3. Remarques finales
Un corpus contenant des termes à diffusion restreinte dans une certaine aire (particulièrement, le domaine de la romanité) soulève fondamentalement la question de la rupture linguistique dans les limites de cet espace-là : ‘restreint’ s’oppose, le plus souvent, à ‘large’ (éventuellement, à ‘pan-roman’) . L’observation formulée dirige l’investigation vers l’identification des moyens linguistiques valorisés par la grande majorité des idiomes circonscrits à une aire, afin d’exprimer certains concepts (religieux). Ce type de corpus pose également le problème de mettre en évidence les raisons qui constituèrent le fondement des options lexicales distinctes. Nous avons identifié des couples incluyant des termes-synonymes parallèles, qui, dans la plupart des situations consignées, correspondent soit à une aire restreinte, soit à une aire large de diffusion : ‘basilica – ecclesia’, ‘Dominedeus – Deus’, ‘draco – diabolus’, ‘paenitare – repoenitere’, ‘peruigilare – uigilare’, ‘rogationem – *precaria’, ‘creatio – natalis’, ‘rogare – precari’ ou ‘rosalia – pentecoste’. Cependant, il y a des situations qui ne permettent pas d’établir de telles correspondances ; à cet égard, nous pouvons mentionner, par exemple, les cas où un certain terme latin, conservé dans la romanité orientale (particulièrement dans le roumain), présente, en tant qu’équivalent dans l’aire occidentale, le même terme latin, mais dans la qualité que ce dernier possède d’être un mot savant (voir, par exemple, le lat. christianus).
Quelques-uns des mots inclus dans notre discussion purent être sélectionnés prioritairement dans l’ensemble roman, grâce à leur statut de termes à proprement dit religieux (chrétiens), qualité qui se distingue surtout par rapport aux correspondants synonymiques, qui sont rattachés à la sphère ontologique profane ou païenne (préchrétienne) : ecclesia vs basilica (ce dernier, vu longtemps comme un dérivé du terme grec laïque) ; Deus (terme essentiellement chrétien dès ses origines) vs Dominedeus (dans un premier temps, une formule païenne d’invocation) ; natalis vs creatio (ce dernier incorporant dans sa structure sémantique des notes aryennes) ; pentecoste vs rosalia (terme populaire, évoquant la fête préchrétienne des roses). Dans ce contexte, la sélection des termes tels que creatio, rosalia, etc. fut, sans doute, favorisée par un milieu culturel (religieux, politique) tout à fait spécifique : le développement de certaines communautés dans les conditions du soi-disant christianisme païen ou populaire, concept théorisé comme tel dans les ouvrages de spécialité. Le cas du roumain est fondamentalement illustratif á cet égard. Le même cadre extralinguistique justifie également le choix de draco (au détriment de diabolus), option favorisée à la fois par des éléments de substrat. Parfois, des raisons pragmatiques déterminèrent la généralisation dans l’usage de certaines communautés d’un terme ou d’un autre. Dans ce contexte, par exemple, le critère pragmatique en conjonction avec un autre, à savoir le facteur stylistique, durent avoir décidé la destinée de peruigilare, terme perçu dans l’espace oriental de la romanité comme ayant une valeur aspectuelle (qui vise l’intensité et la durée de l’action lexicalisée) plus marquée par comparaison au terme simple uigilare. Dans le même ordre d’idée, voir la sélection de *precare ou de rogare au détriment de orare. Dans d’autres situations, on pourrait admettre le renforcement de la position d’un terme hérité grâce à un emprunt ultérieur (du même terme), fait à une langue de superstrat (voir le cas du roum. corindã). Le roum. tâmplã et les reflets du lat. savant re(tro)tabulum dans les langues de l’Occident roman offrent l’exemple d’une correspondance sémantique particulière, tout en prenant en considération les connotations confessionnelles distinctes, circonscrites, d’une part, au milieu orthodoxe, d’autre part, au cadre catholique.
Dans la grande majorité des situations étudiées, le mot sélectionné par le roumain est circonscrit au registre littéraire de la langue actuelle, il représentant à la fois le terme principal utilisé afin de lexicaliser un certain contenu religieux. Autrement dit, les termes que nous énumérons par la suite appartiennent à un vocabulaire religieux actif du roumain modern : bisericã, Crãciun, creºtin, drac, Dumnezeu, priveghea, ruga, rugãciune, tâmplã. En fait, dans notre inventaire, il n’y aucun mot rattachable au fond lexical proprement dit passif, archaïque. Paus, pãnãta, corindã et Rusãi « se sont assuré » la survie dans la langue (actuelle) par leur « refuge » au niveau régional. En outre, des emprunts ultérieurs effectués au slave (voir roum. colindã et Rusalii) ont pu garder, plus ou moins paradoxalement, vive la mémoire des étymons latins calendae et Rosalia, justement grâce à leur force évocatrice. Les assertions formulées ci-dessus ne valent qu’en partie pour les autres langues romanes où les 13 termes pris en discussion se sont conservés, et ceci, pour l’une ou l’autre des raisons suivantes : afin de désigner certaines réalités chrétiennes, ces idiomes ont opté en faveur d’autres termes (latins…), dans le contexte où les descendants du terme hérité également en roumain ont subi des évolutions sémantiques particulières ; quelques formes néo-latines sont restées dans un fond passif, elles se conservant parfois au niveau dialectal, dans les conditions où elles ont été concurrencées par d’autres lexèmes ; dans un cadre ecclésiastique supérieur à l’organisation religieuse spécifique à l’aire orientale, il a été possible de rejeter toute une série de structures signifiantes et de signification marquées [+populaire] au profit des termes officiels du culte chrétien ; quelques-uns de ces idiomes ont pu conservé un terme latin ayant une acception purement laïque, situation due parfois à des facteurs extralinguistiques particuliers (par exemple, le milieu confessionnel), etc. Cependant, nous pouvons identifier, au niveau de cette catégorie étymologique, non seulement des éléments de rupture, mais également toute une série d’aspects qui relèvent de la continuité linguistique (lexicale, sémantique et stylistique) dans l’aire de la romanité.
a) Aires de l’unité lexicale, sémantique (concordance absolue vs concordance partielle) et stylistique (la position du mot dans le système de la langue actuelle) :
basilica : roum., dalm., srd., fr., prov., avec les évolutions (restrictions) sémantiques signalées pour le sarde et pour le français, idiomes néo-latins qui, afin d’exprimer le concept en question, font appel tout premièrement aux descendants du lat. ecclesia ;
Dominedeus : roum. et it., bien que l’italien utilise prioritairement (exception faite de la langue liturgique) le descendant du lat. Deus ;
paenitare : v. fr., v. prov. et v. cat. ;
peruigilare : v. roum. priveghea « veiller toute la nuit », v. prov. pervelhar, toujours terme profane ;
rogationem : roum., fr., prov. et portug. (concordance sémantique partielle) ;
christianus : roum., dalm. (et, éventuellement, fr., esp., rhéto-rom.).
b) Aires de la discontinuité
i) continuité/unité lexicale et sémantique (absolue ou partielle), mais discontinuité de registre :
basilica : roum. vs v. vénit., v. logoud., v. fr. et fr. moyen, avec les spécialisations sémantiques consignées pour le français ;
Dominedeus : roum., it. vs v. fr., v. prov. ;
draco : roum. vs fr. rég. ;
pausum : v. roum. et roum. rég. paus « repos » vs prov., esp., portug. (concordance sémantique partielle dans la sphère laïque de significations) ;
rogare : roum. ruga (laïque et religieux) vs v. fr. et fr. moyen, it. rég., où les termes correspondants furent signalés à double usage, profane et religieux ;
rosalia : v. roum. et roum. rég. Rusãi vs wall. Rosailhe (avec la remarque que le wallon utilise essentiellement le descendant du lat. Quinquagesima) ;
templa : roum. rég. tâmplã « poutre » vs srd., fr., idiomes qui ont conservé le terme latin avec acception laïque ; c’est un autre exemple qui peut être considéré comme étant illustratif pour le concept de la « continuité sémantique » dans une acception plus large, à savoir dans les limites de l’opposition ‘religieux vs laïque’ (voir, dans le même sens, calenda ou pausum) .
ii) continuité lexico-stylistique, mais discontinuité sémantique :
calenda : v. roum. et roum. rég. *cãrindã, corindã vs it. rég., fr. rég. ;
creatio : roum. Crãciun « fête de Noël » vs srd. kriaθòne « piccolo piombo » ;
draco : roum. vs it. ;
paenitere (poenitere) : v. roum. et roum. rég. (sã) pãnãta « souffrir » vs v. fr. et fr. rég., v. prov., v. cat., toutes ces dernières formes actualisant la signification de la langue-mère, à savoir « se repentir » ;
templa : roum. tâmplã « iconostase » vs srd., fr., idiomes qui ont conservé le terme latin avec une signification laïque ;
iii) discontinuité lexicale , mais unité sémantique et stylistique :
draco : roum. vs prov. ;
christianus : roum., dalm. (et, éventuellement, fr., esp., rhéto-rom.) vs les autres langues romanes, où les termes correspondants détiennent le statut de mots savants ;
iiii) une double discontinuité (sémantique et stylistique) :
calenda : v. roum. et roum. rég. *cãrindã, corindã vs srd., prov. ;
pausum : v. roum. et roum. rég. paus (chrét.) « repas funéraire » vs prov., esp., portug., termes présentant des significations exclusivement profanes ;
peruigilare : roum. priveghea (chrét.) « veiller un mort » vs v. prov. pervelhar « passer le soir en veillant » ;
templa : roum. tâmplã (chrét., orth.) « iconostase » vs it. rég., idiome qui a conservé le terme latin avec une signification laïque ;
creatio : roum. Crãciun « fête de Noël » vs v. esp. criazón « petit enfant ».

Comme l’on peut remarquer, il arrive qu’un même terme soit circonscrit à des sous-classes distinctes ; ces distributions spécifiques s’expliquent par les paramètres pris en considération, à savoir les critères structurants valorisés dans notre étude : lexical, sémantique et stylistique. Le plus souvent, le roumain constitue une aire de continuité (lexicale, sémantique et stylistique ; lexico-sémantique, lexico-stylistique…) avec des idiomes tels que : le sarde, l’italien, le français et le provençal, donc avec des langues appartenant aux soi-disant aires latérales, mais également au groupe italo-dalmate ou à la famille des langues gallo-romanes. En conformité avec les résultats de notre travail, il paraît que l’unité au niveau du corpus religieux étudié se soutient mieux pour ce qui est de l’aspect lexico-sémantique. Dans ce contexte, c’est le facteur stylistique qui pèse plus lourd dans l’identification des aspects particuliers, différenciateurs. La remarque formulée défend implicitement l’idée d’une unité linguistique plus prégnante dans la Romania, à l’époque archaïque.

Bibliographie
A. Sources et études de référence

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TDRG = H. Tiktin, Rumanisch Deutsches Worterbuch (I: A-C, 1986; II: D-O, 1988; III: P-Z, 1989).
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Abréviations

abruzz. = abruzzien
act. = actuel
alais. = alaisien
alb. = albanais
arch. = archaïque
aroum. = aroumain
astur. = asturien
basq. = basque
cat. = catalan
champ. = champenois
cls. = classique
chrét. = chrétien
dalm. = dalmate
dial. = dialectal
rég. = régional
droum.= daco-roumain
engad. = engadinais
esp. = espagnol
fr. = français
frioul. = frioulan
fr.-prov. = franco-provençal
gr. = grec
hébr. = hébreux
intr. = intransitif
iroum.= istro-roumain
it. = italien
lat. = latin
log. = logoudorais
luc. = lucan(ien)
mars. = marseillais
mégl. = mégléno-roumain
mod. = moderne
néogr. = néogrec
neuch. = neuchâtelois
p. ext. sém. = par extension sémantique
piém. = piémontais
poit. = poitevin
pol. = polonais
pop. = populaire
portug. = portugais
prov. = provençal
regg. = reggiano
rouerg. = rouergeois
roum. = roumain
russ.= russe
sassar. = sassarais
sic. = sicilien
sl. eccl. = slave ecclésiastique
srd. = sarde
tosc. = toscan
ukr .= ukrainien
v. = vieux
vénit. = vénitien
wall. = wallon

Religious terms inherited from Latin with narrow diffusion into the Romance area
(Abstract)
A corpus which includes words having a narrow diffusion in a particular linguistic area (such as Romania) puts the problem of linguistic fragmentation / discontinuity within the limits of this area. Narrow is in this case most frequently opposed to large and even to pan-romance, which directs the search towards finding the linguistic means used by most idioms in a certain aria for expressing the same concepts (religious concepts in our case). That kind of corpus implies also a search into the reasons of different lexical realisations in genetically related languages.




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