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Le funambule nu (extraits)
prose [ ]

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par [Reumond ]

2013-06-16  |     | 



Dédicace

Aux gymnosophistes, Sâdhu et autres brahmanes; à tous ces penseurs et yogis nus d'Orient et d'Occident; aux initiés d’Amazonie et aux sages indigènes d’ici et d’Afrique noire; aux chamanes emplumés, aux acteurs du porno, aux modèles des académies, aux écorchés sur leurs tables de dissection, aux enfants fleurs de la vallée de l’Omo … mais surtout aux être dépouillés de leur humanité, aux pauvres parmi les pauvres, aux ascètes à la barbe longue comme le temps.

(...)


Avant-propos au funambule nu


Ne le cherchez pas au garage, le "P'tit vélo " est dans la tête et nulle part ailleurs ! Cette réalité aussi« diagonale » qu’elle est difficile à percevoir, est bien connue des sprinters,des poètes et de tout autre chercheur de sens ; les mots tout comme les images ne sont pas à prendre au premier degré, l’essentiel est invisible pour les yeux. Alors, n’essayez pas de comprendre au second ou même au troisième degré les mots et les images, mais prenez-les à contre sens.

Il ne s'agit pas de « faire » du vélo, mais de devenir soi-même la roue d’une réflexion ; quel que soit le bicycle, avec ou sans barre transverse,pour homme ou femme, il nous faut avancer en profondeur !

Le guidon, c’est notre intuition, la sonnette et les freins sont nos précautions ; la dynamo et les phares, c’est l’espoir d’une petite lumière dans la nuit la plus noire ; pas d’affolement ou d’exorcisme,la fourche n’est pas celle de quelque diable, mais le signe des nombreuses bifurcations rencontrées, des croisements et les liens faits et défaits, car la pensée comme la vie est elle-même une roue voilée sur une route tortueuse, où la chair et l’esprit louvoient sur des voies plurielles et des embranchements complexes,entre des questions existentielles, philosophiques, théologiques ou artistiques, c’est-à-dire entre des questions simplement et proprement humaines.

Les garde-boue de nos défenses et la pompe de nos faux-semblants, le porte-bagage chargé de croyances qu’il nous faut lester toujours, tout est là pour parler de nous et pas de vélo. Tout comme la selle, les moyeux ou les jantes sont à prendre, non pas à la lettre ou au mot,mais aux maux qui parcourent notre être, comme les rayons traversent les roues et les rideaux de nos fenêtres.

Je suis le chaînon manqué d’une chaîne de vieux bicycle rouillé, « Je pédale, donc je suis », non pas dedans, mais en moi, derrière le peloton ;car je suis un homme du doute, abandonné à l’arrière des funambules nus je pédale; c’est ainsi qu’au présent de l’indicatif, les verbes suivre et être peuvent se rejoindre le temps d’un je, mais jamais nous ne pourrons rejoindre l’Être, qui toujours file et se faufile devant nous dans son grand maillot jaune, tel le réel dans un champ infini du colza sémantique.

(...)

Oui, il est bien difficile de « percer le voir », et tellement simpliste d’associer trop facilement les apparences entre elles : comme d’accoler « la nudité » avec « la sexualité », la « religion » avec la « spiritualité », et j’en passe des pires !

Vélocipède ou nudité sont des concepts, mais comme tout dans nos têtes est biaisé (conditionné, préfabriqué…), il nous faut toujours lire ou regarder en diagonale. Nos premières « réactions » du genre : c’est beau, ce n’est pas bien, c’est sale… révèlent en grande partie de nos propres formatages et de nos diverses programmations.

Il nous faudrait une déprogrammation pour passer « du réactif » à« l’actif », c’est-à-dire passer à nos ressources réelles, à nos capacités de nous dépasser en étant nous-mêmes, à nos aptitudes à penser différemment la différence, à savoir lire entre les lignes, les mots, les couleurs et les formes…

Comme certaines plantes développent des racines adventives, ne nous faut-il pas déployer des neurones complémentaires ?

Comme on associe la pauvreté au manque, la mort à une fin, le dépouillement à la déchéance… par expérience ou par représentation, on associe bien sûr la nudité à la gêne, à la honte, au déshonneur, à la culpabilité et plus difficilement à l’art du nu, aux vacances, à l’humilité des sages, au naturalisme des artistes et des savants ou à la démarche religieuse ou philosophique des fakirs, naga et autres Sâdhu, pourtant, pour parler de tous ces nombreux «sages nus » et philosophes indiens, en leur temps, les Grecs parlaient déjà de gymnosophistes et de gymnosophisme.

(…)

Oui, afin de garder du cœur ou de l’âme, c’est le cœur de l’image et des mots qu’il nous faut saisir avec nos filets à lépidoptères, ces papillons qui tournent dans les deux sens, entre deux extrêmes, pour mettre ou démettre nos rouages ; nos pensées ne sont-elles pas comme ces écrous à ailettes qui tiennent nos roues fixées (cf. papillons de bicycle) et engrenages réflexifs ?

L’arbre des séphirot pousse à l’intérieur,dans le tumulte des chairs en faisant un bruit d’os, alors que dans la rue, nucomme un ver, Diogène traverse la cité en cherchant LOM.

(...)

Si la parole est au cœur du corps, alors le corps de la parole, véritable cathédrale sémantique, est au chœur des choses, parole nue qui pousse à dire l’inconnaissable, face au réel auquel nous sommes dénudés comme l’enfant qui naît à la réalité, fragile comme une fleur ou vulnérable comme un papillon.

(…)



LE FUNAMBULE NU

Comme l’âme des choses, l’intuition ou la connaissance ne sont probablement pas un « bien propre » que nous possèderions comme une « propriété privée », n'y a-t-il pas une certaine confusion entre "Pensée " et "Conscience " ? Conscience distinctive et conscience universelle ou collective ?

Toute conscience est-elle forcément ou pleinement individuelle, ou bien comme l’inconscient collectif qui semble traverser le temps et l’espace, la conscience distincte ou propre à chacun n’est-elle pas en réalité qu’une donnée, une parcelle ou une étincelle d’une conscience plus grande encore ?

Alors, qu’en est-il de « la nôtre », comme on dit « en mon âme et conscience » ? Est-elle si réelle que cela ? Et de quelle réalité est-elle en ses nœuds et méandres ?

Peut-être comme le reflet d’un « moi je » dans un miroir flou, une illusion d’optique où seul le miroir serait l’écran qui donne sens à l’image et au regard.

Ne sommes-nous pas, en faits et gestes, et en toute conscience, que les pauvres « récepteurs » ou « réceptacles » d’une information qui n'est pas la nôtre, d’une mémoire ou d’une conscience qui nous dépassent de quelques années lumières ?

Et ladite « conscience » est-elle « intérieure » ou « extérieure » à (au) moi, à notre identité personnelle qui n'en est que le support comme un média de cellulose fragile ? Où "la conscience" se trouve être justement ce « Sas » (cet écran paradoxal qui fait barrière et qui en même temps, comme au cinéma, permet la projection de mon propre film - par devant ou par derrière) ; ce sas qui me préoccupe tant, comme lieu de communion et d'échanges entre diverses dimensions symbolique et imaginaire pour produire quelque réel de pacotille, entre ce que je crois et ce que je vois de ce qui est ? En cette zone vague où circule en toute nudité (avec ses doutes et ses pauvretés) mon funambule nu.

(...)

Alors comme dans un Grand Blues qui serait mon propre film, ma propre épopée sur pellicule de mélancolie, j’entendis l’ange des abysses qui me disait : Avance en eau profonde, avec l’esprit, l’eau et le sang remonte le courant vers la source d’eaux vives, descend dans le trou des trous, cherche ta place parmi les écumes de fond, descend plus bas, plus bas encore, dans les entrailles de « la Mèr » retourne.

Ne te laisse nullement distraire par ce qui saille et par ce qui brille, par les apparences hautaines de ce qui te semble supérieur, c’est le voile de la réalité, c’est un trompe-l’œil qui cache le chemin de l’essentiel ; ce qui est inférieur est profond, alors va pauvrement, car ce qui est pauvre est grand, et ce qui est humble est sans fin…

De degré en degré, à en perdre la vue, à en perdre les mots et même la raison, par marche et par palier, graduellement, à l’envers des anges de Jacob, je descendais le long de l’échelle couverte de varech, dégrossissant petit à petit la réalité.

Dehors il faisait bleu azur, dedans c’était un noir déluge ! Le bleu démasqué monstre son vrai visage grimaçant, où les apparences démantelées ne sont que des vaisseaux fantômes désagrégés.

Dans des lieux désaffectés comme une vieille, trop vieille église engloutie, je descends ; et plus on descend, plus il faut oublier qui l’on est, plus il faut désapprendre les visages et les paysages, les sensations et sentiments éprouvés jadis en nous et entre nous, plus il faut se déposséder, se vider de ce que l’on a de trop, brisant les liens et fermant les yeux à toutes les perceptions.

Entre le Ciel et la Terre, la malédiction et la bénédiction, car il n’y a pas de mot pour dicter ce lieu-là, quand vous toucherez l’Eben couvert de coraux sombres, et ma tête elle-même est un récif corallien, vous n’aurez plus qu’à vous laisser porter par les courants profonds. Perdant pied à l’infini, tombant dans l’éternité, glissant entre les marges floues, parmi les vestiges immergés, les bancs de poissons et les empreintes des noyés, le bleu n’est plus qu’un lointain souvenir, il faut savoir ici regarder en noir et blanc !

Quand la substance liquide deviendra solide, complètement opaque, presque ténébreuse, quand l’odeur de soufre deviendra permanente, quand vous goûterez la saveur du plomb et que la chaleur autour de vous se fera insupportable, alors, comme plongé dans un baptême de métal fondu, alors seulement vous avez atteint le lieu de séparation dont on nous parle dans le livre de la Genèse, au verset neuf du chapitre premier. Vous serez sur l’autel même où l’eau desséchée servira de boisson aux poètes maudits, comme les eaux de Merîbâh, car c’est là en plongeant dans ses propres contradictions, que l’on peut tendre enfin vers l’autre et tous les opposés sans s’y perdre à jamais.

(…)

J’aime ce que cette photographe française d’origine algérienne Louise Nardo nomme sa « Vision fantôme », au sujet du « flou » révélateur d’une réalité autre ; comme le membre fantôme fait mal et se dit malgré le manque. Car le manque, plus il est grand, dit quelque chose d’une présence à atteindre, d’une tension continuelle, mais qui reste à jamais inaccessible, comme un tout grand désir, qui serait comme une divine absence.

Tels un Dieu ou un Christ qui sont absents et même morts, et qui sans cesse, tel le phénix ressuscitent constamment, à l’infini et pour l’éternité, quand je suis simplement présent à sa présence, à travers le sacrement d’une « présence réelle », je parle ici d’une présence qui se réalise, quand le mythe ou le symbole se font plus réels que la réalité.

(…)

Crawl, brasse, nage papillon ou sur le dos, qu’importe les mouvements de jambes et de bras, c’est le mouvement de l’âme qui compte, ce sont les impulsions de l’être, c’est de descendre indéfiniment dans cette zone frontière, en cet état limite et moite, entre la réalité des mirages et les illusions des miracles, entre l’illusion des perceptions et des sentiments et l’ineffable réalité, ce qui se crie, ce qui ne se dit pas, ne s’écrit pas ou ne se décrit pas.

Avant de monter aux arbres, les primates sont venus de l’eau et le noyé y retourne ! Que le chemin soit flou ou voilé, dans les bulles seulement, les dernières avant l’épuisement, on peut lire un chemin d’eau que la mort seule peut rendre visible en ouvrant ses écluses.

(…)

Pour plonger tout nu au cœur des choses et s’immerger tout cru au chœur de la vie, les poètes doivent-ils posséder un certificat d'aptitude à la plongée, passer des examens médicaux et psychiatriques afin d'évaluer à l’échelle de l’imagerie médicale leurs aptitudes à imaginer, et pour détecter d’éventuelles contre-indications, comme l’insuffisance symbolique, l’asthme de la feuille blanche ou la phobie des profondeurs de l’être?

Est-il fondamental pour descendre au fond des choses, y percer le voir, toucher le fond, creuser les apparences… d'avoir une belle plume, une excellente santé psychologique et spirituelle comme une excellente forme physique ?

Le cœur abyssal est comme un chœur abbatial, l’intérieur est comme l’extérieur, mais en plus profond ! Telles ces cryptes qui ne cessent de hanter mes rêves, ces chemins qui parcourent la chair comme la plume traversent les mots ; voyage au centre de ma tête, au labyrinthe des eaux profondes ; alors est-il nécessaire pour atteindre l’acmé de l’intériorité, pour toucher de l’âme le sommet paradoxal des causes et des grâces, d’avoir soi-même obtenu des médailles de nageurs et des records d’apnée ?

(...)

Si Dieu ou les Cieux peuvent se traduire ou même s’expliquer en termes d’intériorité, ce qui est le propre de la vie spirituelle et psychologique, l’intériorité peut elle-même s’interpréter en terme de « profondeur » ; l’essentiel est toujours au-dedans, au plus creux des objets et des sujets, dans leurs failles et leurs pauvretés, c’est dans les crevasses de l’être que réside son devenir ; tout le reste ne correspond qu’à la saillie des apparences.

(…)

Entre le Ciel et la Terre, les poètes ont leur Royaume, ils n’y sont pas des fous du Roi, mais comme des funambules nus. Ainsi de mémoire de trapèze, on associe trop facilement les funambules, acrobates et trapéziste à des comédiens ou à des gens du spectacle, pourtant il ne s’agit pas de jouer un rôle, mais d’être soi-même le fil d’une histoire, entre la balançoire de mes dix ans et ma corde de pendue, c’est la même tragédie humaine qui se joue de tresses et des nœuds ; entre ciel et terre, le dedans et le dehors, c’est toujours la même corde, le même cordon ombilical qui me tiennent en vie ou qui se rompent !

Parole de sage et de radis, ainsi les apparences se travestissent de belles fanes verdoyantes, pour que derrière, sous, entre les tiges et les feuilles, nous puissions creuser plus encore pour tendre à l’essentiel.

(…)

Comment penser sans eux ? Les mots résonnent en nous pour que nous raisonnions nous-mêmes dedans nos têtes folles. Alors, au trapèze des mots on s’accroche désespérément ; sur la corde du phrasé toute tendue de sens, on cherche l’équilibre comme un funambule fou. On peut renoncer aux biens terrestres, à la propriété, au pouvoir, au monde, à ses règles et à ses devoirs… mais comment résister au pouvoir des mots ? Comme la mort lente, ils s’accrochent à nos lèvres, à notre mémoire, collent à notre peau comme une pellicule moite et se fixent sur nos rétines comme des images.

On peut s’isoler à la montagne, au fond d’une grotte ou dans un désert aride, mais on ne peut fuir les mots, ils nous poursuivent de leur assiduité, comme une fièvre brûlante, comme des spectres crayonnés en toute hâte sur les circonvolutions de nos pensées. Puis, à l’image d’une douleur fantôme, ils descendent de l’épaule à la main, ils la séduisent, l’habitent de leur présence, la crispent jusqu’à la crampe, pour que l’encre du sens jaillisse et que le sang de la vie s’y mélange dans un gras fracas de vagues écumeuses, comme la mer sur la jetée d’un corps inerte, épuisé par tant d'ascèse, de jeûne et de prière, de mouvements de va-et-vient, de marge en marge, de page en page, de rature en correction, en quête d’une paix, d'une sagesse et d’une harmonie qui s’effacent à mesure que le temps trépasse.

Entre les feux de la Saint-Jean et la nuit concave des sens, entre quelques consolations numineuses et la désolation des nuits obscures, l’écriture a tracé son témoignage. Il dépose son balancier comme s’arrête celui des horloges quand il est temps de se poser.

Il est l’heure de fermer le chapiteau au public, d’éteindre les projecteurs et de mettre les trapèzes au repos. Clowns et danseuses, voltigeurs, acrobates, équilibristes, tous prennent la même sortie des artistes, le funambule nu est le seul à s’engager dans l’issue de secours pour regagner sa roulotte de rêve.

Dans les gradins vides, un homme volant rejoint son lit de feuilles mortes. Au centre des choses, la cage aux fauves est toujours pleine d’idées fixes, et de mots pas encore apprivoisés.

Après les cris et les rires, le cirque ambulant retrouve le silence. Il est temps de rouler les cordes et de ranger le matériel.

Le funambule nu en profite pour poser sa plume dans son plumier de bois laqué ; il ferme l’encrier en cristal du Val Saint-Lambert sur un dernier coucher de soleil ; funambulesque, le jour tombe dans l’oubli ; alors avant qu’il ne fasse trop noir, l’homme range sa perche le long du chapiteau, avant d’enfiler ses pantoufles et un pyjama de fleurs fermées.

Dedans comme dehors, la nuit serait-elle le véritable pigment de l’encre, comme la lumière serait le prisme coloré de l’âme ?

(…)


LE FUNAMBULE NU extraits)

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