agonia
francais

v3
 

Agonia.Net | Règles | Publicité Contact | Inscris-toi
poezii poezii poezii poezii poezii
poezii
armana Poezii, Poezie deutsch Poezii, Poezie english Poezii, Poezie espanol Poezii, Poezie francais Poezii, Poezie italiano Poezii, Poezie japanese Poezii, Poezie portugues Poezii, Poezie romana Poezii, Poezie russkaia Poezii, Poezie

Poèmes Personnelles Prose Scénario Essai Presse Article Communautés Concours Spécial Technique littéraire

Poezii Românesti - Romanian Poetry

poezii


 
Textes du même auteur






Traductions de ce texte
0

 Les commentaires des membres


print e-mail
Visualisations: 2428 .



La peau de chagrin
prose [ ]

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
par [Honoré_de_Balzac ]

2010-04-24  |     |  Inscrit à la bibliotèque par Dolcu Emilia



III
Le jeune homme passait sans réclamer son chapeau; mais le vieux molosse, ayant remarqué le mauvais état de cette guenille, la lui rendit sans proférer une parole, et le joueur restitua la fiche par un mouvement machinal. Puis il descendit les escaliers en sifflant le di tanti palpiti d’un souffle si faible qu’il entendait à peine lui-même les notes délicieuses, et il se trouva bientôt sous les galeries du Palais-Royal. Dirigé par une dernière pensée, il alla jusqu’à la rue Saint-Honoré et prit le chemin des Tuileries dont il traversa le jardin d’un pas lent, irrésolu. Il marchait comme au milieu d’un désert, coudoyé par des hommes qu’il ne voyait pas ; n’écoutant à travers les clameurs populaires, qu’une seule voix, celle de la Mort ; enfin, perdu dans une engourdissante méditation, semblable à celle dont jadis étaient saisis les criminels qu’une charrette conduisait, du Palais à la Grève, vers cet échafaud, rouge de tout le sang versé depuis 1793.
Il y a je ne sais quoi de grand et d’épouvamtable dans le suicide. Les chutes d’une multitude de gens sont sans danger comme celles des enfants qui tombent de trop bas pour se blesser ; mais quand un homme se brise, il doit venir de bien haut, s’être élevé dans les cieux, avoir entrevu quelque paradis inaccessible. Implacables doivent être les ouragans qui nous forcent à demander la paix del’âme de la bouche d’un pistolet.
Il existe beaucpuo de jeunes gens qui s’étiolent, confinés dans une mansarde, et qui périssent faute d’un ami, faute d’une femme consolatrice, au sein d’un million d’êtres, en présence d’une foule lassée d’or et qui s’ennuie…
À cette pensée, le suicide prend des proportions gigantesques.
Entre une mort volontaire et la féconde espérance dont la voix appelle un jeune homme à Paris, Dieu seul sait combien il y a de chefs- d’œuvre ; de conceptions, de poésies dépensées ; de désespoir, de cris étouffés ; de vaines tentatives !.... Chaque suicide est un poème sublime de mélancolie : où trouverez-vous, dans l’océan de littératures, un livre surnageant qui puisse lutter de génie avec ces trois lignes ?
Hier, à quatre heures, une jeune femme s’est jetée dans la Seine du haut du Pont-des-Arts.
Cette phrase, grosse de tant de maux, est, la plupart du temps, insérée entre l’annonce d’un nouveau spectacle et le récit d’une somptueuse fête donnée pour soulager les indigens…. Nous sommes pleins de pitié pour les maux physiques.
Devant ce laconisme parisien, les drames, les romans, tout pâlit, même ce vieux frontispice :
Les lamentations du glorieux roi de Kaërnavan, mis en prison par ses enfants…
Dernier fragment d’un livre perdu, dont la seule lecture faisait pleurer ce Sterne, qui lui-même délaissait sa femme et ses enfants.
L’inconnu fut assailli par mille pensées semblables qui passaienet en lambeaux dans son âme comme des drapeaux déchirés voltigeant au milieu d’une bataille. – Puis, il déposait pendant un moment le fardeau de son intelligence et de ses souvenirs, pour s’arrêter devant quelques fleurs dont il admirait les têtes mollement balancées par la brise parmi les massifs de verdure.
Mais, saisi par une convulsion de la vie qui regimbait encore sous la pesante idée du suicide, il levait les yeux au ciel ; et des nuages gris, des bouffées de vent chargées de tristesse, une atmosphère lourde lui conseillaient de mourir…
Alors, il s’achemina vers le Pont-Royal en songeant aux dernières fantaisies de ses prédécesseurs… Il souriait en se rappelant que lord Castelreagh avait satisfait le plus humble de nos besoins avant de se couper la gorge, et que M. Auger l’académicien avait été checher sa tabatière pour priser tout en marchant à la mort…
Il analysait ces bizarreries et s’interrogeait lui-même, quand en se serrant contre le parapet du pont, pour laisser passer un fort de la halle, ce dernier lui ayant légérement blanchi la manche de son habit, il se surprit à en secouer soigneusement la poussière.
Arrivé au point culminant de la voûte, il regarda l’eau d’un air sinistre.
- Mauvais temps pour se noyer !... lui dit en riant une vieille femme vêtue de haillons. Est-elle sale et froide, la Seine !...
Il répondit par un sourire plein de naïveté, qui attestait le délire de son courage ; mais il frissonna tout à coup en voyant de loin, sur le port des Tuileries, la baraque surmontée d’un écriteau où ces paroles sont tracées en lettres hautes d’un pied :

Secours aux asphyxiés…

M. Dacheux lui apparut armé de sa philantropie tardive, réveillant et faisant mouvoir ces vertueux avirons qui cassent la tête aux noyés, quand malheureusement ils remontent sur l’eau. Il l’aperçut en ameutant les curieux quêtant un médecin, apprêtant des fumigations… Il lut les doléances des journalistes écrites entre les joies d’un festin et le sourire d’une danceuse. Il entendit sonner les écus comptés à des bateliers pour sa tête, par le préfet de la Seine… Mort, il valait cinquante francs ; vivant, il n’était qu’un homme de talent, sans protecteurs, sans amis, sans Paillasse, sans tambour, un véritable zéro social, dont l’état n’avait nul souci…
Alors, une mort en plein jour lui paraissant ignoble, il résolut de périr la nuit, afin de livrer son cadavre méconnaissable à la Société qui méconnaissait l’utilité de sa vie. Continuant donc son chemin, il se dirigea vers le quai Voltaire, en prenant la démarche indolente d’un flâneur qui veut tuer le temps.
Quand il descendit les marches qui terminent le trottoir du pont, à l’angle du quai, son attention fut excitée par les bouquins dont le parapet est toujours garni… Peu s’en fallut qu’il n’en marchandât quelques uns…
Il se prit à sourire ; et, glissant alors philosophiquement ses mains dans ses goussets, il allait reprendre son allure d’insouciance et de dédain, quand il entendit avec surprise quelques pièces retentissant d’une manière vraiment fantastique dans le fond de sa poche…
Un sourire d’espérance illumina son visage, en se glissant de ses lèvres dans ses traits et sur son front ; il fit briller de joie ses yeux et ses joues sombres. Cette étincelle de bonheur ressemblait à ces feux qui courent dans les vestiges d’un papier déjà consumé par la flamme ; mais le visage eut le sort des cendres noires : il redevint triste quand l’inconnu, ayant vivement retiré la main de son gousset, aperçut trois gros sous…
- Ah ! mon bon Monsieur, la carita ! la carita !...catarina ! – Un petit sou pour avoir du pain…
Et un jeune homme ramoneur dont la figure bouffie était noire, le corps brun de suie, les vêtements déguenillés, tendit la main à cet homme pour lui arracher les derniers sous. À deux pas du petit Savoyard, un vieux pauvre honteux, maladif, souffreteux, ignoblement vêtu d’une tapisserie trouée, lui dit d’une grosse voix sourde :
- Monsieur, donnez-moi ce que vous voulez, je prierai Dieu pour vous…
Mais quand l’homme jeune eut regardé le vieillard, ce dernier se tut et ne demanda plus rien, reconnaissant peut-être sur ce visage funèbre, la livrée d’une misère plus âpre que la sienne.
- La carita ! la carita !...
L’inconnu jeta sa monnaie à l’enfant et au vieux pauvre, en quittant le trottoir pour aller vers les maisons…
Il ne pouvait plus supporter le poignant aspect de la Seine.
- Nous prierons Dieu pour la conservation de vos jours !... lui dirent les deux mendiants.
En arrivant à l’étalage d’un marchand d’esptampes, cet homme presque mort rencontra une jeune femme qui descendait de son brillant équipage, et dont la robe, légèrement relevée par le marchepied, laissa voir une jambe dont les contours fins et délicats étaient déssinés par un bas blanc et bien tiré… Alors il contempla délicieusement cette charmante sirène dont la figure était d’une beauté enivrante, rosée, artistement encadrée dans le satin d’un chapeau gracieux… puis, il fut séduit par une taille svelte, par une élégante désinvolture. La jeune femme entra dans le magasin, y marchanda des albums, des collections de lithographies… Elle en acheta pour plusieurs pièces d’or qui reluisirent et sonnèrent sur le comptoir.
Le jeune homme, en apparence occupé sur le seuil de la porte à regarder des gravures exposées dans la montre, échangea capricieusement avec la belle inconnue l’œillade la plus perçante que puisse lancer un homme, contre un de ces coups d’œil incouciants jetés au hasard sur la foule… Et c’était de sa part, un adieu à l’amour, à la femme !... Cette dernière et puissante interrogation ne fut même pas comprise, et ne remua pas ce cœur de femme frivole, ne la fit pas rougir, ne lui fit pas baisser les yeux… Qu’était-ce pour elle ?… une admiration de plus, un désir excité dont elle triompherait, le soir en disant : - J’étais jolie aujourd’hui.
Le jeune homme passa vivement à un autre cadre et ne se retourna point quand la jolie dame remonta dans sa voiture. Les chevaux partirent avec une vitesse aristocratique… Et cette dernière image du luxe, de l’élégance flamba devant lui, rapide comme sa vie.
Alors il marcha d’un pas mélancolique, en flânant le long des magasins, examinat sans beaucoup d’intérêt tout ce qui s’y trouvait étalé… Puis quand les boutiques lui manquèrent, il contempla le Louvre, l’Institut, les tours de Notre-Dame, celles du Palais, le Pont des Arts… Ces monuments paraissaient avoir une physionomie triste en reflétant les teintes grises du ciel dont les rares clartés prêtaient un air menaçant à Paris, qui, semblable à une jolie femme, est soumis à d’inexpliquables caprices de laideur et de beauté. Ainsi la nature elle-même consipirait à le plonger dans une extase douloureuse.
En proie à cette puissance malfaisante dont nous éprouvons tous en certains jours de notre vie, l’action dissolvate, il sentait son organisme arriver insensiblement aux phénomènes de la fluidité… Les tourmentes de cette agonie lui imprimaient un mouvement de vague, et lui faisaient voir les bâtiments, les hommes à travers un brouillard, où tout ondoyait. Voulant se soustraire aux titillations morales que produisaient sur son âme, les réactions de la nature physique, il se dirigea vers un magasin d’antiquités dans l’intention de donner une pâture à ses sens et d’y attendre la nuit en marchandant des objets d’art. C’était pour ainsi dire, quêter du courage et demander un cordial comme les criminels qui se défient de leurs forces en allant à l’échafaud.

.  | index











 
shim La maison de la litérature shim
shim
poezii  Recherche  Agonia.Net  

La reproduction de tout text appartenant au portal sans notre permission est strictement interdite.
Copyright 1999-2003. Agonia.Net

E-mail | Politique de publication et confidetialité

Top Site-uri Cultura - Join the Cultural Topsites! .