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dans l\'atelier
prose [ ]

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par [erableamots ]

2005-07-17  |     | 



DANS L'ATELIER


Dans l'atelier de l'arbre, les bourgeons embouteillent la sève puis le vent va livrer les samares une à une. On n'écrit pas en ligne droite. Les mots arrondissent le temps. Sur son cheval de bois l'enfant désarconne la mort et galope en rêvant. Trois petits tours et puis s'en vont les cailloux de couleur jouer à la marelle sur les blancs de mémoire. La pluie dessine sur le sol de petits bras ouverts. Les gouttes les plus minces remontent vers le ciel.

La chaleur fait sa ronde dans la maison du pain. Mes mots sur la page sont un tas de vêtements plus ou moins bien pliés. Dans la mémoire des arbres, les yeux du bois ont des prénoms. Quand le soleil se lève, on le mange des yeux. Le vent déjeûne sur un banc d'oiseaux. Assis sur le bord de la galerie, le printemps sucote les crocus en boule. Dans le monde déchiré la même beauté survit, la même lenteur, la même chaleur, la même ardeur du soleil, la même patience des racines, la même prière des insectes, la même langueur des caresses. Seuls les hommes parfois ont du mal à sourire.

Je sors mon vieux vélo avec ses pneus ballon, son guidon pour géant, sa sonnette à sourire, son panier de broche à l'avant pour recueillir l'espoir et les oeufs du printemps. Je n'ai qu'une seule vitesse mais tout le temps pour moi. Je parle aux hirondelles, aux arbres, aux quenouilles des fossés, aux fées dans la rosée. Je quête du tabac aux gnomes invisibles. Ils ont les doigts comme des racines mais des paroles d'eau fraîche. Je regarde le soleil avec des yeux d'enfant et j'y vois des jouets.

J'aime ces lieux démodés que les orties délainent. Je parcours les routes comme le sang dans les veines, la sève dans les branches et l'encre sur les pages. Des ombres quelque fois me saluent de la main. Des arbres me sourient en soulevant leurs feuilles. Des petites fleurs des champs me tendent leur hochet. Quand je longe un ruisseau, les vagues se déshabillent et dansent au soleil. Mon vélo s'émoustille pour les courbes d'une île, les hanches d'une fille, l'éclat d'une carpe ou l'écho d'une harpe.

Une fleur très droite, ses pétales dressés, la rondeur d'un galet, l'herbe qui pousse entre les rails sont toujours un miracle. Les feuilles glissent dans le vent comme des lettres sous la porte. Les bouches pleines d'épines se remplissent de fleurs. L'eau monte partout de la bouche des égoûts à l'urne des tulipes, de la hanche des rives à l'épaule des arbres. Le ciel se recompose sur les tessons de verre mélangeant les nuages à la fumée des jets. Des lécanores s'irisent dans la couleur grise. Les arbres morts communient par la partie intime des racines. Des rocs se dressent comme des dents dans la gencive de la mer. Les vagues s'abandonnent aux soifs de l'espace. L'arc-en-ciel est un fil de salive entre le sable et la rosée, le soleil et la pluie. Le vent se mêle en tremblant à l'éloquence des freux. Le ciel verse du soleil dans la coupe des blés.

Je pédale sans hâte en respirant l'azur, les poumons rieurs et les lèvres en mots doux. Je n'arrache pas les fleurs, je les garde en mémoire pour un bouquet d'images. Les mots suffisent à peine à rassasier le coeur. La chair devient image mais l'encre du désir demeure illisible au sexe de la page. Le passage des oiseaux panse le ciel blessé et le cri des crapauds réconforte l'étang. Je pédale sans hâte plus loin que mon désir. La mer reprend ses vagues aux enfants de la plage mais l'écho les ramène aux îles inconnues. La terre dans ses graines découvre son été.

Les arbres trop feuillus ont si peu de racines. Ils ressemblent aux hommes empêtrés dans l'orgueil. Le moindre vent les couche ou les met à genoux. Leur image dans l'eau ne trompe que les buses, les cygnes et les paons. Je ne compte pas les heures, je conte les fontaines au sable du désert. Je repère les fleurs dans un repaire de cadavres. Je ne penche plus ma tête sur le débat des hommes, je donne l'accolade à l'ivresse des fruits. Je pédale en chantant avec des mots qui sapent et des regards qui lapent jusqu'au fond de l'azur.

À chaque pierre, je donne un sobriquet. Je tutoie l'horizon, mon frère d'espérance. Je reste l'indocile loin des ruelles droites, des balises et des lignes. La terre aux yeux de paille rencontre la parole aux lèvres d'incendie. Toute la nuit s'éclaire à même les images. Les chevaux de carton s'envolent en fumée. Je découpe du ciel dans le papier des mots, l'odeur des oranges dans la tendresse des matins. Je cherche dans mes rêves un refuge plus grand que l'appétit des hommes. Je ne conjugue plus au futur impossible. Je pédale au présent contemporain du coeur.

Je colorie l'azur d'un oeil de fusain, d'une plume de faisan, d'une aile de samare. J'enjambe le silence qui enlève sa robe. Je fais rouler mes mots sur un dessin d'enfant. Ils prennent la couleur des rêves insoumis. Je pose mon oreille sur la vie souterraine. Un petit brin de paille me sert de cathédrale et j'épice ma soupe avec de la révolte. Il m'arrive de lire dans une maison de chaises avec son toit de châles et de vieilles chemises. Le coeur d'un nounours me sert de veilleuse. À défaut de fenêtres, je me ferme les yeux pour regarder plus loin. Je redeviens petit mais plus grand que les hommes. Je lis des routes, des voyages, des atlas inventés. Je glisse à tape-cul sur la rampe des étoiles. Je lis des voies lactées dans la tasse des mains, les ventres qui gargouillent, les lèvres qui gazouillent, les images qui chatouillent les pupilles gustatives.

Au milieu du désert, ce sont les fleuves qui nous manquent et le cri des mouettes. Quand les chasseurs apprendront à lire, les oiseaux seront libres. Quand les banquiers apprendront à rire, le veau d'or distribuera des contes sans compter les virgules. Le soleil à genoux laisse prier les vers dans l'église des blés. Il faut beaucoup de fleurs pour une goutte de miel. Un seul mot suffit pour en faire une abeille.

8 juillet 2005




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