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chaque fleur est une clef
prose [ ]

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par [erableamots ]

2005-06-21  |     | 



CHAQUE FLEUR EST UNE CLEF

à Ile


Nous sommes deux enfants s'amusant côte à côte. Je ne sais plus lequel de nous deux a couru le premier. Laisse-moi lécher ton genou écorché. Pose ta tête sur mon épaule. Nous sommes deux amants séparés par la mer mais que le ciel unit. Quand je te parle anglais, c'est comme une caresse. Nous sommes deux à faire le mur, à prendre la poudre d'escampette, à courir dans les champs à la belle épouvante. Chaque fleur est une clef qui ouvre le bonheur.

Je vois bouger des taches de soleil sur ta robe fleurie. Tu es restée gamine. Je suis toujours cet enfant mal grandi grimpant aux arbres pour regarder plus loin. Sous la tente des draps, nous lisons en cachette. Une lampe de coeur nous sert d'éclairage. Une boussole amie a détraqué le nord pour rapprocher nos pôles. Nous nous appuyons épaule contre épaule comme la terre pôle contre pôle. Encore un peu gênés, nous habillons nos mots d'un lainage de rires.

Tu donnes du coeur aux pierres et du ventre aux idées. Je redécouvre en toi mon enfance perdue et le droit au bonheur. Toute l'eau remonte vers le ciel comme une pluie inverse fleurissant les nuages. Il fait jardin partout quand je marche avec toi. Notre timidité a fait fi des frontières. Je n'ai plus peur du temps. Ses grandes mains maternelles viennent réchauffer l'espace où nous nous enlaçons. Ce qui n'est pas encore nous servira de route. L'amour convoque l'invisible, ce qui n'est pas dans ce qui est, ce qui sera dans ce qui fut.

Nous parlerons de rien avec des mots de tout. Nous parlerons de bois et de sapins, de pins et de lapins, de pain et d'espérance. Nous parlerons de paix aux soldats d'infortune. Nous parlerons de tout avec des mots d'amour. Mon bras gauche est pour toi, mon autre bras aussi. Mes deux yeux te regardent en déchirant les ombres. Quand tu t'habilles en noir, je te vois en couleurs. Je te vois nue ce soir au milieu du jardin faisant bander les roses et les branches des arbres.

Chaque matin, je m'éveille pour toi. Même au milieu des morts, je le ferai encore. Je comprends peu à peu la façon d'être là, le sourire des branches, la parole des anges, le parfum du soleil et la porte qui s'ouvre. J'ai retrouvé mon coeur endormi sous la cendre comme une pomme verte. Mes mains sortent de l'ombre et rattrapent leurs doigts. Nous sommes deux enfants accoudés sur l'azur avec des voix géantes pour dire notre amour.

Nos plumes se sont croisées trempées dans la même encre. Quand je t'ai rencontrée, je me suis reconnu. J'ai pris feu comme une eau qui s'échappe du puits pour atteindre la mer. J'ai pris la mort aux dents et cracher ses pépins. Je vis. Je vois. J'entends. J'entrevois l'impossible. Je suis mille fois plus moi quand je le suis pour toi. Nous sommes deux enfants suçotant des cailloux pour s'unir à la terre. Nous sommes nés d'hier mais pour vivre demain.

Tu es de ce côté où je cherche la vie. Je te vois. Je t'entends. Je te vis. Je vois ton invisible et ton jardin secret, le chemin que tu suis et celui qui s'efface. Tu es la goutte d'eau qui enfante la mer. Je suis les bras d'un fleuve qui enserre ton île. L'ombre du catalpa agite son chapeau. Les qizcales picorent des cerises de lumière. C'est comme en noir et blanc un Charlot bucolique. Nous sommes deux enfants ébahis par la vie mangeant sur l'horizon du pop-corn en baisers. Le Chaperon rouge était une renarde rousse. Je lui offre à manger une barbe à poète.

Chaque soir, je téléphone aux anges pour entendre ta voix. Si les ronces te grafignent parfois, laisse mes mains panser tes écorchures aux genoux, tes petits souffles au coeur et tes relents de peur. Si tu pleures d'amour, j'apporterai le rire dans un casseau de fraises, le feu pour la tisane, des brindilles de mots pour le nid des images. Nous mangerons nos bouches pour effacer l'amer, l'amertume et la haine. Nos deux moitiés d'écume grignoteront la pierre. Nous mettrons de l'air pur dans la cabane en coeur. Quand je tire vers moi la ligne d'horizon, ton île se rapproche. Quand tu dis oui je t'aime ou que je dis ma blonde, je me sens transporter par la puissance de l'amour.

Nous sommes deux enfants qui parlent aux oiseaux. Nous nous ferons la vie comme d'autres l'amour, la danse des méduses, le théâtre des fleurs, la couleur des musiques. Il me faut ton parfum pour qu'on sente mes mots. Il me faut tes mots pour apprendre à sentir. Nous apprenons l'amour un peu plus chaque jour. Nous nous appartenons comme la fleur à la tige. Pour nous, même l'infini est court. Nous ferons des rallonges au coeur de l'absolu.

Quand tu parles, je suis tes mots comme une route enchantée, le coeur dans les arbres, la tête chez les oiseaux, une brindille au bec, mes mains contre tes hanches. Quand tu ris, le soleil brille si fort que les fenêtres parlent. Je t'ai relu ce soir. J'entendais ta musique traverser le papier et monter jusqu'à moi. Je t'ai vu offir tes bras au ciel avec ta robe d'eau éclaboussant mes yeux. J'ai dégusté ton île, ton pain de terre sauvage. J'ai gardé sur la peau ton herbe impertinente. Je t'ai volé des pommes chez l'épicier d'images, des coquelicots timides, des crayons d'espérance. Je respire avec toi la même note bleue.

Toutes les mémoires sont trouées. On les colmate comme on peut avec du sentiment, du rêve, des images et des mots. On essaie toujours d'imaginer ce que pensent les gens, jamais ce qu'ils rêvent ou ce qu'ils savent. Nous sommes deux enfants colorant le sérieux avec le plaisir, conjuguant le présent à l'infini du coeur. J'ai mis des roues carrées sur le vélo des mots mais il roule quand même puisque je vais chez toi où tout marche à l'envers. Les lapins pondent du chocolat et les poules ont des dents pour y croquer. La bonté peut sourire sans qu'on taxe ses lèvres. J'ai mis sur le panier un coussin pour tes fesses. Le guidon se redresse en espérant tes mains. Le phare clignote tout seul pour répondre aux oiseaux. Le klaxon chante sur les cahots. Je dessine en roulant sur le cahier des routes. Nous sommes deux enfants retrouvant leur naissance.

J'entends la vie bouger dans une pierre. C'est toi qui marche à l'autre bout du monde et porte mon désir comme une robe rouge. J'entends ton rire dans le fenil. Les écureuils le lancent comme un ballon. Il retombe sur moi et me fait des guilis. Tu danses sans tomber sur le fil de ma voix. J'ai replié mon coeur dans l'enveloppe du temps pour qu'il éclate sous tes yeux en confettis sonores. J'ai tiré ma dernière balle à blanc. J'ai retrouvé ma route. J'ai vu une lumière renaître sous ta peau à l'appel des lavandes. Je marche le nez en l'air, la boussole vers toi. Il n'y a plus qu'une route sur la carte du monde. Les cailloux sont en feu sous mes semelles de vent.

Quand on voyage dans nos mots, nous avons le monde entier en guise de chambre d'hôtel, le lit du fleuve, une fenêtre d'oiseaux. Mes images te déshabillent ou te lèchent l'oreille. Mes pensées bougent sur ta peau. La distance entre nous peut nous servir de main. Il y a autre chose derrière le réel, quelque chose entrevu par l'amour. Nous nous aimons pour vivre. Nous aimons comme on meurt, sans retour possible. Tu me rends si jeune que j'apprends à marcher. Tu as mis des fraises dans ma bouche, des oiseaux dans ma voix, de l'herbe dans mes pas. Nous sommes deux enfants découvrant la même île.

Je t'aime comme un arbre, des racines aux branches, du sol aux oiseaux. Pour toi, j'ai puni le malheur, mis les horloges au coin avec un bonnet d'âne. Tu aimes la camomille, les marbres de Camille, les petits mots en boule, mes lainages de feuilles, mon accent d'habitant. J'aime tes livres, tes silences, tes phrases de verre fin qui brisent le béton. J'aime tes yeux pour la mer, tes gestes pour la danse. J'aime quand tu t'accroches au téléphone et rougit mes oreilles. Quand j'arrose mes plantes, c'est à toi que je pense. Quand je dors, quand je rêve, quand je veille, c'est toujours avec toi. Les choses parlent soudainement. Les vitres te regardent. La porte s'impatiente et le pain sur la table t'attend comme une amie. Des taches de baisers nous barbouillent les joues, des traces de tendresse, des miettes de caresses, des larmes de fou rire. Nous sommes deux enfants la bouche pleine d'amour.

Un arbre tient sa tête dans ses branches. Je tiens ta tête sur mes genoux, dans mes mains, dans mes bras. Je tiens ta voix au téléphone comme l'infini au bout du fil. Je tiens tes mots entre mes yeux pour apprendre à lire. Je tiens mon crayon pour apprendre à t'écrire. Je tiens à toi comme les veines au coeur, l'espérance à la vie. Tu as trouvé en moi l'amour que je cachais, les mots que je taisais depuis les bancs d'école. Tu m'as trouvé plus loin que je n'étais rendu.

Ton île sait guérir les entorses des vagues et les foulures du sable. Dans mon carré de lune, tes mains de fée arrondissent les coins. Je roule jusqu'à toi un ballon de lumière, un ballot d'espérance, un ballet d'oiseaux fous. Je roule sur ta plage comme un loup qui se lèche. J'ai raté tous les trains pour t'attendre à la gare et tu m'as reconnu, assis comme un enfant sur le grand banc des mots, les pieds ballants, les souliers délacés, la voix tachée d'amour, le coeur entre les mains qui ne fanera plus. J'ai pris toutes les routes en te cherchant des yeux. Lorsque je t'ai croisée, je recollais en vain une rustine au rêve. J'avais perdu la mer et j'ai trouvé une île, plus loin que le temps même, bien au-delà des mots, une montreuse d'arc-en-ciel transformant les récifs en jardin d'absolu.

19 juin 2005

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