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Le goût de grenadine d’une tarte aux cerises
prose [ ]

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par [Célé ]

2020-04-09  |     | 



Au café de la Terrasse, les clients, endimanchés, se désaltèrent. Nous nous sommes installés. Mon verre est encore vide.
J’écoute le ruisseau que je connais par cœur jusque derrière la grange. Les cailloux qu’il bouscule gentiment, en ce moment précis, le chagrine tout aussi suavement. Ses accents au timbre aigu deviennent graves, la résonance du clapotis de l’eau comme une plainte tremblotante décharnée de la mélodie aux échos perpétuels raccordés par une force surnaturelle à l’iceberg des neiges fondantes. De la terrasse, je l’imagine disparaître sous les barres de la grille où j’ai posé maintes fois les pieds pour suivre, les yeux fermés, sa course souterraine. Il traverse la route, la voie ferrée, peut-être même la superbe maison rouge et blanche avec de légères touches noires, avant de dévaler la pente abrupte du marronnier d’Inde jusqu’au lit du Rhône. En lui, le petit ruisseau pourra pourchasser des rêves démesurés…
Je l’imagine défendre sa dissolution irrémédiable dans le fleuve roi.

Au bar de la Terrasse, devant mon verre toujours vide, j’imagine sa terreur quand il entre dans sa nuit. Sous les barres de la grille, j’imagine des esturgeons et des poules d’eau pétrifiés dans la pierre, battre, parmi des cailloux mordorés, onze douzaines d’œufs durs… Un caviar de poulailler. Le sel des montagnes donne à l’eau le goût des larmes.
Travailleuses acharnées, mes pensées multiplient les barres de la grille comme un échafaudage sur la façade des chimères. Le rêve suivant découvre, par-dessus le ruisseau, une échelle en pente douce, juste à ma mesure. Elle me porte comme un frémissement dans l’écho du castrat… Avec les ondes d’un transistor… comme le grésillement des grillons.
Je monte la pente douce du ruisseau, je m’éloigne de la grange, je frôle la maison abandonnée aux volets bleus, j’entre dans le bois de Mussel comme une langue de caméléon happe les couleurs vives du printemps. Une langue qui déshabille ma pensée la plus intime devant le miroir de la grande cascade.
L’insatiable voyeur de la providence fait battre le cœur des rochers.
Derrière le plus imposant, j’entends battre le mien. À l’abri des regards du reste du monde, un homme et une femme se déshabillent. Je ne fais pas partie du monde. Je suis l’entière circonférence du reste.
Ils s’aiment. Ils échangent leur corps.
Ils font ce que je ne sais pas.

De l’homme, je n’ai déjà plus le souvenir mais de la femme, je la revois remettre une robe blanche et rouge, aux lilas couverts par des garances.
Ils s’en vont.
Sa chevelure ressemble à une crinière de satin noir.
Une main sur son épaule dompte la silhouette féline.
Ils s’éloignent.

La mousse de la forêt glisse au pied des arbres un bas de soie.
La grande cascade devient une explosion de bulles pétillantes propulsée par un jet de limonade. Les silhouettes qui s’éloignent donnent au ruisseau des reflets écarlates. Dans une vasque de roche polie, je trempe une main, je caresse le fond sablonneux, je vole, de ma paume, un mince filet d’eau… Sur mes lèvres, une goutte de grenadine.
Ils sont partis.
Je replonge la main dans la vasque. L’eau vive du ruisseau me tire comme une charrette de jonquilles en fleurs. Le bois de Mussel dégage un parfum de femme dont les essences enflamment ma mémoire dans l’âtre d’un cerveau aux pensées juvéniles, impatientes de grandir, et de grandir encore.

À travers les fissures de la maison abandonnée, le soleil s’infiltre généreusement. Derrière les volets bleus, les lézards mangent l’azur. Les mues des couleuvres se greffent à l’ombre naissante comme une peau de chagrin.

Au bar de la Terrasse, mon verre est déjà vide.

Devant le passage à niveau, je donne la main à mon père.
Un train de marchandise passe.
Des moineaux affamés font une pause dans la salle du pain perdu.
Le cavalier du dimanche attelle le sulky.
L’horloge de la maison sonne quatre fois.
Pour mon quatre-heures je mange le dernier morceau d’une tarte aux cerises.
Au goulot de la bouteille, je bois de l’eau plate.
Je me désaltère.
La fraîcheur du frigidaire transmise à la bouteille me laisse, au bout de la langue, comme une goutte de grenadine diluée par un iceberg.

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