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Oraison (fragment)
prose [ ]
Récit d'une expérience transpersonnelle

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
par [Reumond ]

2011-02-06  |     | 


















ORAISON (n. f.)

-Traité de Grammaire. Assemblage de mots qui forment un sens complet et qui sont construits suivant les règles grammaticales.
Les parties d'oraison ou de l'oraison sont les différentes espèces de mots.

-Il se disait autrefois d'un ouvrage d'éloquence composé pour être prononcé en public. L'exorde est une des parties de l'oraison.
Il n'est plus usité aujourd'hui qu'en parlant de certains discours prononcés à la louange des morts, particulièrement dans la chaire sacrée et qu'on nomme Oraisons funèbres. Les oraisons funèbres de Bossuet.

-Il se dit encore d'une Prière adressée à Dieu ou aux saints. Oraison mentale, jaculatoire. Une des prières de la messe se nomme oraison. L'oraison dominicale. L'antienne et l'oraison de la Vierge, de tel saint. Être en oraison. Se mettre en oraison. Livre d'oraison. Dans ces trois derniers cas, on dit plutôt aujourd'hui Prière.

-Il se dit enfin, en Langage mystique, des Communications de l'âme avec Dieu, sans entremise d'une formule de prières. Les états d'oraison. Faire oraison.

Synonymes de "oraison" : éloge, allocution, discours, harangue, adresse, laïus…,

(Définition du Dictionnaire de L'Académie française)

- Oraison (Alpes-de-Haute-Provence) est une commune française, située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Oraison (en provençal Aurasoun (Aurason). Ses habitants sont appelés les Oraisonnais.



Orémus…

On aurait peut-être pu, qui sait, y prononcer, la larme à l’œil, mon « Oraison funèbre », car l'occasion était grave, et mes obsèques "imminentes" ; mais les événements en ont décidé tout autrement !

Après avoir tutoyé la vie quelques années, et vouvoyé la mort durant un instant, en cette expérience intime et toute subjective des lieux interdits aux vivants, je suis revenu à vous, pour vous écrire quelques mots sur ce passage. L’appel était puissant, mais les champs d’ailleurs ne voulaient pas me garder ; la place s’y fait peut-être rare, ou onéreuse ? Qui sait ! En tout cas, ils sont inabordables les abords du grand large !

La "cause", ici encore, m'a fait « grâce », et la grâce m’a fait don d’une profusion d’images dès que je ferme les yeux. Depuis ce jour, les métaphores sont pour moi comme des papillons ou pareillement à des phosphènes de vers fluorescents.

Chamanisme ou voyance ? Plus besoin de croire, je vois ! Il ne me reste plus qu'à bien entendre ! Plus besoin de croire, je discerne les prés d’ailleurs.

C'est un présent bien particulier que tous ces films qui me passent par
la tête ! Avec, en plus des images de fond, ce bruit de fond, cette musique permanente, comme un sifflement, fatigants acouphènes qu’il me reste à régler comme une vieille TSF (Télévision Sans Frontière) pour mieux entendre l'inaudible.

Alors, j’avale ma salive et je regarde en attendant !

(…)

Ce jour-là, en hommage ou en souvenir de ma noyade, on aurait peut-être pu parler de moi au passé, comme si je n’existais plus, ou comme si je n’avais jamais existé, ou si peu été en quelque sorte ; mais avec des si, si brutaux, on met Paris en piscine !


L’heure était à autre chose ! le temps était beau, en plein air les enfants s’éclaboussaient gaiement dans le bassin; le soleil comme une caresse de miel léchait les oliviers, se coulant dans l’ombre avec les idées noires ; les cigales chantaient…

Tout l’été semblait pourvu de beaux projets, sous ce grand dôme serein, qui n’avait semble-t-il que du bleu dans la tête.

Pas le moindre panégyrique à l’horizon, pas de petit mot de regret dans la corbeille à papier des vacances.

Mort où sont tes seuils et tes seules limites ? Où est cette frontière interdite à tout retour ? En ton souffle froid, liminal frisson qui ride les eaux grises des bassins de la Terre.

"Ô raison" raisonnable de partir un jour, où donc te marges-tu ?

Dans mes souvenirs, tu traces tes sillons, entre quelques privations, des douches froides, les claques saignantes comme des tranches de rosbif et de bifteck bien rouge, tu es la vie !

Dans l’envahissement des grands, les absences, les abus confondus pour l’enfant de douze ans que j’étais, que je suis… tu es l'avenir plus que le passé !

Hier, demain, c’est du pareil au sang ! Ces nauséabondes odeurs de viandes à demi crues qui me suivent encore aujourd’hui, dès que l’on cuisine !

Les images me collent dans la rue, les souvenirs m’accompagnent…, comme des ombres dans l'ombre ...

On me dit « nostalgique » !

(...)

Qui l’eut cru ! Pour m’aérer, pour une soi-disant cause « sanitaire », toute pleine de sollicitudes barbares ! en un moite pèlerinage, je l’ai vu de mes propres vœux ce lieu du « Grand Passage »

Oui, C’est juste et vrai, l’enfer des colonies de vacances est vraiment pavé de bonnes intentions !

Alors que parmi les responsables, certaines mères apeurées pleuraient à grands cris leurs enfants partis comme militaires en Algérie ; plus sensibles que d’autres, certains enfants dont j’étais, pleuraient chaque nuit d’être séparés de leurs parents, rêvant d’évasion pour retrouver le nid, la fratrie, les amis et leurs us et coutumes d’enfant.

Cet « Accident », en parler pour moi est une nécessité !

Une sorte de « respiration », d’expiration indispensable, comme pour compenser un manque d’air et ces quelques minutes de coma, ce vase communiquant entre vie et trépas.

Depuis ce jour, je mange l’eau comme d'autres sont priés de boire leur soupe ! Et je me désaltère d’images et de mots pour les dire...,

Mais retournons en arrière…,

« C’est un des droits du narrateur, et replaçons-nous en l’année 1815 »

Écrivait Victor Hugo, en parlant de Waterloo.

Oui, c’est bien un privilège de narrateur, mais, comme la lune se fait un devoir de marée, c’est surtout pour moi un devoir de narrer.

Retournons donc, en suivant le trajet du stylo-plume, en cette année 1958, ma douzième.

Nous étions à quelques kilomètres de la Durance, dans un petit village nommé Oraison. Oraison, ça ne peut s’inventer !

Pour orienter votre boussole, la commune d’Oraison se situe dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. C’est en ce lieu idyllique, que la Croix-Rouge française, dans ces années 50, envoyait s’aérer des enfants qui avaient des difficultés respiratoires ou quelque problème de croissance ou de santé.

Les enfants au visage pâle, en manque d’air pur, pouvaient aller y expirer l’air de la ville pour s'y laisser remplir de zéphyr, comme les bateaux à voiles sur la Durance, et souffler quelque peu, oubliant l’asthme et les angines, en ces lieux baptisés pompeusement « préventorium », « aérium », « centre aéré » ou même « colonies de vacances ».

Après tant d’années, les Oraisonnais, habitants de ce petit village de la région Provence Alpes Côte d'Azur, ne savent toujours pas, que mes oreilles, cinquante ans plus tard en raisonnent encore, et que du fond de mes acouphènes il y a comme une forte résonnance d’Oraison.

Et ce n’est pas tout ! Les Oraisonnais ignorent aussi que depuis cet été 58 et l’accident de noyade, les images me harcellent dès que j’ai les yeux fermés, comme celles qui hantent le shaman en transe, le charismatique en prière, le voyant, le poète, le prophète ou le fou.

Ils ne savent toujours pas, qu’entre le laboratoire et l’oratoire, Oraison tiendrait tellement de place dans ma vie, que ma vie, tous horizons confondus, serait toute oraison.

Ce ne sont pas les 645 mètres d’altitude de ce lieu de vacances qui en font pour moi un « Haut Lieu » personnel, intime et ultime, telle une sorte de montagne des béatitudes, mais c'est cette expérience "limite" à la limite des choses de ce monde, qui aujourd'hui encore me poursuit de ses ailes.

À proximité d’Oraison, il y a les villages de « La Brillance » et de « Voix », qui après tant d’années ne viendront pas me démentir, eux qui, à quelques sauts d’anges de là, portent des noms si bien prédestinés aux expériences numineuses si chères à mon maître Jung.

(...)

Je n’ai pas vu de « tunnel lumineux », mais des couloirs, des corridors, des paliers et des portes, sur des étages, comme des étapes à franchir, des lieux de passage, des milieux frontaliers pareillement à toute topologie de l’âme.

(…)

Je n’ai pas vu de « lumière brillante », mais un épouvantable éclat, derrière une porte entrouverte sur un champ de bataille, où un vieil homme décampait vers je ne sais quel exil.

En dehors d’un grand « soulagement », je n’ai pas éprouvé une sensation de paix ou de bien-être, mais un véritable sentiment de libération !

Mes douze ans écoulés, coulés..., ne suffisant probablement pas, au compteur des âges, je n’ai pas vu défiler ma vie, à toute vitesse comme au cinéma, en cette piscine de béton; mais j’ai vue mille vies qui n’étaient pas la mienne, en un souffle défait, au passé et à l’avenir, au cœur du cristal d’une eau bien agitée, comme un mistral passant en mille rêves récurrents.

Cette « expérience de mort imminente » a été pour moi, une surprenante ascension dans l’empyrée de Dante et de Jérome Bosch, mais avec quelque chose d'autre, comme une autre présence aux choses dans un ailleurs parallèle.

Avec cette conscience nette que cette grande «Sphère céleste supérieure », ce ciel, ces cieux était tout en moi, et moi tout en lui, et tout en tout, autour de moi et entre nous, avec cette profonde conviction qu’il n’y avait pas d’autre ciel que cette bonne Terre, et que celui-là, était une pure intériorité, un espace comme un bonheur à créer sans cesse !

Si le tunnel symbolise le passage, mon passage ressemblait plutôt à ces constructions pleines d’escaliers paradoxaux, et d’échelles de Jacob en perspectives étranges, en d’impossibles Mondes de l’envers et du travers, de l'antre et de l'entre-deux, miroir à l’infini de l’être, comme dessinés par l’extraordinaire M.C. Escher, que je soupçonne, entre deux marches ou deux eaux, d’avoir fait une expérience similaire !

(…)

En ce lieu où le passé, le présent et l’avenir se croisent, l’eau à la transparence d’un cristal limpide, c’est pourquoi je vous parle au présent de choses passées au passé simple, et au futur complexe des chemins toujours possibles des choses à venir.

Seule la virtualité est un cadeau inestimable !

L’impression de « déjà vu » forme un tout comme la nature est un bloc de conscience éternelle ; vous allez penser que je suis fou d’une folie poétique, que je suis étrange comme l’étranger de passage chez vous ; mais, peut-on encore parler de voyage intemporel quand on reste sur place, peut-on dire l’intemporalité des souvenirs quand ces derniers semblent fixés dans la matière, comme une capacité discontinue d’être dans un même continuum ?

Ondulation dans les replis, corps plongé comme bâton dans l’eau, diffraction des électrons à travers la peau, tel un cristal, à même les nerfs, pour percer le voir et percevoir une sorte de main invisible, qui semble soulever un coin courbe du grand voile de la réflexion (…)

Peut-on encore discourir sur la relativité complexe ou restreinte quand toutes les théories dépassent toutes les fictions ?

(…)

Alice ou Orphée traversant le miroir, ça vous dit quelque chose ? Et Jonas recraché par la baleine, Noé ou Moïse sauvés des eaux, Jésus recevant l’onction des mains du Baptiste, le malade plongé dans la piscine de Siloé, ou tel lépreux se lavant dénudé dans les eaux tièdes du Jourdain…, ça ne vous rappelle rien ?

En ces lieux étranges où être et avoir s’articulent, où l’impératif se fait vent, où le conditionnel eusse été le temps d’un été, d’un rayon de soleil, l’instant étant, chaud et froid en même temps ; liquide avant que je fusse écrit dans l’arc du ciel et l’arche des eaux, comme l’encre est au Bic, solide et liquide d’un passé antérieur intérieur et de mille plus-que-parfaits imparfaits puisque relatif !

Suis-je vapeurs ou simples gouttes d'eau ?

En cette expérience transpersonnelle, j’étais la menace et l’espace ouvert à d’autres solutions, j’étais l’épée de Damoclès et celle du gladiateur, le Rocher se Sisyphe et l’œil d’Étretat, moi, vous, lui…,

Je suis le lit de Procuste et celui de l’amant, l’Achéron dans sa crevasse de chair, la main sur le sein de ma mère, l’Arche de Noé et la barque de Charon, emportées l’une et l’autre en des eaux de traverse…,

Expérience paroxystique comme on peut en vivre, par exemple dans une expérience mystique ou plus banalement, un beau jour de grâce, dans un caisson d’isolation sensorielle; là où des sensations et des pensées sans nombre vous assaillent, corps et âme, pour faire de l'esprit pur !

Suis-je le filtre de l’eau, qui ne retient pas la mer, suis-je submergé au point de périr noyé ?

« Sois sans crainte ! » expriment les bulles, comment s’aventurer au-delà de l’égo sans prendre de risque ? À hue et à dia - positives d’images fulgurantes, panorama sans nom, sans forme, sans aucune dimension, ineffable voyage !

Entre-deux, liminale zone de l’être et du non – être, naître au moment de franchir le seuil, mourir au bon moment pour naître de nouveau : quel achèvement pour ce voyage sans nom et sans itinéraire, cette plongée dans l’égo pour mieux en sortir…

Pénétrer l’inconnaissance, entrer dans des états de conscience modifiée, acquérir une connaissance inaccessible auparavant, cela défie toute description ! c’est en même temps l’appréhension d’une totale totalité et le vécu d’une totale fragmentation.

Un sentiment universel de conscience cosmique et une expérience transcendantale hors norme et une expérience si profonde et si bouleversante qu’elle change toute la structure de l’être en profondeur seulement.

Preuve de l’épreuve, Quasimodo venait de naître de cette démonstration, j’étais ambroisie dans les veines du vent, le vent dans les voiles du Temple, le nectar distillé au fond des abysses, et Apollon lui-même, dans Tempé, me purifiant pour apaiser le courroux des divinités infernales, Roland sur le dos d’un Centaure, refaisant tout le voyage à rebours, celui de toute la Création, Elphe, primate, faune, génie de la nature, les cheveux hirsutes du poète paumé entre le ciel et la terre.

Spermatozoïde nageant contre le courant ; fluxions où nous sommes contradictions, où nous eûmes été fragmentés, si nous n’avions eu l’esprit qui apaise, alors qu’ergotaient les pulsations du temps aux tempes, entre l’afflux du sang et tous les reflux de la conscience.

Les écritures parlent fort, les mots se bousculent, collant aux maux, affolant, le mythe afflue…, dans l’affluent des encres, comme des torrents dans les rigoles de nos méninges ; raz de marée à ras le corps dans un océan de symboles moites ; la vague roule la chair qui percute la jetée ; regard ahuri à fleur de plage, même les rochers s’y annoncent dangereux pour qui veut s’incarner à grands coups de crayons.

(…)

En dehors des lapins eux-mêmes, qui ne connait l’expression du « Coup du lapin », ou celle plus subtile de « coup du sort », ces locutions populaires ont la dent aussi longue que les oreilles, pour mordre la vie à pleins crocs et écouter les échos et le glouglou du verbe, nous parlant, à travers la mise à mort de ces pauvres petits lapins blancs ou noirs si chers à Charles alias Lewis Carroll…,

Cases noires et blanches, sur l’échiquier des meurtrissures ; au jardin des délices, des délires et des supplices, l’encre est une eau plus noire qui limpide !

Le lièvre souffre et le tort tue, c’est bien connu des prophètes de malheur et des diseurs de bonne aventure, l’histoire se répète seconde après seconde ! Oui, le coup du lapin est si vite arrivé, qu’il vaut mieux se méfier des bordures de trottoir ou de piscine, surtout quand elles sont de béton, aussi solide que des idées fixes !

(…)

Migraines lancinantes, vertiges, vrombissements et vomissements …

Tous les ingrédients étaient là ! Tout aurait pu faire penser à un traumatisme crânien, ou a un voyage dans l’espace-temps ! Mais…

Durant les jours qui suivirent l’accident, les symptômes perdurèrent comme s’éternise le chagrin dans le cœur d’un enfant; un être sensé aurait pu pressentir quelque chose, mais personne ici, ne semblait avoir suspecté la moindre gravité, comme une petite lésion de l’être par exemple, à tel point qu’avec le recul des ans, après un demi-siècle de réflexion, j’aurais envie de leur décerner à tous sans exception, la légion du déni !

(…)

Si je tiens à « mémorialiser » cet événement fondateur, vous livrant mon rachis cervical comme on offre un Oscar de cristal, c’est pour mieux souligner, encore et toujours, qu’au-delà du rideau liquide des apparences, il y a toujours quelque part un au-delà fluide à tout; et qu’au-delà des irresponsabilités réelles il y a toujours une réelle grâce à recevoir.

Pourtant, une lésion de ce type est toujours suspectée et respectée, lorsque la noyade est consécutive à un traumatisme direct, celui d’un coup porté sur la nuque par le rebord saillant de la piscine.

Choc du lapin, choc des mots et des images…, en dehors de l’anecdote de l’accident purement physique, il peut aussi se produire des fractures de l’âme ! Des coups de cœur, de foudre, de foutre…, comme des coups de cravache, des coups du sort, des télescopages entre le ciel et la terre, l’ovulé et l’ovulant, l’intériorité profonde et l’extérieur banal et quotidien.

C’est le plus terrible et le plus beau jour de ma vie !
Les molécules d’H20 à 80 pour cent de mon être, fusionnent avec la page blanche, je suffoque et je respire pleinement…, je suis contradiction et évidence évidée, mort et vivant, tout à la fois, mort de froid et tué par une fièvre plus profonde que les laves du volcan.

L’eau semblait, semble, semblera…, retourner à sa source, à s’évaporer pour retomber en cascades, pour chanter l’hydrogène qui la compose et l’oxygène qui lui donne la vie.

Tout semble marcher en arrière, tout tourne dans ma tête, en avant la musique qui égrène ses notes atomiques, sur le tapis rouge des multiples apesanteurs de l’âme et de l’esprit.

Suis-je l’écran crispé dans ses propres fibres ? Suis-je l’image trouble sur l’écran voilé ? Suis-je à l’envers d’un écran, spectateur étonné mangeant dans son cornet de mots frites, ou acteur intrépide de sa propre vie ?

Cascadeur-poète ? Qui suis-je pour nommer les choses sans vergogne ? Suis-je le tesson d’une pensée encore humide, d’un dieu frissonnant, pensée dispersée à la surface de l’eau, ricochant, rebondissant de mes propres endorphines, de bon en bon ?

Lorsque je me dirais trois, alors je me réveillerais, ailleurs, inversant le mouvement des horloges, des boussoles et des machines à écrire.

Chaque bulle d’air contient un message qui m’est destiné ! Alors, lorsque je me dirais trois, je saurais où et qui je suis, qui j’étais en cet été lourd de mémoire.

Alors, je m’éveillerais, frais et dispos comme un bourgeon au printemps, plein de projets d’avenir et de folies dans la tige.

Fleurir à même ce clavier qui est plongé sous l’eau, avec des touches qui ne veulent plus écrire qu’un mot, formant dans le silence océanique, l’une après l’autre, le mot « mors » ou « srom », quelque chose comme « ça » qui vous donne à sromer ou à morser dans tous les sens, d’impossibles conjugaisons de l’être.

Morsé, sromé ou pas, dans quelle morsure suis la trace ? Dans quelle mesure, suis-je le fruit de mes choix de vie ou l’ensemble de mes possibles choix ? Les choix ont-ils été faits, les cartes tirées, l’arbre scié, la piscine vidée, la parole écrite…, ou bien les choix restent-ils à faire ou à défaire comme les nœuds de lacets que je ne parviens pas à faire ?

Il y a d’autres gens en moi, d’autre moi en l’autre, pourquoi il y a-t-il tant d’encre dans l’eau et tant d’eau dans l’encre ? Plash et plouf, tombent dans l’eau, qu'est-ce qui reste ?

Compter jusque trois, ouvrir les yeux, me pincer…, mais rien ne suffira semble-t-il à revenir à moi, quand on est déjà loin de l’égo ! Plash ou plouc tombent dans l’eau, que devient l’autre ? Qui reste là, les bras en croix, l’œil hagard …,
(…)

Dans le reflet de l’eau ou dans ma propre réflexion, je me souvenais de ce film précédemment vu, avec Jean Marais et François Perrier, et en particulier de cet épisode d’Orphée traversant le miroir de mercure, pour rejoindre l’amour de sa vie, Euridice.

Plash Flash…, je me souviens comme on retient son souffle, mes acouphènes étaient-ils le chant des Sirènes dans le champ des ondes ?

(…)

Œil pour eau, de visions fluides comme des rêves, sous le vol bleuté et agile des libellules et le son agaçant des moustiques ; je me voyais comme la plume au bout de son manche se voit, dans un mouvement qui toujours la dépasse …, écriture automatique, de l’âme qui veut se survivre, écrire le récit de sa vie, tendre vers plus de transparence, mais l’eau est trop froide et l’air trop chaud !

J’étais têtard tétanisé, grenouille en pleine métamorphose, bulles d’eau remontant à la surface, méthane, plein d’images comme des écrans de ciné ; grenouilles, têtards, tritons, salamandres, phosphènes, escargots aquatiques, bêtes microscopiques comme tous ces mystères qu'on ne voit pas à l'œil nu.

Tout me ramène à Clichy-sous-Bois, où bien des années en arrière, le petit garçon passait son temps à jouer le « je » pour tisser et lier les heures et les contacts, polissonnant chemin faisant, dans les rues et les ruisseaux, mi-galopin des villes, mi-garnement des bois comme des champs, espiègle à gogo, inconscient des dangers, innocent et pur comme le filet de source de Notre-Dame-des-Anges.

En bande, dans la forêt de Bondy, aux plus creux des cuvettes vaseuses des "trous de bombes", nous allions y pêcher la salamandre et autres batraciens.

Et dire qu’aujourd’hui les HLM remplissent les trous et que les trous de mémoire s’amassent comme des pleins, alors que dans la rue, les enfants jouent toujours comme hier, aux gendarmes et aux voleurs, et que les plus grands rappent à tue-tête et break dansent, la vie de la cité, comme la pointeuse rythme les horaires de l’usine.

Dehors, dedans…, au purgatoire des cités, les enfants de la banlieue tuent et tètent la mort, pour clamer et blâmer la vie et leur besoin profond de reconnaissance !

Où est ce temps où l’on se baignait les pieds nus dans les trous de bombes, cherchant quelques éclats et douilles imaginaires dans ces réceptacles malodorants de nos rêves d’enfant ?

Même, qu’on cachait nos vélos, nos bêtises et nos mensonges aux parents, sous des amas de branches et de feuilles, sous des tas de prétextes, pour pêcher des têtards qui nous ressemblaient comme deux flagelles s’apparentent !

C'était le bon temps des cabanes, de la glaise aux pieds, des excursions dans carrières abandonnées, les après-midi au cinoche, les batailles dans les fougères, des arcs de sureau, des touches pipi et des écorchures de guerre. Le bon temps où l’on ne voulait pas encore changer le monde, car nous étions le monde en nos jeux les plus fous était une joie pour Dieu.

(…)

« Narcisse vivra très vieux, à condition qu'il ne se voie jamais. »

Souligna le devin Tirésias, alias B. Durocher, cabaliste de son état, d’âme et de cœur, poète d’entre les sages et les persécutés.

Ce jour-là, dans le bruit répétitif de la machine à imprimer, sous l’éclairage défectueux d’une seule lampe allumée au dessus d’une rotative, son imprimerie parisienne ressemblait à l’antre d’un alchimiste.

« Narcisse vivra très vieux, à condition qu'il ne se voie jamais. »

Entre deux traits de « Caractères », les souvenirs de, les allusions à, l’ouvrage de J.L. Maxence où figure la baleine de Luc-sur-Mer, Tirésias poursuivit sa déclaration :
« Il doit choisir entre devenir un homme de célébrité » ou un
« Homme de bien »,
Chemin de vie ou chemin de mort ; il semble bien n’y avoir d’autre alternative, pas de compromis, entre la naissance et l’âge qu’il atteindra « s'il ne se connaît pas. »

« Reviens, respire, ne t’endors surtout pas ! »

Narkê le sommeil, déjà tirait la couverture à lui, mais la couverture tenait bon, nul narcisse ne poussera jamais à l'endroit même où l'on retira mon corps de l’eau, là où quelque temps avant, je contemplais mon reflet entre le flux et le reflux, car avec l’aide des naïades, je finis par revenir sur la berge, de pied ferme le souffle revenant en ses fondements…,

Le dos contre un arbre, je revenais, je respirais, j’ouvrais les yeux, sans m’endormir sur mes lauriers.

Régulièrement, je me rends près des sources pour y retrouver l’image perdue, la ressemblance oubliée dans l'eau limpide, mais point d’image qui puisse me satisfaire, seules les eaux amères et boueuses me rappellent le chemin parcouru et toute la route à faire !

Étoile d’un jour ou d’une nuit, chercheur de gloire, de popularité et de célébrité…, voulant embrasser notre propre image, reflétée par l'ego, on ne peut que se noyer dans l’eau ! L’imaginaire est une toile d’images errantes et de méprises ; en se mirant dans l’égo, on ne voit que mirage, le miracle consiste justement à sortir de soi pour se donner à l’autre.

Sois sur un chemin de bonheur, un chemin pour l’autre, rassure, fortifie, plonge-toi dans l’amour et sois juste poète dans l’entre-deux eaux ; la main cherchant les mots au fond, les yeux guettant le ciel, cherchant ton âme dans le regard de l’ennemi ; ose plonger dans l’abysse, marche en eaux profondes, entre deux lames, deux vagues à l’âme, chercher la vérité dans le doute, et la liberté au cœur de l’épreuve, car la preuve de la vie est là, juste là où la larme s’amalgame d’encre et de perles, et où le sang s’associe aux sèves amères.

(…)


« Oraison » (extraits) Récit d’une expérience transpersonnelle.


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