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Du style au stylet (extrait)
poèmes [ ]

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par [Reumond ]

2013-10-24  |     | 



De l’œuf à la coque des mots, qui fut le premier ? l’œuf ou le mot ?

Tout comme j’adorais ce rite du chocolat chaud le dimanche au souper, enfant, j’aimais avant tout ce rituel qui consistait à tremper mes mouillettes de pain dans un œuf à la coque ; repas délicieux entre tous les repas. Comme le grand prêtre honore sa victime apprêtée sur l’autel des sacrifices, je vénérais cet œuf béni entre les yeux, verticalement dressé sur son coquetier en faïence de Longwy, tel un mémorial de nos origines lorraines.

Je jouissais véritablement de ce découpage du haut de la coquille, comme le chirurgien qui trépane un crâne d’œuf, comme l’enfant qui découpe une étoile, la larme à l’œuf, je savourais déjà, avant l’heure, ce jaune d’or cuit à point, subtilement salé, onctueux comme la sève du printemps, en cette chair ambrée disposée à accueillir, de vœux de poule, toutes mes lames de pain.

Comme le couteau s’abat au cœur du mystère, le moment venu, j’y plongeais avec bonheur mes piquettes de baguette grillées et beurrées avec attention, pour être consommées avec délectation comme on consomme un mariage ; délicatement, je mouillais la mie jusqu’à la garde des croutes, dans le jaune inégalable comme le soleil au coucher se mouille d’horizon ; et puis je savourais, la bouche pleine d’infinis.

Quelques années plus tard, à quinze ans, adolescent timide, je rêvais de tremper mon biscuit en quelque réceptacle, tiède, moite et doux pour tempérer mes fièvres, partager un plaisir que la main n’apaise plus. Comme le rêve s’ébat au cœur du mystère, le moment venu, j’y plongeais avec délice ma baguette beurrée et embrasée avec intention, pour être consommé crue et vif comme on consomme l’amour ; délicieusement, avec tendresse, je mouillais la mie, jusqu’à la garde de mon corps, dans la couleur chair incomparable de ses horizons sans fin, comme le soleil se lève pour que nous puissions l’un et l’autre savourer un repos bien mérité.

Si les porteplumes avaient une garde, ils seraient des épées pour défendre nos propres mots.

Aujourd’hui, alors que l’âge m’étreint et se crispe autour de moi comme une horloge trop étroite, de visu et pour l’avoir expérimenté de facto et de gestes, par l’épée des mots et la charrue des métaphores, je suis venu, j’ai vu, mais je n’ai vaincu personne, et surtout pas moi-même!

J’ai perdu mon temps, sans vaincre quoi que ce soit ; du Bic et du bec, des onglets et des ongles, j’ai marqué mon passage, tracé des oracles, vu des signes, scarifié du papier, attrapé mille fois la crampe de l’écrit vain; j’ai usé des cahiers et des plumes et enfin, accablé de fatigue, sans voir la moindre mer du Pont-Euxin, j’ai déposé les armes pour descendre plus bas, là où la folie et le génie s’opposent en des complémentaires.

Tout comme j’adorais le rite du chocolat chaud et tremper mes mouillettes de pain dans une coque d’œuf ; j’ai désiré d’un grand désir, un jour de folie, aller au-delà des apparences et des mots qui les expriment ; la larme à l’œil, j’ai voulu, avant l’heure, me plonger dans la lumière alors qu’il faisait encore nuit ; tout comme j’ai aimé en son temps, me plonger avec bonheur dans l’amour le plus partagé, en ces chairs suantes données l’une à l’autre, hôtes disposées à s’accueillir corps et âme avec passion ; j’ai joué plus qu’il ne fallait, de piquette en baguette amourée pour me donner à l’autre et recevoir de lui la chaleur des amours. J’ai mouillé ma mie mille fois, jusqu’à la garde de mon corps épuisé, et dans la couleur claire et unique de ses horizons sans fin, je me suis laissé dissoudre comme un soleil dans l’océan des désirs aboutis.

Mais on ne vit pas d’amour et d’eaux fraîches, et encore moins de concept et d’idées fixes ! Nos désirs les plus profonds ne sont que fumées et pas réalité ! Alors, pour me dépasser, afin d’aller davantage vers moi-même et vers l’autre, j’ai voulu descendre l’échelle des mots jusqu’en leurs profondeurs intimes, là où l’ultime se décline avec des métaphores torturées, des images anamorphiques qui distorde la vision.

J’ai désiré ainsi, du plus vif désir, descendre toujours plus profondément dans l’intériorité de la matière, des choses et des gens ; désirant détruire l’illusion de la lettre et du trait, et tuer aussi la limite des marges ; cherchant sans cesse la diagonale, la terre promise, celle du milieu, comme la quête d’un Graal, tournant en contre sens, voulant plus que de raison me libérer des normes et de tout conformisme.

Car la parole elle-même lutte pour la vie, comme dirait Darwin ; le verbe ne peut donc se laisser enfermer dans aucune forme de langage intelligible, il reste toujours comme un immense vide à conquérir, une inconnaissance.

Il y a toujours un terme à disséquer, un mot à inventer… pour descendre encore plus bas dans la noirceur des opacités, dans la profondeur ombrée de chairs de Lune, là où l’âme ne peut plus s’élever que par l’élan des suicidés dans l’inconfort le plus total des vocables asilaires, des salles obscures où la lumière s’écrie noire sur noir, dans une nuit obscure qui est celle des sens, de la faille et des totale fragmentations…

Tout en sachant bien, par cœur et par maux, que le mot juste n’existe pas encore, et qu’il est en quelque sorte comme le monstre des Loch Utions, je continue à creuser l'être et à percer le voir.

(…)

Du style au stylet (extrait)

Lien vers illustrations : https://www.facebook.com/roland.reumond/media_set?set=a.3273560991197.149145.1032596377&type=3

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