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à la pointe du Bic
poèmes [ ]
à la pointe du Bic, c’est comme à la Pointe du Raz ! C’est du pareil au même, raz d’encres bleues dans les grandes marées noires, rases de mousses d’hémoglobine parmi l’écume des métaphores.

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par [Reumond ]

2010-12-22  |     | 




À la pointe des mots, c’est comme dans le couloir des lignes, dans les bouches d'égout ou les passages de l'être ..., il y a toujours là, je dis bien toujours, des vents froids, glacés, et des souffles comme des battements d'ailes et des murmures d’adoration, et puis derrière tout ça, il y a aussi des bruits terribles d’évolution, de changement ...

Mes acouphènes des deux oreilles ne m’empêchent pas de percevoir les cris qui montent des bidonvilles et les pleurs qui descendent du ciel pour se perdre en chemin.

Loin du silence, mes bruits intérieurs ne couvrent pas les bruits du large, et le crissement des plumes, le gargouillis des encres, ne m’évite nullement de distinguer les gémissements du Cosmos qui s’engendre laborieusement dans la douleur de ses enfants, dans les spasmes de la chair, l’écho des corps et le sortilège des âmes…,

Entre agonies et gestations, crispations et délivrances, convulsions et contractions...,
celles d’un Univers qui s’étend tout en s’éprenant de Grands Larges, dans la fatigue de mes sifflements, j’entends bien et j’écoute en veillant.

Chez moi, c’est continuellement ressacs et bruines à la pointe de mon Bic !

A la pointe du Bic, c’est comme à la Pointe du Raz ! C’est du pareil au même, raz d’encres bleues dans les grandes marées noires, rases de mousses d’hémoglobine parmi l’écume des métaphores qui s’immergent dans le sens.

à la pointe du Bic, c’est comme à la Pointe du Raz !

C’est du pareil au même, raz d’encres bleues dans les grandes marées noires, rases de mousses d’hémoglobine parmi l’écume des métaphores qui s’immergent dans le sens.

C’est la grande marée, les mariées montent dans les chambres hautes, pour des nuits de rêve ou d’infortune, et de longs ébats à fleur d’oreillers … de mon côté du roc, solitaire mais solidaire du Monde, j’écris.

J’écris, en pleine métamorphose, prenant une forme de plume comme une forme de proue, l’une ou l’autre formule en forme de mat, et c’est une prouesse pour chaque mot qui se mouille, c’est un défi salé pour chaque phrase dans cette mer d’Iroise, entre les lignes de granit, les chairs qui savourent la vie et celles qui sont malheureuses.

En ces lieux humides, locutions et hydrocution font bon ménage !

Je crie, aux caps rocheux des corps sans vie, je trace des marges abruptes, car écrire c’est toujours prendre un bain d’eau glacée à ras le corps, au contact des roches, raclement des rocs, contre la peau nue des mains qui se couvrent de cloques.

Mais je continue à croire et à écrire !

Malgré les tsunamis et les meurtrissures, je crois en un raz humanité qui monte de l’Amour, dans une grande ascension de conscience, telle la perspective d’une convergence de tout un chacun tout en chacun, un océan d’appels à la tendresse comme à l'altérité.

Je crois, je crois d’un croire en l’Homme qui vient tel un Messie qui serait le Tout humanitaire, le tout solidaire, le tout personnel, Unique tout en étant Universel…, dans un seul Corps qui serait celui de l’Homme Nouveau.

Je plonge, je coule à 12.000 brasses dans l’abysse des verbes, pour ne pas remonter sans reliques de grands fonds.

Plus j’écris, plus je croîs ferme en inconnaissance, en pauvreté…,

Plus j’y croîs et plus j’y puise la sagesse d’ignorer tout, afin de continuer à nager dans le Mystère.

Je crée, je croque les images, je m’écrie pour crier les gros maux qui défient l’humain, j’écris du verbe écrire, à grands traits, à grands rais, pour croiser les mots aux lignes des chemins, en faire des tuniques de peaux, de poils et de plumes, afin de couvrir notre animalité et bien montrer les traces de nos origines uniques.

Les raz de vie, c’est comme ces grands courants violents qui se font sentir dans les passages étroits entre l’imaginé et l’inimaginable ; au cœur meurtri de ce défilé qui divise l’homme entre délice et supplice.

C'est là où Notre-Dame des Naufragés accueille les poètes intrépides, les noyés par contumace, les corps sculptés par la vague des jours, la marée des heures qui laisse sur les plages de galets toutes ces rides tracées par l’érosion des vents intérieurs, et par celles des grandes eaux du dehors, celles que l’on perd pour accoucher de soi.

Emporté par les raz-de-marée, grignoté par les rats affamés du manque, perdu dans mes pensées moites comme un esquif s’oublie entre la Manche et l’Atlantique, c'est dans la mer déveine des mots que j'écris; là où les adjectifs eux-mêmes, les sémaphores, les phrases et les phares y perdent la tête et leurs messages de lumière, tellement l’ombre y est redoutable et le grand mystère des eaux impénétrable.

(…)

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