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Bucovine : figures et masques d’hiver
article [ Création ]

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par [angela furtuna ]

2006-02-03  |     | 



Pas plus d’un mois s’est écoulé depuis que le carnaval des traditions populaires d’hiver a inondé la Bucovine de son océan de couleurs et de chansons. Par-delà les monts des Carpates orientales et les coteaux verdoyants, la nouvelle s’est répandue, à droite et à gauche, que les habitants de la région semblent avoir oublié les ancêtres, les coutumes, les vêtements traditionnels et le charme des souvenirs. Mais qui prête attention à toutes ces rumeurs ? La réalité est complètement différente, comme nous allons voir dans ce qui suit.


Les villages de Bucovine, aux riches localités et aux fiers habitants, se préparaient tranquillement et gaiement pour les nombreuses festivités et pour la célébration de la Naissance du Rédempteur. Jeunes ou vieux, pris par la fièvre des préparatifs de Noël, retiraient les habits de fête de la naphtaline : touloupes épaisses en peau de mouton, manteaux de bure, chemises en toile de lin et de chanvre, pantalons de paysans blancs comme neige, jupes tabliers et jupes paysannes à rayures, gilets ornés de perles de verre, corsages traditionnels roumains et châles aux couleurs veloutées resplendissantes, mouchoirs et bonnets épais en agneau noir, gris et blanc, joliment ornés de colliers multicolores avec des pierres semi-précieuses et des perles, ou avec des broderies de couleurs vives. Mais la plus grande joie, couronnant l’attente du miracle de la veille de Noël ou de la veille du Nouvel An, était de redécouvrir les masques portés par les groupes de chanteurs de Noëls (colindatori). Ce sont eux qui parcourent, pendant les jours des fêtes d’hiver, les ruelles des villages de Bucovine, pour amener dans chaque maison les chants et les voeux de santé et de paix.



Les masques et les costumes bucoviniens destinés au carnaval folklorique d’hiver reconstitue l’univers des créatures dont la vie est essentiellement façonnée par l’agriculture et la vie en montagne. Certains figurent l’ours des Carpates , compagnon de toujours, souvent adversaire craint, qui perturbe l’hiver et la vie des habitants des prairies. D’autres symbolisent la chèvre de montagne (ou chèvre sauvage), mais également la douce chèvre domestique et le bouc qui, selon son entêtement proverbial, fait le délice de nombreuses histoires humoristiques des gens locaux. Tout comme l’ours, le loup – rusé et menaçant, est évoqué dans des masques très suggestifs destinés à « emplir d’effroi » les spectateurs. Et comme on le sait bien dans les montagnes, le loup chasse toujours les brebis et les moutons sur les domaines et chez les bergers, et donc ce motif de chanson populaire (miorita)* se retrouve amplement dans les motifs représentés sur les masques. Ne fait pas défaut le superbe cheval , accompagné de nombreux petits chevaux et de carrousel, auxquels on dédie d’innombrables types de masques et de costumes, de danses et de chants qui mettent en évidence la forte relation entre les gens du cru et leurs activités quotidiennes de la vie, d’une part, et leur cheval de transport , ou leur cheval de parade , d’une autre part.




Costumés de leurs vêtements traditionnels et portant ces masques, les gens locaux partent chanter les Noëls (colinde)* dans les maisons des uns et des autres de leur même village, ou (de plus en plus rarement) vont en ville chez leurs parents proches. Ils font part de la joie dans l’attente de la naissance de notre seigneur Jésus-Christ. De petits groupes de musiciens accompagnent les gens masqués, on y retrouve des joueurs de trompette, d’accordéon ou de fifre, sans oublier tambours, les percussions « toaca » (pièces de bois frappées de maillets utilisées dans les monastères orthodoxes ), flûtes champêtres, flûtes de Pan. Quelques chanteurs interprètent des partitions vocales, accompagnés d’aucun instrument, si ce n’est du seul instrument populaire spécifique au Nouvel-An, nommé Buhaiul (le «Taureau»*), avec lequel on chante les Noëls et on souhaite les vœux traditionnellement.
Là où ils font halte, les chanteurs de Noëls (colindatori) masqués ainsi que leur groupe joyeux offrent un petit spectacle, qui s’apparente à l’enjeu d’une relation d’amour et/ou de lutte entre l’homme et les animaux qui l’accompagnent dans sa vie âpre de la montagne : au final, renaît la vie, la joie de vivre, l’amour des hommes pour tout ce que leur offre Dieu, en cette contrée petite, mais riche en ressources et féconde en civilisation.
Le rituel se déroulant lors de ces vœux mime les travaux de labourage au printemps, symbole de la fertilité de la terre et de la reprise du cycle vital à chaque début d’année.


Buhaiul (le «Taureau»)



Après la fin du spectacle, les hôtes invitent dans leur maison les chanteurs de Noël ou leurs musiciens et leur offrent des plats traditionnels : cozonac (brioche de Noël) colaci (pains rituels en forme d’anneau décorés avec des spirales, des cercles, des croix ou des oiseaux.), sarmale (boulettes), rôti de porc, saucisses et andouillettes, tout comme des boissons traditionnelles : țuica, pălinca (eau de vie de prune), vin, liqueur de griotte et de myrtille.



Ainsi se pérennisent, de génération en génération, les coutumes bucoviniennes des gens du cru qui s’en vont en « chèvre », en « ours », en « loup », en carrousel, à cheval, avec les masques, les «irozii »* Hérode (qui sont comme les souverains de ces villages de montagne) ou en « militaires » (portant des uniformes éclectiques qui combinent des détails d’uniformes austro hongrois, russes d’après la seconde guerre mondiale, français d’après la première guerre mondiale, et roumains de 1877 jusqu’à 1989). Dans toute la Bucovine, à la fin de l’année, retentit le son des fouets, des grelots et des clochettes, lesquels accompagnent les voix d’hommes réveillant la nature et le monde des esprits, pour les chasser de leur région et du voisinage de leur maison, et annonçant la naissance de la lumière et de l’espérance.


«colaci»

Ces derniers temps, les habitants de toutes les ethnies des villages bucoviniens sont partis eux aussi chercher du travail dans les pays de l’union Européenne, en Israël, ou en Australie, au Canada, aux Etats-Unis d’Amérique ou en Afrique du Sud. Pour ces rencontres de fin d’année, les familles ne sont plus aussi nombreuses qu’autrefois. Cependant les enfants sont habitués à ces vieilles coutumes traditionnelles, c’est ainsi qu’un processus diffus se met en place qui mêle les traditions à la modernité. L’histoire de la Bucovine est écrite par ces gens à l’esprit créatif et ouvert qui gardent solidement les coutumes du passé en y ajoutant des inédits de leur réalité et de leur espérance en un futur meilleur. Et leurs visages, tout comme leurs masques, annonce le retour de chaque année comme étant la meilleure année dans leur Bucovine natale. Dans le concert de l’unité des cultures européennes, la culture bucovinienne reste une culture forte, originale, dont le potentiel ne fait que se développer. C’est de toutes ces opportunités que nous parlent, dans leur langage ineffable, la force des couleurs vives, l’esprit harmonieux et passionné des chansons, les regards emplis de tendresse et d’audace des bucoviniens.


(Traduction : Nicole Pottier)

Angela Furtună




***

Notes :

En Roumanie, les chants de Noël s'appellent colinde (colinda au singulier). Ce sont des chants a cappella, interprétés par un groupe de jeunes, les colindatorii, sorte de "marcheurs-messagers" qui, en hiver, accomplissent, de maison à maison un rituel annonçant la Noël, le jour le plus important de l'année. Il s'agit d'une tradition spirituelle à connotation magique, profondément ancrée dans l'âme du peuple chrétien de Roumanie, seul peuple latin à avoir embrassé la religion orthodoxe-byzantine. Ceci expliquerait pourquoi la musique sacrée roumaine exclut tout instrument à l'exception de l'instrument fondamental qui est la voix, lien symbolique puissant entre l'être humain et Dieu.
Depuis des siècles les colinde constituent un répertoire d'une grande beauté et variété. Ils sont source de joie et de consolation, d'identité et de cohésion, défiant les épreuves de l'histoire.
Les Roumains, seul peuple de l'Est d'origine latine, ont vécu pendant des siècles dans une société de type agraire. L'impressionnant patrimoine musical est justement issu de l'étroit rapport des hommes avec la terre. Une des expressions poétiques du monde pastoral de la région allant des Carpates à la Mer Noire est la ballade Mioritsa, qui signifie l'agnelle. Il existe un millier de variantes de ce chant-symbole des Roumains. La dramaturgie prend sa source dans la solitude du berger et de sa relation avec l'univers. Les paroles sont imprégnées de dor, une combinaison métaphysique de solitude, de mélancolie et de désir, ce qui explique pourquoi ce terme est intraduisible. Néanmoins, il existe des essais de traduction de Mioritsa en différentes langues. Parmi elles, une réalisée en français par l'essayiste Roumain D.I. Suchianu. Ainsi, nous pouvons nous faire une idée approximative du thème de la ballade, des sentiments du berger confronté à la présence constante et lancinante de la mort. Il ne se révolte pas contre cette inexorable issue, mais la reçoit plutôt sereinement au sens d'une réunion avec le flux éternel de l'Univers.
Source internet : Amori

*

Irozii : au singulier Irod, en fait Hérode, se rapporte au massacre des innocents. Il s'agit d'un chant religieux interprété par des enfants costumés en différents personnages présents lors de la naissance de Jésus: Marie, Joseph, Jésus nouveau-né, un berger, les rois mages, mais aussi Hérode et des soldats romains.

Buhaiul : Ainsi nommé, parce qu'il évoque le mugissement du taureau.
"Toujours lié au symbolisme agricole, il y a une autre pratique qui utilise un instrument de musique appelé le Taureau. Ce sont les aînés qui jouent du Taureau, surtout la veille du Nouvel An, en Moldavie. Le Taureau est fait en bois, comme une boîte de résonance de forme ronde, dotée d’un tambourin en peaux d’animaux. Il a une queue sonore, en crins de cheval, qui fait du bruit au moment où on la tire. Pendant qu’ils jouent du Taureau, les jeunes hommes utilisent comme accessoires des fouets qu’ils tournent dans l’air, au-dessus de leurs têtes."
In : Les danses à masques en Roumanie de Alina Nogradi.


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