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Poezii Românesti - Romanian Poetry

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\"Dans le monde littéraire, l\'Omerta fonctionne\"
presse [ ]
Angela Furtuna s'entretient avec Mihail Galatanu

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par [angela furtuna ]

2005-09-28  |     | 




DANS LE MONDE LITTERAIRE, L’OMERTA FONCTIONNE



«Jamais les mots ne m’ont écouté comme dans cette vie. »



Cher Mihail Gălăţanu, vous avez été absorbé dans la splendeur d’une trajectoire d’un grand poète visionnaire. Peut-être n’est-ce pas fortuit que vous soyez justement né le jour où Nichita Stănescu nous a quitté pour toujours. Celui qui a débuté, le 13 décembre 1983 dans SLAST, et qu’un certain Alex Ştefănescu va considérer comme un véritable Paganini de la poésie, « tenant dans sa barbe en fait de Stradivarius, un dictionnaire »… Êtes-vous un poète prédestiné ?

Je suis donc né en 1983 comme poète dans l’espace public. Indubitablement, les poètes sont prédestinés, jusque dans la dernière fibre la plus fine de leur être. Non seulement la vocation, la grâce, est une prédestination, et ce jusque dans ses moindres détails. Mais ici aussi, comme dans toute chose humaine, le libre arbitre existe. On peut renoncer. Tout comme la poésie peut renoncer à vous. Même si j’estime Cărtărescu, et justement, d’une certaine manière, je l’aime, (sans vraiment le connaître minutieusement), je ne peux pas accepter son interprétation morcelée, postmoderne qu’il donne du monde. Pour lui, le monde est une déroute. Pour moi, le monde est définitivement sauvé. A travers le sacrifice divin. Pour moi, la divinité est proche, familière, elle n’est pas éloignée, elle se trouve dans une proximité immédiate. C’est elle qui soutient le monde, ainsi, j’entretiens une relation très étroite avec la divinité. Contrairement aux saints, la divinité me laisse me tromper, apprendre, elle est conciliante et calme, tranquille. Il existe un seul élément qui me contraigne : son amour, un amour infini. On peut écrire que la condition du mystique existe – et qu’on la vit, directement, dans sa propre peau, et c’est tout autre chose. On peut à peine écrire ensuite. Mon idéal, c’est : la vie en tant qu’ œuvre, l’œuvre en tant que vie.

Quel rôle a joué l’école roumaine dans votre formation et à travers quels mécanisme a t-elle soutenu votre évolution ? Je vous pose cette question, car vos études professionnelles ont consacré, semble t-il, bien plus une carrière scientifique plutôt que les Lettres, même si par ailleurs, on sait qu’il n’existe pas de faculté pour les écrivains, il existe un destin d’écrivain, d’artiste.

Pour moi, les gens sont plus importants que les écoles. Les professeurs. Ils font les écoles. Ils sont les écoles. Les gens sont les écoles. Et moi aussi, j’ai été professeur à mon tour, au lycée, en classe de neuvième et dixième ( *équivalent en France : Seconde et Première), j’ai enseigné le dessin (technique) et rien de plus. Mais, dans chaque école, je suis resté avec le nom d’un professeur en tête. A l’école générale de Galaţi, les professeurs Lateş (englais), Botezatu (roumain), Chivu (institutrice). Au lycée militaire de Cîmpulung Moldovenesc, le professeur de roumain (Latiş), ainsi que la professeur de français. Au lycée de Craiova, le professeur de roumain, et surtout, le professeur de physique (Safta). A l’université, le professeur de mathématiques supérieures Stanciu Toma, auquel j’ai également dédicacé un livre, Dieu lui pardonne.

«Des nouvelles à mon sujet » (1987), « Grinçant les poings, avec délicatesse » (1993), « Le grand-père Kennedy » (1996), « L’évangile selon Barabas » (1996), « La mariée de tous » (1997), « Poetus captivus, un poème donné par Dieu, de la main de Mihail Gălăţanu, et sous l’œil de Félix, dédicacé à Nicoleta, son épouse » (1999), « Le mémorial des plaisirs »(2000) ; « La Roumanie avec les sots » (2001), « Le diapason fatigué » (2002), « Ma tombe se creuse toute seule » (2003), tout ceci représente les étapes d’un discours poétique très original que vous placez bien en vue sur l’étagère de présentation de la poésie roumaine. A chaque livre correspond un nouveau commencement. De combien de vies littéraires avez-vous encore besoin pour dire tout ce que vous avez à dire, jusqu’au bout ?

La vie s’écrit jusqu’au bout, sans arrêt. N’importe comment, et ceci n’a pas été destiné ici, sur la terre, que très peu. J’ai le sentiment de commencer tout juste. Jusqu’à maintenant, cela n’a été qu’un échauffement. De toutes façons, mon modèle mature est Goethe. De Rimbaud à Goethe, il y a justement un chemin dont je ne sais quand je l’ai parcouru insensiblement.

L’art de manier les mots est, sans doute, le point fort d’un édifice littéraire dans lequel vous vous promenez avec nonchalance. J’exagère si je fais cette appréciation selon laquelle vous êtes né pour les mots, des mots, et à cause des mots ?

Jamais les mots ne m’ont écouté comme dans cette vie. Le roumain est un complément de la poésie pour moi.



« Dieu est mon premier lecteur »


Sans maladresse, sans aucune hésitation, sans faux-pas, le chemin sur lequel vous partez dans la littérature roumaine ressemble depuis longtemps à un lit en attente du Poète. Vous avez eu l’intuition et croqué le meilleur – quelque part sur ce chemin- de ce « charme douloureux » comme aurait dit Mihai Eminescu, vous trouvant à votre tour dans cette même réserve de choix qui respire le charme, en amplifiant cette vocation par une séduction géniale. Définissez le charme de la poésie de Mihail Gălăţanu.

Il ne s’agit pas vraiment de charme, mais de ce que, moi, j’apprécie surtout dans la poésie. Et en tout premier lieu, j’apprécie la puissance. S’il n’y a pas de puissance, il n’y a presque rien. L’expressivité. La plasticité. La profondeur. Le métier de visionnaire. La puissance de croire en ce que l’on écrit.

De « la Flamme » à « l’Express », puis « Flagrant », « Capital », « Playboy », « L’événement du jour » (où vous avez été rédacteur en chef) et récemment, à nouveau, « La Flamme »… Voici les publications où vous avez investi votre temps après avoir abandonné la carrière d’ingénieur pour celle de journaliste. Il est évident que vous avez été attiré par la presse écrite, par la joie de tirer ainsi chaque jour quelques projectiles avec un fusil. Qu’est-ce qui vous séduit exactement dans le journalisme ?

Ma première expérience s’est faite à « La Flamme » et je n’y suis pas revenu en vain. L’existence doit être vécue jusqu’au bout, de manière directe, pas sur un mode virtuel, car l’aventure est, avant tout, intérieure. Sans aventure intérieure, il n’existe pas d’aventure. L’aventure, en général, comme elle se trouve dans le monde, n’est qu’un réflexe de l’aventure intérieure.

Vous vous sentez comblé en faisant du journalisme, plus précisément, en faisant ce journalisme, de Roumanie, où les années 90 ont promu un certain type de discours très original, mais souvent criard sur l’auto-discrédit et donc plutôt répudié par les maîtres du genre à l’Ouest ?

Le journalisme signifie pourtant un métier très avancé. La manière dont on le fait, voilà un problème qui est plus d’ordre personnel. Chacun son problème. Moi, je l’ai fait avec passion, et j’ai voulu vieillir dans ce métier, que certains, c’est vrai, ont maudit. Ce que l’Occident a perdu, c’est le coeur. Il a conquis plus de cérébralité – et il a perdu l’une des coordonnées fondamentales qui définissent l’être humain : la participation affective.

Je crains les mots qui s’avèrent être trop impuissants devant leur rôle d’interface entre deux entités qui veulent communiquer. Or c’est pourquoi, je vous demande, pour qui écrit le journaliste Mihail Gălăţanu (qui n’est pas un rédacteur de nouvelles, mais un homme au service du développement de la réalité sur un mode très sérieux passé au crible d’une vérité impitoyable) Vous avez en face des yeux un lecteur virtuel avec un horizon d’attente bien défini et auquel vous « parlez » avec un « human touch », ou bien vous faites une presse abstraite, conjoncturelle ?

Oui, bien-sûr, il peut également exister un portrait-robot. Mais je n’écris pas pour le portrait-robot. J’écris tout d’abord pour Dieu. Dieu est mon premier lecteur. Il est enthousiaste, il est horripilé, il est triste. De toutes façons, Dieu nous lit tous. Mais si nous parlons de l’identité de mon lecteur, j’écris pour un lecteur capable de synthèse: le lecteur de Stănescu, de Ion Barbu, de Cărtărescu, de Danilov, d’Ivănescu, de Brumaru, de Rimbaud, Baudelaire, de Lautréamont, de Pound...
Mais avec « la Flamme », je souhaite faire une revue formidable, et pour ceci, j’ai besoin de temps. Pas un peu, au minimum, un an ou deux.


«J’attaque une mentalité. Un manque de générosité. Une indifférence crasse. Une indolence condamnable en face de l’histoire. »


Vous vous êtes engagé sur la voie des coureurs au long cours. Jamais en groupe, jamais en protégeant vos arrières. La censure vous a ravi la joie toute entière du premier livre, tandis que par la suite vous avez été obligé de ne plus pouvoir choisir facilement le rythme, les moyens, la tonalité. Néanmoins, vous avez vaincu. Quel goût ont ces batailles, au succès venu si tard, de sorte que leur enjeu s’est perdu depuis longtemps dans la mémoire ?

Je crois que deux institutions ont détruit la chance de reconstruction de la Roumanie culturelle post-révolutionnaire. L’une sont les Editions Humanitas, et l’autre, l’Union des Ecrivains. Je ne vais pas jusqu’au Parlement ou au Ministère de la Culture. Le Ministère de la Culture est une lie, une honte. Alors que des écrivains meurent de faim, Răzvan Teodorescu, un individu inqualifiable, décore des fonctionnaires du ministère. Pour quoi ? Parce qu’ils n’ont rien fait pour la culture roumaine ? La culture roumaine a été mise en pièces par ces pithécanthropes. Qu’est-ce que le Ministère de la Culture ? Un bordel ? Quels services nous offre t-il, à nous, les écrivains ? On nous donne à nouveau Dinu Săraru, Dinu Păturică, Răzvan Teodorescu, une honte dans la culture roumaine. Pas même Caramitru n’est au-dessus. Qui est Caramitru ? Et ce Ministère – où il ne se passe rien – avec grâce- depuis près de 15 années post révolutionnaires. On pourrait au moins le transformer en bordel, ce Ministère de la Culture, rien que pour bénéficier nous aussi, les écrivains, de quelques services. On pourrait au moins engager des fonctionnaires jeunes, jolies, avec lesquelles noyer l’amertume, après s’être ennivré au bistrot du Musée de la Littérature. Gratuitement. Ou en euros. Une institution inqualifiable, profondément inutile et corrompue, qui dupe les pauvres bourses des écrivains. Ceux-ci meurent à bout de force, pendant que les fonctionnaires mettent du rimmel, se bourrent la panse de café, rajoutent du vernis à ongle. Ils se fourrent du rouge à lèvres sur le museau, comme ils en laissent sur les braguettes. Et on leur a fait un nouveau siège ? Pour quoi ? Pourquoi était-il nécessaire de dépenser de l’argent dans un nouveau siège ? Pourquoi les fonctionnaires du Ministère de la Culture ont-ils besoin d’un nouveau siège, alors que les écrivains n’ont pas de protection sociale minimale ? Et j’ai vécu une autre désillusion avec Gabriel Liiceanu. Tout le monde s’est écrié : vive Liiceanu, bravo Liiceanu. Moi aussi, j’ai fait partie, je le reconnais, de ceux qui ont admiré Liiceanu jusqu’à en faire un archétype. Le modèle du philosophe-potentiel, au sage dans la cité. D’où la déception aussi.
Après avoir hérité de l’argent des Editions Politice, Gabriel Liiceanu a réalisé une chose pour moitié au moins bonne, convenable, élevée, courageuse, louable : il a retiré des éditions roumaines celles de Cioran, Ionesco, Eliade, etc. C’est vrai, toutes avec seulement quelques dizaines de milliers d’exemplaires en plus. Il n’avait pas besoin d’elles ? me demanderez-vous. Oh, si. Mais peut-être, dans la même mesure, faut-il aussi un support pour les générations plus jeunes. Sinon, vers où se dirige la littérature roumaine ? Ensuite, qu’aura t-il appris de son maître, Noica, il a pensé que ce serait une perte de temps d’encourager les jeunes. Humanitas n’est plus qu’une édition de morts (convenables, c’est juste, illustres, en toute vérité)- et d’autres en voie de mourir. D’autres ne publient que grâce à des intrigues politiques. Et c’est « l’édition- fanion » de la culture roumaine. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle ne publie pas de poésie, l’édition–fanion de la culture roumaine a répondu de manière implicite ou explicite à travers la voix de Liiceanu : cela ne se vend pas. Indiquez-moi à moi aussi un seul écrivain roumain publié chez Humanitas depuis Cărtărescu ( Hé, réveillez-vous, nous sommes la deuxième décennie et quelque depuis son début). Quatre vingt-dix ? Pauvre de moi ! Gabriel Liiceanu, le monument, la statue, leur a montré la porte. Aldulescu? Si vous l’interrogez au sujet de Liiceanu, je vous parie qu’il va vous zieuter par dessous ses lunettes et va vous demander : qui c’est celui-là ? Il est dans l’équipe de polo de Roumanie ? Il joue au ballon sur un terrain vague ? N’importe comment, il est trop novice, il vient tout juste de fêter 50 ans. Ceux qui viennent après Liiceanu ne sont pas nés, ils n’existent plus. Tendres dans la culture roumaine qui s’arrête à Liiceanu. Daniel Bănulescu? Non, il est trop morveux pour l’arrogance de Liiceanu. Ah, dites-moi, ai-je tort ? Ioan Es. Pop? Il est trop jeune, et il doit encore mûrir. Razvan Petrescu ? De celui-ci, on n’a rien entendu de précis encore. Ne parlons pas de la génération des années « deux mille ». La monumentale édition de Liiceanu ne s’abaisse pas jusqu’à publier des débutants. Impertinente arrogance ! A celui qui a tout promis à la pensée roumaine et qui a tout raté, réussissant à écrire des journaux où défaillent dans la gouttière des adolescentes attardées et anorgasmiques. Pourquoi Aldulescu ne se vendrait-il pas ? Dans le cas où il bénéficierait d’un soutien similaire à celui des Editions Humanitas comme pour Cărtărescu? Vraiment, je ne comprends pas cette génération des années 60 – 80 de la culture roumaine. Ils se figurent qu’ils sont éternels ? Pourquoi ne décollent-ils plus du fond de leur chaise ? Et dans le cas où ils sont tous collés au fond, pourquoi n’aident-ils pas ceux dans les générations qui auraient besoin d ‘« arriver » ? Ce n’est pas seulement le cas de ma génération – les années 90 – mais aussi celle des années « deux mille ». J’ai envie de crier à Gabriel Liiceanu : Monsieur Liiceanu, vous n’avez jamais été jeune ? Alors, pourquoi cette avarice, pourquoi être obtus ? Vous vous dites : Ah, il attaque Liiceanu ! C’est une attaque concertée contre Liiceanu, Theodorescu, Uricaru, chaque prévost de n’importe où, à son instar. Rien n’est plus faux. J’attaque une mentalité. Un manque de générosité. Une indifférence crasse. Une indolence condamnable en face de l’histoire.



«Nous avons besoin d’un monde nouveau, authentique »


Privé d’espace entre poésie et journalisme, vous n’avez cependant pas pu vous abstenir d’aller fouler aussi avec bonheur les jardins de la prose. C’est ainsi qu’est né « Les artisans des cloches » (correction : « L’atelier des cloches » (1999) , « La rue des plantes » (2001) « La mariée sans corps » (2002), des volumes qui vous ont consacré en tant que prosateur qui cultive avec élégance un style journalistico-ésotérique. Quelle relation entretenez-vous aujourd’hui avec le roumain et à quel point le poète Mihail Gălăţanu est-il utile au prosateur Mihail Gălăţanu ?

Depuis la dissolution des genres, l’étage de la prose à la poésie, au roumain fonctionne, de toutes façons, uniquement comme un tiroir. Chaque moment d’inspiration trouve sa forme.

Qu’est-ce qui vous plaît et qu’est-ce qui vous attire dans l’univers éditorial aujourd’hui en Roumanie ? Certaines choses peuvent être corrigées et réglées d’elles-mêmes par des mécanismes de marché ? d’autres choses peuvent survenir en fonction de nouvelles nécessités, jusqu’alors inexistantes. Mais, en fin de compte, que doit représenter le livre au niveau de l’année 2004 ?

Il n’existe pas d’édition nationale qui nous représente. Humanitas est un mausolée, ce n’est donc pas un problème qu’il s’écroule dans une aile du parc Carol. Un amas de reliques. Aux gages des Editions Politice. Aux gages de la putain du régime passé. Pour chaque écrivain roumain en dessous de 45 ans, les Editions Humanitas sont une honte. Elles sont réellement inexistantes. Redevables des présomptions d’une seule personne, de qui s’agit-il ? Un philosophe ? Je m’incline ! Un écrivain ? Mais d’autres sont également écrivains. Alors qui cela concerne t-il ? Noica, s’il vivait, aurait donné dix coups de règle à ses disciples merdiques. Et il aurait retiré la courroie et aurait rougi leurs fesses. Ils ont fait, dans la culture roumaine « un Grand Pet ». Liiceanu qui faisait l’appel des fripouilles est arrivé à pratiquer l’imposture. Maintenant, il fait son seul appel. Je sais que mes propos n’auront aucun écho. Tous font la même chose : les chiens aboient, la caravane passe. Pourquoi, direz-vous, ce Liiceanu et son Edition sont-ils devenus un problème national ? Oui, moi, je le crois. Pas pour Liiceanu, mais pour l’Edition. Et tous, dans le « laissez faire, laissez passer ». Sans courage. Comment, tu te querelles avec Liiceanu ? Tu es fou ? Tu ne seras plus jamais publié ! Où deviendras-tu jamais un classique ? Et si j’ai raison, que puis-je faire ? Le ménager ? Pourquoi ? J’en ai eu assez, cela m’a écoeuré. Nous avons besoin d’un monde nouveau, authentique. C’est le drame que nous vivons, nous les écrivains des années 90. Et pareil pour la génération des « deux mille »… Après la chute du communisme, ceux des années 80 et les gâteux se sont mis la tête en morceaux, et ils n’en sortiront plus que les pieds devant. Et maintenant, ils héritent de ceux qui sont morts, embaumés, illustres. Vous oubliez la parodie intitulée Eugen Uricaru. Eugen Uricaru est une parodie selon Laurentiu Ulici. Qui a usurpé avec force le siège de Dinescu. Ceux-ci sont plus méchants que le Mur de Berlin, encore plus méchants que le communisme.

Quelle est la destinée des livres que vous avez écrits jusqu’à maintenant ? Avez-vous le temps nécessaire pour administrer votre œuvre ?

Non, car les éditions en Roumanie, pour la plupart, ne sont pas sérieuses. On ne peut pas faire le projet d’édifier quelque chose quelque part. Leur offre est à peu près nulle. Il faudrait parler de réédition. Où ? Si déjà les écrivains qui ont atteint l’apogée, parmi ceux des générations 60-70, n’ont pas d’endroit où faire rééditer leurs œuvres manuscrites, alors pour les autres, où ?



« Mon portrait, ce n’est pas moi, c’est à peu près moi. »



Les générations de poètes qui arrivent, celles qui n’ont aucun rapport avec le communisme, parce qu’ elles n’y ont pas adhéré, et qu’elles n’ont pas été infestées idéologiquement ou culturellement, ont un discours totalement différent de ce que nous connaissons « nous autres », et ceci, pas seulement parce qu’il est question d’auteurs plus jeunes, mais parce que nous avons dû faire avec une conscience plus pauvre sur des pistes fausses. Comment vous paraît la littérature à venir ? Je vous prie d’avoir recours ici à cette même intuition qui vous a fait émettre de mémorables sentences vis à vis de certains phénomènes ou de certaines personnalités de la culture roumaine.

En premier lieu, ceux qui écrivent depuis 1989 ont quelques caractéristiques claires. Ils ont renoncé à l’ésopie. Pas nécessairement à la parabole. Ils ont des directions. Des frustrations. Ils ont des explosions. Ils ont un rapport au sacré. Ils n’ont pas la pudeur des censures, mais seulement leur propre pudeur. Comme elle est. Ils n’ont pas d’ inhibition. L’histoire littéraire leur devra cette décontraction. De même, ils ont une implication sociale. Ils ont des attitudes. Une conscience politique et civique. Je n’exclue pas, personnellement, une implication dans la vie politique, lorsqu’il existera un moment propice. Je ne crains pas de me maculer, par une intervention personnelle, en politique. Bien sûr que le danger existe. Mais si nous restons tous la mort dans l’âme, nous ne devrions plus entrer dans une forêt, de peur des fauves.

Lorsque vous êtes allé à Paris, avec une bourse, pour suivre les cours de la fondation des journalistes en Europe, vous avez eu le plaisir de rencontrer Madame Monica Lovinescu et Monsieur Virgil Ierunca. Il y a de cela dix ans, et entre temps, s’est ouvert également une maison Lovinescu sur le boulevard Elisabeth. L’histoire commence à vaincre une honteuse conspiration du silence. Avec quels sentiments considérez-vous maintenant cette famille de grands écrivains, les Lovinescu, qui ont introduit pour beaucoup la Roumanie en Europe et ont cultivé par conséquent un élégant libéralisme culturel qui a annobli la culture roumaine ?

Je m’en veux de vous décevoir, mais ma préférence chez les Lovinescu reste Vasile Lovinescu, celui auquel je porte un grand amour et une grande admiration. Vasile Lovinescu est l’un des plus grands écrivains de la génération de l’entre deux-guerres, même s’il n’est pas encore reconnu en tant que tel. Il est l’égal d’Eliade, le double de Cioran, l’équivalent de Ţuţea. Rien de moins. Au contraire. Mais cela ne signifie aucunement que je ne tienne pas beaucoup, dans mon cas, à Monica et Virgil. Tous deux sont absolument admirables et sont faits du pain de Dieu. Qui peut nourrir le monde.

Je vous adresse une demande plus inusitée par rapport à la sobriété que je cultive dans mes interviews avec les écrivains : considérez-moi tel un confesseur et en même temps un miroir. Pourriez-vous faire votre auto-portrait dans cette confession ainsi évoquée en partant uniquement des éléments et des thèmes qui vous ressuscitent à travers mes questions et sans éviter aucun détail plus délicat ?

Mon portrait, ce n’est pas moi, c’est à peu près moi. Ce sont mes amis. Les littéraires et les non-littéraires. Les littéraires, ce sont Nicu Ţone, Marian Draghici, Luca Piţu, Emil Brumaru (le retrait du champs littéraire de Dan-Silviu Boerescu m’a laissé une grande tristesse dans l’âme, c’était l’une des meilleures valeurs chez les critiques littéraires roumains, depuis Nicolae Manolescu). Je n’ai voulu donner que quelques noms dans mon énumération antérieure, au hasard, ceux qui me sont venus spontanément sur la langue. Et je devrais également compléter ce portrait parmi les amis non littéraires, ou ceux moins connus. Car il y a d’autres étages dans mon portrait. Alex. Ştefănescu, par exemple, ne rentre pas dans cette catégorie d’amis. Il est bien plus que cela, Alex. Il est l’une des plus merveilleuses choses qui soient arrivées dans ma vie. Il est la joie de mon cœur. Je n’ai jamais pu le remercier pour sa très grande générosité. Et, c’est remarquable, notre relation dure depuis douze ans, dans un monde littéraire où toutes les choses changent. Alex est un bon guide en littérature. Il est vraiment autre chose qu’un ami. Alex est le mentor. Je dis le mentor, pas le maître. Le maître est tout seul et (à peu près) caché. Je me réfère au maître en chair et en os. Car il existe également un maître non concrétisé, et celui-ci est notre maître à tous, c’est le Christ.

Avec un naturel impétueux comme le vôtre, avec cette attitude d’insurgé qui ne vous a quitté ni dans le style journalistique, ni dans celui de l’esthétique, vous êtes du genre qui s’implique dans la création du Bien Public comme dans une banque d’organes pour anges, inépuisable. Avez-vous quelque chose à vous reprocher concernant l’efficacité de vos démarches puisque vous êtes du genre à être convaincu que la parole en tant que bistouri peut changer le monde ?

Je suis convaincu que la parole, sans intermédiaire, peut changer le monde. Il faudrait parvenir à prendre la parole des Evangiles. A prendre tous les livres religieux. Si le Christ est le Logos, alors le Christ a changé/change le monde, implicitement. Le Logos représente la force pour changer le monde. La parole change le monde.



«Que signifie donc aujourd’hui le statut de membre de l’Union des Ecrivains ? »


Quelle valence subtile a satisfait l’attaque de votre part à un moment donné de la coquetterie dans un style licencieux-irrévérencieux appliqué à quelques thèmes tabous de la conscience publique ? On peut aussi remarquer le fait que Dali faisait preuve de pulsions similaires, dans certaines périodes de créativité, ou dans les chapitres savoureux de «Journal d’un génie». Vous regrettez quelques- uns de ces hasards ?

Non, comment le regretterai-je ? Je me suis copieusement distrait. C’est vrai que j’ai aussi acquitté la note à payer. Un illustre professeur de Cluj, qui se trouvait dans l’entourage de l’Union des Non-écrivains & Non-voyants de Roumanie, a déclaré formellement, en pleine séance de réjouissance, que « Gălăţanu n’aura pas le prix US (Union des Ecrivains) même par-delà son cadavre, parce qu’il a écrit « Une nuit avec la Patrie ». Le cadavre, malheureusement, ne s’est pas encore trouvé. (…) On me dit que j’ai insulté la Patrie, donc je ne suis pas désiré. Car je suis trop «licencieux» .
Mais je ne peux pas être aussi licencieux, même si je m’y efforçais, que les grands maîtres du lupanar du moment. Surtout des lupanars politiques, économiques et culturels. Selon mon opinion, l’Union des Ecrivains est un aiguillon, comme le FNI, le SAFI, les choix de 1990, 1992, du PSD, du Ministère de la Culture. Une broche, purement et simplement. Dans le refuge de ces institutions, certains exercent des subterfuges, ils font des manigances. Ils font des trocs.
Et c’est encore une chose à dire, à souligner au crayon rouge et violent : dans le monde littéraire roumain, l’omerta fonctionne. La loi du silence. Personne ne dit rien. Personne ne fait comme moi, car c’est se suicider.
(…)
L’omerta littéraire est très dure. Elle fonctionne pour de vrai, je l’ai senti sur ma propre peau. Le Ministère de la Culture ventile de grosses sommes d’argent. Qu’en fait-il ? A mon avis, il les blanchit. Le Ministère de la Culture est une grande blanchisserie d’argent. Ou une grande blanchisseuse. Je crois même, que les bonnes gens me condamnent pour mes opinions dangereuses, frauduleuses. L’omerta littéraire ne pardonne pas. En premier lieu, on est mis à l’écart des prix. Puis de l’Union des Ecrivains, des déplacements, des décorations. Le mérite Culturel, le Livre Roumain, les éditions. On est mis à l’écart aussi par le Ministère de la Culture : les financements des livres, les subventions, les montants, les financements des projets éditoriaux, le festival de Neptun, les manifestations sur le territoire, les invitations aux festivals littéraires, l’acquittement du chemin pour Struga… Je pourrai vous donner trois exemples : le premier : mon expérience avec l’Union des Ecrivains lors de mon départ en Slovénie pour le festival de poésie de Medana ; le second : mes relations avec l’Observateur Culturel, qui m’invective systématiquement pour le simple motif suivant que m’a exprimé très clairement Simona Popescu : comment peut-on être ami avec Dan Boerescu ? Le troisième : Les subventions et les prix littéraires dont on est systématiquement éliminé. Je vais faire, pour chaque publication que l’on me demande, la chose suivante : je mettrai les prix littéraires en face à face avec les options du jury. Pareil dans le cas des subventions. Et j’afficherai les « jurys honteux ». Pourquoi les jurys honteux et leurs transactions lamentables, balkaniques, n’apparaissent-elles pas publiquement ? Pour chaque décision du jury, il faut mettre, en grand, le jury qui l’a prise. La commission qui a attribué les subventions. Et pour finir, une autre histoire succulente : celle de la Fondation Littéraire. Tout doit être dit. Pourquoi, après la mort d’Ulisi, celui qui a usurpé Dinescu, a t-on étouffé toutes les affaires ? il n’y a qu’une seule réponse à tout ceci : l’OMERTA !
Et encore une chose : je voudrais convoquer, à partir d’ici et maintenant, un débat public. Je fais un appel à tous les écrivains roumains qui se trouvent dans mon entourage et qui s’entretiennent des problèmes graves dont est pétrie la société des écrivains roumains. Commençons avec ce premier appel auquel je songe comme proposition : QUE SIGNIFIE DONC AUJOURD’HUI LE STATUT DE MEMBRE DE L’UNION DES ECRIVAINS ?

Sur quelle voie allez-vous continuer à courir, à vous éloigner en force, solitaire et imprévisible sur votre trajectoire : celle de la prose ou celle de la poésie ? Sur quels projets travaillez-vous à présent ?

Eh bien, la voie sur laquelle je suis déjà, me condamne me frustre et m’isole presque, et ce n’est pas ce que je voulais. Je ne suis pas masochiste, et je me reste avec mon franc-parler. J’ai invectivé tout ce qui était à invectiver. Pour comble, je suis un hédoniste, j’aime immensément la vie, je n’ai pas le sens du martyre, même si je souhaite le sacrifice. Le sacrifice, lui aussi, change le monde. Le sacrifice, comme je l’ai déjà dit, est une valeur suprême sur la terre comme au ciel.



«L’homo zappiens, c’est nous. Nous qui trichons, minute après minute. »



« Ma tombe se creuse toute seule » est un chef-d’œuvre de ceux qui changent radicalement par rapport à ce qu’on a connu : Ainsi, nous découvrons que la mort est un étrange bonheur qui chante dans une caisse de résonances qui appartient à Mihail Gălăţanu. En quoi consiste le sentiment de la vie chez quelqu’un qui peut écrire de cette manière sur la mort ?
D’autre part, par quels moyens peut encore rester en vie une culture apprise à l’heure de la globalisation, et ressentie en quelque sorte comme un moment palpitant lors de noces roumaines, celui-là même où la mariée se dérobe ?


Non, la globalisation n’est pas notre problème. Mais le fait que justement ceux qui dénoncent l’immobilité en cours sont, pour comble, les premiers à être figés. C’est comme si j’avais assisté à une prémonition. Sombre. Les gens ne sont plus vivants. Ce sont des morts que nous devons ressusciter. La vieille garde des années 70-80 , des frustrés d’alors, sont revenus et pas uniquement pour conduire aujourd’hui la Roumanie, mais aussi pour la contrôler. Politiquement et également culturellement. Il faudrait faire le nettoyage. Il faudrait assainir l’endroit. Le brûler si c’est nécessaire. Au vu, jusqu’au bout, du casier judiciaire de chacun. Personnellement, j’ai eu la grande chance de ne m’être enrôlé ni dans le parti communiste ni dans les rangs de la Securitate. Je suis allé au lycée militaire, où mes supérieurs ont convenu de me donner un blâme, chose plus difficile alors, mais qui aujourd’hui pourrait être plutôt une chose pour laquelle d’autres s’attribueraient des bons points. Ma rencontre avec la Securitate a été sporadique. Presque sans le savoir, lorsque j’avais 13-14 ans. Un professeur est venu et nous a donné une sorte de « colle » où nous devions dire qui dessinait des svastikas sur les portes des salles de classe. Nous étions en huitième classe. Le professeur a ramassé nos colles, les a portées chez le directeur, alors que celui-ci – ou les deux ensemble, je ne sais pas- les a apporté chez un type dont j’ai entendu, un peu plus tard – car je ne me souviens plus de lui, ni qu’on me l’ait présenté- qu’il travaillait pour la Secu. C’était un monde dans lequel, étant petits, on était mis pour rapporter. C’était la partie mauvaise des choses, mais il existait aussi une partie bonne. L’esprit de groupe chez les roumains était plus développé, il y avait une plus grande solidarité. Et donc, par conséquent, un plus grand intérêt pour la littérature. Pour la culture en général. N’empêche que , dans ce temps-là aussi, la culture était une Cendrillon, bonne à être mise de côté, avec les coquilles de noix.

Que vous transmet l’époque où nous vivons ? Qui a besoin aujourd’hui de poésie ? Qui lit aujourd’hui de la prose ? De quel côté se dirige l’Homo Sapiens et s’il existe sur sa trajectoire un endroit pour l’écrivain, est-ce dans la classe touriste ?

La poésie ne fonctionne pas seule. Elle fait partie d’un tout. Elle développe le cœur. C’est une forme de culturisme du cerveau et du cœur, également. La poésie construit le sens du merveilleux. Elle reconstruit la noblesse. Et la pureté primordiale, celle qui est perdue. Je ne crois pas en une poésie qui manque de colonne vertébrale. Oui, elle peut être flexible. Néanmoins, il faut qu’elle existe.
Nous ne sommes Homo Zappiens que dans la politique. Pas seulement en face de la télévision. L’Homo Zappiens existe, également, dans la culture. L’Homo Zappiens n’est pas une espèce qui n’apparaît que devant la télévision . L’Homo Zappiens c’est nous. Nous, ceux qui trichons, minute après minute. Nous trichons et trichons encore. Nous trichons avec la vie. Nous trichons avec la mort. Et, enfin, il ne reste plus rien. Et moi aussi, je triche. Mon désespoir, mon désastre est que, dans un monde qui n’est plus pur, on ne peut plus rester pur. Mais alors, on n’a plus qu’une seule consolation : on peut se porter témoin de la pureté. La pureté que nous avons justement perdue et que nous pouvons réintégrer uniquement par la grâce divine.


(Traduction : Nicole Pottier)

*

Interview parue dans la revue « Hypérion », 2004.



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