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Transsubstantiation (extrait)
essai [ ]

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par [Reumond ]

2012-07-12  |     | 




De la construction des cathédrales jusqu’aux expressions les plus variées de l’art sacré, si l’eucharistie est une source inépuisable et un sommet de la vie chrétienne, mon propos en ces pages rouées par les vents de l’esprit n’est pas de parler religion, mais de la vie.

Quand je parle de « transsubstantiation », je me situe évidemment dans le domaine de « la poésie pure », c'est-à-dire de la pure création, et mon intention n’est absolument pas de me cloisonner dans le champ du religieux !

Comme la transmutation du plomb en or est une image plus ou moins parfaite de la conversion de l’animal en humain, et de ses vicissitudes et multiples combats intérieurs pour devenir lui-même, quand « je » parle de «transsubstantiation » à « tu », il parle par « analogie » d’un passage, celui d’un état de réalité ou de la vision de la réalité, à un autre état.

À travers les états d’âme, d’esprit ou de conscience, les maux ne se font-ils pas mots pour que les mots se fassent poésie !

O frères ! triste lys, je languis de beauté, pour m’être désiré dans votre nudité ; et vers vous, Nymphe, Nymphe, ô Nymphe des fontaines, je viens au pur silence offrir mes larmes vaines.

Ici le poète Paul Valéry, dans son Narcisse parle, ne métamorphose-t-il pas quelque tristesse en un pur silence qui vient troubler une fontaine fraiche des mots humides de ses larmes ?

Tendrement (con affetto) ou avec passion (con anima), en se jouant de percussions, des octaves et degrés de la gamme ; de souvenir d’épinette et de rêve de clavecin, les pires bruits ne se font-ils pas sons pour que les sons deviennent à leur tour de la musique !

Dieu ne s’est-il pas fait homme pour que l’homme devienne dieu, la nuit ne se fait-elle pas lumière pour que la lumière remplisse nos cœurs, la lumière ne se fait-elle pas couleurs pour que la couleur devienne toile !

C’est un fait ! Pour accueillir plus d’esprit ou plus de conscience, muter, évoluer, transparaître (n’est-ce pas là un enjeu plus grand encore que nos petits « moi je » noués en de multiples passe-temps et plaisirs éphémères), il semble qu’il nous faille défaillir et passer par tous les états de la matière et de l’âme.

Qu’il s’agisse de comparer, ou de chercher à dégager quelques réalités des sciences, des arts ou de la littérature, il s’agit avant tout de croire entre parenthèses « aux faits » ; car la vie n’est qu’un conte « de faits » dont il nous faut mettre certains entre guillerets.

Venons-en aux faits mêmes, à cette problématique de l’homme, pur animal de trait et de graphies pas encore très humain, parce que c’est là le problème pour le monde !

Bien que les chemins qui vont de la « bête de trait » que nous sommes à l’homme de l’Être que nous souhaitons devenir, soient de longs et périlleux chemins de transfinalisation de notre humanisation, de conversion des images que nous avons de nous-mêmes et du monde, un chemin ascétique et sémantique de transignification des mots que nous utilisons pour parler de nous ou des autres, et des problèmes proprement ou salement humains , croire aux faits reste essentiel pour ne pas perdre pied !

Suite à ce que je viens de souligner de sang et d’encre, la « transsubstantiation » dont il est question ici, s’articule dans une anthropologie dégagée de toute morale et de toute religion ; mais elle croise évidemment tous les mystères de la vie, celui de notre origine animale qui perdure et toute l’histoire de cette humanité que nous portons en nous, virtuellement, avec sa condition corporelle et sa dimension spirituelle, bien sûr, car il est difficile pour ne pas dire impossible, de ne pas puiser nos mots et nos références dans la multitude des traditions et des croyances de l’humanité depuis la nuit des bics, quand l’impossible s’écrivait encore avec un morceau de roseau dans la glaise des étangs aux odeurs de méthanes.

Bien qu’il nous « faille » pour avancer (d’où le risque de schizophrénie littéraire !) tenir compte et en même temps nous dégager de tous les malentendus moraux et religieux, entre l’Homme des Lettres qui se soucie peut de la transmutation des substances et l’homme de l’Être qui en est alambiqué et moulu des racines jusqu’aux fruits de cette transvaluation.

Toutes ces facettes de la condition humaine sont indissociables d’une seule et même réalité : la vie, la vie à laquelle nous sommes invités à participer, corps et âme, de toutes nos graphies, c’est-à-dire de toutes nos formes de gestalt et schémas d’engagement au monde.

Dansée ou peinte, toute trace de notre présence réelle est « graphie », toute forme de notre passage, qu’elle soit imaginaire, symbolique ou réelle est « graphique », comme inscrite dans l’espace et le temps.

Toutes nos graphies tracent un chemin de vie ! Elles se font trait comme se font, font les petites marionnettes, ainsi les maux et les mots prennent chair dans le corps ou la peau du papier pour signer de leur sang d’encre leurs marques de fabrique, leurs ratures ou leurs meurtrissures.

Béjart dans ses Fleurs du mal et Paolo Bortoluzzi que j’ai eu la chance de rencontrer dans leur intimité bruxelloise ; Chagall dans ses envolées colorées et transparentes comme les vitraux que j’ai admirés en la cathédrale de Reims; Rimbaud criant dans mon oreille alors que j’étais de passage à Charleville, O, suprême Clairon plein des strideurs étranges ; Léo Ferré chantant Avec le temps, va, tout s'en va, on oublie le visage et l'on oublie la voix ; Hubert Grooteclaes avec qui je parlais devant une bonne Mort subite bien fraîche, de ses superbes photos en noir et blanc de Ferré ; les clichés singuliers de Diane Arbus, sa fascination pour les marginaux et les difformités physiques, tout est graphie, tout est graphique et transmutation.

Du pourtour des Monstera deliciosa, jusqu’au tracé d’une étoile, tout contribue, coopère et participe à la grande graphie qui se déploie avec les Univers.

Car nous sommes tous amis et frères du philodendron, tous de genres et d’espèces différences, ce qui nous rapproche du tout ; nés d’une même constellation, où tout justement concourt à la graphie, car tout contribue à la vie !

Toutes les formes de vie et d’arts s’articulent en graphies vivantes, de talent hors du commun en bon coup de crayon, de trace ogivale et de patte originale en style particulier, avec plus ou moins d’enthousiasme et de passion, d’habileté ou de véritable technique, plus ou moins de génie et de folie.

Des arts plastiques aux arts pratiques, des fantastiques bâtiments d’Antoni Gaudí aux toiles hallucinantes d’un Dali, tout fuse, tous faits confondus, tous traits associés, tout fait partis d’une éternelle et infinie galerie qui a l’univers comme cimaise et l’espace-temps comme gardien de Musée.

Cette mutation et ces transmutations des traits et des faits, là où les faits et les traits se mélangent, comme l’origine et la fin s’entremêlent de sens, témoignant de l’extraordinaire diversité de la vie, comme le Grand Œuvre de l’alchimiste, toute l’œuvre d’un Victor Hugo ou la somme des traits d’un Gustave Doré.

Le penseur de Rodin pense-t-il penser ?

Du printemps des poètes à l’automne des compositeurs, de Gérard Philippe à Gérard de Nerval en passant par Jean Vilar, les scénographes et artisans du théâtre occupent la scène de l’espace-temps qui leur a été donné

Des frères Lumière à Lars von Trier, en passant par les Frères Dardenne, tous les créateurs et manœuvres du cinéma, entrent dans une forme ou dans une autre de graphie pour exprimer et imprimer la vie.

Chantée ou sculptée, toute graphie trace un chemin de vie !
Dans ce grand manège où la survie domine, chacun improvise à sa manière, chacun fait acte de présence réelle en fonction de sa présence ou de son absence au monde qui l’entoure.

Dans cette multitude de graphies, cette grande variété de chemin, quel est le tien ? De plume ou de stylet quel est l’outil qui te va si bien ? Quels sont ton style, ta dédicace, ton objectif, les stigmates du passé qui guident ta main, les joies du présent qui te donnent du cœur à l’ouvrage ? Quel est ton jeu de je à tu et ton créneau de graphie dans les marges du monde ? On ne peut trouver le bonheur qu’en soi, on a beau mettre des voiles aux maux, on ne peut trouver le vent qu’en soi. Du côté de chez soi, rue du Bic, tous les chemins conduisent à notre centre de gravité pour nous guider vers l’autre. Là où il n’existe pas de wi-fi, pas de prise de courant ni même de pile électrique, et où la seule solution est de se brancher dans une prise de conscience pour resté connecté aux autres.

Alors, à nos prises, à nos postes ! Les anges gardiens y sont déjà des porteplumes, des messagers de la bonne nouvelle.

Se « graphier » comme on s’écrit, comme on se bouge… c’est entrer personnellement dans ce mouvement de vie qui est « analogue » à un mouvement eucharistique, une métaphore du don, où l’on se livre corps et âme par la danse ou le chant, la couleur ou l’image, les jeux de mots ou de formes, pour recevoir et se donner à l’infini ; inspirer et expirer d’une inspiration profonde, s’abandonnant comme le trait se gomme, offrant là en partage l’intime et l’ultime de soi à quiconque respire, comme la forêt se donne dans une véritable relation à l’autre, tel est la véritable transsubstantiation, une permutation de l’ego dans un retournement du sens.

Du document martyr au manuscrit qui s'offre comme une hostie de papier, le mal et les mannes nécessaires se mélangent dans le même athanor.Les offrandes et les sacrements de la vie sont ainsi donnés gratuitement et en toute abondance, encore faut-il savoir ou pouvoir les accueillir !

Tout en nous et autour de nous est expressions explicitement plurielles et signes intérieurs et extérieurs de présence visible et invisible de cette vie même, c'est-à-dire de cette grâce qui est présentement réelle en toute chose ; ces signes par milliers ne sont pas de simples faits ou même de simples symboles, mais ils sont effectivement des traces sigillaires pour prolonger le chemin à suivre afin de devenir homme davantage humain.

Toute graphie est un sacrement de vie

Regardez le graveur traçant le cuivre, le fondeur se jouant de la cire, le danseur tourbillonnant tel un derviche, l’écrivain qui se lève la nuit de peur d’oublier la phrase susurrée dans un rêve bleuté, et l’enfant qui dessine un cheval noir sur un papier tout blanc.

La vie ne se limite pas à son action au tissage des nerfs et des tissus corporels, aux saignements des humeurs et aux pensées absconses qui nous passent par la tête, elle nous confère quelque chose qui dépasse et habite nos chairs, puisque, de la plus petite fleur des champs à l’insecte qui se pose sur ma main alors que j’écris, toute vie est un prolongement de quelque chose qui la meut, un sacrement de la chance qui tourne fou, une destinée, si courte soit-elle, comme celle de prolonger la conscience de la chenille bien au-delà du papillon, c’est là que la vie nous consacre pour être elle-même consacrée.

Dans de bonnes conditions, même quand les situations sont épouvantables, toute vie reste ex opere operato ; toute cause produit son effet chez ceux qui n’y mettent pas d’obstacle, là est la cause de toute bonne raison et toute grâce qui transforment et permettent de passer d’un état de la réalité à un autre état, telle est la transsubstantiation des faits en bonnes nouvelles.

Mais nous avons semble-t-il quitté notre axe, perdu notre véritable centre de gravité ! Quand on manque de repère c’est toujours comme ça, on en invente d’autres, ou l’on revient à nos vieux modes de pensée et schémas de fonctionnement, à nos sempiternels clichés bien rassurants, à nos fondamentaux les plus archaïques, les plus sommaires, on retourne à nos fondamentalismes les plus tranquillisants, mais aussi les plus terribles !

Oubliant que toute vie est mouvement, combat, transformation, en un mot « Transsubstantiation ».

(...)

Alors, allez savoir si l'écriture en elle-même est une forme de transsubstantiation ?

Dans sa longue traversée du sens, la parole se fait chair, rythme et mouvement, c’est-à-dire qu’elle se fait « vivante »; la parole se fait encre sur le papier, elle se fait matière, et tout l’enchantement de la substance, toute matière confondue et traversée de parole, c’est l’alchimie même du verbe.

Là où dans l’accord, les mots mêmes de « Poésie » et de « Création » se confondent dans la nuit des mots.

Transsubstantiation ou pas, que l’on parle d’évolution, d'humanisation, de transfiguration ou de transvaluation, de métamorphose ou de conversion…, le mot à peu d’importance !

C’est « le changement » en soi qui est l’enjeu du « Je » au « Tu », l’enjeu d'une vie et de toute vie, quel que soit le Jeu des mots et le travail de la matière; dans la matière et la parole, on a l’essentiel d’un véritable « Sacrement » ; on a là dans ces deux mots associés dans une extraordinaire synergie qui fait chanter les mots, tout le nécessaire pour changer le monde dans une authentique « Transsubstantiation », car l’écriture c’est toute une histoire de « Communion », entre l’intime et l’ultime de chacun !

Écrire, c’est donc une question de foi, c’est-à-dire que c’est toujours la question de croire en quelque « présence réelle » de ce que l’on écrit ; et en quelque présence réelle de ce qui est dit, car la parole fait ce qu’elle dit !

Écrire est essentiellement un acte sacré, un acte presque « eucharistique », c’est un passage, le passage, la pâque d’une pensée, d’un état d’âme ou d’un état esprit en une autre réalité, une autre substance.

Quand le logos s’y fait le moteur, l’écriture, devient un grand art, celui même de la métanoïa, du dépassement de soi, de la matière et des mots mêmes, c’est la liberté retrouvée « sur la pente du talus » là où « les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d’acier et d’émeraude », ainsi les mots de Rimbaud filent-ils leur courbe à l’infini des talus de l’abîme, là même où Artaud dans sa douce folie refusait d’aller, repoussant ce vide auquel il aurait du s’abandonner ; ce vide qui pourtant, était déjà en lui (les nouvelles révélations de l’Être).

C’est un combat intérieur, une mystique ou le papier ne se gratte pas nécessairement dans le sens de la fibre, où l’écriture ne se caresse pas toujours dans le sens de la plume, et où les mots ne se donnent pas forcément dans le sens des encres…

Nombre d’écrivains sont des transgresseurs de cette nécessité, de cette transcendance. Dans la synergie trinitaire des plumes, des encres et du papier, rien ne se fait tout seul, car notre propre qualité de présence ne dépend pas de notre extériorité, de notre agir, mais de notre transparence de scripteur !

(…)

Par tous, partout, partouze, les mots traversent la matière, ils se font eux-mêmes substance pour apaiser les maux.

Quand frissonne le lecteur, le verbe se fait chair de poule.
Quand l’envie de lire vous prend la nuit et que vos mains en tremblent, le verbe se fait clair de lune...

Chaque fois qu’un écrivant pose sa plume sur le papier, dans le secret ou l’aveu, c’est une révélation qui s’opère en lui, par lui et avec lui. C’est toujours une sorte de défi, une opportunité de changer le monde ; car il a sous la main toutes les ouvertures possibles, toutes les occasions plus ou moins remarquables ou remarquées de sortir de ses déterminismes, de lâcher prise, d’abandonner les terres connues de ses habitudes de scripteur.

Sur le papier comme sur une carte du territoire de soi-même, l’écrivant à tous les atouts pour quêter l’Être en lui, il a toutes ses chances de quitter les marges, de gratter en profondeur pour abandonner les chemins balisés par les uns, ou trop cadrés par les autres, ainsi l’orthographe de ses pères et le style de ses pairs ; car nulle académie, nulle école ne peuvent retenir le vent qui souffle et ensemence les encres les plus grasses, celles qui coulent saoules dans le vagabondage infini des stylos bille pour tracer des auréoles noires et des stigmates rouges comme la vie sur la surface des vélins.

(…)

Écrire c’est donner vie à ce que l’on ressuscite par la puissance des mots et par toute la magie du verbe.

La parole traverse et transcende toute matière, elle est une substantifique moelle ! Et donc, écrire, c'est une forme de transsubstantiation ! La parole y traverse et y transcende toute matière,c'est la traversé du sens qui opère en elle.

la parole traverse et transcende toute matière

Observez bien l’écriture, voyez les phrases qui se déploient aux vents par milliers de livres ; approchez-vous, encore et encore, comme dans une macro photographie sans limites ; entrez dans la proximité des mots, plus près, pour pénétrer chaque ouvrage, chaque lettre, chaque courbe, et les plus grasses sont plus accessibles ! Prenez la tangente de l’italique, la plus transversale, la traverse la plus courte ; vous touchez au but, « ça brûle ! » comme disent les chenapans, ça brûle, et vous allez être absorbé dans le passage, par le col étroit des alambics pour renaître et ressentir dans l’œil un léger picotement, celui de la vraie vie.

Entrez en contact avec la lumière de la matière dont sont faits les billets d’amour, les poèmes mystiques d’un Jean de la Croix, et les mots les plus tendres de la littérature, pour vivre dans l’instant présent toute la magie de ces expressions les plus riches de sens.

Vous allez ressentir les sens et l’essence même des rythmes chamaniques, les rites oraux primitifs les plus authentiques, et contempler ainsi l’attrait le plus mystérieux du langage des oiseaux.

Comme l’hébreu livre ses codes les plus secrets, ses racines et idiomes les plus anciens, vous allez halluciner la présence du verbe ; c’est à ce moment-là, au kairos de la lecture, à la crête des visions, au pic des bics, que votre pupille peut véritablement entrer dans sa phase extatique ; elle danse dans votre regard, et votre troisième œil danse dans votre tête, vous dansez devenant vous-même le mouvement même des graphies, et telle une fraise vous percez les perspectives les plus inversées, les images les plus incongrues, et tout ce qui s’offre à vous gratuitement, avec abondance, pour pénétrer le cœur des choses, et être vous-mêmes traversé comme par mille champs magnétiques.

À ce moment-là, vous êtes sur le côté le plus flamboyant des mots, côtoyant l’infini dans sa robe de frisson et l’éternité dans son tutu rose, tout vous semble irréel ou surréaliste, car vous dansez des mots étranges, des couleurs miroitantes comme des signes qui sont signe de la présence réelle du Logos, celui de nos pères et de nos poètes, de nos prophètes et de nos fous.

À deux index de l’éternité, vous y êtes presque, à peu de voyelles prêtes au grand écart.

Et dans une majestueuse liturgie qui ressemble à une danse de derviches, un étrange rituel, vous touchez du bout des doigts de l’âme les lèvres transparentes et le sourire transcendant des anges aux sourires charmeurs, c’est l’extase même !

Vous y êtes presque, vous touchez au principe même de la graphie de toute chose qui s’inscrit dans les univers. Vous êtes passé outre le voir, pour percer le voir et toutes ses illusions et ses apparences, vous avez déchiré le voile !

Avec prudence, grâce et délicatesse, vous précédez de la procédure même du trait, vous devenez un homme de trait et donc un homme de l’Être !

(…)

Au cœur des lectures les plus silencieuses, il y a toujours une palpitation !

De l’attitude respectueuse des plumes qui s’écrivent jusqu’aux postures des scribes s’écrivant, tels sont ces gestes sacrés qui font les arcs-en-ciel si remarquables, et les belles calligraphies si musicales; c’est comme ces mudras de la main ou ce yoga des doigts les plus agiles, qui dessinent au ciel des méandres lumineux, favorisant ainsi la respiration de l’écriture, le rythme des mots, jusqu’aux silences qui laissent sourdre la palpitation du verbe au jeu des ponctuations.

C’est tout le jeu de l’amour quand l’amour devient un mouvement partagé.

Ainsi, l’écriture ne vaut qu’en se perdant dans l’autre !

Accueillir le sens ultime de l’orientation, en devenant soi-même une « cartographie » de nous-mêmes au monde, c’est là le prodige, le miracle au-delà des mirages.

La providence elle-même y laisse son empreinte moite, sa semence mutée, comme la vigne d’automne se change en vin d’été, et le plus vain écrit en grâce donnée en partage, car toute cause à son trait et tout trait porte ses fruits.

De la rouille à l’idée, c’est la vie laminée, l’écriture qui prend vie, le verbe qui se fait plus que jamais conscience, dans les commissures et les muqueuses rosées de la matière.

C’est là où les proverbes prennent racine, où les lieux les plus communs côtoient les hauts lieux les plus divins.

C’est quand l’écriture respire de l’intérieur, afin de se laisser déposséder d’elle-même pour se faire « lecture » que « l’inspiration » est la plus profonde !

Cavus, intériorité, du creux de la main qui écrit au plus creux de la main qui se lit, échange pour célébrer le verbe en une sorte de lectio divina partagée de je en tu, car nous sommes faits du même sang d’encre pour une même communion !
Le terme même de lecture, les sens multiples de lectio-onis, lectitare ne veulent-ils pas dire aussi « cueillir » et « recueillir » comme se recueillent les sages sur la vie qui se cueille ? Comme les livres de la nature sont lus, relus et reliés d’infini, dans le flux et le reflux des marées hautes et basses.

Haute ou basse, l’écriture doit se donner à lécher les mots, à déchiffrer l’être qui lit, bien plus qu’à comprendre la lettre qui s’écrit.

Quelle que soit la langue parlée, vulgaire, morte, ésotérique ou étrangère, c’est la respiration du lecteur qui compte plus que tout !

C’est sa musique intérieure qui doit prendre le pas, donner le pouls ; le grand Voltaire soupçonnait la lecture d’agrandir les âmes, mais en réalité c’est le verbe qui participe à l’expansion de l’univers !

(…)

Transsubstantiation - essai (extrait)

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