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La poésie francophone
personnelles [ ]
Le génie de la Poésie française n'existe pas

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par [triton ]

2007-04-02  |     | 



Il est évident, quand je regarde les rayons de ma bibliothèque, que le Génie de la Poésie Française n'existe pas. C'est un mythe forgé au XIXème siècle et ciselé au XXème siècle dans le dessein, plus politique que poétique, d'encenser l'hypothétique génie de la race dans le génie de la langue. Il me plaît davantage d'évoquer la Poésie francophone car l'importance des oeuvres, que je ne cite que parmi d'autres, venues du Canada (Emile Nelligan, Rina Lasnier), de Belgique (Verhaeren, VanLeberghe), d'Afrique (Mohammed Dib, Tchicaya U'Tamsi, Jacques Rabemananjara), de Suisse (Jaccottet, Crisinel, Roud, Vuagnat), des DOM/TOM (des Antilles et de La Réunion surtout) montrent bien que la Poésie se soucie fort peu, et de la nationalité et de la « race » (pour reprendre le terme communément employé par les zélateurs d'une certaine idée de la poésie).

Au contraire, il m'a souvent semblé que la pratique du français, en tant que langue étrangère, favorisait la réflexion sur la langue même et accentuait, chez les poètes sensibles à ce sentiment de déréliction qui fonde, avec Baudelaire, la poésie moderne, la conscience que les mots sont des masques conceptuels et que la Poésie paraît quand le poète cherche un écho dans le monde réel, par-delà les mots, et que le non-dit du poème provoque, chez le lecteur, le sentiment que les mots qu'il lit contiennent, en creux, la forme fugacement captive de la chose vraie... Comme toute Poésie naît du réel et donc de l'expérience d'un lieu et d'un instant vécus (thème récurrent des textes critiques d'Yves Bonnefoy), elle porte l'empreinte du pays et de la terre où elle fut écrite, ou que son auteur porte en elle. C'est évidemment le cas des poètes francophones ayant écrit loin de France, mais c'est aussi celui des poètes dits régionalistes (malgré le flou qui entoure ce terme). Néanmoins, puisqu'Agonia est un site web essentiellement roumain, je veux surtout évoquer le cas des poètes roumains francophones, pour qui la langue française fut souvent, historiquement, une langue d'exil...

Outre la très belle anthologie publiée chez Nagel, ma bibliothèque compte quelques recueils (Tristan Tzara, Ilarie Voronca, Gherasim Luca, Paul Celan (quoiqu'on puisse surtout dire de lui qu'il fut le poète EUROPEEN de l'après-guerre), Anna de Noailles, Helena Vacaresco, Rodica Draghincescu) qui atteste que la poésie roumaine d'expression francophone est importante (je n'évoquerai pas les oeuvres traduites en français, assez nombreuses car plusieurs éditeurs ont une collection dédiée à la traduction des poètes contemporains d'Europe de l'Est, dont la Roumanie). C'est aussi une poésie qui a une tonalité très particulière, qui oscille entre deux pôles extrêmes sans jamais se figer dans l'entre-deux : une volonté quasi belliqueuse de remise en cause (d'avant-combat) et une expression de fatalisme lucide mais sans résignation (d'après-combat). Il est remarquable que les poètes et intellectuels roumains d'expression française (de Cioran à Isidore Isou) se distinguent généralement par leur radicalité et leur absence de compromis (parfois jusqu'à l'auto-destruction). On sent ainsi, dans la plupart des oeuvres francophones des poètes roumains (même chez Héléna Vacaresco, que j'aime moyennement, on trouve ce vers : « Je veux mourir, je veux mourir, je veux mourir ! »), affleurer une tension et une souffrance qui donnent à l'oeuvre une force d'impact peu commune. Même si les surréalistes ne l'aimaient pas, la jugeant – elle - vaniteuse et sa poésie, fausse et prétentieuse, (voir notamment ce qu'en dit Robert Desnos, suite à la dispute survenue avec André Breton), Anna de Noailles, ne serait-ce que par le titre d'un recueil célèbre « L'honneur de souffrir » peut se rattacher à ce courant de poésie qui dit, à la fois :

« Je suis n'importe où prisonnier de ce monde » [Voronca]
« Je chante l'homme vécu à la puissance voluptueuse du grain de tonnerre » [Tzara]

Par ailleurs, les poètes roumains se sont attachés, plus que d'autres, à ré-inventer l'expression même de la Poésie francophone. Tzara inaugura ce travail de sape des formes classiques, en les confrontant avec l'aléatoire (afin de mieux faire oeuvre lui-même, plus tard, en conscience), que Gherasim Luca a poursuivi en déstructurant mots et phrases par des procédés de répétition (Héros-limite), que Isidore Isou a mené à son paroxysme avec la « poésie » lettriste (dans un désir un peu vain de dépasser tout le monde et de devenir le parangon de la révolution permanente dans les lettres). Voronca aussi s'est interrogé sur l'écriture, sur la « bande de silence suave » qui sépare le mot et la pensée. Aujourd'hui encore, une poétesse roumaine francophone telle que Rodica Draghincescu démontre une volonté de s'affranchir de tout carcan et, par la brutalité de son écriture à fleur de sensibilité (parfois jusqu'au cri), s'inscrit dans ce courant de régénération de l'écriture.

Même si ma propre sensibilité me porte plus vers des oeuvres où l'éclat de l'écriture, plus pacifiée, brille d'une lumière rasante, plus révélatrice de la nuance, et non de flammes faites pour brûler, j'apprécie l'apport de ce nouveau rapport à la langue française, qu'illustrent la plupart des poètes roumains francophones. Comme j'aime l'idée d'un enrichissement mutuel des peuples, par cette bénédiction que fut finalement le châtiment divin quand les hommes entreprirent d'édifier la tour de Babel ! Et c'est d'ailleurs l'un des aspects les plus sympathiques d'Agonia – même si le temps me manque pour m'y consacrer comme je le souhaiterais – de mêler ainsi, sur ce site, tant de sensibilités et de nationalités différentes unies dans le désir de partager, dans ses multiples sections, l'usage poétique d'une langue qui est, pour beaucoup, une langue apprise et non natale (c'est ainsi que j'ai écrit mes premiers poèmes anglais !).

Eric Elies

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