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L'alcôve des non-dits
article [ Régional ]
extrait de "Le tout à la bouche"

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
par [Reumond ]

2013-05-11  |     | 









À ceux qui n’ont pas pu prendre la parole, et au nom de ceux qui n’ont pas su la donner.


(…)

Peut-on faire un réel distinguo entre la chose causée, le dire et le parler, une séparation entre ce qui est exprimé et l’expression même ? C’est là, le lieu même de la parole et le dit du causer.

Comme le cri se montre animal jusqu’au bout des ongles, spontané et tout naturel comme le jeu des crocs, le parler chez l’homme semble pareillement apparaître comme une nécessité de la nature, un cri de la vie, afin de pouvoir communiquer avec ses semblables.

Comme le sous-entend le proverbe, "quine dit mot consent", le dit s’oppose au silence, il s’en défend, il interpelle et se refuse obstinément de taire ou d’omettre quelque chose.

Quant au dire, selon ou d'après, il affirme davantage une parole engagée, une chose dite à bon escient, prononcée ou formulée de vive voix pour atteindre telle une flèche, la cible d’une quelconque finalité …

C’est ainsi, que de bouche à oreille, puis de bouche à bouche, le parler porte le causer nécessaire au dialogue, il le suscite comme la colline ou la montagne invitent l’écho qui convoque l’appel dans les saillies des mamelons boisés.

Le comble du dire serait-il rumeur et malédiction ?

Sans voyeurisme aucun, en anthropologue philanthrope, soucieux de la palpitation des âmes, prenez le temps d’observez avec discrétion et le plus grand des respects, le mouvement léger des lèvres de ceux qui parlent tout seul dans leur retraite intérieure.

Comme une palpitation coite, écoutez ces sons tout légers tels des silences en musique ou des papillons qui sortent des bouches autistes. En rue ou dans le bus, les lèvres dénoncent le fantasme intime ; cette banale trahison des lèvres divulgue des monologues de polichinelle et de secrets soliloques solitaires.

À l’observation, les mouvements et la forme des bouches sont intéressants,ils nous livrent de précieux renseignements sur leur mode de vie. Ainsi,d'après leur animation, leur couleur et leur aspect, et sans rien savoir d'autre des gens qui parlent seuls, il vous est possible de deviner s'il s'agit d'une personne inquiète, agitée ou calme, vivant en surface ou dans la profondeur des choses, d’une personne délicate, plus ou moins adaptée à la vie et au langage.

Comme l’écriture livre ses mystères aux graphologues experts, toutes les bouches, selon leurs caractéristiques plus ou moins marquées, livrent des informations de premières lèvres.

Par exemple, une bouche dirigée vers le bas nous indique des moues de fouineurs ; ainsi, rires, grimaces et rictus parlent comme une encyclopédie. Une bouche dirigée vers le haut indique un penseur aimant capturer les mots à la volée; une bouche horizontale indique un individu se nourrissant de verticalité et des apparences du décor; une bouche en forme de ventouse indique la captation d’un individu aimant sucer les choses pour en goûter la saveur ; une grande bouche nous fait soupçonner la présence d’un prédateur, souvent carnivore ; parce que la taille de la bouche indique mécaniquement la taille maximale ou minimale des proies que les humains sont susceptibles d’absorber.Mais ce qui est raisonnable pour la bouche, ne l’est pas forcément pour la raison ou pour le cœur !

(…)

En aparté pour ne pas faire peur aux petits oiseaux, les gens qui parlent seuls sont aussi attachants que les individus retranchés dans leur mutisme, en particulier celui qui crie leurs blessures.

Si singulière soit-elle, l’animation légère des lèvres parle pour eux, comme celle du poisson dans son bocal de verre, elle parle pour ceux qui n’ont pas la parole facile, pour ceux qui préfèrent par confort ou par peur parler seuls du dedans d’eux-mêmes, en vase clos, à huis clos, derrière un léger calfeutrage , entre la chambre des rêves et le parloir des têtes, en cette alcôve sombre que l’on dit des non-dits.

Mais quand votre attention altruiste et votre intention de ne pas déranger les surprennent quand même, alors que vos regards se croisent avec parfois avec un peu de gêne réciproque, quand vous détournez le regard, la bouche et ses lèvres arrêtent soudain de les trahir ; ils semblent revenir à quelque réalité extérieure. Mais de quel pays imaginaire et de quel voyage intérieur reviennent-ils vraiment, vous n’en saurez jamais rien ! C’est là même les secrets des alcôves des non-dits.

Ces bouches sont comme les trous des souffleurs de rêves, aux baragouins fantasques et au pathos silencieux. Tout comme ces beaux vieillards immergés dans leurs souvenirs lointains, qui semblent radoter entre leurs fausses dents,mais qui, en réalité portent d’impénétrables secrets de famille qu’ils souhaitent vous laisser avant de partir se reposer définitivement, les gens qui parlent seul, ont eux-mêmes des rêves clandestins, des images et des mondes pleins la tête, des comptes à régler, des pardons à donner ou bien à recevoir, des chimères monstrueuses qu’ils domestiquent depuis des ans, et des fantaisies bien à eux, qu’ils connaissent par mont et par chair, comme une topologie de leur mémoire où saignent les chemins encore frais de l’empreinte profonde de leur corps blessé.

L’extérieur semble trop lumineux ! Sortir de ses fantasmes, c’est sortir de sa caverne, mourir à soi pour pénétrer dans la lumière vive, quitter ses propres jeux d’ombres pour se confronter à une réalité crue qui fait bien peur.

Tout seul, retrouvant ses fantômes et démons intérieurs, comme dans une pièce de théâtre ou un film imaginaire, dès que vous aurez le dos tourné, il retombera peut-être dans ses phantasmes, avec vous en plus, comme figurant accidentel.

(…)

En thérapie, certaines bouches se livrent davantage, des bouches qui au fil des séances et des mois deviennent comme des failles de chair dans un mur de pierre, progressivement, elles s’ouvrent comme des ébrasures dans une muraille caractérielle, laissant passer la lumière des mots et l’ombre dessouvenirs.

Après les chuchotements viennent les cris de colère et les messages de tristesse ; après les cris et les grincementsdedans, bien au delà des transferts, le dialogue s’instaure, il se fait même quiétude,le silence met de la distance, les mots s’ajustent au réel, la relation se faitlargo, chant des lèvres, adagio de bouche à bouche. Et quand dans le cabinet calfeutré serencontre les lippes qui livrent mot à maux leurs tags et meurtrissures, et lesoreilles attentives, expertes et non jugeantes de l’analyste, c’est bien souventainsi, les mots sortent de plus en plus clairs, vibrants et vivants ; l’ébrasementd’hier se fait baie lumineuse, fenêtre sur des lendemains de clarté bleutée,espérance et ouvertures comme un triple portail, entre le passé, le présent et l’avenir.

Même si à certains moments, ils tirent la langue ou se mordent les lèvres,rien ne filtre des images qui les hantent, les mots se dissimulent, la langue se dérobe, les bouches s’enferment, jusqu’à l’os le silence se fait blanc, il se tait !

Du jamais dit et en aucun cas entendu, derrière le marbre rosé des lèvres, c’est un silence de mort.
De leurs rêves et cauchemars éveillés, rien ne transpire, point de gueuloir en ces huis clos, que du marc de mot, des malmenés, du marmonné,

(…)

Quels liens entre la langue thaïe et la cuisine du Triangle d'or ?
Quels liens entre la littérature et la cuisine françaises ? Les belles phrases sont-elles des mets délicats comme la langue verte est une pitance épicée ?

Poète ou philosophe sont-ils des métiers de bouche comme l’orthodontie est un métier de la bouche ? La cure de parole et la pâtisserie ont-elles des ingrédients communs ?Plus ou moins noirs, les mots savent prendre parfois le goût du chocolat ou la chaleur du piment.

Sur la scène, les uns pralinent autour des mots, ils se gorgent de métaphores et d’effets de style, les autres fransquillonnent ou chantent leurs dialectes plus ou moins savoureux, mais toujours la parole s’invite aux repas et aux débats s’imposent comme la comédie ou la tragédie nous convient au théâtre, en cette catharsis par la bouche, pour rire et pleurer sur nous-mêmes.

(…)

Avec plus ou moins de conviction, de profondeur ou de passion, d’affectation ou d’emphase, les bavards se disent sans limites pour briser le silence ; les beaux par leurs s’écoutent parler sans résonance ; les causants sachant causer suscitent rires et larmes ; les enseignants sachant éduquer, les prêcheurs sachant moraliser… tous remplissent leur rôle, leur fonction et leurs tâches…, autour de la bouche le monde est parfait !

Tous remplissent les vides du continuum espace-temps de paroles bien sonores, car l’homme comme la nature dit-on ont peur du vide !

Mais perdus dans l’ombre,ceux qui parlent tout seul ne connaîtront jamais ces expériences du causer à gorge déployée et des parlers à langues bien pendues, comme ils n’éprouveront pas ces logorrhées qui donnent le tournis, comme un alcool de mots frelaté.

Quelles attentes, quels projets, ces paroles indistinctes, ces murmures confus portent-ils en secret comme des croix de voix ? De quel silence confit les lèvres ne confient rien de plus que leur présence balbutiante ? Que révèlent ces bouches sans rien révéler des pensées qui les meuvent ? Les gens qui parlent seuls sont des poètes et des ermites qui s’ignorent !

Ces gens qui parlent seuls aux anges qui seuls les entendent, quelles images mentales, quelles prières, quelles formules magiques ou imprécations marmonnent-ils juste à côté de vous, pour vêtir leur indigence à communiquer vraiment, rabâchent-ils quelques anathèmes ou remâchent-ils quelques mots de seconde bouche ?

Regardons-nous dans les yeux, les jeux de lèvres et les murs du silence peuvent aussi nous habiter, comme une infestation profonde.

Aussi, nous divaguons tous sur la lame du verbe et la vague des mots, de radotage en ragots, de poème en conversation, d’opinion vague en raz de certitudes ;nous conversons tous, souvent seuls, mais nous appelons ça pompeusement « penser tout haut », ou même « philosopher », parce que ça nous rassure, et que dire les choses nous apaise tout autant !

Car nous nous prenons pour des penseurs, des poètes et d’indispensables esprits,mais nous ne sommes que des radoteurs de première nécessité et des ressasseurs de troisième catégorie, des rats d’auteurs impénitents dont je suis le premier-né !

Nous délirons de causalité en effets, parce que nous sommes des animaux qui causent ! Nous écrivons aussi pour avoir le recul de la page blanche et entendre aussi le causer des autres se déposer sur nous ; ça fait survivre et même vivre parfois, alors on s’écrit ou l’on crie, mais toujours on exprime un vide béant : celui du verbe qui cherche son être ou celui d'une parole en quête d'avoir...

Et puis, causer entre nous ou parler seul, quoi que l’on dise et quoi qu’on en dise, on n’en sort vraiment jamais intact, entre les lèvres et les oreilles, il passe toujours quelque chose, comme un léger souffle, un ricochet à jets de mots ; et quoi que l’on cause, il en restera toujours quelque chose de dit ou de non dit, en suspension au ciel comme sur la Terre.

(…)


Le tout à la bouche – essai - (extrait)

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