![]() |
Agonia.Net | Règles | Publicité | Contact | Inscris-toi | |||||||
![]() |
|||||||||
![]() |
|||||||||
|
agonia.net ![]()
· La vie
Article
Despre Boierism: manifest si razie
Table ronde
|
- - -
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 2008-05-09
| Pour pardonner à un sous-marin il faut qu’il soit aussi joliment façonné qu’un œuf de Carl Fabergé, ou silencieux et puissant comme un requin-marteau. Le sous-marin pardonné, Éditons Brumar, 2007, construit minutieusemnet par Ruxandra Cesereanu et Andrei Codrescu, par échange électronique de morceaux d’écriture, fait partie de la première catégorie, celle des artefacts artistiques riches en détails d’une exubérante beauté. S’il ne s’agissait que de beautés exubérantes, le Sous-marin n’aurait au grand jamais sauvé son âme. Mais il y a aussi les bons actes supplémentaires, qui l’absolvent de tous les vagabondages érudits : la fantaisie, l’humour, l’allusion pétillante, la prégnance du détail. Bien que travaillé à quatre mains, le méga-poème s’avère être suffisamment unitaire, étant donné que plus d’une fois on a du mal à distinguer qui est au périscope : le beatnik américain à la moustache de Transylvania ou la pianiste ensorcelante et délirante. Du manifeste du délirionisme, lu sur le blog de Ruxandra Cesereanu, j’ai compris qu’on avait besoin d’un sous-marin performant avec lequel on puisse sonder les eaux de l’inconscient. Par bonheur, son nouveau livre n’est pas abyssale au point d’imposer la lecture dans un performant costume de scaphandier-bibliothécaire. Probablement, le doit-on aussi au froid Andrei Codrescu. De toute façon, la partition féminine de l’écriture excelle par le pittoresque et les audaces lexicales. La délirioniste plonge sans peine alors que son partenaire a besoin de stimulants pour le déréglement de la lucidité : « depuis longtemps j’ai éprouvé le besoin de descendre dans un sous-marin immergé/ de m’y noyer de bon gré mais pas seule avec à mes côtés un autre idiot ivre». Sous le signe du suggestif « voilà » on procède à la sortie du copilote de l’abysse borgésien et à sa plongée dans l’abysse grouillant, plein de menaces, tel que Lautréamont aussi l’avait vu : « l’un était mort dans la bibliothèque/ avec une étagère effondrée sur lui/ quand le sous-marin s’était heurté à une matière dure et grise/ le dieu de l’ennui qui déambulait comme un fou sur le fond de la mer ». Voilà le début enthousiaste et les photographies tournantes des copilotes : « les deux scaphandriers étaient une pianiste troublée et un Américain myope et alcoolique/ réunis pour des plongées à grande profondeur/ une pianiste aux cheveux de neverland et un Américain à la moustache de Transylvania/[...]/un néant new age avec un pendant d’oreille et des chaînettes en or fin aux chevilles/[...]/ salut sous-marin pardonné/ vers toi nous venons pour une longue et non soyeuse plongée ». « Délirez, délirants », les deux ôtent leurs habits académiques, avec manchettes et col cartésiens , s’abandonnent à l’imagination : « la pianiste et l’Américain avaient le cerveau en cendres/ abusaient du délire comme des violeurs de mescaline ». Dans des vers longs, suggérant l’ossature des alexandrins, on révèle les richesses surréalistes d’un océan qui évoque les gouffres hantés par l’esprit de Maldoror : « leurs grands pouvoirs seront changeants puisqu’ils peuvent s’allonger les mains/et peuvent s’ajouter des organes vivants d’êtres aquatiques terrestres et angéliques/des plumes de corbeau des bouts de biche des érections de minotaures des yeux de huîtres ». Sans tarder, le scandale de l’aventure, l’accouplement interdit, adultérin, entre le délire et la raison, apparaît au grand jour : « je sais que je suis insensé mais un jour le sous-marin est allé se confesser/ miséricorde, miséricorde, geignait-il tel un nouveau-né ». La contamination touche le véhicule-tentation aussi. On pose alors le problème du pardon et on est loin du surréalisme, de l’onirisme ou de toute autre forme d’évasion : « L’Américain tirait sur sa moustache comme sur un cordon ombilical/ la pianiste tordait ses cheveux comme on le fait avec un pharaon dans l’hôpital/ et les deux proféraient des halléluias sur une sorte de musique rock engloutie par l’océan ». La tentation baroque persiste, invincible, dans la forme comme dans le fond, quelque dynamique que soit le moyen de se déplacer dans les profondeurs : « une balle de lumière sans fenêtres et sans portes fermée dans son essence cylindrique ». Les explorateurs souffrent d’une forme de pantéisme chronique et il est difficile de leur prescrire une médicamentation qui soulage : « l’un en chemise de nuit violette avec des nattes pantéistes tressées étroitement / avec une tarentule veloutée accrochée à une chaînette d’or entre les seins/[...]/l’autre un pantéiste convaincu avec pan tatoué sur le ventre ». Ils n’ont donc qu’à expier en long et en profond, dans ce monde à rebours, qu’ils traversent encore avec enchantement : «ça alors transylvania sur le fond de l’océan était une rébellion de couleurs et de formes/[...]/un coctail suprême doucereux à effet d’hyperbolique pavot » Le liquide amniotique ne pouvait être explorer qu’avec un instrument en grande et continuelle verve. L’exploration n’est pas forcément une mise en abîme, mais une fécondation avec des suppurations, un enrichissement de la chose en soi avec des fioritures synestésiques. Est-ce mon impression ou nous jaillissons, heureusement, de l’abysse psychédélique, et, plouf, nous pénétrons les abysses carnavalesques ? « j’ai examiné le sous-marin la nuit dernière quand tu dormais et j’ai découvert/ qu’il n’est pas composé de l’aspiration d’un peuple, comme je le croyais, ni d’un métal forgé dans le chaudron alchimique d’une entreprise secrète de vieilles femmes immortelles/ avec grand étonnement j’ai découvert qu’il n’avait pas été produit non plus des cendres des pipes /des messieurs freud deleuze et magritte ou même jules verne ou némo/ j’ai examiné attentivement les écailles de poisson recouvrant la limaille fine d’au-dessous/ j’ai rasé un morceau avec le canif et j’ai trouvé sous la peau quelques mots incrustés / taillés dans un marbre rose mais chaud parce que lui aussi était une sorte de peau/ et sous cette peau marmoréenne j’ai trouvé une peau molle qui durcissait/ quand je murmurais les mots ciselés que j’avais lus du bout des doigts/ et plus j’explorais la surface du sous-marin plus j’avais la conviction/ qu’il s’agissait d’un phallus chassé sur le fond de la mer en raison d’une passion coupable/ qui s’était construit une villa solaire à la surface mais qui la nuit languissait loin de son bien-aimé des profondeurs et voyait en rêve les vagues dans lesquelles elle-même l’avait enterré/ et voulait plonger dans les profondeurs en lui pour qu’elle devienne la semence née». On a pour ainsi dire un sous-marin-palimpseste comme un dieu phallique : « ce n’était qu’un phallus innocent et aveugle » et deux manipulateurs en état de demitranse, car il leur reste assez de lucidité pour faire appel à leur culture musicale ou littéraire : « la nuit elle marchait somnambule sur la surface du sous-marin/ et croyant que celui-ci était un piano elle y jouait du chopin mais aussi du keith jarrett / un peu de rahmaninov et d’autres musiciens qui buvaient sec. Là-dessus je dois mentionner avec enthousiasme la préface de Mircea Cãrtãrescu – l’un des rares textes vraiment virils d’un auteur généralement délicat ou abstrait. Dans le cas qu’on considère, il se montre peut-être trop virile, voyant dans la collaboration des deux écrivains une sorte de copulation barochiste. Qu’on a affaire à un texte qui coule en volutes et spirales larges, c’est clair. Mais la copulation effervescente doit être prise cum grano salis, comme une duperie postmoderne, comme nous l’indique d’ailleurs l’une des voix auctoriales: « l’Américain savait que la pianiste avait un sexe d’ange/ et il savait aussi que les ailes de celle-ci avaient de petits yeux cousus à la façon des ongles scintillants / ce qu’il ne savait pas c’était que la pianiste ne rêvait d’aucun phallus impudicus/ que seul son sexe d’ange la faisait halluciner / et qu’elle saignait telle une brave bibliothèque aquatique/ les livres de son ventre étaient pour cette raison les parures des âmes ressucitées ». Et les dessins naïfs et frustes de Radu Chio tendent à encourager une interprétation nymphomane, même si l’humour subjacent les absout de toute étroitesse freudienne. Irrépressible, l’instinct ludique ne se manifeste pleinement que dans le ventre du sous-marin : « puisque l’Américain avait en lui un vide de météorite, il aurait joué avec n’importe quoi avec des poupées gonflables comme avec de petites voitures/ avec des perroquets stridents comme avec le saint esprit et des coccinelles mouchetées et à carreaux. Finalement, le ventru submersible est un outil falstaffien qu’on doit plonger en lui-même : « c’est ainsi que te chantait à mi-voix la pianiste quand elle collait tes guenilles et t’encerclait de fils de fer/ tu es un tonneau gâté un caprice tu m’enchantes sans que j’admire ta forme/ il est temps que le sous-marin aussi parle un peu/ car même s’il n’avait pas de langue ni de bouche/ il était télépate et schisophrénique au moins en partie ou même ventriloque/ il était un orateur raté et un moine sidéré par ses deux voyageurs ». Puisque la surface était le territoire illusoire de la Maya – « allez faire un tour seuls dans le monde du dehors sain et juteux/ et fixez-la avec des clous pour être sûrs que la vie n’est pas que mielleuse, mais qu’elle a déchiré ses linceuls et son voile de très hypocrite mariée » - la réalité doit être combattue à l’aide de la sous-réalité. Voilà pourquoi, parmi les prototypes culturels de sous-marin, il convient de choisir le plus subtil : « on connaît quatre classes majeures/ celles qui se glissent sous les eaux avec le sort du monde enfermé dans des fusées apocalyptiques/ avec les alphabets cyriliques et latins de la vie sur terre/ inscrits sur la peau / ils sont remplis de silence comme des outres avec du cianure/[...]/d’autres sous-marins sont du genre nemo peuplés de savants discrets/ ». Même dans ces conditions, le véhicule supporte encore une re-subtilisation de la part de la pianiste, jusqu’à ce qu’il ne reste de lui qu’une plausibilité immaculée : « pourquoi avait-il besoin d’absolution du moment qu’on avait besoin d’un sous-marin nucléaire recyclé/ dans un phallus naufragé sur lequel un voyou avait gravé/ la bite en érection ne demande pas pardon/ et trouvé dans cet état par la pianiste il a été restauré avec tendresse/ et relancé dans la mer pour obtenir le pardon jusqu’à son éventuelle montée aux cieux ». C’est à présent que nous réalisons combien la catégorie du scandaleux est relative pour les chantres des appétits liquides: « le sous-marin était son journal de rêves relativement scandaleux ». Le scandale jaillit d’où on s’attend le moins et porte des signes fétichistes : « mais qui pourrait comprendre ces choses/ qui d’autre que dieu avec ses oreilles pendantes et sa langue d’animal ».En fait, tout est un jeu, un déchaînement (am-stram-gram entre nous pas de slogan)[...]/mais pourquoi n’as-tu pas appris parce que j’ai été à Caprie/ [...]/ l’ours cladie oublie la maladie et la pantère joue aux dés »), toléré à la manière d’un grand-parent par le sous-marin: « et le sous-marin dort toute la journée en fumant des mégots dans le brouillard ». Mais des rigolotes bandes dessinées on glisse doucement vers un crédo littéraire et des visions poétiques de valpurgie : « dans ma vie en poésie sont survenues deux mutations visibles/ le jour où j’ai cru être oiseau et le jour où je suis devenu dauphin/ avec les oiseaux je me suis entendu bien parce que je volais dans le sens opposé/ j’aimais les plumes et la liberté mais j’avais d’autres intérêts/ dans ma période volatile je me suis intéressé énormément au bonheur/ car normalement comme tout homme j’avais été homme avant d’être oiseau/ enfant plus précisément né dans une ville minable/ avec une histoire terrifiante où des sorcières avaient été brûlées ». Pour ma part, c’est ainsi que je comprends le voyage dans le phallus purifié et re sémantisé : une artésienne d’arts poétiques, irrisée par la lumière des projecteurs, mais exacte dans ses intentions. « ma vie est devenue un combat darwinien contre les machines à mots » ; « ensuite l’apparition de t.s.eliot a fait voler en éclats ma vie» ; « sois réelle ne sois pas boréale ». Si le sous-marin glisse gracieusement, c’est aussi grâce à l’abandon des schémas étroits de la ponctuation. Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire, mais, en bref, de la plongée sans retour la littérature roumaine est restée avec un joyau étrange, qui manquait à sa parure.
Visualisations: 492
|
|||||||||
|
|
|
|
|
|
|
|
||||
| La maison de la litérature | ||||||||||
La reproduction de tout text appartenant au portal sans notre permission est strictement interdite.
Copyright 1999-2003. Agonia.Net
E-mail | Politique de publication et confidetialité