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Les Ailleurs (extrait)
essai [ ]
Approche phénoménologique des Ailleurs à travers un itinéraire rimbaldien.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
par [Reumond ]

2013-09-19  |     | 









à Gaston Bachelard,





Avant-propos

En littérature, en philosophie comme en psychologie ou en anthropologie, la notion d'Ailleurs (et ce qui gravite autour), se retrouve au cœur et aux croisements multiples de diverses disciplines des sciences dites « humaines » et sociales. Bien que nous sachions pertinemment, et les faits semblent l’éprouver et le prouver, que si l’Homme existe bel et bien (même si ce « bien » est vraisemblablement de trop), il n’est pas encore ce que nous en attendons vraiment ! Même si la notion d’ailleurs dépasse la réalité humaine, Les ailleurs se disposent donc comme un champ d’investigation intéressant entre ce que nous étions, ce que nous sommes et ce que nous devenons en des Ailleurs toujours possibles.

Réalité poétique, réalité spirituelle et réalité linguistique … Autant sur le plan méthodologique qu’épistémologique ou même phénoménologique, Les Ailleurs en terres rimbaldiennes me semblaient être un laboratoire pertinent pour approcher cette réalité au-delà de la réalité, et un environnement particulièrement favorable à une réflexion commune pour identifier les Ailleurs en jeu et entamer ensemble un ample débat autour de ces diverses disciplines.


(...)

C’est la tête ailleurs que je trace ces mots, ici l’espace est trop petit et le temps trop mesquin, alors que partout ailleurs les chemins cheminent tout autrement, que les lignes y font des signes paisibles ou les cursives ouvrent des portes sur des coursives pleines de possibles et d’horizons lointains.

Au-delà des stridences d’ici maintenant, mot à mot les ailleurs nous possèdent, ils prennent forme pour s’éclater au loin, plus loin, ailleurs toujours, c’est d’ailleurs leur vocation première que d’être au delà des apparences, extraordinairement différents, tout autres…

Depuis ma mansarde de la rue de l’Arquebuse, je regarde les ailleurs planer sur la ville comme « un souffle inconnu, fouettant ta chevelure », comme un « esprit rêveur » portant « d'étranges bruits »; comme un cœur de ville qui palpite ; j’entends moi aussi « la voix de la Nature, dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits… »

Tel un S.O.S sans fin, les ailleurs sont toujours ailleurs, comme un pluriel qui s’impose à l’oreille et au regard, comme un écho qui se fait « Échouages » sur les bords de Meuse, sonnerie, appel ou rappel, « écho des vals » et « cris des steppes »

Ailleurs, ailleurs…

Toute plongée dans les ailleurs et une forme d’élévation ici !

De toiture en toiture, de cheminée en clocher, ailleurs les choses veulent être distinctes ; ailleurs, l’herbe est toujours plus rouge (Vian), les voyelles plus colorées, le ciel plus bleu et la Meuse plus verte...

Alors que le passé porte sur lui la nostalgie, que le présent porte en lui la nausée, « les Ailleurs » au contraire, à contre-courant, disent toujours quelque chose de nos proches « naissances latentes », de la « Paix des pâtis semés d'animaux » insolites, et de celles « des rides que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux » ;

O, suprême ailleurs, si « plein de strideurs étranges » de « Silences traversés des Mondes et des Anges », toi, « l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! »

« Par la fenêtre, on voit là-bas un beau ciel bleu », oui, là-bas, autre part, dans un autre lieu plus étrange,

Mais nulle part ailleurs, les ailleurs ne nous tiraillent autant qu’à Charleville !

(...)

Tout comme dans la vision biblique de Jacob, une échelle traverse les Ailleurs; un peu comme ce vieil escalier dans La Maison des Ailleurs à Charleville; une maison qui en son temps sentait bon les odeurs de l’enfance d’Arthur.

La cire de quelques meubles régionaux, le parfum d’une maman attentive, les arômes agréables d’une soupe qui mijote au coin du feu, du lait que l’on chauffe pour l’hiver, du café ou du chocolat…, des effluves qui comme l’encens des autels montent les étages jusqu’au grenier, se mêlant la l’odeur du cirage sur les chaussures bien brillantes...

Ainsi, entre le Ciel et la Terre, il existe des Ailleurs qui restent habités de présences invisibles et d’odeurs impalpables. Dix mille fois, Arthur est passé par là ! Mais comment faire pour discerner sur le parquet couinant, sur un dallage froid ou sur le papier peint, la furtive silhouette adolescente et l'ombre encore chaude du corps fiévreux de celui qui écrivait dans Ma bohème

« Rimant au milieu des ombres fantastiques, comme des lyres, je tirais les élastiques de mes souliers blessés, un pied près de mon cœur ! » ?

(...)

Roland furieux, tout comme j’expérimente l’angoisse ou la fatigue, la colère ou la tristesse ; comme j’éprouve mes sifflantes acouphènes et ma rasante myopie, les Ailleurs, je ne les vois pas, je ne les entends pas, je les expérimente !

J’éprouve à bras le corps des mots et des maux solidaires les Ailleurs, comme on éprouve la vie à travers l’œil d’une boule d’escalier en verre opalescent.

L’infini et l’éternité y habitent, ils s’y sentent seuls, c’est ce qui fait des Ailleurs un ailleurs improbable, mais pourtant si réel. Non lieu d’effervescence et de diversité, les ailleurs seraient-ils des lieux où l’on passe et repasse sans cesse, sans s’arrêter vraiment aux froides évidences ? Seraient-ils des non lieux où l’on meurt à soi-même c'est-à-dire des lieux où trépassent nos certitudes et le vocabulaire classique des sensations et des sentiments ? Seraient-ils des non lieux où l’on se retrouve nu face à soi-même, sans protection et sans nos perpétuelles justifications ?

Ils sont sans origine et sans finalité, ainsi, ils ne connaissent pas d’obsolescence, car ils sont sans garantie aucune, en dépit de tout, les autres n’y sont pour rien, ils n’en sont pas responsables, c’est comme ça, les Ailleurs dépendent uniquement de nous et de nous seuls !

Dans notre société où tout se joue de faire et de savoir, où l’on joue constamment de l’ici maintenant, et du tout tout de suite, en digital et en numérique, en réalité augmentée, en direct ou en temps réel, et ou l’orgasme majeur est celui de l’immédiateté, de la mondialisation du résultat, de la possession… on ne peut saisir cet étrange Ailleurs !

Quels étranges Ailleurs que ces ailleurs qui ne répondent jamais à nos attentes, c'est-à-dire à nos attentats et à notre esprit captatif…

Seuls les visionnaires ou les voyants extralucides semble-t-il peuvent percer ce voir cristallin, ce non-espace-temps fabule-Lieu, qui est celui celui de toutes les utopies et de tous les mystères.

Étranges Ailleurs que ces Ailleurs étranges où « Je » comme « les Ailleurs » sont toujours autres.

(...)

Dieu, la Beauté, la Vérité, l’Amour comme les Ailleurs sont des mots sans contenu propre parce qu’ils sont des contenants que nous avons à remplir nous-mêmes à partir de notre propre expérience. Nous avons à les inventer sans cesse, à les engendrer dans notre propre chair.

Dieu, la Beauté, la Vérité, l’Amour comme les Ailleurs, ces mots sont en réalité vides de leur richesse et pleins de leurs pauvretés, parce que nous devons y mettre du sens ! Nous sommes effectivement tous appelés à naître aux Ailleurs comme à l’Amour, chacun selon ce qu’il est et ce qu’il devient ; les Ailleurs sont donc des figures à géométrie variable, des objets poétiques non identifiés et nullement identifiables par d’autres.

(...)

Le grand Érasme disait qu’on ne naît pas homme, mais qu’on le devient. Effectivement, l’homme n’est pas une réalité en soi, ni une réalité du moment, encore moins une réalité du passé, ni un objet, ni un sujet, il est un état tout comme un devenir…

Ni fatalité, ni nécessité, ni détermination… car il n’est pas encore et reste en suspens, telle une puissance d’être, il est comme une équation de possibles, un algorithme à unifier

(...)

Ailleurs, l’Homme reste une ouverture, un avenir probable et non pas un triste « Fatum » comme notre condition d’homo sapiens ; et il en est de même des dieux comme des Ailleurs, la perspicacité, l’humilité et la patience seules les engendrent et les affinent.

Pareillement, « la notion de partout », partout ailleurs, est plus facile à définir par ce qu’elle pourrait être, ou par ce qu’elle n’est point, que parce qu’elle est véritablement ! Tout comme l’Odradek de Kafka, l’Ailleurs, celui des Dieux et des hommes, ne se laisse pas définir et encore moins finir. Il reste une bobine sans début et sans fin, « extraordinairement mobile et insaisissable » nous dit Kafka ; « Il se tient tour à tour au grenier, dans les escaliers, dans les couloirs, dans l’entrée. Il arrive qu’on ne le voie pas pendant des mois ; c’est qu’il est passé dans d’autres maisons ; cependant, il finit toujours par revenir dans notre maison. Parfois, lorsqu’on passe la porte et qu’il est se tient en bas contre la rampe d’escalier, on a envie de lui parler. Bien sûr, on ne lui pose pas de questions difficiles, mais, ne serait-ce qu’en raison de sa petite taille, on le traite comme un enfant. « Comment t’appelles-tu ? », lui demande-ton. « Odradek », dit-il. « Et où habites-tu ? » « Sans domicile fixe », dit-il en riant, mais ce n’est qu’un rire comme on peut en produire sans poumons. Cela fait un peu comme le bruissement des feuilles mortes. La plupart du temps, la conversation ne va pas plus loin (…) » Odradek - Kafka

(...)

Tel un sacrement de l’absente présente ou de la présence absente, paradoxes dans le triangle des Bermudes de l’imaginaire, du symbolique et du réel lacanien, les Ailleurs relèvent de la triangulation, ils participent des trois, comme un art de vivre pour engendrer la multitude des espérances !

Les dieux, les ailleurs, le partout… comme Odradek ne sont ni locaux, ni temporels ; ils ne sont ni objets, ni sujets ; ni culturels, ni naturels…, Ils sont simplement et humblement « des non lieu », comme « Le Bon Lieu » ou lieu du Cœur et nulle part ailleurs que dans l’expérience.

Les Ailleurs s’éprouvent, ils ne se prouvent pas !

L’ailleurs est une pure intériorité, ne le cherchez pas ailleurs ! Il n’y a rien de logique et rien de linéaire en eux, ils ne relèvent ni d’une forme de topologie quelconque, ni d’une savante chronologie, ils restent de pures intériorités.

Afin de planter en nous-mêmes l’avenir, la miséricorde, la compassion, l’amour et le pardon, pour engendrer un monde meilleur. Comme dans cette prière attribuée à Saint François d’Assise, devenir Homme c’est justement cette faculté de pouvoir se situer « Ailleurs et ici », dans l’entre-deux, pour être capable de changer la face de la Terre ; devenir Homme, c’est s’inscrire dans cette dynamique qui consiste à faire lieu et lien entre le Ciel et la terre, l’intériorité et les apparences, la tête dans les étoiles et les pieds sur terre, parfaitement unifiés.

(...)

L’esprit souffle dans ces Ailleurs, d’ailleurs c’est éprouvé !

En citant ce « non lieu », je parle notamment de la « non-localité » et de la « non-temporalité » des Ailleurs, de ce non lieu ouvert à tous les désirs et à nombre de rêves, les plumes y nagent comme dans les encriers, et ici, peintres et poètes se bousculent devant les tables. Dali y porte la myrrhe, Magritte l’or et Artaud l’encens...

Anges et bergers comme des pages moutonneuses, blanches comme les écumes de ciel se plient en quatre ; ce non lieu est une véritable crèche, où il nous faut sans cesse renaitre à nous-mêmes, un véritable patio ouvert sur le Monde et le Cosmos.

Venu d’Orient et de nulle part, les Rois marges et les divers visiteurs s’y font plus nombreux que les étoiles du ciel un grand jour de Nativité. L’évangéliste Matthieu lui-même était là, avec son Kodak en bandouillère, les ayant pris en flagrant débit de voyance, en d’inimaginables visions en cette vision imaginante que nul ne peut imaginer !

Voyeurs et voyants s’y entendent sur les mots et les images : l’impossible est là, mais il faut encore le déloger !

Comme pour accueillir ces présents d’une toute grande richesse imaginaire et symbolique, comme eux, en visiteurs sensibles, attentifs, ouverts et bienveillants, laissez-vous guider par votre bonne étoile vers des Ailleurs plus profonds qu’ici, afin de rendre hommage au Verbe à votre tour, en cette maison pleine de rires d’enfants, du pain de la création et du vin de la joyeuse liberté. Puisque l’ici et ses apparences nous fourvoient !

Les grands prêtres de l’ici avec leur charlatanesque mépris en prime, plaident la bonne foi et prêchent la bonne parole, mais leurs vers sentent la mort !

Ils jouent sur les mots, ou bien se jouent des chiffres et les images, ils réduisent les Ailleurs en une lourde prison de plomb, nous propose leurs marchandises électorales, de bonnes affaires, des cadeaux pour la vie, de beaux textes qui riment avec malheur, de la littérature édifiante, mais le contenu est un réel au rabais ; de même, ils portent des décorations, des prix, des étiquettes et des cols dorés, mais en trompe-l’œil, dans leurs sinistres institutions fermées à l’Esprit ils nous vendent du pseudo vent et de la vraie paille, des packs d’ailleurs de carton-pâte, de fausses promotions et des arnaques métaphysique ou existentielle.

L’Ailleurs d’ailleurs ne se vend pas, il faut lui donner la vie en mourant à soi-même!

Au-delà des phénomènes et des épiphénomènes, Les Ailleurs vomissent l’ici maintenant ! Ils ne peuvent se contenter des illusions communes, des mirages scientifiques et des miracles religieux ; ils ne peuvent se satisfaire des croyances magiques ou de la foi du charbonnier…

L’Ailleurs est au-delà des faits, des émotions superficielles et des sentiments affectés, des instrumentalisations de l’être, des rigides convictions et de leurs faux semblants commerciaux ou prosélytes, avec toute leur cohorte de vrais flics et de faux prophètes.

D’ailleurs, au lieu de subir l’ici maintenant, il nous faut plutôt choisir l’Ailleurs qui lui ne se détériore pas ! comme le fit Arthur Rimbaud, mort à l’ici et parti pour les Ailleurs, selon les dires de Paul Verlaine,

« Vierge de toute platitude ou décadence » , « … Dans son vœu bien formulé d'indépendance et de haut dédain de n'importe quelle adhésion à ce qu'il ne lui plaisait pas de faire ni d'être. »

(…)

Si les Ailleurs ne sont pas des lieux spécifiques ou des moments privilégiés, sont-ils quelque chose ou quelqu’un ?

S’il était l’un ou l’autre, que seraient-ils ? Y aurait-il entre eux et en eux une forme de mimétisme et de magnétisme, comme une grande aptitude à s’adapter à l’œil et aux différentes représentations que nous pouvons nous en faire ?

Parce que les Ailleurs donnent à penser et à vivre surtout, malgré les noms divers que nous pouvons leur donner, ils sont au centre de nos préoccupations ; ils nous attirent ou nous poussent toujours plus loin, plus profondément… D’ailleurs ou par ailleurs, leurs chemins nous traversent et convergent en une force ascensionnelle qui rythme notre propre développement.

(…)

Alors, en dehors d’un insondable mystère qui nous habite comme des inconnues,
Au delà des signes qui vont de l’ « A noir » jusqu’à « l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! » Comment signifier les Ailleurs ?

- Par quelques Majuscules ou quelques pluriels, les dire ?

« Autour, dort un fouillis de meubles abrutis Dans des haillons de crasse et sur de sales ventres, Des escabeaux, crapauds étranges, sont blottis Aux coins noirs: des buffets ont des gueules de chantres Qu'entr'ouvre un sommeil plein d'horribles appétits. » (Accroupissements)

- Par quelques voyelles et tel effet de style, les souligner ?

« U, cycles, vibrements divins des mers virides, Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux » (Voyelles)

(...)

Ou par quelle autre balise les désigner, car depuis toujours, faute de « Sens », l’ailleurs se fait « Chair » et « Signe »

Au grand A des paradoxes, aux grands mots sans remèdes, les Ailleurs sont ici chez eux (dans le sens où ils participent « de » et « à » notre incarnation), et ils nous octroient sans aucun doute la parole, rien que pour les mettre en je(ux) ; c’est pourquoi vous ne les trouverez pas dans cet ici-maintenant, mais que vous les percevrez peut-être dans l’Autre ici, le tout autre, tellement autre qu’il en est ailleurs lui aussi !

C’est pourquoi Arthur Rimbaud lui-même ne les a pas trouvés, ni à Aden, ni à Harar parce que les Ailleurs n’habitent pas plus l’Afrique que Charleville ; de même, il ne les a pas découverts dans l’aventure et le négoce, parce que les Ailleurs ne relèvent pas d’un faire particulier, ils sont de l’ordre de l’être, c’est pourquoi les gosses à peine nés les perçoivent déjà dès le sein de la mère.

N’écrivait-il pas en mai 1884, « Je me suis fort fatigué à rouler le monde, sans résultat. »

Mais c’est aussi pourquoi ils se trouvaient déjà en lui bien avant tout voyage, en tant que pure intériorité, dans ses Illuminations et dans ses enfers, comme dans l’inspiration d’un Michel Ange, les intuitions d’un Archimède, les projets d’un Picasso, les pressentiments d’un Darwin ou d’un Newton. Ils étaient là, au cœur des hallucinations de Marseille, dans ses accès de colère et ses blasphèmes, là dans ses temps de désolation ou de contemplation, dans la douleur qui traverse le corps comme un éclair, dans les choses extraordinaires que perçoivent les poètes moribonds et dans les douleurs fantômes d’un membre amputé, dans les insomnies sans fin, dans les défauts de l’âme, dans ce « réel cauchemar » que sa vie voyait défiler, là en dehors de la « forme mesquine » et « traditionnelle » que véhiculent nombre de poètes et de persiffleurs dénoncés par lui en son temps. Au-delà toujours, entre les lourdeurs de l’ici et l’apesanteur de l’au-delà …

« Quelle âme est sans défaut ? » dit-il, « Et quel corps sans échardes ? »
Car la plume prend corps et âme pour « Des cavalcades insensées à travers les abruptes montagnes du pays ».

(…)

L’Ailleurs est-il noir ou blanc, ou à-t-il la couleur sépia des photos d’autrefois ? noir ou blanc, certainement pas ! c’est troublant, il ne peut se satisfaire d’un dualisme fétide, il crie les pixels à raison d’infini, polychromie sans fin des alchimies du rêve, au culte de l’ici, son infini répond, depuis la préhistoire, le temps n’a pas raison de son éternité et l’espace aucune emprise sur ces Ailleurs illimités.

Ailleurs es-tu là ?

D’ailleurs, vous y trouverez ce que vous désirez vraiment, il peut rendre l’invisible visible, par report ou par transfert, par projection et décalcomanie et par jeux de mots ou de miroir, il est notoire, qu’entre l’Être et le Néant les ailleurs se disposent et disposent de nous comme des fétus de paille ; ne cherchez pas leur altitude, leur longitude ou leur latitude, seules leur attitude et leur aptitude à être autre chose peuvent vous convaincre qu’ils ne sont pas d’ici !

De mémoire d’éléphant, dans les contes et récits, en science-fiction comme en tout le « merveilleux héroïque » ; les Ailleurs projettent en nous des rêves d’autre-part.
Selon l’angle de vue, appendice, arête, aspérité, avancée, avancement, balèvre, bec, bosse, bourrelet, la corne d’abondance, les corniches de l’horizon et coude du ciel, ils projettent en nous des crêtes de montagnes en éminences nuageuses et en éperons rocheux ; ils projettent leurs propres excroissances comme saillies charnues sur le bout des méninges et leurs mamelons fermes comme poitrines bien moulées, des nerfs et des nervures énervées à même nos sens aux abois ; ils prolongent notre corps pour que nos chairs continuent son chemin, telles ces formes gluantes et protubérantes qui nous suivent ou nous précèdent et que l’on nomme par ignorance des ombres.

Dans le Livre des Morts peut-être ? mais dans Le Livre des records, personne n’a parcouru les Ailleurs de long en large ! nulle performance ne concerne ces Ailleurs légendaires, mais peut être qu’un jour, un vélo sans roue, un tableau avec une pipe, une Vénus sans bras… ont frôlés l’ailleurs comme on frôle la mort ?

On raconte, mais c’est Ailleurs, que les Ailleurs laissent derrière eux des portes entrouvertes, des issues de secours que l’on serait tenté de fermer ici, mais qu’ailleurs on entrebâille comme un cœur de mystique ou de poète.

Oui, peut-être qu’une roue sans vélo ou une chaise sans pied, peut-être qu’un cadre sans tableau ou un bras sans Déesse, connaissent mieux que quiconque ce « Manque » que les Ailleurs révèlent.

Peut-être qu’une simple plume d’ange, écrivant ses turpitudes, sur un Bateau ivre, dans le vent d’une soirée de pleine lune, après avoir été trempée dans l’encre tiède d’un poulpe tout collant d’affection …

« Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les aubes sont navrantes, toute lune est atroce et tout soleil amer. L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. Oh! que ma quille éclate! Oh! que j'aille à la mer! »

L’Ailleurs comme l’Amour, le vide comme le trop-plein, l’Être comme le Néant, il faut les vivre ! il ne suffit pas d’exister pour cela, il faut encore en faire l’expérience, l’intérioriser, c'est-à-dire l’éprouver et en prendre conscience, l’accepter pour s’y livrer enfin corps et âme, guidé par l’Esprit, afin de les assumer jusqu'au-boutisme. Car l’Ailleurs relève de la fascination, comme l’intime et l’ultime. L’ensorcellement du Monde, c’est aux Ailleurs que nous le devons ! Ainsi, Arthur a toujours été fasciné par l’Inconnu et c’est là même dans cet espace sacré et ouvert que la voyance peut prendre le relais entre l’objet désiré et le sentiment même du désir et du manque ; c’est là même que l’alchimie des Ailleurs déploie ses tentacules, ses germes, son énergie, afin de transformer l’ici, tout comme le grain de Kéfir fait fermenter le lait des étoiles.

Entre la Voie lactée et nous, cela fait beaucoup de conditions pour que filtrent les Ailleurs ! Beaucoup d’exigences pour éprouver cette improbable traversée des mots en cet Océan des Autres parts ?

D’ailleurs, bien souvent les Ailleurs nous laissent « Sans paroles », comme ces tristes romances de Verlaine, « Dans l’interminable ennui de la plaine », entre la nuit froide des sens et la chaleur du désert, là où « La neige incertaine luit comme du sable. »

Ou comme dans cette solitude des « Silences traversés des Mondes et des Anges » ou dans l’immobilité d’un « Silence astral », une sorte d’abandon décrit par le jeune Rimbaud.

(…)

Frères et sœurs de voyage, passagers et passagères des Ailleurs, comparons nos valeurs et croyances, car nous en avons tous ! Explicitons nos mots, repeignons nos balises, confrontons nos regards, ajustons nos diverses interprétations, mettons sur table, bien à plat nos expériences de l’Ailleurs, nos définitions et nos repères…

Entre le culte des veaux d’Or, sociaux et culturels, les rituels Vaudou et autres rituels quotidiens ; entre le langage des anges et celui des oiseaux ; entre les runes et les formules chamaniques ; entre le chakra du cœur et les pouvoirs de l’esprit, entre les états modifié de consciences et l’inconscience caractérisée, les Ailleurs font toujours rêver les Sapiens que nous sommes malgré nous, ils fascinent, obsèdent, ensorcellent. Mais heureusement l’entre reste l’antre du rêve et de l’espérance.

Ainsi soit-il, entre les oracle pour le siècle, la fin des temps, le monde subtils, l’aura de ma sœur et les pensées magiques de mon fils, l’alchimie et la Kabale, le saint Graal, l’Atlantide ou le secret des Aztèques, le trésor des Templiers, les champs Akashique, la méta médecine ou les médecins de ciel, les Ailleurs déploient leurs possibles.

Entre les mondes et les médecines parallèles, entre les vies antérieures et les expériences aux limites de la vie ou de la mort ; entre les drogues et les jeux… Les Ailleurs toujours nous emportent, il nous obsèdent ou nous ensorcellent.

Quand le doute se fait chair, quand le réel devient signes, les Ailleurs questionnent l’humain plus qu’ils ne répondent vraiment à nos préoccupations ou qu’ils ne résolvent quoi que ce soit, mais ils sont là, c’est important, vital, laissant une laisse de rêve ou d’imaginaire entre la plage trop sèche et l’océan trop humide.

Entre l’astrologie et le sport, les sciences et la littérature, la politique et l’économie, les religions et le travail, la passion d’un collectionneur ou celle d’un amant insatiable ; entre les dieux et les hommes, les bêtes et les objets, les êtres extra-terrestres et les fantômes extra-célestes, oui, cherchez-le cet Ailleurs et vous vivrez éternellement !

Quoi que l’on en dise, l’image mentale des Ailleurs fascine l’humanité depuis toujours ! Contenant de nos rêves plus que contenu, l’Image s’ouvre en tous les sens.

Dans la folie comme dans le génie, cette image mentale des Ailleurs toujours possibles s’empare de nous. Elle attire comme la lumière charme le papillon volage, elle captive l’enfant comme le vieillard gâteux ; elle aimante Terre et Lunes ; elle prend chair ou bien se métamorphose en esprits indociles, nous invitant par là même à une échappée toujours nouvelle.

Comme dans un rêve, certains disent que c’est d’ailleurs les Ailleurs qui nous font survivre au jour le jour à notre condition d’humain, qui déposent l’espérance en nos urnes trop vides. Il est indéniable que les parties d’ailleurs sont d’ailleurs sans lendemain, car le tout de l’Ailleurs est bien plus que la somme de tout.

Gomme ton moi à la gomme des jours et l’Ailleurs surgira comme une étrange marionnette ! Cette rencontre, ce coup de cœur avec les Ailleurs, nait toujours d’une pérégrination ; d’ailleurs, entre ciel et terre, l’Ailleurs est pavé de bonnes intuitions qui nous font suivre ses chemins pluriels ! Mais, le véritable défi des Ailleurs reste en nous, comme une quête, un pèlerinage, une croisade ou une guerre sainte, c’est la conquête de soi-même !

(…)

Pour nourrir mes Ailleurs comme pour apprivoiser les petits oiseaux, je lance des mots et des images ; je jette des miettes de parole, des fragments de phrases, des bouts de poésie… comme ça ! afin qu’ils viennent à moi pour que je m’ouvre à eux dans une inconfusible unité, que nous puissions nous confier l’un à l’autre, nous mélanger sans nous confondre comme dans l’amour véritable, afin de nous rassasier de sens.

Car, seuls les gens, les messages, les paroles ou les couleurs qui viennent d’Ailleurs peuvent élargir mes horizons, briser les barreaux de mes convictions, réduire mes croyances à rien, et porter enfin du fruit au delà de ma petite réalité profane.

Comme en toute gestation, paradoxalement, l’Ailleurs dit l’omniprésence d’une absence ou la présence douloureuse d’un manque, c’est pourquoi, par nos chemins de traverse respectifs, on entre en Ailleurs comme en religion !

(…)

Un grand gouffre, un abîme véritable ont été mis entre le Ciel et la terre, entre la torture et la jouissance, entre l’inquiétude et la quiétude, c’est la terre du milieu, pour qu’entre les extrêmes nous puissions tisser la vie. C’est là que les Ailleurs font leur éternelle navette ; mais trop souvent, dans les Ailleurs l’homme s’égare comme dans un labyrinthe profond, sans fil conducteur, et même si les Ailleurs sont pavé de bonnes intuitions, ils deviennent malgré eux bien trop souvent des pièges et des lieux d’enfermement.

L’Ailleurs est donc un appel, comme un cri dans la tête, une colonne de feu dans la nuit ou une nuée en plein jour ; tels un buisson ardent, un écho brulant, un murmure qui adouci les plaies les plus vives, comme un doux murmure, un ruissellement d’une source en nous même, « Mais c’est dans la nuit » bien souvent que l’Ailleurs se montre et s’éprouve, comme le criait Jean de la Croix, au croisement du Ciel et de la Terre, à l’entrecroise de l’extérieur et de l’intériorité ; dans ce purgatoire entre la part à dire et l’enfermement, la logorrhée et le silence total ; dans l’entre-deux, toujours présent.

L’homme est fondamentalement un être appelé a ce juste milieu des choses, des êtres et des causes, puisqu’il devient sans cesse, en haut et en avant, en dedans parallèlement qu’au dehors. Vivre, c’est répondre à cet appel des Ailleurs, c’est prendre part au purgatoire, c’est s’infiltrer dans cet angle mort entres les extrêmes mortifères, les multiples contraintes de l’existence et la liberté d’être nous-mêmes et d’agir inconditionnellement, en dehors des modalités de la vie naturelle et culturelle.

Entre la pesanteur des causes et l’apesanteur des grâces, il nous faut croire, espérer, avancer toujours…

Dans cet entre-deux, entre les forces contraignantes d’ici-bas et les formes ensorcelantes des Ailleurs, il nous faut mettre haut la vie comme il nous faut mettre bas la vie. Oui, frères humains, l’Ailleurs est un espace à louer où mettre haut et bas la vie.

(…)


Connaissez-vous le jeu de Pigeon vole ?

Pour cela j’ai besoin de vous, de votre patience, de votre indulgence et bien sûr de votre lecture, car l’enjeu du jeu en vaut la chandelle puisqu’il met en scène du Je et du Tu, et que pour cela il est nécessaire d'être plusieurs !

Je vous invite à lever la main si l’objet ou le sujet de mes préoccupations vole effectivement, si vous vous trompez, rassurez-vous, vous ne trompez que vous-mêmes ! ce qui vous entraîne quand même à quelque gage qui n’engage à rien puisque ici-bas tout est dérisoire et sans valeur aucune !

Tout en sachant bien que voler n’est pas bien, et que certaines choses qui au premier abord ne volent pas, comme les Anges du ciel et les pensées printanières, peuvent malgré tout, par miracle ou par mirage, voler quand même au secours des plus nécessiteux d’entre nous !

Dans le ciel gris de Liège, j’observe avec attention et d’émotion, ces envolées frétillantes de pigeons au-dessus de la Place Saint-Lambert. Je me sens comme emporté par eux dans un même élan et une sorte d’alliance des esprits animaux; et en même temps, je me sens libre de voler de mes propres ailes, de tenir ma plume d’une main gauche, de tirer le trait et de tracer ma libre sigillaire dans le sens de mes métaphores.

Je ne suis pas le pigeon que vous croyez, mais un autre que vous ne soupçonnez même pas !

De ces milliers d’oiseaux qui semblent voler d’un commun accord comme un seul corps de ballet aérien, chacun a son libre arbitre, chacun reste lui-même avec sa conscience propre, son espace de Je(u).

Sont-ils portés pas une joie profonde ou par un vague à l’âme ? sont-ils soutenus ou enlevés par les pensées ascendantes des habitants de la ville, par des vents tièdes ou part quelques accidents ou incidents de la nature, comme portés par les âmes vagabondes de ceux qui périrent ou périront encore et toujours en ces lieux intemporels de misère et de jubilation ?

Qui sait vraiment ce qui porte l'oiseau, et ce que porte le cœur d’un oiseau ?

(...)

LES AILLEURS (extraits)
Approche phénoménologique
à travers un itinéraire rimbaldien.

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