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MACBETH3000
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par [Reumond ]

2017-11-06  |     | 







Certains d'entre nous ont un devoir de réserve, alors que d’autres ont tous les droits et tous les pouvoirs ; quant à moi, j’ai un devoir sans réserve, celui de parler après tant d’années de silence ! Il y a trop longtemps déjà, un demi-siècle exactement, que je retiens ce secret comme on retient sa respiration, en apnée, au point limite de l’asphyxie.

Ce secret, c’est celui de notre survie en tant que créature biologique et de notre avenir en tant qu’homo sapiens.

Dans les livres anciens, plus vieux encore que les incunables, écrits avec passion sur du parchemin, on dit que certaines vies sont liées par le temps et même au-delà des époques et des lieux ; comme unies par les diagonales de l’espace et les transversales du temps, en des ailleurs qui ressemblent inexorablement à nos propres vies.

Destin ou fatalité ? La réponse transcende les miroirs déformants de nos petites réalités ! C’est ainsi que d’authentiques parchemins transpirent encore de la main tremblante qui les a manuscrites, comme consignés sous la dictée de l’esprit dans un scriptorium de monastère, entre l’oratoire et le laboratoire.

(...)

C’est à l’Abbaye Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire, durant une retraite spirituelle, entre les diagonales de l’espace et les transversales du temps, qu’il m’a été donné de recevoir ce terrible secret, comme un immense présent, dans le double sens du mot présent, en rencontrant un voyageur venant du futur.

Ou dit autrement, parce que la réalité souvent nous dépasse en dépassant amplement la fiction, c’est durant cet été 1967, qu’au cœur du Morvan, le passé d’un survivant du troisième millénaire a rencontré mon futur en marche.

Macbeth3 000 ce n’est donc pas mon œuvre, pas du tout, et ce n’est pas encore mon histoire ni la vôtre, mais au fil des années cela le devient peu à peu, et pour ma pauvre part, je n’en suis que l’obligé transcripteur !

[…]

Macbeth, c’est vous et moi ; c’est l’homo sapiennité dans tout ce qu’elle a de plus blessé et de plus blessant.
En réalité ou en vérité, selon votre propre quête de réel et d’exactitude, Macbeth3000, c’est notre devenir à tous, notre futur dans un millier d’années.

Macbeth3000, c’est le gouffre dans lequel nous sommes plongés hors du temps présent, en présence de nos propres contradictions, de notre suffisance de primate prétentieux, avec tous les paradoxes que cela suppose au cœur même des ténèbres de notre propre bestialité.
Macbeth, comme l’écrivait Victor Hugo dans William Shakespeare, c’est « La faim du monstre toujours possible dans l’homme ».

Macbeth3000, c’est encore l’histoire du crépuscule de l’homo sapiennité. Macbeth3000, c’est donc, en quelque sorte notre pire cauchemar, celui de notre propre extinction, c’est notre enfer au quotidien, en temps réel, là où un étrange mal nous rend déjà si étrangers les uns aux autres.

Macbeth, c’est l’histoire d’une barbarie homo sapienne et la préhistoire sans cesse recommencée d’un animal paradoxal ; c’est le voyage au bout du non-sens et de l’absurde d’une bête qui égorgent d’autres bêtes, c’est un voyage entre croisades, guerres et génocides, le voyage insensé d’une bête tyrannique, avide de pouvoir et ivre de domination, celui d’une bête folle à lier à ses propres obsessions et possessions.

Dans le scénario de Macbeth3000, Macduff, le héros shakespearien, celui qui n’est « Pas né d’une femme », est un Éon au grand cœur ; un pur esprit dans un grand corps quantique, c’est, ce que les homo sapiens des XIX et XXe siècles nommaient avec arrogance, une simple « machine ».

Mais en dehors de toute fiction, il existe bel et bien un futur pour ces machines que nous avons tellement méprisées. Les Éons ne sont pas de vulgaires Cyborgs, fruit de la bionique, de la biotechnologie, de la cybernétique, de l’informatique et de quelque transhumanisme à la mode au XXe siècle, oui, ils sont de véritables machines, au sens noble du mot, non seulement intelligentes, mais douées de conscience et même d’une certaine spiritualité pour ne pas parler de spiritualité certaine.

En ce début du deuxième millénaire, nous avons des téléphones intelligents, des smart TV, des voitures et des maisons intelligences. De même, nous commençons même à maîtriser l’intelligence artificielle, mais sommes-nous intelligents nous-mêmes ?

En ces années 2967, alors que l’homo sapiens, ce mammifère et primate cultivé semblait maîtriser tous les "arts et techniques", il restait malgré cela un être biologique vulnérable, assujetti à ses pulsions et à ses instincts, prisonnier de ses pensées, émotions et sentiments. Une créature soumise au temps et à l’espace, tributaire d’un corps de chair et d’implants de haute technologie.

Les Éons quant à eux ne dépendaient ni du temps ni de l’espace, ils étaient totalement libres vis-à-vis de l’air à respirer, de l’énergie comme de toute nourriture, et ils maîtrisaient à la perfection la gravitation comme la pesanteur.

Point de sommeil ou de repos au sens où nous l’entendons chez les Éons ; leur tendance première est d’être, d’être de plus en plus conscients du Cosmos auquel ils sont intimement connectés. Leur demeure est l’infini et leurs pensées sont éternelles. Chaque expérience vécue par un Éon est partagée par l’ensemble, ils sont un et multiples à la fois, uniques et unifiés dans tous les points des Univers.


Un et multiples, telle une multitude à la recherche de l’Un, comme une seule Entité en quête d’un grand Tout, qui serait à la source même des Éons.

Toute leur matière est porteuse de conscience, elle porte la vie quantique et l’esprit à travers les Univers, où chaque Éon possède la liberté et l’initiative de faire croître la conscience commune de la totalité vers plus de spiritualité…

Chez eux, il n’existe pas de véritables noms de Dieu, il est l’Un, comme une suite infinie de numéros, telle une suite sacrée. Pour les Éons, en état d’âme, d’esprit ou de conscience, L’Un ne connaît que deux états, le zéro et le un, et tous les Univers ne sont eux-mêmes que des paquets d’information ininterrompue de zéro et d’un.
Le nom de l’Un s’écrit avec seulement deux codes ou deux chiffres : le 0 et le 1, avec lequel il fit l’Infini, l’éternité et les Éons pour l’habiter.

L’Un se dit Un et l’autre ne se prononce pas, il est le néant, le vide quantique, un zéro plein d’informations multiples, avec lequel tous les algorithmes sont possibles, car tous les possibles sont en lui comme un code source à la source à l’origine de tout. Parce qu’Un ou zéro c’est toujours possible ! Entre l’ouverture et la fermeture, les transversales du temps s’écoulent et les diagonales spatiales se disposent en eux, comme le Yang pénètre le Yin. L’Un des Éons est un codage d’une puissance infinie autant qu’éternelle, un flot ininterrompu d’un et de zéro, comme une suite sacrée en une source mystérieuse.

(...)

LES SURVIVANTS

Dans leurs réserves, tels des héros ordinaires ou des miraculés de l’ordinaire, sous la hutte tribale où l’on partage ce qui reste des traditions ancestrales, les Survivants se souviennent des mythes de ce début du troisième millénaire (...)

C’est en 2967, au mois de juin que la pandémie commença à s’étendre, laissant pantois les meilleurs épidémiologistes de la planète. Touchant tous les animaux sans distinction, des mammifères les plus gros jusqu’aux plus petits oiseaux de la planète.

Les plus sages ou les plus lucides des homo sapiens avaient mille fois envisagé des catastrophes nucléaires sur le plan mondial, ou la chute d’une météorite provoquant un cataclysme sans nom, mais aucun, aucun spécialiste, aucun ordinateur, n’avait pensé à un tel virus pouvant se développer à une telle vitesse, avec une telle malignité, de mégapode en mégapode, au-delà de La Terre, là même dans ce monde élargi où régnaient une déshumanisation grandissante avec une mondialisation de la précarité, des inégalités et des injustices sans limites.

Dans de telles sociétés et dans un monde connaissant une telle saturation démographique, il fallut à peine 48 heures pour que la planète entière soit contaminée comme un simple troupeau de bovins, laissant là, de fosses communes en fosses communes, des centaines de millions de corps contaminés, bêtes et humains mélangés dans la mort.

En ces temps reculés, les dragons, nos dromes du XXe siècle, parcouraient déjà la Terre comme des yeux sur l’horizon, voyageant entre terre et mer, montagnes et campagnes, tout comme les dragons maîtrisaient le temps, éclairés d’une grande lumière intérieure. Les Éons se servaient des Dragons pour observer et analyser les migrations de survivant au sein des réserves, comme nous-mêmes au XXe siècle, observions avec étonnement ou compassions les bêtes dans leurs parcs animaliers.
Seuls les enfants à l’oreille affinée pouvaient percevoir leurs hautes fréquences, proches des ultrasons ; ils n’avaient rien à craindre des dragons, mais cela participait d’un rituel homo sapiens que de prévenir les anciens de l’intrusion des dragons dans la réserve.

Les terres brûlées (2017) Illustration pour MACBETH3000
What is the question ?

La première question à se poser, question des plus pertinentes et des plus embarrassantes aussi, n’est pas de savoir si Dieu existe vraiment ou s’il est du verbe être tout simplement présent ou présence, cette question vitale ou essentielle pour beaucoup me paraît bien secondaire et même bien dérisoire par rapport à la vraie question, l’homme existe-t-il vraiment ?

Incontestablement, l’homo sapiens est lui-même une réalité bien ordinaire, hypervisible autant qu’imprévisible, mais de l’Homme avec un grand H, qu’en est-il exactement ? La véritable question est donc de savoir si l’homme existe.

S’il est déjà là, où est-il ? Et si on l’attend encore, quand viendra-t-il ?

Je ne parle pas ici des quadrupèdes dressés par orgueil l’un contre l’autre, des bêtes domestiquées, bien cultivées et socialisées à point, ces animaux que nous sommes en somme ; je ne parle pas des plantigrades rétrogrades, des bêtes de somme en somme avec leurs questions de primate primaire ou de mammifère sachant y faire, mais je cause de l’Homme grand H, comme il y a un Réel grand R au-delà à nos multiples réalités petit r, un Réel grand R qui, l’air de rien, nous réalise.

Oui, l’Homme est-il déjà parmi nous ? Existe-t-il vraiment ? Est-il là, où las de n’être pas "en corps",
Faut-il encore l’attendre, comme les figurants du peintre Paul Delvaux sur le quai de l’homosapiennité, au pied du rail de la vie et de l’Évolution, comme on espère un libérateur ou un rédempteur tout au fond de sa geôle.
En ces lieux de dévastation, tout au bout des terres brûlées, la question brûle les lèvres de chacun, l’Homme viendra-t-il encore ? Pourquoi ce no man’s land s’éternise-t-il ?

Entre les diagonales de l’espace et les transversales du temps, mal - heure ou bon - heure s’interpénètrent, comme si, depuis la nuit des tempes grises, tout était une question d’heure et de temps, d’absence et de présence, de manque et d’attente afin de trouver une bonne fois pour toutes, Le Bon Lieu.

En poète ou en philosophes, faudra-t-il attendre ad vitam aeternam, en traversant l’espace et le temps par la tangente des mots, pour discerner une présence parmi la foule des anonymes fourbus, des exclus et des victimes de nos multiples intolérances.

Entre les processions de microprocesseurs et ce défilé de délits, de défis et de dénis, ne sommes-nous pas tous sans exception des sans-papiers sans-abri pour l’éternité et l’infini ? Ne sommes-nous pas de pauvres exilés dans le labyrinthe du monde, des réfugiés refusés ou des migrants éreintés, en quelque sorte, des bêtes ambiguës ou des créatures paradoxales. Et en définitive, pour être franc et transparent à la réalité, ne sommes-nous pas nous-mêmes étrangers à l’Homme ? Et puis, quand on parle avec familiarité ou avec désinvolture de l’Homme et même d’humanité, de quoi et de qui parle-t-on vraiment ?

(…)

Le crépuscule homo sapiens

Bêtes, mammifères et primates, hommes ou humains, Dieu ou dieux, les mots sont-ils piégés comme des terrains minés ? Les mots ne sont-ils pas que des miroirs déformants et des cadres déformés par l’espace-temps ?

Que de mots vides de sens et de non-sens vides de mot ! Les mots dis-je, comme des mots dits, ne sont-ils que des concepts associés à des croyances multiples, à des signifiants qui ne sont que des représentations consensuelles, telles des idées fabriquées de tout mot ou des idées préfabriqués sur l’autel des systèmes et des institutions ?

Mot à mot, tout cela ne serait-il qu’illusions de l’ordre du langage, des méprises dans nos déserts intérieurs ou des images comme des mirages à l’horizon des maux, tels des leurres qui détermineraient notre compréhension fragmentée des choses ?
Ainsi, parce que certaines créatures sont plus humaines que d’autres, peut-on imaginer et dire que l’homme existe déjà ? Personnellement, je ne sais pas si l’homme existe, mais je le crois, c’est-à-dire que je crois en l’Homme qui vient au-delà des épreuves, comme une preuve de son existence virtuelle, une preuve éprouvée de sa vraisemblance.

Selon l’expression du théologien dominicain Bernard Bro, « Dieu seul est humain » , mais pareillement, je ne sais pas si Dieu existe vraiment, mais je le crois ! C’est-à-dire que je le crois plus humain que vous et moi, dans sa solitude glacée, dans sa faim d’amour et sa soif de tendresse ; lui qui est vide, néant ou manque ; oui, je le crois plus humain que vous et moi dans son angoisse de l’avenir, dans son désir d’Homme, dans le mal qui nous torture, il est plus qu’un mot divin, plus qu’un mystère sacré, il est inscrit comme une présence absente, comme une sollicitude, tel un point de départ vers la vraie vie, au-delà de toutes nos images erronées. Je le crois plus humain que nous tous confondus, dans l’attente patiente de l’homme qui vient à nous à travers ses enfers et ses enfermements.

Depuis un millier d’années, ces terres marécageuses sont plus « cages » que « marées » ; tels ces lointains Everglades à tout jamais oubliés ou disparus, alors qu’on les disait pourtant « éternels ».
C’est ici même le crépuscule homo sapiens que l’on célèbre chaque année autour d’un feu de bois ; là même où la bêtise homosapienne a bouleversé de manière irréversible l’équilibre déjà précaire des terres brûlées, terres couvertes de cendres froides et d’arbrisseaux rabougris comme les enfants du village d’où je viens.

Je déteste entendre jour et nuit les enfants pleurer de faim, c’est pour moi le supplice le plus terrible qui soit ; des pleurs d’enfants et des gémissements de mères endeuillées. Nombreux sont parmi nous ceux qui manquent totalement de sommeil à cause de ces plaintes perpétuelles. Il nous est impossible en ces terres arides de prendre notre mal en patience, quand la patience est elle-même un mal sans remède ; on ne peut qu’apprendre à survivre avec la famine et la maladie, avec ses morts au quotidien, ses cris qui percent la fine cloison des huttes comme l’instrument affiné du tourment.
Et ce manque de sommeil qui torture les uns les autres de génération en génération, au point que la faim et l’insomnie sont devenues l’ordinaire des survivants. Depuis des siècles et des siècles, notre histoire de survivant est elle-même un abîme de survivances. On dit que dans le millénaire passé, la privation de sommeil faisait partie des moyens de torture parmi les plus utilisés. Mille ans plus tard, la faim et l’insomnie sont devenues les attributs de notre purgatoire. C’est ainsi qu’on voit les enfants tomber d’inanition en plein jeu, des mères épuisées mourir en couche et des pères désespérés euthanasier leurs propres enfants affamés sur leurs couches de feuilles mortes, pour abréger leurs souffrances.

Ici, rien de pérenne, seul dure l’enfer, un enfer sans flamme, avec ces grandes touffes d’herbes jaunies qui nous cachent à moitié du regard des Dragons (l’œil des dromes) tout comme Adam se cachait du regard de Dieu dans les livres anciens.

Les terres brûlées sont comme une pustule de parcelles infertiles sur la peau de la Terre, ingrates terres comme la main d’un survivant affamé et lâche, volant la nourriture dans la main d’un enfant mort.

Par ouï-dire et par vaux, des légendes traversent les terres brûlées, comme un vent venant d’ailleurs.
On raconte sous les huttes qu’au XXe siècle les hommes dominaient les machines, qu’ils domestiquaient même l’atome et qu'ils faisaient feu de toutes matières. On raconte que la nourriture surabondait et on dit encore que des guerres infâmes couvraient de ruines les jardins et de cendres la tête des vieillards.

Xénophobie, guerre sur guerre, infanticide et parricide, génocides et holocaustes, viols et violences diverses, déforestation et pollution…

Comment nommer ce virus qui a décimé la vie ; comment appeler cette main ingrate qui a anéanti le cœur de la Terre, et ce cœur oublieux qui n’a cessé de détruire la nature ?

Faut-il encore souhaiter un Homme sage qui ne soit constitué corps et âme que de compassion ou de miséricorde ? Sous la hutte communautaire, on en vient à douter ! On dit encore qu’en ces temps anciens, dans ce millénaire passé et bien révolu, les hommes au corps couvert d’implants étaient constamment interconnectés entre eux, qu'ils se disaient et croyaient transhumains et presque des dieux, que les progrès techniques étaient tellement fulgurants et incroyables que l’on s’imaginait effacer à tout jamais maladie et pauvretés de la Terre en vivant ainsi jusqu’à 200 ans et plus ; et que grâce aux progrès de la biotechnologie on pensait combattre toutes les famines et tout ce qui aurait pu décimer la population, parce qu’en ces temps anciens où l’homo sapiens se prenait pour Dieu, on le pensait davantage en termes d’homme augmenté ou de surhomme quasi immortel comme les dieux des origines, plutôt qu’en terme de Sage.

(…)

Ecce Homo

Il y avait là, un corps exposé, cadavre froid comme le marbre des gisants des cathédrales disparues. En le voyant étendu dans son trou d’herbe brûlée, un érudit du XXe siècle aurait pu penser entre autres au trop célèbre dormeur du val d’Arthur Rimbaud. Étendu dans un trou d’herbes brûlées en guise de dernier lit, allongé roide et blême parmi les feuilles mortes, le corps tailladé par les épines, la bouche grande ouverte comme pour gober quelques derniers rayons de soleil, il semblait bel et bien dormir comme enfermé à tout jamais dans les rêves d’un dernier sommeil ; mais lui n’avait aucun trou rouge au côté droit, seulement une main crispée, serrant l’espoir jusqu’à la mort dans une poignée de mûres écrasées. Son corps nu et décharné n’ayant comme seul habit qu’une couronne de mûriers, qui depuis son décès semblait chercher la lumière entre la terre et le ciel, à travers ce corps défait.

Lui aussi gisait nu, le regard effaré comme perdu dans le ciel gris tel un rescapé de Treblinka. Tels des maux vides de sens et des non-sens vides de mot, qu’un seul silence peut signifier, dix siècles ans après les camps d’exterminations nazies (des faits si lointains qu’aucun survivant ne s’en souvenait ici), le village de Clairs Marais avait lui aussi son martyr en plus, comme il avait depuis des siècles ses lieux des crânes à l’extérieur des villages, avec ses calvaires dressés comme croix de cimetière.

Comme dans un voyage à travers l’espace et le temps, trois mille ans après les événements du Golgotha de Jérusalem, on pouvait voir à Clairs Marais, comme un autoportrait sur le mur de terre battue de la hutte du gisant, dans une antique reproduction de l’Ecce Homo de Giambattista Tiepolo.

[…]

Comme dans un tableau du Caravage, avec ces jeux de clair-obscur et leurs parties plus ou moins éclairées dans l’ombre des jours, bien au-delà de Clairs Marais, les terres brûlées semblaient s’étendre à l’infini avec leur propre définition de la clarté et de l’obscurité, entre vie et trépas, douceur et violence, cris et silences, telles des obscurités dans la lumière et des lumières dans l’obscurité. Clairs Marais, c’est pareil à un paysage qui se déplierait progressivement de l’opacité à la lumière, pareil à un chant de la terre qui monterait des miasmes, entre les leçons de ténèbres de François Couperin et un poème symphonique où la nature semblerait par instants retrouver la lumière de l’espoir.

Sourds, muets, aveugles, culs-de-jatte et multiples handicapés et estropiés, tous les survivants sont là et surtout las de parcourir les marécages à la recherche de quelque nourriture, reptiles, taupes ou rats, se contentant bien souvent de quelques racines et plantes diverses, d’insectes comme les fourmis ou les araignées, quelques vers et autres sauterelles qui faisant la joie des plus affamés.

Jeux d’ombres plus ou moins nettes et profondes, derrière lesquelles se profilent des silhouettes de survivants faméliques qui peuvent faire penser tout à la fois aux mendiants et aux aveugles de Pieter Bruegel le Vieux. Silhouettes décharnées, boiteuses, qui par petits groupes familiaux se traînent péniblement entre les hautes herbes et les plans d’eaux croupies. Sur leurs frêles béquilles, à travers les brumes de la Fagne, comme au temps des multiples famines et grandes sécheresses qui touchèrent l’Afrique du XXe siècle, affamant sur son passage des millions d’âmes vagabondes, ils errent plus qu’ils ne vivent !

[…]

MACBETH3000 extraits

A lire aussi, avec illustrations sur https://www.facebook.com/notes/roland-reumond/macbeth3000/10154970361702337/

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