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texte recommandé par - Nicole Pottier

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sous la peau de ma mère
prose [ ]

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par Jean-Marc La Frenière [erableamots ]

2006-06-13  |     | 



SOUS LA PEAU DE MA MÈRE


Je vis dans le parfum des feuilles qui fermentent, au croisement de la mémoire et de l’imaginaire. Depuis qu’elle n’est plus là, je dors sous la peau de ma mère. Elle est partie sans pleurs rejoindre l’infini. Toute sa bonté déborde aux rives de mes lèvres. Jamais les arbres n’ont cessé de fleurir, les enfants de sourire. La terre n’en finit pas d’aimer.

Je m’éveille dans le bruit d’un caillou. J’entends sa voix mêlée aux nuages qui passent, aux fines corbeilles d’herbes qui retroussent l’oreille. Pour la première fois je pense à des moments d’enfance avec ma sœur, ces petites guerres de pieds en souliers du dimanche. Pareil qu’au printemps, je retrouve dans mes yeux une fraîcheur nouvelle. Les branches nues des arbres ruissellent de soleil. Il faut vivre plus fort. Il faut s’aimer plus grand.

On est surpris de tant de vert qui remplace le deuil. Un drôle de sourire animait son visage. Allez, allez , la route se poursuit. J’ai laissé du bonheur qu’il vous reste à semer. Je poursuis dans les mots, d’autre en cœur, d’autres en mains. Les enfants courent au ras des jambes pour toucher l’absolu. C’est immense la terre. Le bleu du ciel butine les cyprès légers.

Mes mots volent vers elle avec un bruit de plume. Tout le lait de l’enfance irrigue ma parole. Debout au milieu du réel, je rassemble mes rêves, les grains de la passion, les pierres du chemin qui me servent d’église. Je dors les yeux ouverts dans les yeux de ma mère. Les lignes de ses mains redessinent ma paume. Je dois apprendre la bonté, nourrir les fleurs qu’on ne voit pas, rapiécer les répliques dans le théâtre de verdure, recoudre du soleil au milieu de la pluie.

On est surpris de tant d’espoir au baisser de rideau, comme si la pièce commençait. Un goût d’eau fraîche m’envahit. J’aurai soif pour tous. Je calmerai la nuit le chat des cauchemars. Je consolerai le cœur dans la berçante des mots. Le silence est toujours si fragile. Ma mère n’est pas morte mais délivrée du temps. Le poids du monde bascule de ses rêves à nos bras. On doit garder pour elle la force de l’amour, les veines battantes du cœur dans les jouets d’enfant.

12 juin 2006

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