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Chroniques de psychothérapies
prose [ ]

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par [Reumond ]

2023-02-02  |     | 






Quel que soient notre âge, nos difficultés, notre vécu, trouver coûte que coûte, quelqu’un à qui parler, à qui dire que la vie est cruelle, que l’hiver est trop blanc et que les nuits bien trop noires ; parler de tout et de rien, au point qu’on se croirait parfois dans un cercle de poètes anonymes se jouant, en toute confidentialité des maux de la vie, avec des mots authentiques, brillants et cristallins comme des flocons de neige.

Quelques séances ou quelques années de psychothérapie, comme 420 caractères sur Twitter, pour dire son humanité ou dire l’humanité en marche ; dire la tendresse, la souffrance ou la joie ; c’est bien trop peu, quand la parole et l’écriture veulent déborder la marge et se rire des silences ; se faisant avides avec le vide et tristesse au nœud des épreuves. Fierté de l’être, haine au nez du vent, amitié au fil de l’eau, jalousie, amour, quand monte la sève dans l’arbre de vie ....

Au grand dam des quidams, il parlait tout seul dans la rue, et parlait aussi tout seul chez lui aussi comme au travail, à la grande habitude de ses proches. Après une dizaine de séances, ayant enfin retrouvé 20.000 lieues sous les mères, un abysse de paix et de silence bienfaisant, dans mon cabinet, il ne disait mot, écoutant le silence avec dévotion, regardant seulement ondoyer les méduses au plafond, et miroiter les rais de lumière aux sillons de mon vieux parquet de chêne.


Ancien prof de logique, N., a pour habitude de me proposer une partie d’échecs durant la séance . Il avance un pion, j’avance une idée ; il déplace une pièce, je propose une image ; il déplace un fou, je métaphore, je parabole, je conte…, j’accueille ses transferts...
« L’échec au moi » n’est jamais de la partie. Sur l'échiquier, il y a toujours deux enfants, deux gagnants les yeux tout pétillants du plaisir de partager.

Voyage au centre de la mère, de l’enfance, de la vie …, les divans s'ils pouvaient parler en auraient bien des choses à dévoiler ; et autant à dire que les confessionnaux et les cellules capitonnées des hôpitaux seraient bien jaloux. C’est pourquoi j’ai délibérément choisi en guise de canapé, de ne prendre chez moi, ni causeuse, ni sofas trop canapé, pour me résigner à un simple tabouret à trois pieds de fermier, afin d'extraire au pis des séances, les meilleurs souvenirs de nos Voies lactées.

Pour gagner du temps en thérapie, j’ai accroché au mur de mon cabinet une pendule à remonter les souvenirs. Des pires aux meilleurs, souvent, il m’arrive de descendre avec eux jusqu’à la plage, pour y retrouver les traces infâmes de châteaux piétinés par des pieds abusifs. Et durant l’entretien, dans le bac à sable, il m’arrive souvent de ramasser quelques coquillages qui se souviennent du temps où l’enfant était une fleur fragile.

À l’extérieur, sans respect aucun, on la nommait « le sapin de Noël ». Elle était pourtant un vrai bijou, toute sa personne était une perle rare d’humanité, un trésor de gentillesse exquise, une vraie beauté cachée et chaleureuse, dont on aurait effectivement aimé embellir ses amitiés les plus sincères, surtout au moment des fêtes quand il fait froid dedans. À ses obsèques, il y avait peu de fleurs, mais elle était bien là comme un trésor enfoui, malgré le grand froid dans l’église, je sentais sa chaleureuse présence, son amour passionné pour les autres comme un bouillant vin chaud de réconfort.

C’est vrai que depuis quelques années, à Liège comme sur Bruxelles, je suis l’humble assistant bénévole de quelques exorcistes de l’Église catholique romaine, mais « ça » n’explique pas tout, comme dirait Freud. Bien avant cela, voyants, médiums, spirites et mystiques de tous poils, défilaient déjà dans mon cabinet. C’est probablement à cause du chakra du bouche-à-oreille, et de la plume des anges à l’aura des patients. De la mémoire de l’eau d’ici à celle de l’au-delà, dans les grandes sphères astrales et les couloirs encombrés de l’esprit, je suis apparemment fait pour cette clientèle d’âmes vagabondes, de fantômes blafards et translucides, en quête d’incarnation et d’amour inconditionnel.

Cette patiente me dit qu’elle rêve de moi toutes les nuits. Heureusement, je ne la reçois qu’en pleine journée, rideaux ouverts, lumière allumée pour faire fuir ses vieux démons.

Pour nourrir sa curiosité, cet homme de 50 ans lisait tout avec boulimie, il s’alimentant de philosophie et de littérature, et se ravitaillant de bibliothèques en médiathèques, s’approvisionnant aux supers marchés de la culture, à grands frais, dans tous les domaines des sciences et techniques. Revues, journaux et journées, tout y passait, sans qu’il prenne le temps de lire une seule fois entre les lignes de sa propre vie.

Cette jeune fille entrait dans mon cabinet en passant par la boîte aux lettres. Depuis quelques années elle refusait de s’alimenter en raison de certains conflits familiaux ; elle me parlait de l’éveil de ses pulsions, de ses craintes d’être abandonné comme un paquet, de sa nostalgie de l'innocence; ayant été jusqu'à se coller un timbre sur la voix pour que j’oblitère à coups de cachets ce qu’elle me racontait au fil des séances.

Qui sont ces femmes et ces hommes qui viennent pour la première fois s’asseoir ici avec confiance ou défiance ? Entre nous, pas de bureau, mais la mer avec ses vagues à l’âme, ses flux et ses reflux d’émotions. Sur ces océans de maux divers, il y a en chacune et chacun, des horizons illimités à 360°, avec des galions entiers aux trésors cachés, des îles où il fait bon vivre, et quelque chose d’infini et d’unique au point que la pièce semble totalement vide sans eux.

Quelques séances ou quelques années de psychothérapie, comme 420 caractères sur Twitter, pour dire son humanité ou dire l’humanité en marche ; dire la tendresse, la souffrance ou la joie ; c’est bien peu, très peu, quand la parole et l’écriture veulent déborder la marge et se rire des silences ; se faisant avides avec le vide et tristesse au nœud des épreuves ; fierté de l’être ; haine au nez du vent ; amitié au fil de l’eau ; jalousie, amour, quand monte la sève dans l’arbre de vie ....

J’aime particulièrement tous les artistes et les artisans ; celui-là sculpte des bûches, des rondins dont il fait flash de tous bois. Pour décorer mon cabinet, je viens de lui acheter un billot de chêne clair, intitulé : « le penseur de rondin », j’aime ! Pour la fin de l’année, nous lui avons commandé une belle bûche de Noël en merisier, à partager entre convives affamés de contemplation.

Avec les crises successives, les patients se font raves et les psychothérapeutes végètent ! Avec tout « ça », mon fauteuil déprime de solitude froide, son cuir fripe, c’est « le complexe de l’épouvantail » ! Alors, pour lui remonter le moral et occuper mon temps, je pratique le capitonnage.

Mon fauteuil d’analyste a peut-être pris la place du confessionnal d’antan, mais c’est toujours le même pardon que l’on attend, toujours les mêmes encouragements et la même parole sur soi qui veut se faire comprendre ! Certains lisent des romans, c’est bien ! Mais pour moi, les plus belles histoires se racontent et s’entendent dans l’isoloir ou le gueuloir des cabinets de psycho thérapeutes.

Telle cette impatiente patiente qui avait épousé en blanc son ombre grise, et de ce fait naturel n’avait que des relations charnelles les jours de grand soleil. Je suis tiraillé entre la bête et l’homme, partagé entre un humanisme qui se voudrait transpersonnel, difficile à atteindre, et un transhumanisme porteur de changement, de paix et d’espoir pour l’homme à venir. Qu’en sera-t-il des psychothérapies de demain, même ma boule de cristal l’ignore !


Ainsi, dès le matin, j’ai quelques problèmes au démarrage, comme des clefs de registre qui manquent à l’appel, des DLLs trop peu partagées ou même inexistantes. Je suis sous-tension avec mes pauvres extensions et mes fichiers non utilisés. Que puis-je faire de mes 90 % de neurones avachis, où me brancher ? Sur quelle carte - mère ? Ma mémoire ancestrale me joue des tours, elle semble défectueuse comme inachevée, et la plupart de mes applications sont obsolètes. Je tourne toujours sous homo sapiens sapiens v.2.3, un programme sans doute dépassé, docteur suis-je bête, trop sensible aux émotions, aux virus et aux bactéries ?
Ma version a-t-elle expiré ? Est-il temps de télécharger ma dernière mise à jour, de corriger le programme de mes instincts grégaires et de mes pulsions animales ? Depuis plusieurs jours je reçois de la Matrice des signes lumineux et des informations de première nécessité sur l’homme qui vient. J’ai d’ailleurs beaucoup de notifications en attente et même des images en 4D en réserve ; suis-je la victime de mon hypoconnectivité ou au contraire trop ouvert et attaqué par quelque pirate de conscience ?


Freud, Lacan et consorts, s’exprimait bien au sujet du président Schreber. Depuis que je reçois en thérapie le président O., la décence nationale, le FBI, la CIA et la NSA, etc., secrète défense oblige, ont mis mon téléphone et ma machine à écrire sur écoute. La preuve par le fil que je suis bien « un homme d’écoute » !

Dans la salle d’attente, j’ai planté un b. a.-ba livré d'Afrique tropicale ; et sur la table basse, mon épouse a déposé quelques exemplaires du Petit Prince en guise de mode d’emploi, un lexique, un Bic et des crayons de couleur, de quoi ramoner les volcans des espace-tempes ; ainsi qu’une paire de ciseaux pour couper les racines invasives comme des métastases, afin qu'elles n'envahissent pas trop notre planète psy. Au-delà des névroses qui courent les rues comme de simples herbes folles de notre mental, il n’existe pas à ma connaissance de palissade anti-psychose comme les jardiniers disposent de barrières anti-rhizomes efficaces.

Soignez-moi Docteur, l’espace se resserre sur moi !
Un cri du cœur, un cœur à l’étroit dans une âme universelle, S.C., la trentaine, avait repeint son appartement avec des couleurs qui rétrécissent, depuis, il ne parvenait plus à rentrer chez lui.
C’est l’étroitesse d’esprit des autres qui m’étouffe, leur racisme, leur parti pris, leurs convictions fermées, leurs clichés clos, leur regard barbelé, leur fondamentalisme et toutes leurs idées à la con… je suffoque de la tête, je manque d’air, de vide, et de grands espaces ouverts aux dimensions infinies du Cosmos !
Alors, sans domicile fixe, puisque tout bougeait autour de lui dans le sens de la réduction, S.C. errait comme une âme en perdition ou comme un âne en cage…
Soignez-moi, le temps presse ! Criait-il dans mon cabinet ouvert à tous les vents .
Lorsqu’il était sur le point de se laisser écraser par les mors de la réalité, pour réduire ses angoisses claustrophobes, j’entrouvrais un peu l’une ou l’autre de mes portes spatiotemporelles sur l’océan sans limite de l’espérance, et dans l’entrebâillement des horloges arrêtées sur de grands champs inoccupés, que seuls quelques coquelicots habitaient de leur absence pourpre, il pouvait inspirer un grand coup comme le noyé qui sort de ses tourments d’eaux glacées.

Il avait peur de tout et criait sous tous les « toi », les « tu », les « nous », et les « on », que les prédateurs étaient lâchés, et que le vent aboyait toujours, même quand aucune caravane ne passait ; là où les traces du passé se font nuit sous leur vrai jour. Pour l'apaiser, il ne me restait qu’une chose à faire, ou plutôt à écrire sur le sable humide de larme tout à côté de ses châteaux piétinés : « Tu es l’aimé, tu es l’unique ». Alors, paisiblement, à l’horizon de la plage et de la page ensablée, le soleil pouvait se coucher .

M., cuisinier, 33ans, rêvait de se faire crucifier avec des clous de girofle sur une grande croix de cannelle. Je reconnais qu’il sentait bon la muscade et goûtait savoureusement le pain d’épices ; et à chaque rendez-vous, il laissait derrière lui, durant des jours, des effluves subtils dans le cabinet. Comme prescription, je lui ai plutôt conseillé de noyer son chagrin en se faisant tisane.

Entre deux accompagnements, j’aime déposer quelques mots sur la plage, quelques impressions sur la page, comme des traces laissées par quelques époux ou épouse absente, quelques mères inquiètes, un père manquant, un fils en souffrance, une adolescente en crise… Et puis, je laisse la mer emporter dans son reflux les traces délétères de ces souvenirs toujours solubles dans l’eau salée.


J’ai un patient tellement timide que nous ne nous sommes jamais croisés. Mais je perçois bien sa présence dans le froufrou des rideaux et le couinement du plancher.

Depuis la prime enfance, il triturait les mots pour ne pas triturer la chair !
Son propre génie colloque, après quelques électroencéphalogrammes, tests de Szondi et autres Rorschach, lui avait recommandé de défier les mots pour s’attaquer aux maux. Après quelques années d'analyse, cela marchait comme sur des brouettes pleines de bonheurs.

En relation d’aide comme en relation d’être, je trouve que tous les enfants ont une Voie lactée, surtout quand ils sont à l’âge de coller l’oreille aux coquillages pour entendre la Mère et de scruter les étoiles pour y percevoir le trône du Père, dessinant des familles de rêve avec des crayons de douleurs.
Ils savent écouter dans le frétillement des ailes des papillons les palpitations vitales de notre Galaxie ; et quand ils rêvassent, fermant des portes aux monstres de la nuit, ils ouvrent de grands portails spatio-temporels, de sorte que l’air chaud et frais des vents magnétisés des grands espaces éthérés traverse mon cabinet en faisant clignoter mes luminaires.

Œdipe, Prométhée, Damoclès, Orphée et tous les autres… Dans leurs yeux les mythes reprennent vie comme les héros de leurs bandes dessinées ; là où tous les désastres tournent comme des astres, et où les mauvais rêves s’animent comme des mobiles à la Calder, comme des idées qui jouent à colin-maillard et des rêves qui cabriolent au-dessus de nos deux fauteuils, telles de belles et grandes Constellations.
Entre nous deux, à jouer des mots comme d’images de nuages qui prennent forme, je suis probablement le plus joueur, mais déjà bien
trop vieux pour saisir que les années-poème ne sont pas si différentes des années-lumière ; et de même, bien trop sérieux pour me laisser balancer et distraire par le hamac du rêve, et pour me laisser emporter par le carrousel des mots, bien au-delà des années-sombres de mon pauvre bureau.


Illustration : LA TOILE


Docteur, je vais très mal !
Depuis quelques mois, je vois des souris colorées courir comme des folles sur mon tapis d’ordinateur ; et sur La Toile j’ai vu des nus merdiques plus numériques et plus paramétrés que des stars de cinéma.
Je vais mal ! J’ai des angoisses en forme de bogue et même de l’animosité vis-à-vis de mon téléphone intelligent. Mais suis-je vraiment malade comme le chante Serge Lama ? Ou est-ce le monde qui souffre de manifestations numériques ? En vérité, qui connaît l’envers de La Toile ? Suis-je schizophrène ou bonnement connecté ?
Moi-même, je me sens des instincts animaux depuis que mes écrans plats ressemblent à des blattes. Je soupçonne que des animalcules conspirent derrière mes écrans ; et que la nuit venue, dès que tombe le jour sur mes fonds d’écran, je ne sais comment, des chairs numériques soupirent à mes portes et fenêtres, et que derrière le bleu Windows d’autres réalités se profilent sur Facebook et ailleurs.
J’ai beau couper, choisir Fichier/Quitter, mes cauchemars perdurent ! Rien n'y fait... Des spams fallacieux insidieusement s’immiscent entre mes neurones miroirs et je transpire beaucoup, comme une alimentation en surchauffe.
Toute une faune numérique envahit ma chambre comme mon bureau. Il y a comme des bestioles programmées par Bill Gates qui muent entre mes paupières ; elles sont comme des logiciels à sang chaud, tout gluant comme des gastéropodes à sang froid ; j’ai beau vouloir me réveiller, tous mes périphériques semblent paralysés.
Chez moi, les bêtes prolifèrent comme des virus d’élevage ; tous mes logiciels ne sont plus qu’un zoo logique, un monde sauvage où il ne fait pas bon scanner la nuit.
Avant, ma mémoire était vive, aujourd’hui je suis réduit à ne plus me souvenir à cause de modernes modems à la solde du GAFAM.
Aidez-moi docteur ! Je rame, je suis à la masse, mes maux ne cessent de se mélanger aux mots, aux applications, aux programmes et autres utilitaires… Tous semblent pareillement possédés comme par une seule bête, une créature immonde qui ne cesse de remplir ma corbeille pleine de cauchemars !
Plus mes disques tournent fou plus ils me font tourner en bourrique ! Suis-je trop branché ou suis-je traversé par une procession hystérique de microprocesseurs aliénants ? Suis-je carrément hanté ou infecté par des moniteurs délirants, par des claviers et des souris contagieuses ?
J’ai des visions Docteur ! Je vois des disques durs avec des carapaces de tortues, je perds la raison et je deviens zoo phobique comme d’autres deviennent complotistes ; faut-il parler de démence numérique ? La démence c’est nul !
Je m’inquiète, mes enceintes qui ont plus de neuf mois, vont-elles accoucher de créatures frénétiques ? D’êtres connectés au Grand Serveur, pour scanner ce qui me reste d’humain, afin de pouvoir m’imprimer en X dimensions et faire de mon pauvre corps qui est déjà lié à tout un fourbi de fils, de préjugés et d’idées fixes, leur simple « manette de jeux » ?
Mes animaux domestiques qui sont pucés depuis leur naissance par obligation sanitaire, le soir venu, viennent en douce allumer le Wifi ; ils se jouent pareillement de moi et du Bluetooth comme d’un stradivarius pour varier leur alimentation et stradivarier avec ma propre réalité diminuée.
Le verre de son bocal faisant loupe, j’ai même surpris dernièrement notre poisson rouge Néo, en train de lire Les algorithmes pour les Nuls ; j’en ai encore des frissons ! Lui qui l’année dernière encore, terminait de lire la collection complète d’Harry Potter. Il y a effectivement comme en politique, du changement dans l’air, ou bien, nous sommes réellement entrés dans l’ère du poisson, c’est-à-dire dans l’ère des grands changements !
Néo, parce que j’habite Liège, au 101 rue du Calvaire, juste entre le n° d’urgence de la police et celui de la vitamine B2. Oui, comme le numéro de chambre de Néo dans Matrix et comme la chambre 101 de Georges Orwell dans 1984. En dehors de la houille, y aurait-il un gisement de mendélévium dans mon sous-sol ?
Entre poésie et fiction, fantasmes et cauchemars, comme entre rêves, réalités virtuelles ou augmentées, je ne sais plus quoi penser, croire ou imaginer. Les 101 Dalmartien m’ont-ils capturé avec leurs outils de capture d’écran sophistiqués ? Suis-je mort, après m’être pendu à mon réseau filaire privé ? Ou peut-être suicidé en passant quelque portail spécial ou carrément spatiotemporel ? Me suis-je électrocuté en voulant me déconnecter définitivement dans un moment de désespoir ?
En mémoire, je n’ai plus que quelques bits survivants comme des zombies, des créatures omnivore et surtout énergivore. Mais tout autour de moi, j’entends l’appel douloureux de ports USB avides de connexion.
J’ai rêvé que ça se gâtait vraiment entre le monde informatique tout plat et le Monde tout rond, s’agit-il vraiment d’un rêve ?
Dehors comme dedans, des webcams comme des caméléons s’introduisent incognito partout, des intelligences dites artificielles captent nos regards médusés comme par des feux d’artifice ; des capteurs logiques sondent les consciences et des processeurs raisonnables en forme d’araignée venimeuse tissent leur fil avec nos propres histoires, comme des scénarios pour You Tube, Netflix, Disney et Amazone, dont nous devenons, malgré nous, les superhéros de films grandioses et de TV réalité plus vraie que nature.
Partout, les PC ont surpassé l’audience du Parti communiste et les tours d’ordinateur sont devenues nos tours de Babel ; les touches de mon clavier azerty se mélangent en une armée de chiffres et de lettres incertaines qui mutuellement se déclarent la guerre économique et technologique (...).
Si mon ordinateur est un indomptable bestiaire, un véritable élevage de bits et de pixels invertébrés qui se glissent entre mes méninges alors que je tente simplement d’accéder à un lieu tranquille où me reposer sur Google Maps, c’est que le Monde est en flamme et qu’aucun coupe-feu, aucun canadair, aucun quadragénaire, aucune sécurité informatique ne le préservent de la bêtise du monde.
Autrefois, depuis des générations, nous comptions les siècles après Jésus-Christ, aujourd’hui, en temps réel, nous comptons les années en version de Windows… Et qu’en sera-t-il de demain ?
Afin de le discerner, quitte à continuer à faire des cauchemars de zoophile, et en attendant ce jour ou une intelligence plus naturelle qu’artificielle nous ouvrira la Porte de l’Homme, c’est clair, je me refuse d’éteindre mes écrans et mon ordinateur.



Un regard dur est un regard qui a cuit trop longtemps au feu de l’épreuve, l’expérience du feu se passe à la prunelle des yeux ; tout comme la lumière crue a manqué de la chaleur du soleil, le regard peut avoir manqué la marche de la tendresse ; l’attendrir ferait rire les anges et sourire les yeux.

En ce Monde de pesanteur et d’humanité en suspens, seule « la dépossession » semble être notre seul antidote contre « la possession ». Aucun exorciste ne saura jamais nous délivrer de ce corps de chair, sinon la mort ! Aucun psychothérapeute ne pourra nous déposséder de nos âmes aliénées, et quant à l’Esprit, quel moulin à vent en épuisera un jour le souffle ?

C’est vrai que beaucoup d’exhibitionnistes se dévêtissent ! Mais la plupart de ceux que je rencontre en thérapie s’habillent plutôt de symptômes étranges : d’activités les plus diverses, de passe-temps, diplômes et autres lauriers, de lois et de fonctions sociales, de maladies souvent, d’expériences multiples et de croyances aussi …, Qui est «je », qui sont « nous » et « on » au-delà des maux et par-delà les mots que nous partageons et qui nous définissent plus ou moins ?

Cette dame d’un âge respectable se méfiait corps et âme de tous les hommes, jeunes et vieux ; à poils, à moustaches, à plumes, à barbes ; se défiant depuis toujours, jour et nuit, des hommes au foyer, des hommes du monde, des hommes du peuple ou d'État, des hommes de lettres, de loi, de guerre, de main, d'affaires, d'Église et même de paille ; mais avant tout, de tous ceux qui ressemblaient un peu à son père.

(…)

Chroniques de psychothérapies – extraits.

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