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■ LE REEL EXISTE, JE L’AI RENCONTRÉ
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- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 2009-06-15 | |
Ténèbres. Minuit passé. Les chiens ne soulèvent même plus leurs museaux fatigués pour articuler un ouaf… Dans le ciel telle une masse laiteuse, grise, au loin passe un avion solitaire. La mer crisse comme une faux dans l’herbe du temps, une respiration fatiguée de dieu… J’allume la lanterne et je cherche une place près d’elle. Pourquoi m’appelle-t-elle, pourquoi est-ce que je viens, pourquoi est-ce que je l’écris?… Parce que même dans les ténèbres elle est là; parce que même si je ne l’entendais pas, je sentirais son déferlement au bout de mes doigts, elle m’attirerait vers elle; parce qu’elle a quelque chose de la majesté incomprise de l’infini; parce qu’elle attend un rêveur de n’importe où en marge d’elle-même; parce que, même si ce n’est pas très souvent, elle fait comme elle fait et amène là-bas un autre rêveur; parce que, et c’est connu: il est difficile de faire la différence entre un jour ensoleillé et un jour pluvieux quand tous deux démarrent dans le monde en se tenant par la main; parce qu’elle a une sorte de grammaire formée d’hippocampes, d’algues, de méduses, de poissons, de coquillages, de coraux, de rayons et de traces d’autres créatures flottantes; parce qu’elles, les mers, paraissent tellement saintes lorsque le ciel descend presque complètement dans leurs profondeurs; parce qu’elles ont le pouvoir mystérieux de régénérer l’air, la vie; parce qu’elles reflètent les étoiles; parce que tant d’oiseaux, à côté de leur balancement, bâtissent des colonies de nids; parce que chaque génération de tortues retourne dans leur monde; parce que les orques et les dauphins se dressent hauts dans la lueur rougeâtre du lever ou du coucher du soleil; parce que sur les cartes mais aussi dans la réalité elles séparent les terres dans la seule mesure où elles ne séparent jamais les frères; parce qu’elles sont bleues, vertes, rouges, blanches et cachent tant de fantaisies; parce qu’elles peuvent parfois devenir douces et calmer la soif des naufragés; parce qu’elles ont toutes sortes de noms tout comme les gens; parce qu’elles ne s’emportent pas trop souvent contre les navires qui sillonnent leurs poitrines; parce qu’elles s’en vont et viennent, s’en vont et reviennent tout comme les amoureux; parce que sur leurs rives chantent les troubadours; parce que tu dis: «Tu me manques tellement.» et tu erres de longs mois sur leurs étendues en me cherchant dans d’autres visages et encore d’autres visages de femmes; parce que lorsqu’une personne n’arrive plus, tu peux envoyer des fleurs et des petits mots dans des bouteilles sur leurs ondes; parce que même si eux non plus ne peuvent la trouver, il existe toujours un événement… une autre personne…; parce qu’elles se réveillent le matin avant tous les humains et remercient l’Univers pour leur existence; parce qu’elles ont une telle quantité d’eau et reçoivent toutes les pluies du temps; parce qu’elles cachent des portes pour les mers de feu de l’intérieur de la terre; parce qu’elles peuvent absorber leur furie et ajouter de merveilleuses îles et des eaux d’un bleu presque irréel à la planète; parce que tant de poètes ont chanté leurs étendues, leur frémissement; parce que je ne connais pas d’autre moyen de donner un nom à ces mots qui viennent…
*Traduction: Nicole Pottier ________________
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