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Poezii Românesti - Romanian Poetry

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Poésie pour tous ?
personnelles [ ]

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par [marlena ]

2010-12-17  |     | 



A partir du présupposé négatif de cette interrogation - "Poésie pour tous?", plusieurs réponses ont été données à la question plus explicite (puisqu'une question en cache une autre) "Pourquoi les relations entre la poésie et ses lecteurs sont-elles si difficiles aujourd'hui?" Ces réponses semblent expliquer la situation et même offrir des solutions:

Voilà donc plusieurs démarches censées rapprocher la poésie contemporaine de son public:

1. Le registre du banal adopté par les 'poètes du quotidien' en écho aux objectivistes américains – par exemple Emmanuel Hocquard ou Olivier Cadiot et leur littéralisme; ou bien Claude Royet-Journoud, Anne-Marie Albiach et leur " écriture blanche").

2. La poésie d'aujourd'hui qui va vers la prose, ce qui pourrait l'alléger: par exemple les textes de Joël Bastard - une "prose" qui dit autre chose que la prose, dans des rythmes du fragmentaire, puisque le fragmentaire correspond, tout comme la poésie, à des éclairs d'émotion, de perception, d'intuition : "au tranchant du poème se coupe la prose", dit Joël Bastard dans Se dessine déjà). Très récemment, ajoutons le roman-poème de Pirotte, ou bien les "romans" poétiques d'Eugène Savitzkaya.

3. Les lyrismes, dont le soit-disant "nouveau lyrisme" – autant dire "retour du sujet" - qui va d'habitude directement vers le cœur du public, puisque la poésie est le Lieu du désir.

4. La poésie des "performers" (avec leurs jeux de mots, de sons ou de lettres), voire la "poésie sonore" qui cultive un certain type de ludique qui remplit bien la scène.

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Maintenant je vais détruire, en contredisant ce que je viens de dire, car tout n'apparaît être qu'un leurre; ces tendances sont en fait autant de pièges! Les réponses données sont à interroger et – plus en amont - les questions posées sont à rouvrir.

La poésie et le public peuvent être rapprochés!? NON!

1. Le "registre du banal"? Peut-être, mais il y a le risque que le Moi/le sujet poétique se retrouve remplacé par des objets décrits, voire tout simplement "nommés", énumérés dans ce qu'Emmanuel Hocquart appelle lui-même une "petite langue (…) sans accent poétique, aussi sèche qu'une biscotte sans beurre".

2. Pas de frontière prose-poésie? Oui, mais à force de cultiver la défaillance expressive et par souci du "contrechant" (Jean-Marie Glaize) cette "prose" risque de devenir "prose blanche', "atone" (sans être "l'hiver lucide" de Mallarmé), ultra-minimaliste – bref: une impasse.

3. Quant au nouveau lyrisme que J.-M. Maulpoix appelle lyrisme critique, tout en le considérant un dépassement des précédents, les poètes ont perdu le rôle de prophètes ou de meneurs du peuple que les romantiques, par exemple, s'attribuaient. Une autre réaction serait aussi celle qu'on a appelée la "cure d'amaigrissement" de la poésie française qui semblait nécessaire dans les années 50-60, après certains excès lyriques de la poésie engagée des surréalistes, voire résistante avec René Char. Mais déjà dans Les impostures de la poésie, Roger Caillois jugeait avec une sévérité parfois excessive (l'auteur l'admet lui-même au bout d'une vingtaine d'années) un certain lyrisme exacerbé qui pourrait passer – au nom de la sincérité comme seul critère – pour de l'art. Il y énumère les prestiges parasites d'un lyrisme envahissant, fait d'excès, de débordement, d'effusions, d'inspiration exaltée, de désordres déchaînés, qui n'aboutissent en fin de compte qu'à une poésie souvent saturée, parfois sursaturée, surexposée. Alors, J-M. Maulpoix fait ses adieux au poème dans plus de 300 pages! – dans son livre Adieux au poème, publié en 2005. (Le livre s'ouvre sur la phrase "La poésie touche à sa fin" et déclare le poème un "objet perdu".) Dans son récent recueil Eclairs d'œil, Serge Martin-Ritman résume la situation de la poésie: "entre le lyrisme sec et l'objectivisme humide, entre la philosophie et le prosaïsme". (car il ne faut pas oublier non plus la polémique autour de la "poésophie" et des "poésophes" tels Michel Deguy)

4 Les exercices ludiques des performers qui épuisent en fin de compte leurs jeux et proclament bruyamment l'absence du sens risquent de devenir des exercices de laboratoires, des exercices du négatif: comme, par exemple, Christian Prigent avec ses rythmes sarcastiques-ironiques du discontinu, (tout le contraire du continu lyrique) que J-M. Maulpoix appelle "écriture répulsive".

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Quelle chance donc cette poésie a-t-elle de devenir une poésie pour tous alors que, pour les mêmes raisons que je viens de mentionner, la poésie se retourne contre elle-même et devient plus difficile d'accès, mettant en doute la capacité collective à identifier le geste poétique?

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Alors comment je vois la relation poésie-lecteurs?

Tout d'abord de quelle poésie parlons-nous?

En ce qui me concerne -

celle qui est une forme de connaissance par l'imaginaire et connaissance de ce que Lionel Ray appelle le "réel imaginaire",

celle qui traverse en lenteur des "zones d'intranquillité" (Fernando Pessoa), attentive à "ce qui est" (Christian Hubin) et - j'ajouterais - à l'imminent, y compris à l'imminence du poème: ce moment de suspens où le poème naît – cette accumulation d'énergie, cette densité de l' énergie contenue, puisque la force contenue est plus pure, qui impose un ralenti de la perception afin d'interroger à la fois les possibles extrêmes du langage; qui peut traverser des zones de raréfaction du souffle, ou bien un resserrement sur l'image ("resserrement de la voix sur la vision" (Maulpoix à propos de la poésie de Bonnefoy),

celle qui extrait le poème du registre du banal, mais y creuse à la fois - comme la poésie d'Antoine Emaz, qui ne se lit pas "horizontalement" comme la poésie du quotidien, mais "verticalement",

celle qui ne raconte pas (Giorgio Bassani: " les poètes doivent parler de choses impossibles à raconter"), qui n'énumère pas, mais tout simplement "guette le lever des objets" (Joël Bastard),

celle qui - sans être une poésie réservée exclusivement aux initiés, mais sans être non plus une poésie sociale (qui s'adresse aux masses), ne se veut ni "poésie pure", ni poésie engagée. Le poète ne doit pas se laisser happer par les événements – non pas parce que les poètes seraient dépourvus de conscience sociale, au contraire, pour que leurs réactions n'aient pas l'effet d'écume disparaissant avec l'instant. Il devrait plutôt attendre que le cri inarticulé devienne voix articulée, que l'étouffement devienne souffle, que l'image, aussi véhémente et dramatique soit-elle, acquière une lucidité - mais pas froide, au contraire: une lucidité incandescente, que la douleur et ou joie ou la haine communes à tous soient dépassées poétiquement, acquièrent la force véritablement poétique Il y a évidemment un public pour la poésie de l'immédiat (description immédiate de l'expérience personnelle – ce matériau émotionnel brut) et il se peut que ce public soit assez important, surtout dans des périodes de confusion politique, sociale. Mais je parle de l'autre poésie, autrement immédiate: la poésie-éclat, éclair, fulguration d'images – à ne pas confondre! Il y aurait plusieurs niveaux du lyrisme: entre l'émotion et son expression poétique, il faudrait laisser un laps de temps, ce mouvement d'inspir/expir dont l'émotion a besoin pour se cristalliser en poème,

celle qui ne crie pas je à travers ses émotions brutes, la poésie du sensible et non pas du sentimental, des sensations sonores, visuelles, etc. perçues par un je qui ne dit pas je, soit un je dispersé dans le poème, disloqué (Yves Bonnefoy ne parle-t-il pas de l'"énergie disloquante" de la poésie?). Sans être pour autant une poésie impersonnelle: tout simplement son je est en retrait vers l'intimité de l'écriture (dans sa "chambre d'écriture" comme dirait Eric Brogniet),

celle que l'on pourrait appeler parfois "lapidaire" (avec Dominique Viart), au sens minéral, basaltique du terme (désertique, sans être aride); et je pense à la poésie de Jacques Dupin avec les titres de ses recueils et poèmes: Suite basaltique, Le règne minéral, sans parler de Gravir, qui montre à quel point le mouvement intérieur du poème est difficile. Une poésie 'stricte', dénudée, "radicale" (au sens étymologique du terme) comme les sculptures filiformes de Giacometti (à qui Dupin a d'ailleurs consacré un livre). Le poète n'est-il pas ce "Man holding a void" de Giacometti?

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Il est vrai que tous ces mouvements intérieurs du poème ne l'orientent pas nécessairement vers le public.

Par conséquent, la poésie n'est pas pour tous ceux qui préfèrent la voie si facile d'un lyrisme centré par un moi à jamais incapable de se distancier de lui-même, sans accepter le fait que le poème est difficile avec lui-même. Et qu'il doit l'être. Et que les voies poétiques sont dé-routantes. Et qu'elles doivent l'être.

Mais la poésie va vers tous ceux qui acceptent le choix de la rigueur, le désir de perfection de ce poète qui tâche de comprendre et de mettre de l'ordre (ou du désordre) par le souffle et le rythme d'un poème, ce poète qui est un moi qui veut s'oublier (Paul Celan).

C'est ce que Borges écrivait dans Le Complice: "on me crucifie et je dois être la croix et les clous/ on me tend la coupe et je dois être la ciguë/(…) peu importe mon bonheur ou mon malheur./ Je suis le poète."


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