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Dossier: Marlena Braester, une oeuvre
article [ Interviews ]

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par [marlena ]

2018-06-08  |     | 



Esther Orner: Roselyne Déry et moi-même nous avons pensé que, vu le nombre de livres que tu as publié dernièrement, il serait temps de te consacrer un deuxième dossier. Si je ne me trompe, tu as publié une douzaine de livres de poésie. J'avais lu tes livres au fur à mesure de leur parution. Et là, en lisant le tout je découvre qu'ils s'enchainent. Chacun de tes livres annonce le prochain et un vers deviendra le titre du suivant. Tes livres sont un vrai Continuum. Je comprends mieux le choix valérien du nom de notre revue qui est le tien.

Toujours dans ma relecture, je découvre l'importance du mot poème. Il y tient une place impressionnante, Un personnage, je dirais. Le poème se lève/fait quelques pas sur la page/ respire de toutes ses syllabes/remplir d'air ses voyelles/butte sur une consonne inconsolable/ s'arrête au bout/d'une rue imaginée par l'autre ville/ /entre dans un rythme (Presque v'île, p. 83) ou Le poème/ reste accoudé à l'ombre de son écho ( La lumière et ses ombres, p. 29). J'y vois ton Ars Poetica.

Marlena Braester: Le poème est comme nous, il nous ressemble tellement: il naît, il vit, il lui arrive aussi de mourir ou de naître morts-nés. C'est parfois une longue histoire. Toute une vie, tout un monde. Une seule différence: il ne peut pas se permettre de vivre n'importe comment, se laisser aller, sinon il disparaît en tant que poème, tandis quand nous, on se laisse aller, notre vie continue. Au fait, c'est nous-mêmes à l'état d'acuité absolue, de perception aigue muée en expression poétique, sans passer par la conceptualisation.

EO: Serais-tu d'accord avec Esther Tellermann qui disait dans Continuum 8 (page 32 paragraphe 2): "L’écriture poétique tient pour moi du secret, d’un lieu qui n’est pas visible, d’un lieu autre. C’est un lieu qui vous attend, qui attend que vous ayez enrichi votre expérience de la vie. Il faut avoir un matériau à penser, à nouer au langage."

MB : Oui, "un lieu autre", mais qui est si proche, à portée de main, ou plutôt "à portée d'âme", qui est fait de notre vie, imbriqué dans nos fibres, mais autrement structuré; on écrit dans l'épaisseur de la langue en "trans-crivant" ce qui est inscrit en nous - le poétique qui est profondément inscrit en nous. Ce serait "l'amande de l'absence dans la parole", comme dirait Yves Bonnefoy.

EO: Au fait quand as-tu écrit ton premier poème ou tes premiers poèmes?

M.B - mon premier poème n'en était pas un: à l'âge de 8 ou 9 ans, j'avais écrit un conte pour enfants, une sorte de fable, peut-être: il ne m'en reste que le titre - Le cadeau de la tortue; et il y avait un deuxième aussi et puis des poèmes. Mais aucun autre souvenir ne m'en reste, rien de ce qui ressemblait probablement à ce que les enfants et adolescents écrivent d'habitude. Plus tard, j'ai dû être marquée – plus que marquée: éblouie - par mes premières lectures de poésie française vers quinze ou seize ans – Desnos, Eluard, Rimbaud, car tout de suite après, les premiers poèmes sont nés.

E.O : Ton dernier livre paru, Le Poème inverse, tu le définis comme un poème en prose. Dans tes précédents livres on trouve de la prose parmi les poèmes en vers.

M.B : Il est né comme ça, ce Poème inverse qui m'a bouleversée moi-même, sans me laisser le temps de réfléchir: une seule ligne, une seule haleine, mais à rebours, en amont de l'écriture. Comme un glissement, ou comme une chute vers un point fixe et flottant à la fois dans la vue - une vue intérieure, évidemment. Dans sa correspondance avec Paul Celan, Nelly Sachs, lui envoyant ses nouveaux poèmes, ajoutait: ces "nouveaux poèmes ont jailli soudain comme un flot de sang" (lettre à Celan, 1958). Oui, il y a des poèmes qui jaillissent comme un flot de sang irrépressible. Mais c'est toujours le rythme qui dispose les poèmes ou les lignes nommées "prose" selon ses propres lois - dont nous ne sommes pas vraiment conscients. Le dire du poème est hypersensible à chaque mouvement - aussi infime soit-il - qui nous traverse. Il y a souvent ces phrases en déroute - à peine des phrases - une déroute aérienne, afin de les contre-dire en tant que phrases. Prose? Peut-être, mais une "prose" fragmentaire, par touches; et toi, Esther, tu n'en sais que trop, ton écriture le prouve. Le poème ne raconte pas, mais il lui arrive de se raconter en s'écrivant ou en se désécrivant; quand quelque chose s'écrit, autre chose se désécrit; comme si on dénudait un texte possible pour le rendre vivant, pour lui donner vie. Et mon oreille me dit que "désécrit" résonne comme "désert"…

E.O : Le titre de Poème inverse est énigmatique et il n'est pas le seul. A quel moment de ton travail choisis-tu tes titres ?

M.B: D'abord, en ce qui me concerne, je ne "travaille" presque pas mes poèmes; alors, quand on me demande si c'est difficile d'écrire de la poésie, je réponds que ce n'est ni facile ni difficile: soit elle existe, soit elle n'existe pas. Quant à mes titres, ils s'imposent assez tôt, d'habitude; un titre rôde pendant longtemps, avant de devenir titre, n'arrête pas de résonner; puis il éclate et se pose dans le texte; il est souvent visible, obsédant presque, dans un des recueils qui précèdent, comme tu l'as déjà remarqué. Un mot, des mots semblent rester enfermés dans le noir, irradiant encore. Ils vont exploser plus tard, dans un autre recueil. Le titre est apparemment un prétexte. Mais en fait il peut contenir tous les poèmes du recueil. Quant aux poèmes eux-mêmes, rien ne me pousse à leur donner des titres, au contraire, tout me pousse à laisser un vide à la place, car chaque poème, contrairement à ce que l'on pense d'habitude, ou à ce que l'on croit penser, vient d'un vide; ce vide évoqué par Henri Michaux en parlant de la "connaissance par les gouffres". Alors, mes titres absents? C'est la part du vide non-dit. Qui est toujours là. Comme une ombre qui nous accompagne. Et je me surprends souvent au milieu d'un vers, d'une "phrase", au cœur d'un poème que je n'ai plus envie de finir, même pas de continuer - ou parfois au milieu d'un mot même: c'est là qu'il faudrait commencer, c'est là que le poème devrait se lancer, se cognant à ce vide afin de le faire éclater. Dans un seul de mes livres – Absens - les poèmes ont des titres: et ces titres ne sont rien d'autre que les lettres de l'alphabet. Mais un livre, on ne peut pourtant pas le laisser sans titre…

E.O : Ton travail littéraire tourne essentiellement autour de la poésie, mais aussi de la traduction. Tu écris également des articles qui en eux-mêmes sont des réflexions sur l'écriture - que ce soit de la prose ou de la poésie.

M.B: Ce que j'essaie de dire et de redire, en réfléchissant sur la poésie et la traduction, c'est que la poésie doit être rigoureuse, radicale, irréductible; mais pas au niveau conceptuel: radicale - proche des racines, aspirant la sève des racines, l'étymologie nous le rappelle; rigoureuse - sans tomber dans l'émotion dépourvue d'expression véritablement poétique, mais en même temps loin de la rigueur des raisonnements; irréductible - le poème doit rester "premier": il n'est pas divisible que par un et par lui-même. C'est Char qui disait : "la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil"; et dans "lucidité" je lis le "lucire" du latin populaire, une lumière comme une perception aigue. Alors, contrairement à ceux qui croient en la poésie-sentiment, poésie-émotion, moi je crois à l'émotion par la lucidité, celle qui traverse la lucidité – une incandescence (qui n'est donc pas le contraire de la passion).

E.O : Ton livre Oublier en avant tu l'as traduit en roumain et en hébreu avec Ronny Someck, pourquoi plutôt ce livre qu'un autre ? Absens tu l'as également traduit en roumain.

M.B: A Rodez, en 2002, le recueil Oublier en avant avait obtenu le prix Ilarie Voronca; ce poète pas très connu dans le passé, est un poète juif né en Roumanie, mais qui a vécu une partie de sa vie en France, un poète francophone dont l'importance est reconnue dernièrement. Coïncidence qui m'a impressionnée et alors j'ai décidé de publier ce recueil en Roumanie aussi, en le traduisant moi-même. Ensuite j'ai continué cet exercice d'auto-traduction avec Absens. Curiosité de traducteur…exercice de ré-écriture, plutôt. En hébreu, c'est l'oreille poétique de Ronny Someck, poète de langue hébraïque, qui m'a aidée à traduire le recueil Oublier en avant. Le désert est revenu chez lui, à l'hébreu du Néguev où ce livre est né.

E.O : Du silence du désert tu arrives à Presque v'île, j'allais dire ta ville natale, on peut imaginer que tu parles de Haïfa que tu ne nommes pas, ville qui m'a toujours parue si calme et posée devient chez toi une ville endiablée où la mer, la ville, la montagne s'envolent, s'enivrent, s'emballent avec des plages de calme avant la tempête. Pourquoi Presque ?

MB : Dans ce recueil il y a quelque chose de toutes les villes de ma vie, mais surtout celles - dont Haïfa - ayant un rythme géographique qui les rend irréelles et poignantes: collines, rues s'enroulant comme les vagues de la mer; des couches en train de se sédimenter – mais ce n'est qu'une apparence! - de presque à presqu'île, à presque v'île où l'on pressent quelque chose d'indécis, ni ville, ni île, mais un mouvement comme une impulsion déjà inscrite dans "presque", un rapprochement imminent mais jamais abouti, souffle syncopé. Bref, une pré-figuration.

E.O : Tes derniers livres sont très beaux. Tu collabores avec des photographes et des peintres. A part le côté esthétique qu'est-ce que cela apporte ou pas à ta poésie ?

M.B : Une perspective, des angles vibrant en profondeur qui infléchissent le sensible. Pierre Dainhaut disait qu'Anne Slacik (peintre qui a travaillé avec lui) "a peint ce que je cherche à entendre à travers les poèmes". Il y a un point abyssal où ce lien se crée tout en descendant avec les racines enchevêtrées de l'imaginaire: le poétiquement visible mué en poétiquement dicible et réciproquement. Joël Leick pour Le poème inverse, Robert Lobet, pour Sables et Géométrie sans je, Irène Scheinman pour Désert aveugle sont des artistes qui ont (re)trouvé les mêmes racines que mes poèmes – à partir de mes poèmes; tandis que Wanda Mihuleac a posé sous mes yeux le noir de ses livres-ardoise avec des dessins en lignes blanches et des espaces encadrés pour mes mots en blanc sur le même noir.

E.O: Et à ce sujet le blanc et le noir qui ne sont pas des couleurs semblent traverser toute ta poésie jusqu'à ce très beau livre d'artiste Rayonnant du noir.

MB : C'est à ce livre - publié par l'artiste-éditrice de Transignum - que je faisais allusion, à ce renversement perpétuel, sans dérive, ni détour par les couleurs: noir sur blanc, blanc sur noir, deux mises en abyme qui mesurent nos forces de réflexion. Et à force de scruter la "cohérence" de la lumière, cette lumière pas encore dépliée en couleurs, de buter sur des transparences, un autre livre est né, un livre-éclosion des couleurs - de violettes luisantes, qui vient d'être publié par Jacques Brémond.

E.O : Nous étions en train de peaufiner notre entretien que ton nouveau livre au titre coloré - de violettes luisantes - est arrivé. Mazal Tov. Je suis sûre que je le recevrai bientôt. En attendant peux-tu m'en dire quelques mots..

MB : Les physiciens expliquent clairement que les couleurs n'existent pas, qu'elles n'existent que dans notre perception. Quand j'ai compris cela, j'ai été tellement triste que tout cela est devenu une obsession; comme si je prenais sur moi tous les problèmes de la science, j'avais soudain envie de parler de couleurs, de les protéger, je ne savais pas comment les retenir, les caresser. Une histoire d'angles, là-aussi: la réfraction spécifique à chaque couleur à travers le prisme, mais je me disais que le poème aussi est dans la "vue". Cela a duré des années; et voilà…

E.O – Nous voilà arrivés au numéro 14 de Continuum dont tu as eu l'idée et dont tu es la rédactrice en chef (de 2001 à 2018 – 17 ans, c'est un bail !) j'aurais deux questions et même plus à te poser à ce sujet. La première: qu'est-ce qui a changé ou plutôt a évolué depuis les premiers numéros? Pour la seconde je me réfère à Marcelle Fonfreide et André Dalmas qui définissaient Les Cahiers du Nouveau Commerce comme une anthologie. Pourrait-on en dire autant de Continuum ?

M.B: Une revue est un espace poétique toujours "en devenir": non seulement parce que le temps y est inscrit, mais parce que c'est une mosaïque de moments fixes qui marquent l'écoulement du temps; la ligne du temps - d'une année à l'autre, d'un numéro à l'autre est coupée par des soubresauts poétiques. L'aventure d'une revue signifie aussi faire découvrir, nous découvrir. Au départ, on avançait dans l'inconnu: un groupe de gens qui écrivent en français tout en vivant en Israël; un petit groupe, mais très diversifié du point de vue des racines culturelles, de l'écriture, de l'évolution de leur écriture. Oui, la revue est une image anthologique à un moment donné, un choix à partir d'un prétexte thématique; on a eu plusieurs "moments" espacés annuellement, plus forts, ou moins forts, avec nos voix inscrites dans le contexte francophone et israélien à la fois, afin de montrer comment notre présence littéraire est sertie dans la carte de la francophonie, d'une part, et la carte de la littérature israélienne, d'autre part; d'où le dialogue des deux langues: française et hébraïque et le travail de traduction. Anthologique aussi au sens dynamique du terme à travers une image chaque année renouvelée montrant comment chacun de nous a évolué au sein de sa propre écriture.
Mais le groupe s'est rétréci; et paradoxalement, plus le groupe se rétrécit et plus le foisonnement à l'intérieur de la revue est intense. Les échanges sont de plus en plus intenses. Des voix "majeures" de la littérature d'aujourd'hui nous répondent en créant cette cohérence à travers des textes qui communiquent en souterrain, découvrant de multiples perspectives, et un dialogue implicite se développe entre les textes eux-mêmes, non seulement entre les auteurs.


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