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Poezii Romnesti - Romanian Poetry

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Le jardin était le chemin du ciel et le ciel était en l’homme
prose [ ]
Cela revient à cultiver l’Homme en nous, comme on cultive les arts,

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par [Reumond ]

2011-07-29  |     | 



« Un homme ! hargna-t-il. Un petit d'homme. Regarde ! »

Dénudé, faisant corps avec la fange, j’étais, je suis…, je serais toujours l’enfant naissant à la contemplation du Monde, dans des langes de feuillée, une crèche de verdure et le souffle de l’été.

« En effet, devant lui, s'appuyant à une branche basse, se tenait un bébé brun tout nu, qui pouvait à peine marcher, le plus doux et potelé petit atome qui fût jamais venu la nuit à la caverne d'un loup. Il leva les yeux pour regarder Père Loup en face et se mit à rire. »

Chien sauvage ou souffle chaud du vent de juillet, le loup me renifle, je sens sur ma peau ses babines moites…,

« Est-ce un petit d'homme ? dit mère Louve.
Je n'en ai jamais vu. Apporte-le ici. »

La mère est là, elle me porte au sein pour goûter le lait et le miel de ses mamelles.

« Un loup, accoutumé à transporter ses propres petits, peut très bien, s'il est nécessaire, prendre dans sa gueule un œuf sans le briser. Quoique les mâchoires de Père Loup se fussent refermées complètement sur le dos de l'enfant, pas une dent n'égratigna la peau lorsqu'il le déposa au milieu de ses petits. »

« Qu'il est mignon ! Qu'il est nu ! ... Et qu'il est brave ! dit avec douceur mère Louve... »

Le cul assis entre deux branches, entre l’espace-temps d’un lieu ouvert à la spontanéité et celui d’un moment unique, frêle comme une pudeur de cristal, l’enfant connait l’équilibre instable de la vie, la sensualité primaire de l’être et la bestialité naturelle des créatures ; il connaît par cœur et à fleur de peau égratignée, l’imaginaire qui parcoure les forêts et l’invisible qui traverse le visible ; il fréquente la nuit la présence les hommes pipistrelles, et le jour celle des hominiens qui donnent des conseils et des leçons de morale.

Les fesses dans les ramures du sureau, des râpures d’arc à flèches entre les doigts, il est un familier de l’espace illimité des pensées fuyantes, entre l’enfance et adolescence, l’innocence et la clairvoyance, il sait la différence entre la pureté de cœur et le formatage maison, l’ intuition et la raison, la roche et le bois, l’instinct qui vous met aux abois, et le duvet qui vous couvre les lèvres depuis quelques mois.

Il vénère l’eau, plus que l’influence de la civilisation, car il est composé lui-même d’eau et de rêves à quatre-vingt-cinq pour cent !

En ce temps-là, comme tous les garçons et les filles de mon âge, j’avais les doigts pleins d’encres et des yeux pleins d’encres et de couleurs.

Mes premiers écrits datent de cette époque !

J’écrivais déjà, comme sous la dictée des anges, tel le Prophète Mahomet, qui transcrivait les paroles de l'archange Gabriel, homme fort de la famille des Messagers, celui même qui annonce à Marie la naissance du Verbe créateur ; car, c’est bien connu, dans la Famille Dieu, on communique toujours avec ses prophètes et les poètes par l'intermédiaire de mails en forme de cœur.

Au fil de la plume et du pinceau, je revis, je revois mon passé le plus lointain, mêlant mes souvenirs les plus flous, aux visions ou aux apparitions les plus féériques.

Entre passé et futur, « je » et « ils » se mélangent, la distance semble s’effacer dans le présent !

Mélange de curiosité et de contemplation, il regarde le Monde des adultes, qu’il compare avec celui des enfants ; il tire de l’épreuve la preuve que le Monde est complexe.

Un corps, c’est un arbre, un grand « Chêne Pointu » qui ne cesse d’étendre ses ramures, de croître dans tous les sens, de s’élever comme flèche de cathédrale, mais l’arbre est aussi son lieu de lecture préféré ; la bibliothèque Verte de chez Hachette connait bien ces cabanes dans les feuillus touffus, ces rayons de branches où le livre se fait frondaison, et où les feuilles elles-mêmes se transforment en pages, pour raconter « L'homme des vallées perdues » ou « Les secrets de la mer Rouge » d’ Henry Monfreid ;
« Ivanhoé », « Voyage au centre de la Terre », etc.

L’enfant imaginant que Vernes, Jack Schaefer, Walter Scott et tous les écrivains, étaient de véritables aventuriers, ayant réellement vécu leurs récits à la lettre, ne pouvant encore imaginer que les mots sont trompeurs !

Bien avant que l’on ne parle d’immersion dans les langues, ou de programme Erasmus dans tout l’enseignement européen, lubie de prof ou caprice des dieux, durant ces années balisées de culottes courtes, ces saisons passées à l’école Notre-Dame du Raincy, quelques nouvelles du «Livre de la jungle » et passages de « Sa Majesté des mouches » étaient marqué à notre programme d’un premier cycle d’Anglais, du sceau de l’enfance sauvage.

Ces Jungles Book et Lord of the Flies ont eu sur moi une influence considérable ! En 54, j’avais justement l’âge de ces plus jeunes héros.

Tout comme Jules Verne, à la même époque, Rudyard Kipling et Sir William Golding, et tant d’autres auteurs, ont habités, au ciel et sur les mers, mes rêves au mètre carré des mots, en évasions et rêveries solitaires, et peuplé par là même tant de maux que l’enfance ne peut encore supporter.

Comme si la colle blanche nous rivait à nos sièges ; à ces moment là, entre le brouhaha en purée de la cantine, les jeux d’urinoirs et les pupitres gravés de souvenirs…, même les mouches de l’école participaient à l’intérêt de la classe, tournant autour des encriers, s’imprégnant des odeurs de transpiration, laissant des empreintes de pas malpropres sur le papier buvard, virevoltant entre les pages sans pli ou même salement froissées des livres et des cahiers plus ou moins neufs ; visitant aussi les cartables pleins de consommables, et traçant sur le tableau noir le mot « Pig » en lettre capitale.

Il y a réellement un cochon qui sommeille au fond de chaque enfant, et qui s’éveille au champ des paradoxes, dès que sommeille l’enfant ! Pour filer entre les hautes herbes, les nuages ou quelques moments en suspension, afin de libérer son cri, desserrer les mors et pousser son signal de bête écorchée par les grands.

Allée du Jardin Anglais, « Pig » étant devenu en quelques semaines, le mantra préféré des potaches, le juron favori des combats entre gens d’armes et détrousseurs en recréation, là où nous refaisions le Monde à notre imaginaire.

Cancre clairvoyant, J’ai toujours eu horreur de l’école, mais le père d’Akela et l’auteur des « Rites de Passage », ont su apprivoiser et ratiboiser toutes mes résistances ; car on ne peut blackbouler un tel cours d’anglais quand on peut côtoyer les chevaliers de la Table ronde, Arthur et Merlin l’enchanteur.

Au-delà des maîtres mots de l’enseignement et de la morale, outre les impératifs : « il faut ! », « il faudrait ! », « on doit ! », aux doigts et à l’œil…, Passant d’un récit à l’autre, selon les états d’âme de la classe et les événements, ce prof d’anglais pas comme les autres, comparait semble-t-il « l’initiation » à la langue de Shakespeare avec « les rites de passage » de l’adolescence.

Retenus prisonniers à nos bancs, comme des bêtes de foire agricole, par un vieux Nobel et par un futur prix, nous étions tellement captivés par tant d’aventure, que nous incarnions des pieds à la tête Mowgli, petit d’homme, dans la jungle des profs et des premiers de classe ; et face au tableau noir comme ce groupe d’écoliers anglais, échoués sur une île du Pacifique, il n’y avait plus parmi nous d’interne ou d’externe, mais rien qu’une bande d’excités emportés par les mots d’une aventure fascinante.

J’ai connu en colonie de vacances, ce même « élan littéraire », cette identique faim de lettres, ce même emportement, car les mots sont des clés qui nous ouvrent le cœur et l’âme.

La même année, dans les étangs du Château de Maison Rouge, à Gagny, j’ai même rencontré la fée Morgane, la dame du lac, et dans les carrières abandonnées aux jeux interdits, j’ai croisé le regard de prédateurs de tous genres, et celui aussi, de promeneurs solitaires qui n’avaient que de la paix au cœur et quelques élans d’admiration à partager avec les enfants qu’ils étaient encore eux-mêmes.


Car le jardin était le chemin du ciel et le ciel était en l’homme !

« Quand on compare les individus appartenant à une même variété ou à une même sous-variété de nos plantes cultivées depuis le plus longtemps et de nos animaux domestiques les plus anciens, on remarque tout d’abord qu’ils diffèrent ordinairement plus les uns des autres que les individus appartenant à une espèce ou à une variété quelconque à l’état de nature. Or, si l’on pense à l’immense diversité de nos plantes cultivées et de nos animaux domestiques, qui ont varié à toutes les époques, exposés qu’ils étaient aux climats et aux traitements les plus divers, on est amené à conclure que cette grande variabilité provient de ce que nos productions domestiques ont été élevées dans des conditions de vie moins uniformes, ou même quelque peu différentes de celles auxquelles l’espèce mère a été soumise à l’état de nature. »

Charles Darwin, de l’origine des espèces - chapitre I - de la variation des espèces… (causes de la variabilité).


Quel est, Monsieur, le chemin d’évolution ? Et l’expression exacte de l’humaniture ?

L’idée même de la traversée du jardin humain par les encres et les sèves, vous traverse-t-elle l’esprit comme l’esquif traverse l’océan ?

Comme tous les supports, pour être traversés par le souffle fait trait, la terre, la chair, la toile comme le papier sont des milieux vivants, de véritables lieux d’incarnation. Ne compose-t-on pas les graphies : encres, mouvements, etc., comme se compose la nature ?

Les représentations du jardin sont plurielles, verger ou potager, dans le jardin, c’est-à-dire en l’homme, et dans le Monde (car l’homme n’est pas en dehors du Monde, mais en plein dedans !), tout est déjà semé ; mais toute conscience reste encore à jardiner, puisque le Monde lui-même est en l’homme, comme une conscience à cultiver, une grâce à cueillir, un tout à partager.

Là où s’épandent les encres, les sèves et le sang pour tracer des passages évolutifs, tout est don, pépinière, échange, parterres, complexité et communion, compost, pistil, bouquets de fleurs et bosquets d’épines, communication entre les plantes de ma chair et la chair de mes plantes.

L’attente d’un divin jardinier, qui d’un coup de bêche magique retournerait les choses, est peine perdue, car au jardin tout reste à travailler pour croître !

Le cul entre deux ramées, deux ramages…, entre deux origines, divine et cro-maniesque…, en son corps impubère, des pieds à la tête, tout le démangeait, surtout les questions !

À deux doigts de l’invisible, au cœur même de son intimité, l’enfant savait les cavités comme des alvéoles, qui mènent à la pureté des choses, il savait déjà le mystère des carrières où l’esprit travaille la chair comme on travaille le pigment d’ocre rouge, par le feu des espaces et la meule du temps.

Salamandres, tritons et rainettes…, tout semblait comme concentrés, en ces « trous de bombes » ; tous les amphibiens de la région parisienne semblaient avoir élu domicile en cette forêt de Bondy, ici même, où était son jardin.

Alors que le prince métamorphosé en grenouille rêvait de devenir humain, l’enfant voulait quant à lui être changé en batracien ; l’âge bête n’est-il pas celui de l’indistinction, celui où l’on s’identifie le mieux, entre animus et anima, à la meute des enfants ?

Comme d’autres plantent des drapeaux à prière ou des moulins à vent, l’enfant faisait des croix de quelques morceaux de bois trouvés sur place, et son box d’un morceau d’humus qui sentait si bon la terre.

Avant le tout premier jour, l’esprit planait sur le néant, il n’y avait pas une seule question dans l’air, tout était déjà réponses et puanteurs !


Points, lignes, plans, entre traits d’union et tirets, le jardin est tiré à quatre épingles, il s’étale sans honte, corps vivant offert à tous les vents.

Au jardin, dans leurs traits de caractère, l’homme Vitruvien de Vinci et le néandertalien de Corrèze, ne sont-ils pas l’un et l’autre des cousins de l’arbre à papillons ? Des proches parents des galets roulés par les rivières, et des frères de sang du cheval de trait ?

Ne dit-on pas dans la quadrature du cercle, que Notre Dame Nature a distribué les mêmes mesures à toutes les créatures de par le monde ?

Alors, pourquoi attendre pour jardiner ensemble ?



’âmar

En genèse 18,13, on trouve trace de cette première question, parce que parler nous fait homme questionnant, et que répondre nous met debout !

Déclarer, crier et s’écrier nous fait bête, parole, interrogeant les sables et les marais, consultant l’herbe et l’arbrisseau, demandant à l’oiseau d’où lui viennent ses ailes et à l’ange, pourquoi, pour quelle raison n’a pas de sexe entre les jambes ? Pourquoi Sara, la princesse, a-t-elle ri ? Pourquoi les scribes ne seraient-ils pas aussi des hommes de l’Être ?

En lisant Darwin, seul dans son coin de nature, couché nu dans les fougères comme un primitif aux abois, l’oreille aux aguets, la peau griffée d’idéogrammes naturels, les narines ouvertes, recouvrant des mémoires oubliées en des relents de mares…, depuis des heures, l’enfant se posait toutes ces questions, en taquinant du bout d’une herbacée un coléoptère rouge sang.

J’étais l’enfant nu et l’enfant lisant dans un grand livre rouge, l’origine des espèces. L’enfant couché là était l’ami des insectes et des arborescences ; il vivait dans son monde, entre la mer de ses origines et cette forêt de Bondy qui l’avait accepté…

Entre les feuillus et lui, qui avait adopté l’autre ? On ne le saura jamais !

Là, il poussait en âge, mais sans sagesse selon le Monde !

Avec grâce, délicatesse, et beaucoup de douceur, tout autour de lui, un jardinier bien luné, semblait avoir semé l’amour et bien planté la vie, pour que grandisse les questions et croissent les inconnues.

Dans l’attente de réponse aux pourtours des nuages, l’enfant mordille ses lèvres ; « Chaque jour en son temps ! » semble répondre la coccinelle, arborant ses douze points comme pour marquer mon âge et ma fragilité.

Alors sans attendre un mot de plus, l’enfant pose son oreille sur la terre, comme on écoute contre le rail froid, les messages codés d’un omnibus venant d’ailleurs.

Ce qu’il entend vient-il de l’os ou bien du bois ? Du métal ou du cœur profond ? L’enfant ne peut le dire, mais il peut le penser ! Ou bien cela vient-il plus surement, de pauvres Lutins prisonniers en de sombres cavernes, des rocailles couvertes de lichens et mousses de mémoires, intelligentes comme ces eaux lourdes qui remontent des entrailles de la Terre.

Un souffle chaud circule autour de lui, porteur de mille senteurs variées ; il y a toujours comme des présences en ces bois de Clichy.

De ses propres lèvres, l’homme s’écrie : « Mais, de qui suis-je le jardin, romarin et thym ? »

Au nom des Pâquerettes ou de ce ver de terre, « Serais-je le jardin de moi-même ? »,

Calendula, soucis jaunes ambrés de vieux ors, « Quand serais-je un Homme ? »

« Comment et pourquoi, hortensias ? »

À peine pubère, j’étais l’homme et l’homme était l’allié des bêtes et des résineux.
Prostré au pied d’un arbre, un sureau, l’inconnaissance la queue entre les jambes,

Et ce fut le premier jour, celui des premières questions, car le jardin était grand et les questions essentielles !

S’écriant : « De quel sang suis-je l’encrier ? », au second jour, de ses propres mains griffues, l’homme ou l’enfant, qui sait, s’écrit dans le silence: « Où suis-je dans le jardin de moi-même et en moi-même dans le jardin ? »

Et comme pour y voir plus clair, car on voit mieux avec quelques clins d’yeux noir sur blanc, un peu de recul sur les pleins et les vides, il se mit à calligraphier, il se fit même calligraphie comme on se fait présence ; puis, dans un mouvement de jambes, il se dévêtit d’une raie de lumière, ce fut le premier sillon, a l’aube d’un troisième jour, l’homme était devenu chorégraphique.

Petit enfant ou grande bête, exister pour être, tel est le chemin des encres et des errances !

« Être, et naître dans le Monde et donc en lui, et hors de lui aussi, de métamorphoses successives en illusion de soi…, quel chemin ! »

Murmurent en douce les remous de la petite rivière, celle qui traverse les bois de Clichy, entre deux barrages de pierres et de rondins.

Ainsi s’engendre-t-il lui-même, l’enfant fait homme, devenant sa source et ses propres origines entre le nerf et Internet ; autour de lui le rideau vert se levait sur de magnifiques paysages, l’enfant créait sa toute première scénographie, nous étions au troisième jour.

Derrière lui et devant lui, dans le mirage du temps, tout était tension en-soi et attention à l’autre, attention et tension entre nous aussi, car le temps n’a pas prise sur l’amour et la distance !

Pression des sèves, des sangs, des larmes, des encres et des humeurs…, la vie s’épandait depuis toujours et s’épandra encore et toujours d’âge en âge, comme une énergie qui se donne et se dépossède à perte de vue.

Entre lierres grimpants et fougères coupantes, l’enfant respirait l’adulte, et l’homme à venir soupirait l’enfant…,

Entre le dedans et le dehors, les passages sont nombreux ; entre les vases communicants, c’est un flot de paroles qui semble stérile, un lieu de conflits éprouvés en des duels éprouvants, lieu des flux et des fluxions…, mais au bout de l’allée, c’est la promesse d’un avenir meilleur, la preuve de l’épreuve !

Car le jardin n’est pas une pelouse tranquille !

וַיִּטַּע יְהוָה אֱלֹהִים, גַּן בְּעֵדֶן מִקֶּדֶם וַיָּשֶׂם שָׁם, אֶת הָאָדָם אֲשֶׁר יָצָר

Quittant le jardin des supplices, après avoir pérégriné parmi les multiples fichiers et incroyables dossiers, sous-dossier, et autres supports insupportables, formalisés et fragmentés, cachés à certains ou partagés à tous, dans les méandres toursiveux de mon propre disque dur, j’ai retrouvé ces souvenirs d’enfance et la mémoire d’un jardin perdu.

(...)

De Pâques à la Pentecôte.

En ces temps là, après deux bonnes semaines de route, je suis arrivé dans un adorable jardin, nous étions le jeudi 26 mars 1970, à Pondichéry, au sud de l’Inde.
Le jardin était le chemin de l’homme, mais aussi le chemin du ciel, et le ciel était en l’homme, en attente comme en suspension, entre la pénible pesanteur des causes et toute la légèreté de l’apesanteur des grâces ; entre deux eaux, jardin comme suspendu dans l’espace par un grand écart, pour un léger zeste de temps, tout comme les jardins de Babylone.

« Auroville ! » cria le conducteur, enrobant tout le tapage du car de sa voix forte et chaude;

Autour de moi, les jardins d’Auroville étaient déployés comme des étoiles, tels de grands espaces verts où la vie et le temps semblaient avoir tissé l’éternité avec les fils rouges d’une trame d’humanité, en plein chemin d’unité.

Avant les mois les plus chauds et la saison des moussons, le climat en ce mois de mars était bien agréable, c’était le temps parfait pour me retirer sept fois sept jours dans mon jardin intérieur.

« L'homme est un être de transition… »

Transiter, transition, tram, transe, transi, un homme transit, comme hiberné, pensais-je, comme en partance, comme en dormance…,

« Oui, un être de transition… » me répéta Aurobindo qui savait mon esprit éparpillé, comme fragmenté.

Entre deux tasses de thé, bues en compagnie de Mère et de Bernard , ici nommé Satprem, ensemble, à l’unisson comme de concert ou de nature, nous partageons sur la vie, l’amour, les événements, l’art et la poésie… la fragmentation de l’Univers et l’Unité aussi.

« J’y ai trouvé la trace lumineuse de l‘Esprit », disait l’astrophysicien.

Aujourd’hui, après 40 ans, je me souviens de cette phrase de Jean Charon, dans l’un de ses nombreux ouvrages de vulgarisation.

Charon qui après avoir voyagé au cœur de la matière, dit y avoir découvert la trace lumineuse de l‘Esprit ; et parallèlement à Charon, j’entends encore « Mère » qui dans un souffle évanescent, soulignait avoir « rencontré la matière tout au bout de l’esprit, comme une merveille sans nom ».

L’Esprit dans la matière, la matière dans l’esprit ; le tout dans le jardin et le jardin dans le tout ! La spirale prend forme, elle prend chair, comme un ruban sans fin en une spire de vie, de mort et d’amour.

L’Esprit souffle, la boucle semble bouclée comme les cheveux d’un enfant ; c’est là le Tao et toute l'aventure de la conscience !

L’Esprit au cœur de la matière et la matière au cœur de l’esprit, on pourrait y retrouver les intuitions profondes de nombre de mystiques, d’un Teilhard de Chardin ou d’un Maurice Zundel, pour ne parler que de quelques contemporains ; Dieu est en tout et tout est en l’Homme, en devenir, jardin virtuel où tout est là comme un Royaume à portée de la main.

Ce Bon Lieu n’appartient à aucun peuple, à aucune personne en particulier, mais à cette grande humanité qui devient dans tout son ensemble, comme un corps unique en devenir, à travers de multiples Univers, dans une grande complexité ou tout n’est qu’un rien, où le vide est tout plein de potentialités ; comme une conscience unique et multiple à la fois, là où communiquer veut dire communier entre les uniques que nous resterons tous, à tout jamais ensemble dans ce jardin de béatitudes.

Au commencement, était le jardin et le jardin était le principe même de la vie, il était le Verbe Être avant même d’exister, et l’Esprit planait sur lui à la croisée des écritures, des torrents et des montagnes, comme des traits de toutes sortes, des lumières et des couleurs à faire de grandes aquarelles.

« Viens Roland, viens, je vais te montrer quelque chose, je t’invite à une nouvelle Pentecôte », me dit Mère en souriant, tout en me tirant par le bras avec délicatesse, « Allons vers le quartier jardin, derrière l’Asram, comme il y a des quartiers d’ombre dans la lumière la plus crue, viens »,

Dans cet Orient mystique dont mystérieux, il y a des ashrams depuis plus de quatre milles ans, et derrière les ashrams il y a toujours des jardins secrets.

Chez nous, en France, c’était la Pentecôte, le temps pour moi de recevoir, accepter et accueillir le don de la parole au lieu même de la parole ; en ce jour de kairos, l’abeille butinait sur la mauve, le lait et le miel coulaient sur les collines verdoyantes, et partout autour de nous, les oiseaux parlaient le langage des anges.

Entre le Monde judéo-chrétien et le Monde asiatique, tout est choc des paradigmes et donc des idées, des continents, des religions ; ici-bas comme là-haut, c’est-à-dire, au-dedans, tout est changement de vision sur l’homme et son Univers, bouleversement des Paradis, des croyances, des illusions.

En Gan, il y avait de l’homme en puissance d’être et en Gam il y avait de tout, l’ordre dans le désordre et l’inverse aussi.

Le second récit mythique du livre de la Genèse, au chapitre second, verset huit, nous conte que Dieu planta un jardin en Éden, c'est-à-dire que le Bon Lieu était semé, comme planté en l’homme, et que l’homme était lui-même semé comme planté dans le divin lieu ; plantés en ce Bon Lieu que d’autres nomment Dieu, par peur d’eux-mêmes ; car vie et mort étaient en cet arbre de vie que les anges nomment l’homme.

Entre la pierre qui roule et la mousse qui sèche, qui est Dieu et qui est l’homme ?

Dans le jardin, comme chats et chiens, les mots et les maux se cherchent et toujours se chercheront, car l’un ne va pas sans l’autre !

Et l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden et vers l'est, il y mit l'homme qui a créé, car l’homme crée dieu à son image il le crée, celui qui dit « Je suis celui qui est » ne peut être que si nous sommes nous-mêmes des êtres d’être !

Jardinier en-soi, nous le sommes ! Jardiner en soi ou écrire au jardin, n’est-ce pas chou bleu et rose trémière ?

Du jardin d’Éden au jardin des supplices, la frontière est mince comme une feuille de papier de riz ! Un pas, un choix, un mouvement peut-être, une pensée, et l’on passe de l’autre côté !

Le point, le trait et les différentes formes de la graphie le démontrent, des harmonies zen des jardins japonais, aux courbes sensuelles des jardins anglais, l’espace tire le temps, pendant que le temps sème les champs, ainsi vont les choses du jardin et le jardin des choses.

Les jardins de Babylone suspendus à mon œil, et ceux de Versailles tout plein de mes souvenirs, sont tout un résumé du monde et de mon moi en pleine dilution ; il sont comme une synthèse, une émanation parfumée de tout l’Univers et un grand chemin pour l’homme perdu dans ses petites idées; toutes les allées y sont des liens et des lieux ouverts entre le micro et le macrocosme, des passages entre la coquille de l’escargot et les nuages, une intériorité et un ciel ouvert aux désirs les plus fous.

À perte de vue, comme une topologie de nous-mêmes.

Entre marécages et forêts vierges, le jardin peut être le symbole du paradis ou même, nous l’avons dit, du cosmos le plus ordinaire, celui qui trace la lettre A et tire le trait jusqu’à l’Oméga le plus complexe. Paradis perdu entre jasmin et trou de mémoire, là où même les monastères aux mille plantes médicinales se perdent entre l’alchimie végétale et l’oraison.

Le jardin est le reflet de l’être et l’expression d’une métaphysique ; il porte dans ses branches et dans ses oignons, la vie, tapis de pelouses en spirale ou de murs végétaux taillés dans le buis le plus touffu, c’est le refuge des mots et des parfums ; là où plus rien ne peut nous séparer de notre humanité en marche !

Les simples y savent, par l’alchemilla vulgaris, la mystique étrange des potagers, et celle des écrits à fleur de peau, pour déclencher l'accouchement et faciliter naturellement les choses de la vie, comme les mots qui viennent en couches sur des papiers trop cuits pour être crus.

Les roses et roseraies connaissent sur l’épine pointilleuse, les lieux de la source et les fontaines à l’ouvrage des roches, les oasis aussi, humide comme des lèvres, à l’ombrage des mots ; les Îles perdues, de calme et de fraîcheur retrouvés, où l’œil se repose enfin, alors que défilent des ciels de nuages apaisants.

Autant que les labyrinthes eux-mêmes se perdent en l’homme, entre délices et supplices, l’homme s’égare dans les jardins, il ne sait plus où mènent les chemins, les choix…, tellement le discernement est difficile, entre les choses essentielles, les spirituelles et celles qui le semblent le moins.

Mon cousin, Robert JOFFET, fort talentueux jardinier, urbaniste, doublé d’un architecte-paysagiste, conservateur « en chef » des jardins de Paris, à qui nous devons nombre de magnifiques ouvrages sur « Les grands Jardins », savait toute la saveur du souci et l’odeur de la menthe fraîche, lui dont le nom est attaché par la tige, depuis 1956, à Madame Robert Joffet, red blend Floribunda, subtil mélange de rouges comme des sangs mêlés aux sèves de délicats plasmas brouillés de chlorophylles.

De A jusqu'à Z, aromatiques, médicinales, décorative ou métaphysique…

L’enfant récite son alphabet sur ses doigts tachés de pollen. Il ne connait rien à la botanique, tout lui vient de l’intérieur des choses, comme de la poussière microscopique, des idées d’étamines et de plantes à pensées.

Achillée millefeuille - À l’ombrage des arbustes - Bardane et basilic - Après avoir aiguisé la plume d’oie sur la pierre blanche - Chardon aux ânes - Écrire au jardin - Dahlia - C’est un peu prolonger le trait du bambou - Épine du Christ - Laisser couler la sève de l’encre – Figuier des Banyans - Et tracer des calligraphies qui sentent bon le romarin - Genévrier - Avec les larmes du saule et du bouleau – Immortelles - je dilue la chlorophylle de mes idées – Jasmin - Semant quelques mots, comme ça, à l’aveuglette – Kaki - D’une main gauche pleine de métaphores – Lys - Même que les plantes m’inspirent pour laisser couler l’écriture dans des carrés des fleurs (…)
Dans ce grand jardin de l’humaniture, croyants ou peu, chacun y produit de la croyance là où il serait sensé engendrer de la croissance, et même de la conscience ; ici-bas en ces lieux de supplices, au lieu de créer du « Non-Lieu » où il n’y aurait ni coupable, ni victime, chacun préfère faire son dieu là où il pense devoir le faire, en de bons lieux confortables où le bonheur se compte en liquidités et en convictions.

Jardins des délices et des supplices tout à la fois, car les plus grands biens, sont toujours mêlés à quelques maux, et les plus grandes plaies à nombre de grâces ! Bouillon de culture, tel un subtil mélange concocté en secret dans les pires spires du Cosmos ; alambiqué là avec patience dans des éprouvettes éprouvées par l’épreuve, dans les bas-ventres de quelques divinités toujours pleines des chaleurs de la vie.

En pleine pesanteur, nous quittons progressivement la servitude des supplices pour tendre comme des cathédrales vers des terres promises, c'est-à-dire des terres pleines de promesses.

Ainsi, même les plus gros mots sont porteurs de boutons, les plus belles choses empreintes de laideurs, le mieux fait à toujours quelques failles et les noirceurs les plus obscures cachent des taches de lumière, et quelques traits de génie divin.

Dans les taches de chlorophylles, sur la feuille des rétines, les petits jardins font les grandes rizières ; toute cause a ses mérites ! Toute bavure a du prix, celui de ses propres virtualités et toute rature supporte bien le monde entier dans ses grossières retouches.


Quand il respire, urine, marche et transpire ; quand il se déplace dans l’espace et le temps, saigne, évacue, cri ou écrit…, le corps peut laisser des traces, sa trace, comme signe d’une présence qui passe, preuve charnelle d’une épreuve qui est celle de l’incarnation.

Dans le jardin des jardins, nous sommes tous des Saints Suaires vivants, des toiles de peaux tendues entre deux abîmes, sur des mats d’os blanchis ; nous sommes toujours comme des Saintes Faces, aux grands trous orbitaux ouverts sur l’infini des océans.

Dans ce jardin, nous sommes tous en nos fibres ténues, en nos nerfs hérissés comme des nefs, les enfants d’une biffure d’éternité, dans les plus petites retouches de l’infini de l’humain.

Plis, replis, saillies, creux, traits, corrections de formes et de couleurs, petit être d’homme, larve tendre ou dure, chenille souple ou raide pour devenir en nos jardins des êtres plus humains.

Sur ce chemin de création, d’évolution personnelle et collective tout à la fois, la « graphie », c’est l’empreinte laissée sur un médium de contact. Empreintes variées des corps en marche évolutive ; si l’Homme n’est pas « en Corps », il est en puissance déjà là, s’il n’est pas en corps, il est bien là, dans les crispations de son enfance évolutive, preuve physique d’une épreuve corporelle ou témoignage corporel d’une expérience ontologique.

Sur la terre comme au ciel, sur toile, bois, mur, papier ou dans l’espace…, toute « graphie » se pose là, comme une icône, se fait une ouverture, fenêtre sur l’invisible, le vrai…, pour dire haut et fort que la réalité se fait « trait » pour trait, afin que le trait se réalise ; que la réalité se fasse maux, et que les mots la disent mieux encore.

La vraie image de l’homme, tout comme un grand jardin, est dynamique, évolutive et énergétique.

Jeux des formes et des objets, jeux des je et des tu qui se côtoient intimement, des sujets du Verbe être qui deviennent, énigmatiques dès qu’ils deviennent cocons porteurs de « Sujets » vivants et uniques, mi-cotons, mi-épines, comme des lieux mystérieux avec leurs roses mythiques et leurs roseraies mystiques.

Le jardin est l’empreinte virtuelle d’un temps futur, ou le fumier et la fleur sont liés à tout jamais, comme le scatologique et l’eschatologique sont liés par une logique interne qui va bon an mal an de la cause à la grâce.

Ne cherchez pas dans le passé, une image, une quelconque ressemblance, dans la réalité d’un original, vous n’y trouverez qu’un singe intelligent !

Jardins nus, jardins crus…, certaines images restent taboues ! La contemplation des images et l’iconolâtrie ne trouveront leur solution que dans le retournement des yeux, le décollement de la rétine, la cassure au verso de la croyance ;

L’iconomanie, ne prendra fin, que dans la rupture iconoclastique, un état modifié des consciences qui redonneront définitivement au « virtuel » son véritable sens de « vertu. »

Par cette perversion spatio-temporelle, ceux qui voyaient dans le passé ce qui est loin en devenir, se trompaient comme l’on trompe son conjoint, et nous entrainaient tous par là même, dans ce mouvement à rebours, dans une spirale « fermée » comme on ferme l’avenir.

Par cette altération théologique, en introduisant Dieu et l’homme (ce qui allait de « Père »), en tant qu’image créatrice et originelle du Monde et de l’humanité,
ce qui reste une belle et riche image, à décoder toujours, on a inversé le cours du temps, de l’histoire, intervertissant le processus créateur, et mettant derrière nous ce qui se trouve sans cesse et sans fin devant nous.

Comme conséquence de nos propres choix, déroulement d’un ruban sans fin, l’avenir est à nous, en nous, lendemains lointains qui chantent, où l’homme sera digne de son Bon Lieu, irréprochable en sa place de choix, pour une postérité couverte d’ailes, comme des anges, pour transcender l’espace et le temps et vivre des différences multiples de la diversité, si je puis me permettre ce triple pléonasme pour dépasser un « Beau Jour » toutes les plaies du corps, de l’âme et de l’esprit.

En inversant les choses de la vie, on a chaviré tout, faisant tache (péché) d’encre en nos empreintes génitales et digitales, intervertissant le cours du temps, transposant le Paradis à construire ici-bas, de conscience en conscience, dans un Éden perdu à cause de nos fautes, un Paradis de carton-pâte, vendu clé sur porte par un dieu trop vénal pour être le Bon Lieu auquel je crois toujours !

Si à travers l’histoire, les images des hommes faits dieux sont nombreuses, ne cherchez surtout dans la préhistoire ou dans quelques Testaments, l’image originale d’un homme dans le sens de premier, car le chainon manquant sera toujours un chainon manqué comme une erreur de perspective, vous n’y trouverez que des « images mythiques » qui ne parlent même plus aux gens d’aujourd’hui.

Mais ce Dieu-là, cet Adam-là, ils ne sont « pas en Corps ! », le pas reste à franchir ! Pour les libérer en nous et autour de nous, il nous faut « en corps » faire l’Unité dans toute la diversité, de la Communion dans la communication, oui, tout reste à conquérir !

C’est là, toute l’aventure de la conscience, qui n’est en rien différente et séparable de la condition humaine, de ses péripéties et des équipées des dieux.

« Un fleuve de sang sortait d’Éden pour irriguer le jardin, tu seras comme un jardin luxuriant bien arrosé bien planté, tu deviendras comme un jardin d’Éden,
mon chéri descend à son jardin, aux parterres embaumés …, »
De nombreuses paroles bibliques m’habitent, pleines d’images sacro-saintes, pour m’aider semble-t-il à retrouver en moi le chemin de la vraie vie ; car entre temps, nous nous sommes fait des jardins synthétiques et des vergers de béton.

« Mais elle, croyant qu’elle avait affaire au gardien du jardin »,
« La prenant pour le jardinier », traduit la Bible de Jérusalem.

Saint Jean nous raconte que, se rendant de bonne heure au tombeau, Marie de Magdala aperçut la pierre enlevée, elle constata de même, l’absence de l’homme ; et se tenant près du tombeau vide en sanglotant, elle partagea avec les anges ; ne crut-elle pas discerner dans la pénombre une présence, la prenant pour celle du jardinier, car l’homme est là, mais sans savoir qu’il est déjà là, qu’il faut marcher encore vers lui, devenir cet être de lumière qui nous appelle au partage de son humanité.

« Mon Rabbi, Mon tendre Maître, dis-moi Rabbouni quel est ce secret ? » crie l’enfant dans la campagne.
Un processus, une délicate métanoïa, une longue procession de prises de conscience et de transformations.

Cela revient à cultiver l’Homme en nous, comme on cultive les arts, les mathématiques ou les jardins.

Ceux du corps, de l’âme, de l’esprit et du social, sont des jardins divisés en quatre parties qui s’articulent à la perfection.

Nimbé de lumières lunaires et désaltéré de rosées, tout jardin naît de l’intime et de l’ultime, de l’intimité même des corps répandant leurs semences comme le pinceau trace les encres aux sillons des papiers, retournant la trame, enfouissant les oignons, arrachant les herbes folles, mettant du vide dans les trop-pleins et de la matière dans l’espace-temps.

Planter, attendre, soigner, nourrir, tailler…, tous les verbes du Verbe Être sont là, en terre, chair et végétation à l’écoute du Ciel, du Jardinier intérieur autant que céleste ; transformant l’homme préalable pour le vol éternel du papillon.

De la larve à l’Imago, que le chemin est long !

Mais quelle belle image du chemin que cette chenille humaine ! Cette larve humaine, qui, une fois arrivée à son plein développement, s'enveloppe dans un cocon afin de se transformer en chrysalide, forme qui va à son tour devenir l'insecte adulte, avant de se déployer et s’envoler pour un autre parcours.

Nos ailes sont en attente, latences des souffles et des courants d’air chaud. En ce Monde d’aujourd’hui, cette pesanteur qui nous rive au sol, c’est tout le poids de la Gloire qui nous sépare encore des délices. Mais, dans l’entre-deux, nous sommes déjà les témoins et les acteurs privilégiés de la métamorphose ; les gardiens des mutations présentes et à venir de l’Univers, et de l’art de vivre et d’être « homme de l’être ».

Au fil des mots doux et des couleurs crues, des graphies multiples qui disent la vie, suivez les liens, voyez les rapports et les relations complexes dus au froncement et à l’expansion de l’espace-temps dans nos rotules, nos ridules, patte-d’oie et autres traits de caractère. Les Univers gravent leurs exploits, ondulations, plis et sillons, tout porte à croire que la vie ne connait aucune mort, aucune frontière au-delà de celles des apparences et des illusions du langage.

Dans ses contractions et paradoxes, le jardin exprime le secret et l’évidence, le visible et l’invisible, le soi-disant naturel et le prétendu surnaturel, l’immanence supposée et la transcendance présumée…, triptyque d’un tout complexe et éclaté comme des images holographiques.

L’impossible, il est là, soi-disant et là possible, échange permanent entre le ciel des possibles et la terre des aliments immédiats, des herbes à cueillir, d’un parfum à portée de narine, mais le compost porte aussi le fruit ; interactions incessantes entre le déjà là et la perspective du « pas en Corps » ; présence des oiseaux fredonnant et des insectes bourdonnants et absence des anges et des démons qui peuplent l’invisible, tout vole en nous, vers l’espérance.

Telle la feuille blanche, à l’écart des choses de la vie, enclos relié de marges, évoque les limites, pourtant illimitées de l’Univers, le jardin a de nombreuses portes, telles celles de Jérusalem.

Ne poursuivez pas dans une impasse, il n’existe pas de prototype d’homme, pas de matrice originelle qui hypothèquerait notre destinée, rien qui assujettisse notre futur à notre passé, rien qui asservisse l’humanité à un modèle idéal sur les bords et parfait de prime abord ; c’est à nous de nous générer, de nous libérer, de nous chercher dans cet espace sacré, d’aller au-devant de nous-mêmes, pas à pas, sur ces Champs Élysée chaotiques , à nous de jouer le divin jeu du jardinage, pour tendre vers plus de béatitudes, plus d’humanité et de complétude.

Allah, n’est-il pas le Miséricordieux Jardinier, Dieu n’est-il pas un Bon Lieu pour l’homme ?

Entre l’imaginaire imaginé et le virtuel visualisé, pour le plaisir de la contemplation, il y a « en principe » du commencement, mais jamais de fin en-soi.

L’humanité se révèle en perspective, progressivement, et même si parfois le jardin redevient forêt vierge, même si l’animal avide de pouvoir se réveille carnassier entre les roseaux ou quelques marécages, toujours, toujours la conscience d’être reprend le dessus, ne vous fiez donc pas aux apparences, l’homme devient, malgré toutes nos critiques, nos violences, nos états d’âme dépressifs et nos grincements dedans.

Le jardin nous invite sans cesse à nous remettre en question et en marche, pèlerins infatigables, pénitents déculpabilisés puisque pardonné, la fureur étant animale, et l’erreur plus qu’humaine ; le jardin nous invitant à la promenade méditative sur notre condition grossière et archaïque, pour mieux nous acheminer vers cette humanité porteuse.

Humaniture de nature, à travers déserts et océans, sur la voie de l’illumination, restons humble de corps et de cœur, car nous ne pourrons jamais parfaitement domestiquer nos instincts de bêtes, pas plus que nous ne saurons appréhender totalement l’homme qui croît dans ce jardin, même avec nos efforts les plus louables.

Le grand saint Augustin lui-même ne nous dit-il pas que Priape lui-même incarne l’esprit éternel et infatigablement qui foisonne au jardin, là où tout tourne au désastre, où tout retourne à la nature, tout conspire contre l’ordre ; là où les herbes les plus folles côtoient les fleurs les plus prisées, s’emmêlant corps et âme comme s’enchevêtrent les corps dans de grandes saillies sauvages, envahissant l’espace pour agacer le temps, encombrant les ères les plus tortueuses, énervant les hères les plus saints, innervant les aires les plus chair… profitant de l’air le plus pollué pour engendrer la vie la plus robuste.

Comme un moine en contemplation dans son jardin sec, l’enfant nu dans les fougères a scruté l’avenir et l’océan le plus profond, avec ses formes vides et ses rythmes intérieurs.

Avec l’enfant, j’ai moi-même contemplé l’abysse et l’essence de l’abime, je me suis perdu dans l’ondulation des sables de l’évolution, dans les brumes et de vagues cohabitations, contemplant les choses de l’entre et du revers de l’eschaton en marche.

Il faut nous libérer des images comme des croyances, retrouver le terrain vierge des vides et des tables rases ; n’attendez pas une irruption imminente de l’Homme avec un grand H dans le présent, le royaume à gagner, le jardin du bon lieu est toujours droit devant !

(…)

Texte illustré : http://www.facebook.com/note.php?note_id=10150267529817337

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