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Parmi les oiseaux de proie
poèmes [ ]

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
par [Friedrich_Nietzsche ]

2022-05-20  |     |  Inscrit à la bibliotèque par Guy Rancourt




Celui qui veut tomber,
Très vite,
L’abîme l’engloutit !
-Mais toi, Zarathoustra,
Tu aimes jusqu’au gouffre,
Et tu imites le sapin !

Il prend racine
Là où le rocher lui-même
Penche avec effroi vers l’abîme,
Il hésite au bord des gouffres,
Où toute chose alentour
Aspire au précipice.
Au milieu de l’impatience
Des sauvages éboulis et des chutes d’eau,
Il demeure calme, patient, dur, muet,
Solitaire…

Solitaire !
Mais qui oserait
Accepter une telle hospitalité,
La tienne.

Peut-être un oiseau de proie,
Qui, lui, s’accroche
Aux cheveux du martyr endurant,
Plein d’une joie maligne,
Avec un ricanement insensé
Un ricanement d’oiseau de proie :

À quoi bon tant d’endurance ?
-raille-t-il si cruellement :
quand on aime l’abîme, il faut avoir des ailes…
et ne pas rester en suspens
comme toi, le pendu !

Oh Zarathoustra,
le plus cruel des Nemrods !
Naguère encore chasseur de Dieu,
piège de toutes les vertus,
flèche du mal !
Désormais…
traqué par toi-même,
tu es ta propre proie,
Fichée en toi-même…

Désormais…
seul avec toi,
dédoublé dans son propre savoir,
parmi cent miroirs,
à tes propres yeux fallacieux,
parmi cent souvenirs
incertain,
épuisé par chaque blessure,
transi à chaque gelée,
étranglé par tes propres liens,
connaisseur de toi-même !
bourreau de toi-même !

Pourquoi te lier
avec la corde de ta sagesse ?
Pourquoi t’attirer
au paradis de l’antique serpent ?
Pourquoi t’insinuer
en toi – en toi ?

Un malade, désormais,
victime du venin,
un prisonnier, désormais,
qui a tiré le plus dur des sorts :
travaillant courbé
dans son propre puits,
creusant toi-même ta propre caverne,
ta propre tombe,
désemparé,
engourdi,
cadavre –
sur qui s’élève une tour de mille fardeaux
écrasé par toi-même,
un savant !
Qui se connaît lui-même !
Le sage Zarathoustra !

Tu as cherché le fardeau le plus lourd :
et c’est toi que tu as trouvé –
tu ne te débarrasseras pas de toi…
Aux aguets,
accroupi,
tu ne sais déjà plus te tenir droit !
Tu ne vis plus qu’en dégénérant avec ta tombe,
esprit dégénéré !

Et naguère si fier encore,
monté sur toutes les échasses de ton orgueil !
Naguère encore, ermite solitaire et sans Dieu,
ermite partageant sa solitude avec le diable,
prince écarlate de toute démesure !

Désormais –
recroquevillé
entre deux néants,
point d’interrogation,
énigme éculée –
énigme pour oiseaux de proie…

ils viendront bientôt te « résoudre »
ils ont déjà faim en pensant à cette « solution »,
ils battent des ailes autour de toi, leur énigme,
autour de toi, pendu !
Oh Zarathoustra !
connaisseur de toi-même !
bourreau de toi-même !

(Friedrich Nietzsche, Dithyrambes pour Dionysos)


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