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Poezii Românesti - Romanian Poetry



 
texte recommandé par - Nicole Pottier

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poèmes [ ]

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par mariana fulger [MF ]

2009-08-20  |     | 




un homme de très loin m’a dit un jour: je te connais
un oiseau, un acacia en fleurs, fortement penché sur les eaux de la mer
un sillage de fumée, laissé par un avion qui se perdait dans la campagne
une fenêtre sur laquelle se voyaient les traces de mains d’un enfant ou d’un vieillard
une bulle d’air, l’écho des fous rires des enfants dans la maison qui avait hier peu de choses
mais de nombreuses portes vers les contes de fées
une boîte de conserve qui roule dans le parking à six heures du matin,
rappelant une fillette, quelque part dans le temps, et une latte au bout de laquelle
roule, dans sa fougue, une boîte de cirage noir ou marron
un fragment d’enveloppe et un bout de papier à l’écriture lavée par la pluie et le soleil
où l’on distinguait encore l’adresse et je rentre
un rêve qui se déplaçait parmi les hommes dans son monde de rêves à lui
un piano, quelque part, près d’une porte, sur un bateau oublié
un tramway qui part chaque matin de la gare routière de Griviţa à la Gare du Nord
laissant derrière lui une boule d’homme aux grands yeux presque noirs, larmoyants
quatre, huit, seize… yeux dans un monde où l’enfance ne peut pas passer
des tourterelles, des moineaux et un chien regardant curieusement à travers le grillage
en fil de fer où mûrissent dans le calme de l’automne des grappes de raisin
un berceau encore suspendu aux branches du cognassier derrière la maison
le vent qui entre par la porte légèrement fendillée et auquel s’adresse un vieillard paisible
depuis sa table de travail réparant une montre, en lui disant: assieds-toi, mon frère
un regard s’approfondissant dans l’infini d’une fenêtre d’église
une seconde qui semble avoir fait le tour de l’univers des millions et des millions de fois
un champignon blanc s’élevant d’un corps d’insecte mort
une forêt d’ondes qui se dispersent sur les êtres et les pierres telle une pluie légère
une fontaine où se rassemble le ciel tout entier; par-dessus, une autre fontaine
une étendue d’herbe au fond de l’océan
une piste sur laquelle courent, tout heureux, des enfants, des bonhommes de neiges
et des chiens
une vieille photographie reflétée dans un vase avec des lys
une pierre couverte de lierre, sur laquelle un gamin rêve qu’il va comprendre un jour
le début des mondes
une ville frémissante telle une forêt que je traverse à sept heures et demie du matin
un autobus resté loin dans le temps et où je dois retourner dans l’après-midi
un amphithéâtre d’université que j’ai traversé comme un bourdonnement
un bouquet de mariée éparpillé sur les tombes des grands-parents et la première neige de cet hiver
les registres scolaires jaunis dans les archives recouvertes de poussière et d’années d’une des écoles d’hier
un reste de chaise dans un amas de terre, de pierres, de plâtre crevé et des vitres
une charrette avec du pain qui monte, depuis presque deux cents seize matins,
de la petite ville, comme diraient les étrangers, où m’attend une salle d’opération,
car je ne sais plus si j’étais alors dans le monde ou si c’est elle qui a grandi en moi avec le temps
une réflexion de joie sur la joue en pleurs d’un enfant seul
une mère et un père revenant du travail à presque minuit
une bibliothèque dans un mur en bois construit exprès pour que vivent des romans, des histoires, des poésies
un acarien, un vieil ami qui me souhaite ses vœux de santé
une âme trop loin, trop tard, trop près, trop tôt, trop chérie éternellement


*Traduction: Nicole Pottier

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